II
y a de certain, est que vous prodiguez l'injure à îa femme la plus sage comme la plus inoffensive, et que la calomnie a seule ternie à vos yeux. Croyez-moi, jeune homme, plaignez-la, et ne l'insultez pas.
— Hélas! c'est que vous ne savez pas tout ce que celte perfide m'a fait endurer de douleurs; vous ne savez pas que je l'aimais d'amour extrême , qu'elle disait m'aimer aussi, qu elle allait être mafemme,que pour nousunir le prêtre nousaltendait à l'autel, el que la perfide m'a lui , abandonné sans pitié, pour courir se faire l'épouse d'un homme infâme, d un Brizard, d'un chevalier d'industrie qui a fait d'elle, elle ! jadis jeune fille modeste et pure, une solliciteuse éhontée, payant de ses caresses la
faveur, la complaisance des grands, et aujourd'hui devenue la maîtresse du roi.
— Erreur, vous dis-je ; seriez-vous par hasard de ces gens qui, n'accordant aucun pouvoir, aucun ascendant à la vertu, se plaisent à ne voir que le prix du vice dans la récompense accordée au mérite et à l'honneur? interroge froidement l'officier.
— Dieu m'en garde ! mais, ici, c'est en vain que vous vous efforcez, monsieur, de vouloir justifier à mes yeux une femme dont le déshonneur est public et qui a perdu l'estime de chacun.
— Et moi je vous dirai, jeune homme,
qu'il ne faut jamais se fier aux apparences, et que toutes celles qui accusent madame Brizard sont fausses, cent fois fausses!
— Hélas ! que n'est-ce vrai !
Corbleu- me presnez-vous pour un menteur ou une dupe? Non, non I apprenez, en plus, que cet esprit d'intrigue qui vous fait si mal augurer de la conduite de Denise, et s'harmonise si peu avec ses goûts et son caractère, que toutes ces démarches, faites par elle, auprès des princes et des seigneurs, lui sont cruellement imposées par son mari, le plus lâche et le plus honteux des hommes; que la pauvre femme forcée d'obéir, de courber la tête sous un