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MAGNÉTISME ET INFLUENCES SIDERALES

§ 1. — De l'air.

L’action de l’air sur l’homme est de tous les instants, et ce gaz est l’agent le plus indispensable à la vie : respirer 11’est-ce pas vivre T Le bon air fortifie la constitution, le mauvais air la relâche *. le premier est uçe source de santé et de vigueur; le second est le principe de cacochymies et de l’effroyable décrépitude.

Lorsque l’on a intercepté la communication de la mère avec l’enfant par la section du cordon ombilical, l’air, qui jusque-là n’avait été d’aucune utilité au maintien de la vie du jeune être, en devient alors le premier

mobile. La circulation doit prendre un nouveau cours ; le sang doit traverser les poumons et y subir l’influence vivifiante que contient l’air atmosphérique: ce principe, que l’on nomme oxygène, est indispensable à l’entretien de la vie. Il convient donc de choisir, au moment de l’accouchement, tant pour la santé de la mère que pour celle de l’enfant , une chambre spacieuse , élevée , non humide, dont on accommodera la température à la rigueur des saisons, et dont on évitera de corrompre l’air par la réunion de personnes, la présence de fleurs odoriférantes, ou même de plantes inodores, et par tout agent propre à en absorber l’oxygène. Il est également important de ne pas entourer le berceau de rideaux qui maintiennent les vapeurs concentrées, et s’opposent à la libre circulation de l’air ; mieux vaut le couvrir d’un voile en gaze verte ou d’un réseau qui ne donne point accès aux mouches ou à d’autres insectes.

Ces motifs ne deviennent pas moins pressants lorsque l’enfant acquiert de l’âge ; son lit doit être placé de préférence dans une vaste chambre à l’étage ; on doit y entretenir un renouvellement d’air en ouvrant fréquemment les croisées, et en se gardant, autant que faire se peut, de réunir plusieurs lits dans le même apparte ment.

L’air impur est la ruine de la santé des enfants; il produit les affections nerveuses, les convulsions, les maladies lymphatiques. Tissot prétend que le défaut d’air libre est la cause de la grande mortalité de l’enfance.

Les dangers auxquels expose un air corrompu son t d’autant plus grands qu’il y a plus d’hommes rassemblés dans les mêmes lieux ; qu’ils y sont plus immobiles; que

la température est plus élevée et plus uniformément la même ; qu’enfîn il y a moins de propreté, moins de tempérance et moins de force morale. Les faits qui vont suivre démontreront surabondamment quels sont les effets meurtriers d’un air vicié.

Percy raconte que , dans les Indes , 146 prisonniers anglais furent renfermés dans un cachot de 20 pieds carrés, où l’air n’arrivait que par deux petites fenêtres donnant sur une galerie étroite et par laquelle l’air ne se renouvelait que très-difficilement et très-lentement.

Bientôt il y eut une chaleur insupportable, puis une soif vive et de la suffocation. Ces malheureux se battaient entre eux pour s’approcher des soupiraux, où pouvaient seuls atteindre les plus robustes. Au bout de 8 heures, il n’y en avait plus que 25 vivants !

Un fait analogue s’est passé en France. Après la bataille d’Austerlitz, 300 prisonniers autrichiens furent enfermés dans une cave; 260 y succombèrent en un court espace de temps !

Qui ne connaît le fait des assises d’Oxford, dans lesquelles juges , auditeurs et accusés furent frappés d’asphyxie mortelle?

L’air altéré exerce également son influence sur le moral. Hippocrate avait déjà remarqué que les peuples qui habitaient des lieux où l’air est stagnant, humide et épais, étaient lourds, stupides; nous en avons des exemples bien frappants chez les crétins du bas Valais et dans d’autres vallons des Alpes et des Pyrénées.

La nature, cette mère toujours pleine de prévoyance, a établi un ordre, dans les rapports de l’homme avec

l’univers, selon lequel les fonctions de ce dernier s’entretiennent dans un état normal. L’air atmosphérique exerce sur l’économie animale une action modifiée selon sa pesanteur, sa fluidité, sa sécheresse, son humidité, sa composition chimique, les principes qu*il contient en dissolution, ses vicissitudes.

