LE MAJOR PASCAL. U
parle ! Elle me regarde !... Elle me sourit !... Elle marche vers moi... Vois, René, vois.,..
Pascal fit un pas en avant pour s'élancer vers le portrait. Il poussa un cri, et tomba évanoui entre mes bras. Au même moment, le docteur Urbain entrait.
— Je savais bien, morbleu ! — s'écria-t-il — que ce fatal portrait le tuerait !
— Serait-il mort ! — murmurai-je avec douleur, et en pressant Pascal contre mon cœur. — Mort, mon bon, mon cher parrain !
— La commotion a été terrible, — dit le docteur, — et si le cerveau se prend encore cette fois, je n'ose prévoir l'issue de la crise.
Je m'arrachais les cheveux de désespoir, pendant que je racontais à Urbain ce qui venait de se passer. Quand l'évanouissement de Pascal fut dissipé, des symptômes alarmants se manifestèrent chez lui. Us parurent cependant céder à un profond et subit sommeil.
Le docteur profita de ce répit pour me dire :
— Mais, enfin, René, pourquoi as-tu refusé de brûler ce portrait comme je te l'avais demandé ? Quel intérêt si puissant te l'a fait conserver ? Voyons, mon enfant, tu rougis, — continua-t-il d'un ton tout à fait paternel, — c'est quelque amourette de jeune homme, n'est-ce pas? Une ressemblance fortuite... — non moins fortuite que l'autre, hélas ! — Dis-moi tout ; tu sais bien que mon indulgence et mon affection pour toi égalent celles de Pascal... Parle....
It S LE WEDAILUEK.
— Eh bien ! monsieur Urbain, lui dis-je, voici ce qui est : un mois environ, avant sa maladie, vous savez que mon parrain me permit d'aller a un bal où me conduisit Gaétan, ce jeune Italien qui lui a été recommandé par son correspondant de Bologne. A cette fête, je vis une jeune fille qui me frappa par sa beauté et par ses grâces. Mais ce n'était rien. Elle chanta, docteur. Oh ! il me sembla entendre une musique céleste. Gaétan me présenta à elle ; elle me parla ! Je crus entendre une autre musique. Je ne saurais vous dire avec quel sympathique entraînement je me laissais aller vers elle. Il me parut que dans son accueil il y avait quelque chose de plus qu'une politesse ordinaire. Je sentis alors s'agiter au fond de mon cœur des émotions inconnues et nouvelles pour moi, — un trouble, un bonheur, une crainte que je ne savais définir. Je ne les révélai à personne, pas même à Gaétan.
— Et comment se nomme cette jeune fille ? — me demanda Urbain.
— Laurence.
— Laurence ! — répéta le docteur en manière d'écho ; puis il ajouta : — C'est singulier !
— Singulier, en effet, — repris-je ; — car c'est le même nom que mon parrain prononça si souvent pendant son délire, et tout à l'heure encore au moment de l'accident.
— Continue, — fit le docteur.
— Deux fois de suite je retournai dans la maison, sans-