UNE VARIÉTÉ DE CENDRILLON
être Séraphine, — un couvent où l'enfant avait été enfermé presque dès après sa naissance... enfin, ami lecteur, devinez tout ce que vous voudrez....
Sachez seulement que deux jours après, ma tante éloigna momentanément du château ses vieux serviteurs ;
— que pendant leur absence nous partîmes pour Paris, tous les trois, Séraphine, Mme Gertrude et moi; et à quinze jours de là, j'épousais ma charmante cousine...
— (suis-je bien indiscret?)
C'est ainsi que je trouvai ce quelque chose qui me manquait, et que je n'eusse certainement pas rencontré aux grandes Indes.
L'ONGLE AUX COTELETTES
C'était — je m'en souviens parfaitement — un matin du printemps de 1848. Un jeune homme de bonne mine et de belles façons, se promenait solitairement dans un salon charmant où se trouvaient enfouis pour plus de quarante mille écus de chinoiseries, de tableaux, de porcelaines de Saxe et de Sèvres, et de meubles rares.
Ce jeune homme portait un nom très plébéien. Il se nommait Gabriel Rouget — ce qui le gênait dans la fashion. Mais il avait profité de l'avènement de la République pour usurper la particule et une baronie. Cela
passa aussi facilement que le décret qui avait aboli les titres de noblesse.
Je me trompe en disant qu'il arpentait solitairement les platebandes du tapis — un vrai chef-d'œuvre — qui servait de manteau à son parquet. Il avait avec lui d'abord un ami, dont il ne se souciait pas — l'ingrat et le prosaïque ! — C'était un beau rayon de soleil, bien tiède, bien gai, bien riant, auquel il venait d'ouvrir ses croisées et de donner l'hospitalité. Ce folâtre rayon de soleil perdait sa peine à lui jeter d'agaçantes amorces, l'éblouissant par les mille petits bonds lumineux qu'il faisait sur les dorures des cadres, sur les glaces de Venise, ou sur les moindres clous des fauteuils. — Gabriel était inflexible et sans cœur pour ce joli et amical rayon de soleil.
Toute sa pensée était absorbée par un vilain ennemi qu'il tenait entre le pouce et l'index de sa main droite.
Cet ennemi était tout simplement une demande d'argent, sous forme de lettre, adressée au jeune homme par un marchand de chevaux réclamant, avec une certaine insistance, le paiement d'un attelage gris pommelé fourni, il y avait déjà plus de deux ans. Cette sommation contrariait d'autant plus Gabriel qu'il avait justement médité le projet, depuis deux jours, d'acheter au même marchand une paire d'alezans qui lui souriaient extraordinairement.
Peu de gens ignorent comment sont conçues les lettres de créanciers demandant leur solde. Mais, en raison de?
L ONCLE AUX COTELETTES. loi)
temps où Ton se trouvait — en 18/j8 — la lettre du marchand avait un caractère particulier. Nous la citerons donc :
« Monsieur,
» Non seulement, je ne puis vous livrer la paire de » chevaux que vous m'avez achetée, hier, que contre » espèces ; mais encore je me vois dans l'obligation de » vous prier de me faire remettre immédiatement les » 2,400 francs, prix de deux pommelés que je vous ai » vendus en 1846.
» Vous excuserez mon importunité, monsieur ; mais » nécessité fait loi, et vous n'ignorez pas qu'en ce temps- » ci, l'argent a doublé de valeur, tant il est rare. — Le » peu qu'on parvient à rassembler fait grand bien ; et il » ne m'est plus possible d'ouvrir de crédit à personne, » pas même à vous.
» Agréez, etc. »
On verra plus loin pourquoi nous tenions à citer cette lettre.
Depuis un quart d'heure que Gabriel l'avait reçue, il était en proie à une vive agitation qui se traduisait par une locomotion exagérée. Sa préoccupation la plus grande était moins l'argent qu'on lui demandait, que le décès de son crédit dont on lui faisait part.
Gabriel lui était reconnaissant de tant de choses à ce crédit , depuis qu'il avait entrepris de briller sur cette scène du boulevard, — qui commence à la Chausséed'An tin, pour finir à la rue Richelieu !