Il n’est pas inutile de connaître les qualités que l’air doit avoir pour exercer une influence salutaire sur l’homme en santé. Cet air doit être d’une pesanteur capable de faire monter le mercure à 28 pouces dans le baromètre; d’une fluidité égale, c’est-à-dire sans la production de vents insolites; peu imprégné de vapeurs d’eau, dans l’état qu’on appelle sérénité, comme le matin; d’une température moyenne de 10 à 15 degrés, renfermant dans ses éléments 79 d’azote sur 21 d’oxygène environ ; ne contenant d’autres principes que l’oxygène, l’azote et quelque peu d’acide carbonique, 1/12 par exemple ; d’un état peu varié, et surtout ne changeant que par degrés insensibles. Hors de ces conditions , l’air est susceptible de modifier plus ou moins l’économie de l’homme.

Une pesanteur moindre que celle de 28 pouces détermine de la gêne dans les mouvements , occasionne un sentiment de lourdeur, d’inaptitude à toute action ; prédispose aux congestions, aux inflammations. Elle est surtout à éviter par les constitutions apoplectiques, les liquides tendant alors, par cette diminution de pression, à faire effort contre les parois de leurs vaisseaux. Les mêmes effets ont lieu quand on s’élève dans un aérostat. Certains individus éprouvent des hémorrhagies du nez et des bronches. Une augmentation dans la pression

de l’air ne peut être que salutaire à l'économie; elle est rare et surtout peu considérable.

La fluidité de l’air amène les mouvements qu’on appelle vents. Ceux-ci , de même que tous les courants d’air, agissent sur l’économie par le choc qu’ils lui impriment, par l’impression d’une température nouvelle, par la spontanéité avec laquelle ils déplacent dans les cavités naturelles l’air qui s’y trouve à une température supérieure. Le choc des vents est comparé à une douche qui frappe une partie du corps ; l’effet n’en est pas bien constaté : de mïme que celui de la douche, on le dit tomique.

Il est cependant bon d’éviter l’influence des grands vents en général; ils déterminent souvent des inflammations des voies aériennes , gutturales , surtout chez les personnes sujettes à ces sortes d’affections. Les courants sont plus dangereux, en ce que souvent ils amènent, sur certaine partie du corps, un air d’une autre température que celle de l’air qui l’entoure. Ce contact prolongé occasionne des inflammations, des douleurs rhumatoïdes ; l’effet du courant d’air est d’autant plus pernicieux, qu’il agit sur le corps plus imprégné de chaleur, ce qui arrive alors qu’assis près d’un feu ardent , on reçoit d’une porte mal fermée un vent coulis sur la partie du corps opposée à celle qui est échauffée par le foyer.

L’air sec, à la température modérée, est celui qui convient le mieux à la santé ; c’est quand il réunit ces qualités qu’il faut le faire pénétrer dans les habitations en ouvrant largement et pendant longtemps les bouches d’aérage naturelles: les portes et surtout les fenêtres;

et c’est aussi cette température qu’on doit choisir de préférence pour sortir et pour se promener.

L’air humide apporte de grandes modifications dans l’exercice de nos fonctions; l’effet en est différent selon que l’air est humide et froid, ou humide et chaud. Le premier est fort malsain : il supprime la transpiration et occasionne des affections catarrhales et rhumatismales; le second est également nuisible : il rend mou et énerve, prédispose aux affections bilieuses et détermine des fièvres putrides et intermittentes. Aussi est-il fort imprudent d’aller respirer l’air le soir dans les prairies humides et dans les lieux marécageux.

Il arrive souvent que les diverses modifications de l’air dont nous venons de parler, se succèdent d’une manière plus ou moins rapide. Dans ces cas, l’action de la constitution atmosphérique est de la même nature, mais elle est d’autant plus énergique que la transition d’un état à un autre est plus brusque. Ainsi, un froid considérable succédant à une température chaude ou fort douce, agit non-seulement comme le froid, mais en raison de la différence d’impression qu’il détermine. Il en est de même quand c’est l’économie qui présente ces différentes modifications d’après les circonstances diverses où elle se trouve. Que l’homme reçoive l’impression d’un froid subit quand il est couvert de sueur, l’effet sera à peu près le même , que l’état de sueur où il se trouve ait été produit par l’élévation de la température ou par un exercice violent. D’un côté comme de l’autre, il y aura suppression de transpiration , suivie des accidents ordinairement consécutifs à cette révolution de l’économie : pleurésies, pneumonies, angines, bronchi-

