L« MAJOR PASCAL, M
— Voilà ce portrait, — me dit-il, — je l'ai conservé. C'est là tout ce qui me reste des deux plus beaux souvenirs de ma vie, — mon premier amour — et ma plus sérieuse amitié !
— Et Laurence, — lui demandai -je — qu'est-elle devenue ?
— Etes-vous jamais allé à Venise ?
— Oui.
— Y avez-vous connu le comte Masaccio?
— Est-il possible de revenir de Venise et de confesser qu'on n'a point soupe et joué un peu chez ce ruffian ?
— Eh bien ! vous avez soupe avec Laurence, et risqué votre argent contre ses cartes suspectes. — Laurence est la maîtresse du comte Masaccio....
— Seigneur Dieu ! Cette créature si belle et si avilie ! Elle a pu tomber de si haut, — du haut de votre cœur — dans la fange où elle se traîne !
— Je la plains, je la pleure et je lui pardonne .. Je l'ai tant aimée ! — Ce n'est pas sa faute ; la pente est si rapide et si glissante au chemin qu'elle a pris! Les meilleures ne le veulent pas croire ; et quand levertige les lient au sommet de l'abîme, elles nous traitent comme des idiots de les vouloir conseiller, et de leur faire un garde-fou de notre cœur. — Elles tombent, sans pouvoir se relever ; et l'abaissement où quelques-unes persistent atteste leurs remords. Dans cette ivresse d'immoralité et d'ignominie, il y a quelque fois l'oubli ; se souvenir, pour elles serait un châtiment trop cruel ! —
liG LE MÉDAILL1ER.
Ainsi est-il arrivé à Laurence. — Pascal a donc bien fait de mourir. Il eût souffert, par la chute et la honte de la fille, ce qu'il avait souffert déjà par la lâche trahison de la mère !
Pauvre Pascal ! bien plus pauvre Laurence ! Ah ! je vous ai bien aimés tous les deux, — chers morts l