440 LE MÉDAILLiEtt.
Durant qu'il se livrait à toutes sortes d'oraisons funèbres, sur les vertus privées et publiques du Crédit , entra un de ses camarades. Gabriel, pour tout bonjour. lui tendit la lettre du marchand.
— Ah ! s'écria celui-ci, le Crédit est un mot qu'il faut empailler désormais. Il a vieilli tout d'un coup, et est tombé en désuétude. C'est à peine si quelques rares personnes trouvent moyen d'en faire usage, autrement que pour se lamenter, tandis que jadis il était la joie de tout le monde.
— C'est bien vrai ! soupira Gabriel
— Il n'y a donc pas, — reprit l'autre, dans l'antique parler de Rabelais, de Montaigne, de Villon et de quiconque de nos vieux poètes et de nos vieux prosateurs, un mot qui soit plus énigmatique et plus recouvert, à cette heure, de la mousse des âges, lui qui hier encore était si fringant, si pimpant de jeunesse, si brillant d'espérance, si séduisant de sourires! Hélas! que voulezvous ! les plus belles choses de ce monde, que l'on aimerait tant à savoir éternelles, durent-elles souvent plus que l'espace d'un matin ! — sans compter les roses de Malherbe.
La mort respecte-t-elle la beauté, l'esprit, le courage, l'intelligence, la grâce? la jeune fille dans l'éclat de ses seize ans? l'enfant à son premier sourire et à son premier regard? l'homme de génie dans la force de son talent? le soldat au milieu de son héroïsme ? le poète à l'aurore de son inspiration? Hélas! vingt lignes d'hélas! non!
1, ONCLE MX COTELETTES. • \b\
Ainsi en advint-il du Crédit. Il tomba un beau jour ou plutôt un vilain jour, au moment où l'on ne s'y attendait pas, fauché à son printemps qui fleurissait depuis si longtemps, qu'il n'y avait aucune raison de ne pas croire qu'il se conserverait jusqu'à la fin des siècles !
Cette vieille jeunesse, — la plus verte et la plus gailjarde qu'on ait jamais rencontrée, à ce point que le crédit ne parut jamais à personne avoir plus de seize ans, — tant étaient blanches ses dents, roses ses lèvres, animés ses regards; — tant il tendait de pièges aux moins sensibles avec toutes ses grâces! — cette vieille jeunesse, dis-je, qui datait de la création du monde, s'est fanée, délabrée fout d'un coup ! Les grâces se sont évanouies, les regards se sont éteints, les lèvres se sont racornies, les dents sont tombées; la paralysie est venue ! Puis un malin l'apoplexie foudroyante s'en est mêlée, et le Crédit, ce bel enfant de deux mille et quelques années, a disparu comme s'il se fût agi tout simplement d'un centenaire vulgaire pour qui l'heure suprême sonne, enfin, à l'horloge des Tuileries de l'Eternité.
Le Bossuet du Crédit essoufflé de sa longue tirade, s'essuya le front.
— Eh bien ! — demanda-t-il — comment trouvezvous mon oraison funèbre ?
— Parfaitement exacte, répondit Gabriel. Mais ce qui jn'indigne le plus c'est que ce misérable Crédit en mourant, ne m'ait pas fait son héritier.
— Il a déshérité tout le monde, répondit l'autre.
I 52 • LE MÉUAILLIER.
— C'est un crétin.
— A présent qu'il n'existe plus, nous avons le droit de le dire. — De son vivant les créanciers et les fournisseurs l'ont assez mal traité pour que, après sa mort, nous qu'il a fait vivre, nous soyons autorisés à le vilipander de s'être laissé mourir !
— Cependant pouvez-vous me donner un conseil dans la situation où je me trouve ?
— Un conseil ! mon ami ; demandez-moi plutôt deux services ! — J'ai des scrupules horribles à l'endroit des conseils.
— Pourquoi? — fit Gabriel.