tes, rhumatismes, diarrhées, etc. De toutes les vicissitudes deYair, la plus nuisible à l’homme est sans contredit le passage brusque du chaud au froid; elle est surtout dangereuse pour les personnes sujettes aux inflammations des bronches et des poumons , pour les personnes fortes , celles dont la transpiration est abondante, et semble être le véhicule de principes contraires à l’économie : tels sont les goutteux , les convalescents. L’abaissement subit de la température favorise aussi le développement des .épidémies, en ce que cette variation atmosphérique rend tout à coup l’air humide , et que l’humidité est le véhicule et l’agent principal des émanations miasmatiques.

Le passage du froid au chaud est moins dangereux ; il occasionne cependant un trouble général de l’économie en imprimant un mouvement brusque à la circulation, du centre à la circonférence ; des saignements du nez, des crachements de sang, des évanouissements, sont les effets les plus ordinaires qu’on observe en pareil cas. On a vu des apoplexies foudroyantes en être la conséquence. Toutes les règles qu’il y a à prescrire en cas de vicissitudes atmosphériqnes, consistent à prolonger artificiellement l’état primitif de l’économie. Est- on obligé de passer d’un lieu très-chaud dans un lieu froid, on marchera quelque temps avant de se reposer, et on exécutera quelques mouvements qui entretiendront l’état de transpiration de la peau. On agira d’une manière analogue dans les autres cas.

L’homme doit s’habituer, dès son jeune âge, à résister aux changements de l’air ; il doit s’endurcir insensi-

biement et sans commettre d’imprudence, aux températures dont il doit subir le pins souvent l’influence.

§ 2. — De la chaleur et de la lumière.

Les effets de la chaleur et de la lumière solaires sont différents selon que l’influence en est modérée, qu’elle est habituelle, qu’elle manque tout à fait ou qu’elle existe au plus haut degré.

La chaleur et la lumière solaires contribuent au bien-être de l’économie; sous leur double influence, les fonctions s’exécutent plus librement. De même que les végétaux, les animaux en ressentent les plus grands bienfaits. La chaleur et la lumière solaires épanouissent l’àme de l’homme comme les fleurs. Il se sent plus disposé aux plaisirs, plus content de la vie, que sous un ciel brumeux et frais. Le convalescent, celui que de longs chagrins ont miné, se rattachent avec plus de charme à l’existence quand un beau ciel s’offre à leurs regards.

La lumière exerce en particulier une double action sur l’économie. L’organe de la vision ressent la première, et toute l’étendue de la peau la seconde. C’est pendant l’absence des rayons solaires qu’on en apprécie toute l’influence sur l’économie. Loin d’eux, l’homme, comme les plantes, s’étiole; il tombe dans la langueur. La privation prolongée de la lumière exalte la sensibilité visuelle ; le prisonnier finit par distinguer des objets qu’il n’apercevait pas d’abord ; sa peau blanchit, ses chairs deviennent molles ; son caractère perd de son \ énergie ; les individus qui habitent des lieux où le soleil

n’arrive pas, — des rues basses, des impasses, des rezde-chaussée obscurs, — éprouvent à peu près les mêmes effets.

On obvie en partie aux inconvénients de pareilles habitations en se promenant souvent au grand air, sur les places publiques, dans les endroits ouverts et bien éclairés, et surtout dans la campagne.

Une lumière trop vive, émanant du soleil, des éclairs ou de foyers, occasionne souvent des maux d’yeux ; et dans quelques cas, rares il est vrai, elle peut déterminer la cécité.

L’action instantanée des rayons du soleil sur une partie de la peau peut amener un érésipèle appelé coup de soleil.

Les moissonneurs, les couvreurs et les maçons y sont très^sujets. Quand l’action directe des rayons solaires a lieu sur la tête , il peut en résulter des congestions cérébrales, l’apoplexie et la mort : témoin les malheureux soldats d’un régiment de chasseurs, qui succombèrent, il y a quelques années, sur la route de Beverloo à Hasselt .

