VNE VARIÉTÉ DE < KMIKII ION J
Je n'osais entrouvrir la porte. Je collai mon oreille contre la boiserie, et j'écoutai. — Le plus grand silence régnait dans la pièce, où il me fut impossible de faire pénétrer le moindre regard indiscret. Après un moment de crainte et d'hésitation, je saisis mon violon, et j'indiquai quelques notes de la seconde partie de la symphonie. Aussitôt, le piano y répondit; et nous continuâmes notre concert — une cloison entre nous.
Je pris alors une violente résolution. Je poussai brusquement la porte. Involontairement je portai les mains à mes yeux, et demeurai un instant debout à l'entrée de la chambre, muet, immobile, tremblant. Enfin j'ouvris les yeux.— Une lampe posée sur le piano éclairait l'appartement. Mon premier éblouissement passé, je vis devant moi, à quelques pas, ma tante ; de surprise je laissai tomber mon violon.
Mn,e Gertrude se retira de côté en souriant, et j'aperçus derrière elle une jeune fille de dix-huit ans à peine, plus belle encore que je ne l'avais rêvée. Mon premier mouvement fut de me jeter à ses pieds, et de lui essayer la pantoufle ; elle la chaussait à merveille.
— C'est donc vous ! — m'écriai-jeavec transport. Ma tante ne me laissa pas le temps d'épancher tout ce
que j'avais au fond de l'âme et sur le bord des lèvres. Elle nous prit par la main et nous conduisit dans la chambre.
— Séraphïne, — dit-ello a la jeune fille, — laisse-nous seuls.
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— Restez, restez, au nom du ciel ! — m'écriai-je en saisissant les mains de Séraphine, — restez ! où je croirai encore que je rêve...
— Laisse-la partir, — insista Mme Gertrude, — et je ferai que ton rêve sera une réalité... si tu y veux consentir.
J'avais eu le temps de contempler tout à mon aise la jeune fille. Je renonce à décrire l'éclat de sa beauté, la pureté des lignes de son visage, la candeur de son front, la naïveté de son regard qu'elle n'avait cessé de tenir baissé vers la terre.
— Alors, — dis-je en me retournant vers ma tante, vous me permettez de baiser ces jolis doigts qui m'ont rendu fou pendant deux jours... et deux nuits....
Sans attendre la réponse de Mme Gertrude, je m'étais agenouillé devant Séraphine, et j'avais abaissé mes lèvres sur ses mains que je sentis trembler dans les miennes. En levant les yeux, je rencontrai un regard de la jeune fille... un de ces regards qui ne de se définissent point.
Séraphine sortit, et je me trouvai seul avec ma tante.
Elle me fit asseoir à ses côtés, et commença, — en balbutiant un peu, — une confidence qui remontait au temps qui avait précédé son union avec feu le marquis. Le fil interrompu par les vingt-huit années de son mariage, reparaissait à quelques mois après la mort de mon oncle. Dans cette confidence enfin se trouvaient mêlés : — un lord qui avait été jeune en même temps que ma tante Gertrude, — une jeune fille que je reconnus