‹ Le médaillierChapitre 21 sur 24 · ULRIC ET HENRI. M · texte numérisé non relu

ULRIC ET HENRI. M

lesquels nous éclairaient tantôt le visage seulement , tantôt toutes les parties du corps, il y avait quelque chose de fantastiqne , peut-être d'imposant et de solennel.

A mesure que le temps marchait, nous nous enfoncions dans les défilés des rêves creux. Aucun de nous n'osait ouvrir la bouche de peur d'éveiller son voisin. Il semblait qu'une parole échappée à l'un de nous fût tombée dans le vide et n'eût pas rendu d'écho. Bien mal avisé le visiteur importun qui fût entré alors, apportant quelque propos banal de rue, d'alcôve ou de salon !

Nos imaginations étaient montées à ce diapason d'extravagance qui donne au fauteuil où l'on est assis la forme d'un nuage, emporté par le vent dans le pays des fantaisies et des chimères... Encore deux heures de cette ivresse de l'esprit, de ce silence profond, de ces rêveries étranges, et je crois que nous aurions touché les bords de la folie.

Henri rompit ce silence, cependant — Il le fit d'ailleurs en des termes conformes à cette mise en scène.

— Pardieu ! dit-il tout à coup en se soulevant de dessus un matelas de coussins où il s'était couché au beau milieu de la pièce — notre vieil ami Bertrand ne pouvait choisir pour se faire enterrer, un jour plus à mon gré que celui-ci !

472 LE MÉDA1LLIER.

Tout d'abord, ces paroles ne produisirent aucun effet sur nous, Nos regards se tournèrent ducôté d'Henri, et tout fut dit. En l'examinant, je remarquai des larmes dans ses yeux. Il était très pâle et suivait avec une attention toute particulière les caprices d'une petite langue de feu qui sautillait, alors, sur le fond d'une des tapisseries de la chambre, enluminant dans une demi-teinte les traits d'une sorte de démon fantastique, et lui faisant des expressions de visage extraordinaires.

— Que veux-tu dire ? — demandai-je à Henri.

— Ah ! reprit-il en poussant un long soupir, ce jour est pour moi un lugubre anniversaire qui s'encadre parfaitement dans la tristesse que la mort du vieux Bertrand a jetée dans mon âme.

— Un anniversaire?

— Oui — continua Henri— un anniversaire étrange. Vous ne savez pas — fit-il en se levant tout à fait — cet épisode froudroyant de ma vie? — Il faut que je vous le raconte. Le voulez-vous ?

Le cercle se resserra autour d'Henri.

— En 1823, dit-il, ma famille avait résolu de m'envoyer faire un voyage en Allemagne. C'était une ambition qui me poursuivait depuis ma sortie du collège. Le

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