HYGIÈNE
Comme en attaque, l'hygiène perd, par la force des choses, la plupart de ses droits el de ses moyens dans la guerre de mouvement.
Un des rares points auxquels on puisse utilement s'appliquer est la question de l’eau.
Lors du recul allemand de 1917, la note 5851/5, du 1® avril 1917, G. Q. G., prescrivait que le prélèvement de l’eau serait fait par le Service de Santé de bataillon, puis envoyé au G. B. D. pour examen. A cet effet, chaque médecin de bataillon faisait emporter deux bouteilles vides. Celles-ci, remplies au point d’eau rencontré, élaient envoyées à l’agent de liaison du G. B. D., près le médecin-chef du régiment, lequel échangeait les bouteilles pleines contre deux vides et faisait suivre les premières, munies d’une fiche indiquant lendroit de prélèvement, jusqu'au laboratoire de toxicologie.
Là le procédé d'examen bactériologique le plus rapide que nous avons actuellement (je veux parler de celui de M. le Docteur Rochaix, de Lyon) demande encore 48 heures.
Or, on sait que, pendant l’attaque, comme dans la œuerre de mouvement, un des premiers besoins à satisfaire chez l’homme de troupe est la soif ; il faut lui permettre de l’étancher le plus rapidement possible. Il semblerait excellent, ici surtout, de doter le pharmacien régimentaire d’un matériel portatif pour une analyse sommaire, Ce pharmacien, venant sur la
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demande du médecin de bataillon, déterminerait ainsi sur place les points d’eau dont peut immédiatement user la troupe. L'envoi des bouteilles de prélèvement pourrait ensuite être également fait au G. B. D. pour un examen bactériologique complet, et servirait pour les indications à donner aux services d’arrière qui se succèderont sur le terrain.
Comme nous venons de le voir, le contrôle bactériologique des eaux pour les armées en campagne, si rapides que soient certaines méthodes employées, demande toujours au moins 48 heures. Or, il est de toute nécessité que Le médecin de bataillon ou le médecin de régiment puisse en quelques instants avoir une probabilité suffisante, sinon une certitude absolue, sur la qualité de l’eau. Seules des méthodes chimiques le permettent.
Sans doute une méthode rapide, applicable avec un matériel réduit et devant être exécutée en quelques minutes, donnera des renseignements incomplets. Ils seront cependant suffisants pour éviter des eaux très contaminées.
MÉTHODE D'EXAMEN IMMÉDIAT DE LA POTABILITÉ DES EAUX (D° Rochaix)
M. le Docteur Rochaix, chargé de cours à la Faculté de Lyon, a bien voulu nous venir en aide, et voici le résultat des recherches qu'il a faites à ce sujet :
Le matériel nécessaire pour appliquer sa méthode, que nous allons proposer, est facilement transportable dans une saccoche ou une caissette, et le pharma-
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cien du régiment pourra, au bout d’un quart d'heure à vingt minutes, donner son appréciation sur l’eau. Certains auteurs veulent apprécier une eau exclusivement par la présence ou labsence de nitrites. Cette recherche est insuffisante. Sans doute, une ean qui renferme des nitrites doit être rejetée, mais la réaction négative n'implique pas nécessairement la potabilité de l’eau. On rencontre fréquemment des caux fortement souillées, exemptes de nitrites. M. le Docteur Rochaix estime qu’il faut rechercher un minimum de plusieurs éléments caractéristiques, et c'est de l’ensemble des résultats qu'on pourra tirer une conclusion. Sans doute cette conclusion ne. pourra être qu'approximative et provisoire. Elle permettra en tous cas au soldat d'éviter l’absorption d'une eau fortement souillée.
Les déterminations que l’analyste effectuera seront les suivantes ‘:
:° Dosage des chlorures avec la solution décinormale d’'azotate d'argent, suivant la méthode classique. Comme on sait, une eau renfermant de 8o à 160 milligrammes par litre de chlorures en Na CI. est suspecte (Conseil supérieur d'hygiène de France).
>° Recherche de lammoniaque. — Elle ne se fera pas par la méthode ordinaire de Nessler. Cette méthode ne donne aucun résultat, si l’on n’a pas sois de décalcifier l’eau. Il vaut mieux employer le procédé de Trillat et Touchet à l’iodure d'azote. Dans un tube à essai on met 20 à 30 centimètres cubes de l’eau à analyser ; on ajoute 3 gouttes d’une solution
RANGS d'iodure de potassium à 10 p. 100 et 2 gouttes d’hypochlorite alcalin (eau de Javel du commerce) ; ilse produit, en présence des sels ammoniacaux, une coloration noire due à la formation d’iodure d'azote.
On pourra doser colorimétriquement par comparaison avec des tubes contenant des quantités connues d’ammoniaque et qui seront préparées d'avance dans des tubes scellés.
L'eau de Javel s'altère assez rapidement dans des flacons ordinaires. Il faut garder cette solution dans de petits tubes capillaires, scellés à la lampe. Au moment de l'emploi, il suffit de briser les deux extrémités du tube et le réactif coule goutte à goutte. La solution d’iodure de potassium est conservée de la même façon.
L’analyste peut ainsi emporter un certain nombre de ces petites ampoules dont les solutions, même après plus de quatre mois, seront restées parfaitement intactes. L’ammoniaque à la dose de 2 milligrammes par litre indique que l’eau est mauvaise (Conseil supérieur d'hygiène de France).
3° La recherche des nitrites se fera par la méthode de Griess. Une eau potable n’en renferme pas.
4° La recherche des nitrates se fera au moyen d'une solution sulfurique de diphénylamine, dans de petits couvercles en porcelaine. Des traces même notables peuvent être tolérées ; mais si la réaction est intense, coïncidant surtout avec une forte dose de chlorures, l’eau doit être rejetée.
Des contrôles avec des analyses chimiques plus étendues et des analyses bactériologiques montrent