La chaleur et la lumière artificielles exercent à peu près les mêmes effets que la chaleur et la lumière solaires. Il est peut-être difficile d’obtenir artificiellement les degrés d’intensité qu’il faut pour ne pas irriter nos organes. Ainsi, la chaleur artificielle parvient rarement à donner à un appartement une température égale.

Pour éviter tout inconvénient, lorsqu’on se chauffe au moyen de poêles ou d’étuves, il est bon de placer dans la chambre un vase rempli d’eau qui, en s’éva-

porant, rend l’air moins irritant. Il faut surtout éviter de se chauffer avec du charbon ou des braises, au moyen de réchauds, alors qu’il n’existe pas de cheminée dans la chambre, car l’asphyxie, la mort, peuvent en être le résultat.

Les rayons lumineux que fournissent les lampes ou les bougies ne remplacent jamais conplétement ceux du jour. Tantôt la lumière d’une lampe est trop vive et affecte la sensibilité de l’œil ; tantôt le reflet vacillant d’une bougie le fatigue, et finit souvent par l’enflammer. On ne voit que irop combien les personnes habituées à travailler à la lumière artificielle ont l’œil et ses dépendances irrités.

Passons à quelques préceptes concernant la première enfance.

L’enfant sortant du sein de la mère passe d’une atmosphère tempérée invariablement, dans une autre susceptible de diverses variations et dont les changements subits, en élévation ou en abaissement, peuvent produire sur son être des effets pernicieux : accoutumé depuis neuf mois à éprouver la sensation d’une chaleur douce et égale, ce ne serait pas sans danger pour sa santé et ses jours qu’on l’exposerait tout à coup à l’impression d’un froid vif. C’est pourquoi on le placera dans une chambre convenablement chauffée ; la température sera relative au climat et à la rigueur des saisons ; on choisira de préférence la chaleur produite par le feu ouvert, à celle des poêles, car ceux-ci, outre qu’ils raréfient trop fortement l’air et détruisent son élasticité, ne permettent point le renouvellement de ce fluide indispensable au maintien de la santé et à la

conservation de la vie. On aura soin de mettre simultanément en usage les divers moyens propres à entretenir un doux degré de chaleur ; parmi ces moyens, on doit regarder comme le plus salutaire de tenir constamment l’enfant auprès de la mère, afin qu’il soutire sa chaleur naturelle. Alphonse Leroy a apprécié toute l’utilité de ce précepte quand il a dit : « On doit pro- » curer la douce et fortifiante chaleur de la mère à » l’enfant en l’approchant d’elle ; cette atmosphère chaude » humide et vivante aidera au dehors son dévelop- » pement, comme elle le faisait au dedans. » En effet, le calorique est le principe vivifiant de tous les corps de la nature ; les animaux domestiques et sauvages nous fournissent la preuve évidente de son influence bienfaisante au développement de l’espèce animale, en communiquant à leurs petits leur chaleur naturelle, afin de les nourrir et de les faire croître. C’est particulièrement la classe des ovipares qui nous donne l’exemple frappant de la nécessité de ce calorique animal (1) pour la procréation et l’accroissement de son espèce : l’œuf, pourvu de germe, soumis à l’incubation pendant l’époque déterminée par la nature, laisse éclore les petits; la mère étend les ailes pour leur servir d’un asile, qui, en les préservant des rigueurs extérieures, concentre sa chaleur naturelle pour pourvoir à leur croissance. C’est donc méconnaître les lois qui régissent l’économie animale que de prétendre que l’on peut utilement appliquer le froid dès les premiers jours de la naissance. L’enfant n’étant point pourvu d’une force de réaction

( I ) On ne peut guère se rendre compte de la nature de ce fluide.

suffisante, ne pourrait dégager le calorique nécessaire pour y résister.

