‹ Le médaillierChapitre 10 sur 24 · LE MAJOR PASCAL. MM · texte numérisé non relu

LE MAJOR PASCAL. MM

y rencontrer Laurence. Les salons étaient vides pour moi, comme bien vous pensez. Cependant je n'osai questionner personne. Enfin, quinze jours plus tard, Gaétan me conduisit au théâtre Italien. Emerveillé de la splendeur qui m'entourait, je cherchai instinctivement Laurence parmi cette foule ; quelque chose me disait que nous étions près l'un de l'autre. La toile se leva. Jugez de mon étonnement ! Sur la scène apparaît une femme, belle comme Laurence ; elle chante, je crois entendre la voix de Laurence. — a La reconnaissez-vous? me demanda Gaétan. — Eh quoi ! lui dis-je, est-ce bien elle? — Oui; mais ici elle s'appelle la Bettina. C'est aujourd'hui son jour de début. »

J'étais suspendu à chacune des notes que ses lèvres égrenaient devant moi, • — haletant, inquiet, frémissant, pâle. — Et lorsque les bravos éclatèrent de tous les coins de la salle, il me sembla que j'étais de moitié dans ce triomphe. Un moment les loges se dégarnirent de leurs bouquets, pour faire de la scène un véritable tapis de fleurs. Mon cœur se détacha alors de moi pour s'élancer avec la couronne que mon enthousiasme jeta aux pieds de la belle cantatrice.

Elle chanta deux fois depuis, et je la rencontrai de nouveau dans le salon où je lui avais été présenté. Seulement, du jour de son triomphe, je me suis trouvé si petit à côté d'elle, que je n'ai plus osé même lui adresser la parole. Caché dans quelque coin, je la contemplais, je suivais tous ses mouvements, tous ses gestes, je bu-

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vais ses regards, et j'aurais voulu tuer tous ceux qui l'approchaient î Quand par hasard mes yeux rencontrèrent les siens, je devins pourpre ; et pourtant je sentais que ses yeux qui m'effleuraient de si loin étaient pleins de bonté et de bienveillance. Je me dédommageai secrètement de ma timidité en lui adressant des vers. — Tenez, docteur, lisez ; mes cahiers de philosophie sont parfumés de sonnets et d'élégies ! Mais jugez quelle fut ma surprise, en voyant ce portrait tomber du haut de l'échelle avec mon parrain ! Si ce portrait n'est pas celui de ma Laurence, c'est bien étrange !

— C'est bien elle qu'on a voulu représenter, — murmura Urbain; — son titre d'artiste l'explique... Mais quel âge a cette Laurence?

— L'âge de la beauté, de la jeunesse et des grâces! — m'écriai-je avec enthousiasme.

— Voyons, laisse-là ta poésie, et réponds catégoriquement. C'est un renseignement exact qu'il me faut.

— Dam! elle paraît avoir dix- huit ans.

— Dix-huit ans! — répéta Urbain, — cela pourrait être...

— Que voulez-vous dire ? — lui demandai-je.

Le docteur ne me répondit pas, et passa dans la chambre de Pascal, où je le suivis sur la pointe du pied. Il interrogea la respiration du malade, questionna son sommeil qui durait encore, quoique très agité, el fit un mouvement de tète peu satisfaisant. Nous revînmes ensemble clans le cabinet.

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