‹ Le médaillierChapitre 14 sur 24 · UNE VARIÉTÉ DE GENDRILLON · texte numérisé non relu

UNE VARIÉTÉ DE GENDRILLON

C'était en 1832, — au mois d'octobre — et le 26, je crois.

Quatre heures venaient de sonner à toutes les pendules qui marchaient d'accord sur l'horloge de la Bourse.

Je me promenais avec une impatience irritée da»s mon appartement, attendant des chevaux de poste. J'étais en costume de voyage ; et une berline toute chargée de malles se pavanait dans la cour de mon hôtel. J'allais, dans quelques minutes peut-être, monter en voiture, et pourtant, — je le confesse, — j'ignorais vers quel point du globe je devais diriger ma course.

J'avais feuilleté deux allas déjà, et quelques livres de

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géographie ; mais cela n'avait servi qu'à me faire changer de résolution vingt ou trente fois. Depuis deux ou trois secondes, cependant, je mûrissais le projet — qui semblait bien arrêté chez moi — de gagner tout simplement le Havre, pour là m'embarquer à bord du premier bâtiment qui mettrait le cap sur les grandes Indes. — Néanmoins je n'avais pas juré de ne point changer d'avis une fois au Havre, — et je me sentais très capable, en vertu du vieux proverbe, de m'éveiller un beau matin, à Rome, en passant par le Kamschatka, la Havane et l'ishme de Panama.

Pour que vous compreniez bien ces étranges hésitations, je dois vous dire que depuis quelque temps je me trouvais dans une disposition d'esprit inexplicable à moi-même. Je tenais bien encore un peu à la vie, mais c'était tout au juste ; et je ne savais plus à quoi l'employer, après en avoir fait, il est vrai, un assez pitoyable usage jusqu'à l'heure de mes vingt-six ans, qui venait de sonner, il n'y avait guère plus d'une semaine.

La musique même, que j'avais toujours aimée passionnément et cultivée avec quelque succès, avait perdu pour moi tout attrait. Depuis trois mois, au moins, mon violon, un savant et excellent Stradivarius, dormait sur une table, couvert de poussière, et veuf de ses cordes. — C'était là le signe le plus certain pour mes amis, et à mes propres yeux, de la tempête morale que je venais d'essuyer et du naufrage d'esprit contre lequel je me débattais.

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