— Parce que c'est la chose dont on a le plus besoin dans ce monde, qu'on demande le plus, il est vrai ; mais que l'on suit le moins possible. Aussi ne faut-il pas se méprendre sur le sens de cette phrase extrêmement usitée dans la langue française et dans le cours de la vie : — « Donnez-moi donc un conseil, je vous prie, sur tel » ou tel ou tel point qui m'embarrasse ou m'intéresse. »
Voici la traduction exacte et pratique de cette phrase sacramentelle :
« Dites-moi, je vous prie, ce qu'il ne faut pas que je » fasse ; car j'en veux agir à ma tête. »
Vous allez voir, mon cher Gabriel, continua le Labruyère en gants blancs, comment il est tout naturel qu'un homme soit excusable de ne pas suivre un conseil qu'il cherche.
— Voyons un peu cela, — fit Gabriel.
LONCLB AUX COTELETTES. 14.")
— Généralement, reprit le moraliste frisé, on ne s'adresse à ses semblables pour avoir un conseil que quand on a fait quelqu'énormité, et qu'on se trouve enfoncé jusqu'au cou dans le macadam de la sottise. Le plus souvent alors il n'est plus temps de revenir sur ses pas sans forfaire à l'honneur, ou sans manquer à toutes les convenances. On est soi-même meilleur juge que qui que ce soit en pareil cas. On se garde bien de demander conseil avant d'entamer la sottise, par cette raison qu'on répugne à rendre les autres confidents de sa faiblesse, et aussi parce qu'on ne veut pas s'avouer moins sage que ceux à qui l'on s'adresse. D'où je conclus qu'il est aussi parfaitement inutile de demander des conseils que superflu d'en donner.
— Entre amis, cependant, — objecta Gabriel.
— Entre amis ! — s'écria le philosophe en bottes vernies — c'est bien pis encore ! Ecoutez cet apologue historique. — Il m'est arrivé une fois d'être consulté par un jeune fou sur un cas très grave. Il ne s'agissait de rien moins que de ceci : — il avait séduit une jeune fille et avait engagé des sommes considérables. — Lorsque le jeune homme en question m'accosta par cette phrase consacrée : « Donnez-moi un conseil, je vous prie, » je me rappelai la définition que j'en ai donnée plus haut ; et avec la très sérieuse intention de sauver ce pauvre diable du mauvais pas où il s'était fourré, je lui donnai un abominable conseil, bien convaincu qu'il ferait le contraire de ce que je lui disais. — Vous avez séduit
14 5 LE MÉDAlLLIEft.
une jeune fille honnête, candide, et qui ne savait ce qu'elle faisait ? parbleu ! abandonnez-la, et que son enfant devienne ce qu'il pourra. Vous avez fait des dettes, souscrit des effets, engagé la signature de deux ou trois de vos amis? Rien de plus simple ; ne payez pas vos dettes, et que vos amis s'en tirent comme ils pourront.
Tel est le conseil que je lui donnai, et pour la première fois il se trouva qu'un conseil fut suivi de point en point. C'était jouer de malheur ! Et quand toutes les tribulations que je voulais lui épargner furent arrivées ; il s'excusa en disant : — C'est la faute de un tel. Je me suis adressé à lui comme un homme raisonnable, et j'ai fait ce qu'il m'a conseillé. — En sorte que ce fut moi qui endossai tous les désagréments de l'affaire.
— Au diable les moralistes ! — s'écria Gabriel err froissant la lettre avec dépit.
— Au bout du compte, fit l'ami aux sermons— qu'estce qui vous tourmente donc si fort dans cette réclamation d'un créancier? Il vous demande de l'argent ?
— Parbleu ! En avez-vous connu qui aient l'habitude d'en offrir î
— C'est rare. Eh bien! il vous en demande, vous n'en avez pas, ne lui en donnez pas.
— C'est bien c<> que je ferais si je n'avais pas envie d'une paire d'alezans dorés superbes qu'il ne veut pas më livrer.
— Il faut la lui prendre à crédit.
L'ONCLE AUX COTELETTES. 445
— Mais puisqu'il n'y a plus de crédit pour personne.
— Il y en a encore pour ceux qui paient. — Combien vous réclame votre marchand de chevaux ?
