LK MAJOR PASCAL
Il était rare que Pascal rentrât chez lui sans rapporter dans ses poches, sous son bras, ou sur le dos d'un commissionnaire, quelque édition rare d'un ouvrage, une toile, une gravure ou tout autre objet d'art, — quand ce n'était pas bronzes antiques, gravures, toiles et livres à la fois.
Jamais il ne manquait de me montrer, avec une joie d'enfant, chacune de ses nouvelles acquisitions, qui devenait toujours le sujet de quelques explications historiques ou scientifiques d'un haut intérêt. Après quoi il employait la jeunesse, la force et l'agilité de mes bras à accrocher les tableaux, à loger les livres et les gravures sur un rayon haut de la bibliothèque.
Un jour mon parrain sortit de grand matin pour assister à la vente d'un médaillier célèbre. 11 s'était promis mille jouissances à l'avance, et avait bourré d'argent ses poches, prévoyant une rude concurrence sur quelques pièces rares et d'une grande valeur historique.
Mais je ne fus pas médiocrement surpris de le voir rentrer, presque aussitôt après qu'il eut quitté la maison, le visage bouleversé, les lèvres blêmes et tremblantes, les yeux hagards et blessés par le passage de ces larmes
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sèches qu'on s'efforce de retenir et qui brûlent les paupières. Au geste qui échappa à Pascal en ouvrant la porte du cabinet, je compris tout de suite que ma présence le contrariait vivement.
Je courus à lui au moment où il se laissait tomber clans son large fauteuil. Il essuya son front couvert de gouttes de sueur, bien que nous fussions en plein hiver.
— Seriez-vous indisposé ?— lui demandai-je du même ton de sollicitude et avec la même émotion que l'eût fait un fils.
— Non... non... aucunement.
Et de la main il m'écarta doucement, mais avec persistance.
— Cela n'est pas possible, — repris-je, — car vous êtes pâle, et votre voix est altérée. Voulez-vous que je vous prépare quelque chose à boire?
— Je n'ai besoin de rien, — répondit Pascal avec une brusquerie qui m'étonna de sa part.
— Si vous n'êtes pas souffrant, — continuai-je, — vous éprouvez certainement une vive contrariété. Je ne vous ai jamais vu dans un pareil état. Etes-vous arrivé trop tard à la vente? Avez-vous été déçu dans vos espérances? Vous a-t-on distancé dans les prix ?,..
— Au diable le questionneur ! s'écria-t-il en m'interrompant. — Je n'ai rien, mon Dieu! absolument rien ! Je suis ainsi, parce que... je suis ainsi, sans motif, sans...
ïl voulut alors se lever du fauteuil ; mais un tremble-