HYGIÈNE
L’hygiène est l’art de conserver la santé. L’hygiène embrasse la nature entière et toutes les connaissances humaines. Conserver la santé, n’est-ce pas là l’objet de tous les efforts des hommes? La connaissance des agents physiques n’est utile qu’ autant qu’elle conduit à apprécier l’influence de ces agents sur l’économie animale ; les travaux des chimistes doivent, pour mériter notre attention, produire le même résultat. La botanique, l’anatomie, la physiologie, et généralement toutes les sciences naturelles, n’obtiennent notre estime qu’autant que leurs nobles efforts nous font connaître l'homme et les objets divers qui peuvent lui être utiles. Les sciences n’auraient plus pour fin qu’une stérile curiosité, si elles n’avaient sur la santé de l’homme les plus fécondes
applications. Ce que je dis des sciences s’applique plus distinctement encore aux arts mécaniques. La plupart n’ont pour objet que la conservation de la santé; les arts de luxe, qui rendent la vie plus commode ou plus agréable ne sont pas non plus sans influence sur elle. L’architecte nous garantit de l’intempérie des saisons : les divers artistes qu’il met à contribution doivent être considérés comme concourant au même but. Les ouvriers sans nombre qui nous habillent, qui nous chaussent, nous préservent aussi des effets multipliés des vicissitudes de l’air. Ceux qui sont chargés de pourvoir à notre nourriture, les négociants qui mettent à contribution les productions de toutes les parties du monde, en un mot la classe entière des citoyens utiles, ne travaillent en dernière analyse que pour l’entretien de la santé. L’influence que les beaux-arts exercent sur la plus noble partie de l’homme, sur les sens et l’intelligence, doit faire placer ceux qui les cultivent au rang des bienfaiteurs de l’humanité. La morale fait aussi partie de l’hygiène, puisqu’elle démontre Futilité de la plupart des vertus : la tempérance, la continence, la modération dans les passions, le calme de l’âme, ne sont-ils pas la base de ses préceptes ? Aussi tout ce qui peut entretenir la santé ou l’altérer est du ressort de cette importante branche des sciences médicales.
La santé, de même que la maladie, étant inconnue dans leur essence même, dans leur nature intime, ce serait se livrer à un travail stérile que de chercher à donner une définition exacte de ces états de l’organisme. D’après M. Royer- Collard, la santé est « une
» proportion définie dans la substance de notre corps , » urï certain mode de relation entre cette substance » ainsi organisée et les agents extérieurs qui sont né- » cessaires pour que la vie se produise et se conserve, » pour que les fonctions s’exécutent de manière à l’en- » tretenir. En dehors de cette limite, en déçà et au » delà, leur excès ou leur défaut amèneront bientôt un » changement dans l’acte vital, et tendront à produire » la dissolution et la mort. » Cette définition qu’on pourrait taxer de prolixité ne manque pas d’exactitude.
On admet habituellement les caractères suivants pour la santé :
1° La santé est un état général de V économie: c’est un caractère qu’on ne saurait contester ;
2° Bans l'état de santé , toutes les fonctions s'exécutent librement;
3° Les fonctions s'exécutent , la vie s'exerce avec un sentiment général de bien être ;
4° Lequatrième caractère nous semble moins important ; il est ainsi imprimé : Il ne faut pas qu'un danger prochain menace d'interrompre le cours de la santé .
Ce danger, étant la plupart du temps inconnu, ne peut, à notre sens, être présenté comme un des caractères de la santé ; nous Ji’ad mettons donc comme bons et vrais que les trois premiers.
Ainsi donc, prise dans l’acception la plus générale, la santé est cet état de l’économie humaine dans lequel toutes les fonctions s’exercent avec régularité. Mais cette régularité dans l'exercice des fonctions, dont on a
fuit la condition de la santé, n’existe jamais d’une ma-* nière absolue. Il suffit, pour qu’on en reconnaisse l’existence, qu’il n’y ait pas de dérangement incompatible avec la conservation de la vie, ou susceptible d’occasionner des souffrances ou un malaise continuel. De plus, chaque individu a en quelque sorte sa santé, c’està-dire un état dans lequel l’action de ses organes a lieu d’une manière plus ou moins étendue. Cette santé individuelle varie en raison d’une multitude de circonstances, et peut exister bien qu’une ou plusieurs fonctions ne s’exécutent pas convenablement.