— Deux mille quatre cents francs.
— Avez-vous douze cents francs ?
— J'en ai même quinze cents.
— Envoyez-lui-en douze cents.
— Jamais ! — s'écria Gabriel en prenant une pose tragique. — Je sais trop ce qu'est un créancier à qui l'on donne des à-compte. C'est une sangsue que l'on se pose sur les veines. J'aime mieux devoir toujours les 2,400 francs que d'en payer la moitié.
— Aussi vous proposé-je de vous acquitter complètement.
— Comment cela ?
— Avec les 1,200 francs que voilà bien rangés en piles d'écus.
— Je ne vous comprends pas.
— Asseyez-vous à votre table, prenez une plume, du papier, et écrivez sous ma dictée.
Gabriel obéit machinalement.
— Vous n'avez pas de remords de laisser partir vos 1,200 francs?
— Non, s'ils peuvent solder les huit sabots gris pommelés en question, par un procédé que je ne connais pas encore, et surtout s'ils peuvent me faire obtenir les huit sabots alezans dont je suis altéré au-delà de toute expression.
— Un marchand à qui l'on solde un compte, vous en ouvre tout de suite deux, reprit l'ami. C'est de rigueur. Le grand malheur est de ne pouvoir pas toujours régler le premier. Vous aurez donc vos deux alezans. Quant à mon procédé, il est nouveau ; et c'est votre marchand de chevaux qui l'a trouvé lui-même. Il est donc évident qu'il s'y laissera prendre. — Ecrivez.
— Je suis prêt.
L'ami de Gabriel ayant sous les yeux, la lettre du marchand de chevaux, dicta le billet suivant : « Monsieur,
n Vous me réclamez le solde d'un vieux compte, mon- » tant à deux mille quatre cents francs. C'est de toute » justice. Ci-joint deux cent quarante pièces de cinq » francs à l'effigie de la République. En tout autre temps » cela n'eût fait que douze cents francs ; mais vous » venez de m'apprendre fort à propos que, à l'époque » où nous vivons, l'argent a doublé de valeur. — Par- » tant le double de douze cents francs étant deux mille » quatre cents francs, veuillez m'envoyer une facture » acquittée.
« J'ai l'honneur, etc. »
— Eh bien ! que dites-vous de mon arithmétique ?
— Ce serait admirable, si cela réussissait ! Quoi que ce soit peu honnête...
— En pouvez-vous douter ! Essayez.... Quant au côté honnête du la chose, il est bien entendu qu'il s'agit d'une mesure provisoire...
l/ONCLE AUX COTELETTES. \lfi
Gabriel essaya,... et son groom revint une heure après7 avec un reçu attelé de deux alezans.
— Le Crédit n'est donc pas mort et enterré ! — s'écria Gabriel.
— Il vivra toujours pour ceux qui auront de l'argent, murmura l'ami de Gabriel.
— Mais il ne me reste plus que cent écus à présent
— Oui ; mais il vous reste votre oncle....
— C'est vrai ! — fit Gabriel.
— Et la gloire d'avoir été plus malin qu'un marchand de chevaux. C'est quelque chose.
— C'est encore vrai ! ajouta Gabriel. — Il n'y a jamais à désespérer de la France !
Gabriel avait en effet un oncle , de l'espèce la plus coriace. C'était un frère de sa mère. Cet oncle avait gagné une fortune considérable dans le commerce de la bonneterie. Et il avait en quelques années triplé cette fortune par un procédé assez connu : — l'avarice. Le bonhomme était avare comme trois oncles ordinaires. Pendant un temps, Gabriel et son oncle avaient demeuré dans la même maison. Le neveu occupait un premier étage splendide ; tandis que l'oncle, fidèle à ses habitudes, chenillait dans un trou, appelé chambre, au sixième audessus de deux entresols au moins. M. Piclet (ainsi il
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s'appelait), de son plein gré n'accordait que douze mille francs de pension à Gabriel qui, pourtant, menait un train de millionnaire. Il suppléait au reste de la manière que l'on devine assez. Les fournisseurs ordinaires et extraordinaires savaient Gabriel l'héritier unique de M. Piclet, et ils se payaient de cette monnaie — sauf à s'y prendre de temps en temps comme l'avait fait le marchand de chevaux. Mais un moment de presse excuse tout.
