‹ Le médecin de la cité (volume 2)Chapitre 6 sur 11 · ISI · texte numérisé non relu

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joug im[)iloyable, se meiirl, chaque jour, de douleur et de honte.

— S'il en était ainsi, ne se servirait-elle pas de la puissance que lui donne sa beauté auprès des grands, pour se soustraire aux caprices et aux exigences honteuses de son mari? Est-il au monde une puissance assez torte pour contraindre une femme à s'avJlir ainsi que le t'ait cette malheureusr, si son cœur était resté fidèle à la vertu et à l'honneur?

— Je sens toute la force de ce dernier argument, et cependant, quelle n'est pas celle que peut exercer la volonté d'un sacripant, d'un misérable tel que Laridon, sur l'esprit d'une aussi faible créature que

Denise, envers laquelle cet indigne époux ne manque sans doute pas d'employer la menace et l'injure pour la soumettre a ses caprices.

— Croyez-moi, monsieur, pour que Denise ait renoncé aussi subitement a ses amours, à moi, qu'elle disait aimer ; pour s'être fait la femme d'un Brizard Laridon, et avoir, dans cette union, accepté la honte et le malheur, il faut qu'il y ait eu entre son époux et son père un secret terrible que je ne puis comprendre, et duquel Denise paie le silence de toute sa lâche soumission.

— Alors, dans cette affaire ténébreuse que vous supposez, la fille serait donc au-

tant engagée que le père, puisqjie, après avoir tenté un homicide sur son gen-lre, le docteur Minard, dont on n'entend plus parler, a été forcé de quitter subitement la Krance et que sa fille, restée seule, est encore contrainte d'obéir au maître qu'elle s'est donné, quoique son père expatrié, n'ait plus rien à redouter de la vengeance du mari ? Oh ! croyez-moi, monsieur de Courvale, rien autre que l'effroi qu'inspire lîrizard à sa femme , ne fait agir cette pauvre créature qui^ contrainte d'obéir, s'est efforcée de conserver sa vertu au milieu du vice et y a réussi, j'ose vous l'affirmer.

En réponse à ces dernières paroles, Anlonin remua la tête en signe d'incrédulité,

puis il se leva aussitôt pour quitter le vieil officier, lequel ne se tenant pas pour battu, s'engagea à ramener, par des preuves, Antonin à de plus honorables sentiments sur le compte de Denise, et le congédia en lui promettant sous peu d'heureuses nouvelles, puis de s'occuper activement des recherches concernant le sort d'Anatole Montigny.

A peine le jeune homme eut-il quitté la demeure de notre officier, que ce dernier, après avoir pénétré dans une chambre mitoyenne de celle où venait d'avoir lieu son entretien avec Antonin, se présen ta respectueusement devant Denise qu'il retrouva noyée de larmes et affaissée sur

un siège, après l'avoir quiltée une heure auparavant pour aller recevoir le jeune baron de Courvale.

Liberté.

Le jour venait de se lever sur la ville de Paris, comme on ouvrait discrètement une porte étroite et basse de la Bastille, le pont-levis de la forteresse s'abaissa et un jeune homme à la figure souriante s'élança

vif et joyeux de i'horrible prison dans la bruyante ville.

— Soleil, je te revois donc enfin, après huit mois de captivité • salut, astre divin ! salut, ô liberté chérie et tant désirée de mon cœur! En disant ainsi, notre jeune homme, ou autrement direAnatole de Montigny, se dirigeait d'un pied léger vers la rue du Pas-de-la- Mule, dans laquelle il atteignit la porte de l'hôtel qu'il habitait avant sa captivité, pour s'empresser d'y frapper à coups redoublés, sans penser qu'il n'était encore que quatre heures du matin et que tout reposait dans ladite demeure dont le concierge éveillé en sursaut vint, après quelques minutes d'attente, lui ouvrir la porte. Cet homme, en reconnais-

sant Montigny, recula de surprise et se frotta les yeux.

— Quoi! André, ne me reconnais-tu pas?

dit le jeune homme en riant et tout en pénétrant dans l'hôtel.

— Pardon , seigneur Montigny, mais d'où venez-vous depuis huit mois, et quoi vous amène ici à pareille heure ?

— Parbleu, je viens reprendre possession de mon appartement, de tout ce qu'il renferme et m'appartient.

— Votre appartement, bon Dieu • il y a

longtemps qu'un autre l'occupe à votre place ; enfin, depuis que vos créanciers, vous croyant mort, ont fait vendre vos meubles, vos effets, tout ce que vous possédiez, afin de s'en partager le prix.

— Ah! ah! les faquins ont fait cela; ils mériteraient, pour semblable larcin, que j'allasse lesrouer decoups... De cette façon, je n'ai plus rien à faire ici ?

— Dame ! à moins qu'il ne vous plaise d'entrer vous reposer un instant chez moi, dit fort obligeamment le concierge.

— Merci, merci, mon brave, car avant que ma famille n'ait appris. ma résurrec-

lion et qu'elle m'ait envoyé des secours, il me faut aller au plus tôt de par la ville, demander l'hospitalité à mes anciens amis que Dieu, je l'espère, aura préservés de la liastille.

Quelques mots encore et Montigny se remit en marche pour s'arrêter presque aussitôt au milieu de la Place-Royale où il se mit à réfléchir auquel de ses amis il donnerait ce jour, la préférence pour le secourir dans le pressant besoin où il se trouvait.

— Au premier venu ! décida le jeune homme en se remettant en marche.

— Mille Dieux î serai-je donc forcé de mendier mon pain et découcher à la belle

étoile ' s'écriait Montigny, brisé par la fatigue, mourant de faim, huit heures après sa sortie de prison, et avoir parcouru tout Paris sans retrouver une seule de ses anciennnes connaissances, qui toutes avaient quitté Paris ou changé de demeure. Et comme le hasard l'avait amené sur le boulevart du Temple, l'aspect d'une maison lui fit se souvenir d'Estelle , la danseuse chez qui, quelques jours avant son arestalion, il avait passé une joyeuse soirée avec Antonin. Là-dessus, Montigny d'aller frapper à la porte de la danseuse et de compter une déception de plus en apprenant qu'Estelle n'habitait plus cette demeure depjiis quatre mois, qu'elle avait trouvé un riche entreteneur dans un seigneur de la cour. Montigny, fort contrarié par cette nouvelle aventure, allait donc se retirer,

lorsqu'une jeune temmCj dont le minois ne lui semblait pas étranger, après être entrée dans ia maison s'arrêta devant lui et se mit à sourire en manière de connaissance.

— Eh parbleu ! je ne me trompe pas, c'est la gentille Manette, la fleur des danseuses de notre boulevart.

— Et vous le généreux et joyeux Monligny, 1 ex-amant de mon amie et camarade Estelle, répondit la jeune temme.

— Lui-même, ma toute belle, qui,' ce

matin sorti de la Bastille, où, sur l'ordre

du Roi et sans qu'il sache pourquoi , on le retenait injustement, venait ici reirou-

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