« Le froid, dit le docteur Franck, est sans doute dangereux à la première période de l’existence ; il peut éteindre la faible étincelle de vie qui reste à l’être naissant, anéantir la machine caduque en resserrant les vaisseaux et en suspendant l’action du cœur. » a Peut- on, » dit Richerand, « s’empêcher de blâmer la pratique barbare et inhumaine des peuples du Nord, de plonger les nouveau-nés dans un fleuve au moment de la naissance? » Nous nous permettrons d’objecter à cette autorité respectable que le climat doit être pris en considération : il est certain que chez nous cette pratique serait condamnable ; nous ignorons si elle peut être salutaire dans les régions septentrionales.

Les affusions d’eau froide sur la tête des enfants pour conférer le saint sacrement de baptême ne sont point sans danger. L’exemple rapporté par Mauriceau prouve que cet usage a eu des suites mortelles; Brouzet cite une observation semblable d’Alberti. Nous n’avons point ce danger à appréhender dans les paroisses de la ville de Bruxelles; MM. les ecclésiastiques ont l’attention de faire tiédir l’éau pour conférer le baptême pendant l’hiver. Il est certain que, lorsque l’on néglige cette précaution, les enfants sont souvent atteints de fluxion sur les yeux, que l’on peut raisonnablement attribuer à cette cause.

Lorsque l’on s’aperçoit que les fonctions s’exercent librement chez l’enfant, et qu’il a acquis une énergie vitale propre à pourvoir à la déperdition du calorique qu’entraîne l’application du froid, les craintes de l’ac-

tion de ce dernier agent doivent s’évanouir. Il convient alors d’habituer graduellement le jeune être à son influence, qui deviendra un puissant confortatif de sa constitution, et une source de santé et de vigueur. Or, on abaissera le degré de température de l’eau dont on se sert pour le laver ; les langes, les couvertures, les vêtements seront d’un tissu meilleur conducteur du calorique , c’est-à-dire moins propre à maintenir une forte chaleur, et on le fera parcourir les diverses pièces de l’appartement, afin de parvenir insensiblement à le laver à l’eau froide, à le vêtir légèrement et à le promener en plein air. Lorsque le jeu des organes est suffisamment développé pour permettre la station et les mouvements de progression, il n’est plus rien à appréhender des intempéries des saisons ni des vissicitudes atmosphériques ; la source du dégagement de calorique est féconde et l’action du froid devient un tonique bienfaisant. C’est à cette époque qu’on peut, avec modification, suivre les avis de Locke, qui conseille de faire marcher les enfans pieds nus, tête découverte. Lycurgue, ce célèbre législateur lacédémonien, avait porté cette loi dans ses États ; c’est en effet un précepte qui serait utile à l’espèce humaine, et dont l’expérience démontre l’efficacité. Les enfants mercenaires de la campagne, quoique à peine vêtus, et constamment exposés aux intempéries, jouissent de la constitution la plus robuste et de la santé la plus belle. « Voyez, dit Alphonse Leroy, l’enfant du laboureur, la tête découverte, s’exerçant en liberté à la merci de l’air, de la pluie, au milieu des éléments, il croît rapidement et devient fort. Venez sous les lambris dorés, voyez les

enfans des fils de la fortune, ils payent leurs richesses par la privation des biens réels, par celle de l’air et de la liberté. » Aussi les moindres variations de cet élément influent sur leur vie qui n’est la plupart du temps qu’un tissu d’infirmités, et dont l’état le plus robuste serait à peine la convalescence de l’enfant libre. C’est à une semblable éducation libre et agreste que l’on a dû la vie et probablement les vertus de Henri IV, le modèle des rois. On sait que l’on obtient en médecine des résultats heureux contre certaines maladies générales ou locales par l’application du froid; mais il est indispensable de s’assurer que l’individu conserve une force suffisante pour opérer la réaction; dans le cas contraire, ce moyen 'deviendrait nuisible.

Il ne faut cependant point adopter ces préceptes sans restriction ; car il serait certainement dangereux d’exposer les jeunes gens à l’action du froid lorsqu’ils sont échauffés, ou qu’ils éprouvent de la transpiration : c’est une des causes les plus communes des maladies graves ; nous en avons chaque année, dans cette ville, des exemples aussi fréquents que déplorables. De jeunes personnes irréfléchies, étant en sueur par les mouvements de la danse, s’exposent témérairement à l’action de l’air atmosphérique pendant la saison de l’hiver, ou prennent quelques boissons à la glace, et sont souvent les victimes de leur imprudence. Rousseau a donc commis une erreur et avancé un conseil funeste en insinuant de donner de l’eau froide à l’enfant en sueur. Il n’est pas moins pernicieux de se découvrir pendant une transpiration. On peut considérer la transition

subite du chaud au froid, comme une des principales causes des nombreuses phthisies.