L'oncle Piclet était — ai-je dit — d'une avarice pyramidale , mais qui avait un certain côté original comme on va le voir par les deux traits suivants. — Gabriel qui vivait bien et à toutes écluses lâchées, doonait fréquemment à diner et à souper. Piclet le savait parfaitement. Aussi flairait-il ces occasions ; et le matin, il descendait à quatre pattes dans la cuisine.
— Eh bien ! mon garçon, disait-il au chef, — il y a donc gala chez le fou, aujourd'hui ?
— Dam î monsieur, répondait le cuisinier, il faut bien que l'on vive.
— Le diner est-il bien ? quel est le menu ? Alors le cuisinier le lui détaillait.
— Oh ! oh ! s'écriait le bonhomme , mais c'est de l'extravagance, cela! comment tant de plats d'entrée! tant de rôtis !
Et tout en causant ainsi, le Piclet fourrait dans ses poches, quelques côtelettes, un faisan, du gibier, un peu de tout, depuis le vin jusqu'au dessert, et remontait chez
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lui. Il dinait ainsi tous les jours, sans dépenser un rouge liard.
Pour le tailleur il en était de même. Il le guettait sur l'escalier, et le faisait entrer chez lui
— Combien de pantalons apportez-vous à mon neveu ? C'était toujours cinq~ ou six pantalons, deux ou trois
habits, et une quantité innombrable de gilets.
Le bonhomme comptait, examinait, puis choisissait, prenant un pantalon, un gilet ou deux, et allait échanger le tout chez un marchand de vieux habits.
Un jour que l'oncle Piclet avait refusé à Gabriel une misère d'argent, sous prétexte qu'il en dépensait trop et qu'il allait se ruiner, celui-ci crut se rendre maître de la situation en faisant allusion aux larcins dont Piclet se rendait coupable.
— On me vole mes comestibles — s'écria-t-il — toutes les fois que je donne à diner; — ce qui me fait double dépense. — Et quand mon tailleur m'apporte quelques vêtements, je ne trouve jamais mon compte ; il prétend qu'il y a dans les escaliers des broussailles auxquelles s'accrochent mes pantalons et des fantômes qui se drapent dans mes gilets. Comment voulez-vous, mon oncle, que tant de côtelettes et tant de gilets disparaissant de chez moi, ne finissent pas par me ruiner !
L'oncle Piclet comprit qu'il était découvert; et ne pouvant résister à tant d'humiliation, il refusa l'argent et s'en alla loger à un autre bout de Paris, rue des Postes. Comme les vieux Parthes qui, en fuyant, lan-
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çaient une flèche mortelle à leurs ennemis, Piclet, en se retirant, fit battre la retraite à deux mille livres sur les douze mille qu'il donnait annuellement à son neveu , afin de se rattraper sur les côtelettes et les gilets que son avarice ne pouvait plus filouter à ce pauvre jeune homme.
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L'oncle Piclet, quoiqu'il estimât à deux mille livres le nombre de côtelettes et de gilets qu'il consommait dans îe ménage de son neveu, n'était pas, à vrai dire, le ventre le plus affamé de la maison. Cet honneur revenait de droit, d'abord au cocher, qui était plus porté sur l'avoine qu'il ne convient généralement à un homme, peut-être même à un cheval, — et ensuite au cuisinier, qui avait la bosse de l'exagération à l'endroit des fricandeaux et des filets. Il faut même dire qu'il n'y avait pas le moindre rapport entre la prodigalité qu'il affichait pour ces deux espèces de plats dans ses comptes-rendus de dépenses, et la réserve qu'il apportait à les servir sur la table de son maître.
Gabriel, comme bien on pense, n'avait jamais eu l'idée d'apurer le budget de son Vatel. — Il ne pouvait pas croire qu'un autre que son oncle put abuser de la côtelette à ce point. Une fois, cependant, dans un de