‹ Le médaillierChapitre 12 sur 24 · H 2 LK MÉDA1LL1KB · texte numérisé non relu

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Il élait donc permis de supposer les cuisantes douleurs de sa vie apaisées. Mais compte bien mal qui compte sans le malheur !

Le matin où Pascal était sorti pour assister à la vente du médaillier, il avait aperçu aux vitres d'un marchand d'estampes le portrait en question. Il lui sembla que c'était une apparition. Jamais portrait n'avait mieux rappelé un visage. — C'était l'image de Laurence, de sa Laurence, — de l'épouse coupable.

Tout le passé de ce bon vieillard se réveilla, gros de ses larmes, de ses tempêtes, de son affection trompée, de son bonheur volé. — 11 avait acheté ce portrait et était rentré brusquement, dans l'état où nous l'avons vu. — On sait ce qui s'en suivit.

— Maintenant, — continua le docteur Urbain, — je vais chez ta cantatrice, je veux la questionner sur sa famille ; le hasard ne peut pas avoir donné une si parfaite ressemblance à deux visages. Il faut que cette Laurence soit la fille de l'autre. Je cours donc chez elle et la ramène ici.

— Ici! — m'écriai-je dans un étonnement et dans une joie indicibles.

— Oui ; car sa présence peut sauver Pascal.

Le docteur sortit. Pascal dormait encore. Moi-même, a force de rêver, et de labourer le vide, je m'endormis dans un coin de la chambre. Je fus réveillé, quelques instants après, par le bruit que fit la porte du cabinet eu s'entr' ouvrant Et devant moi, j'aperçus, belle démo-

LE MAJOR PASCAL. Il"

lion et de blancheur, Laurence qu'Urbain conduisait par la main. En même temps qu'ils entrèrent, Pascal poussa un cri déchirant.

Enveloppé dans ses draps comme dans un suaire, le vieillard s'était agenouillé sur son lit, — pâle comme un spectre, les yeux égarés, la bouche béante, et le doigt allongé dans la direclion de la porte par où Laurence venait d'entrer.

— Le portrait ! — s'écria-t-il en désignant la jeune fille, — le portrait!... Il marche!... Je savais bien, que je t'avais retrouvée, Laurence... Viens, viens que je te pardonne, et que j'efface ton crime dans une étreinte sur mon cœur...

— Allez ! — murmura le docteur à Laurence.

Elle fit deux pas et tomba aux genoux de Pascal, qui saisit la tête de la jeune fille dans ses deux mains et la couvrit de baisers. Urbain suivait cette scène avec une inquiétude fébrile, — comme on observe un combat. — C'en était un, en effet ; combat suprême, décisif, entre la folie qui venait et la raison qui s'évaporait.

— Parlez-lui. — dit le docteur à Laurence.

— Embrassez-moi encore , — murmura-t-elle en s'adressant à Pascal ; — vos caresses me sont douces, elies vous soulageront.

Pascal fut comme fasciné par le charme de cette voix. Il voulut parler, les paroles n'atteignirent pas le bord de ses lèvres ; il ne put articuler que quelques sons inintellibles.

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Je remarquais que le visage d'Urbain s'assombrissait de plus en plus.

Pascal semblait avoir les genoux cloués sur son lit. Ses yeux, comme inanimés, ne jetaient plus ni lumière ni regards; ses mains, abaissées sur la tête de Laurence, étaient inertes.

— Oh ! si les larmes pouvaient venir ! — murmura Urbain sanglottant lui-même.

Je ne vous dis pas tout ce que j'éprouvais, moi ; vous le devinez.

Enfin, la vie parut retoucher ce corps immobile. Hélas ! Pascal fixa ses yeux caves sur chacun des spectateurs de cette scène ; il tendit une main au docteur, l'autre à moi, poussa un long soupir qui opprimait sa poitrine, regarda Laurence avec attendrissement, secoua la tête douleureusement, en disant :

— Ce n'est pas, ce ne pouvait pas être elle !...

Puis, il chancela et tomba lourdement sur l'oreiller. — Trois cris retentirent en même temps autour du lit. Pascal venait d'expirer.

René, quand il eut terminé son récit, essuya deux larmes qui noyaient ses regards ; puis ouvrant un tiroir à portée de sa main, il en tira une lithographie encadrée de satin noir et recouverte d'un crêpe qu'il ne souleva poiut.

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