La lumière mérite, pas moins, à beaucoup d’égards de fixer l’attention des parents. Les organes des sens jouissent immédiatement après la naissance, d’une sensibilité tellement exquise, que la plus légère impression extérieure produirait des convulsions mortelles ou enflammerait et détruirait celui de ces organes qui en est frappé, si la nature n’y avait pourvu en enveloppant ces parties d’un voile qui, en diminuant la force de l’impression, leur permet de s’accoutumer insensiblement à leur action. C’est cette pseudo-membrane ou voile naturel ajouté à l’œil et au tympan de l’être naissant, qui l’empêche de voir et d’entendre pendant les premières semaines qui suivent sa naissance. Nous citons cette fausse membrane pour nous conformer à la théorie généralement adoptée, mais sans y attacher aucun prix, car il est certain que la disposition anatomique et physiologique actuelle de ces organes jetterait un plus grand jour sur ce phénomène ; d’ailleurs, il n’est pas question d’en développer les causes dans un ouvrage de cette nature. La lumière aurait donc des effets pernicieux sur l’organe visuel, effets qui pourraient se communiquer à toute l’économie, sil’on exposait indiscrètement le jeune être aux libres rayons lumineux. C’est pourquoi, si à l’époque de l’accouchement, on habite une chambre fort éclairée, il convient de mitiger l’action de la lumière en garnissant les croisées de rideaux de couleur verte. Il est de la plus haute importance que le berceau soit placé dans une direction diamétralement opposée à la lumière; il est également

essentiel qu’il ne soit jamais érigé obliquement, car c’est une des causes les plus fréquentes du strabisme ou vue louche.

Mais à une époque plus avancée de la vie de l’enfant, c’est-à-dire, lorsque les organes se sont familiarisés avec les agents qui l’entourent, les craintes doivent être levées et changées en désir et en besoin; alors la lumière rayonnante devient un mobile puissant et nécessaire au parfait développement du jeune être ; son influence est sur sa constitution d’une utilité inappréciable : une chambre élevée, exposée au sud-est, et qui permet un libre accès aux rayons bienfaisantsde la lumière solaire, est celle que l’on doit soigneusement lui procurer , et qu’il devrait conserver pendant tout le cours de son existence.

Pour se former une idée des effets salutaires de la lumière, que l’on considère l’enfant sur le giron d’une bonne devant un feu flamboyant, on s’apercevra qu’il éprouve un bien-être exprimé par mille mouvements , qui décèlent sa gaieté et son contentement. Pourquoi ne se rend- on pas raison des transports joyeux que font naître des feux allumés dans des réjouissances publiques ? Les médecins ont apprécié l’intérêt de l’action du fluide lumineux sur l’économie animale, puisqu’ils conseillent aux hydropiques désespérés d’habiter des lieux elevés et exposés aux rayons directs d’une vive lumière; ils ont opéré par ce moyen des guérisons qui approchent du miracle.

§ 3. — Électricité .

Le fluide électrique tend à se répandre également sur toutes les substances conductrices qui se trouvent dans sa sphère d’activité ; on ne doit donc pas être étonné de voir le corps humain susceptible d’être impressionné à son action. Qui de nous n’a pas ressenti l’influence électrique, pour peu qu’il se soit ■ observé pendant un temps orageux? Les personnes d’une santé délicate, les tempéraments nerveux, les femmes, les enfants en sont bien plus vivement impressionnés ; il en est de même pour les malades, et l’on a vu souvent dans les salles des hôpitaux, surtout dans les salles de femmes, des effets manifestes des orages sur la plupart des maladies, qui s’en trouvaient singulièrement modifiées. Il en est de même des individus qui annoncent, aussi bien que nos meilleurs baromètres, quand l’atmosphère est surchargée d’électricité. Alors les uns éprouvent de la lourdeur, du malaise, de la céphalalgie, des migraines, des crampes ; les autres ne peuvent résister à un sommeil qui les poursuit et les accable; d’autres ressentent de l’oppression, de l’embarras dans la respiration ; chez quelques-uns se manifestent des douleurs vagues dans les jointures, dans les cicatrices d’anciennes blessures, aux moignons même de membres amputés, et aux cors des pieds, etc. Chez certaines personnes surviennent des indigestions, des vomissements, de la diarrhée ; enfin les femmes vaporeuses, les épileptiques, les maniaques offrent une recrudescence dans les accès de leur maladie.

Non seulement l’électricité agit sur notre physique,

mais notre moral en reçoit aussi sa bonne part d’influence. Le tonnerre vient-il à se faire entendre, un sentiment de frayeur s’empare de quelques personnes ; on en voit faire fermer leur maison, se cacher dans les caves, se livrer à des pratiques superstitieuses de tout genre, tomber sans connaissance à la vue d’un éclair. Ce n’est certes pas à la frayeur seule que l’on peut attribuer tous les phénomènes morbides que l’on observe en de tels cas, puisque l’on entend aussi des animaux domestiques hurler et se plaindre, et que l’on remarque de l’altération dans la santé des hommes les plus courageux. Dès que le calme renaît dans l’atmosphère, il ramène bientôt celui de l’esprit et dissipe toute indisposition : une promenade après l’orage, l’aspect des fleurs qui brillent d’une couleur plus vive et exhalent un plus doux parfum, l’inspiration d’un air plus pur, rafraîchi, dépouillé de ses vapeurs nuisibles, versent la sérénité dans notre âme ; la paix se rétablit dans l’organisme comme dans la nature.

L’état électrique de l’amosphère, subissant à certaines heures du jour, et suivant les saisons, des variations sensibles, exerce une grande influence sur notre économie. La foudre en frappant l’homme produit des effets si variés, qu’on ne peut en déterminer les limites d’une manière précise. Tantôt l’homme foudroyé est frappé de mort; tantôt il est cruellement mutilé; tantôt, au contraire, il est délivré comme par enchantement d’une maladie rebelle jusqu’alors à tous les secours de l’art ; dans le plus grand nombre de cas, c’est en donnant de fortes secousses au système nerveux, quelle agit.

Les effets de l’électricité atmosphérique sont le plus souvent nuisibles ; il est bon d’employer tous les moyens •possibles pour les éloigner,

Lorsque la foudre gronde, il faut éviter de se mettre ^ l’abri sous un arbre élevé, surtout sal est isolé, de se réfugier dans les églises, de se placer près des murs et des métaux qui se trouvent dans l’appartement, ou d’établir un courant d’air en ouvrant les portes et les fenêtres.

L’abolition des sonneries, à l’approche d’un orage ou pendant sa durée, ne peut non plus être assez recommandée, car la foudre frappe les objets élevés et surtout la pointe des clochers; la corde de chanvre attachée à la cloche conduit la décharge électrique jusqu’à la main du sonneur, et produit des accidents dont il y a malheureusement trop d’exemples. Un moyen simple de se mettre à l’abri de la foudre, c’est de se placer sur une chaise au milieu de la chambre, ou sur un lit éloigné de la muraille.

Quand aux moyens à conseiller pour diminuer les effets nerveux produits par l’électricité atmosphérique, il n’en est- guère que l’on puisse employer avec certitude de succès. On s’abstiendra, en pareil cas, d’une alimentation forte, de liqueurs spiritueuses, de tout ce qui tend à irriter le système nerveux, à augmenter la gêne des fonctions.

§ 4. — Magnétisme et influences sidérales.

Il nous reste à dire un mot du magnétisme et des influences sidérales. Les effets du magnétisme ont été rapportés dans ces derniers temps à ceux de l’électricité et du galvanisme. Quant aux influences sidérales, il

lût

n’existe encore rien de positif parmi les observations qu’on en a faites jusqu’ici. Il est probable que les phases de la lune, que les révolutions du soleil, exercent une action sur l’économie animale. On a surtout observé des phénomènes de ce genre dans l’Inde, au Bengale, et il est philosophe d’attendre encore pour fixer une opinion quelconque à cet égard.

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