DES VÊTEMENTS
Les habits sont devenus, chez les nations civilisées, un des premiers besoins de l’homme. Mais on se couvre plus pour faire voir la couverture que pour défendre le corps contre les injures de l’air. D’après Zimmermann,
on s’habille, en général, trop chaudement ; en voulant par là se garantir du froid, on s’y rend extrêmement sensible.
Les matières employées pour la confection des vêtements proviennent des trois règnes de la nature, c’està-dire qu’elles peuvent être de nature minérale, végétale ou animale. Le règne minéral ne fournit guère qu’une substance, l’asbeste, amphibole de Haûr, qui paraît avoir servi dans l’antiquité à beaucoup plus d’usages que de notre temps, et qui aujourd’hui est d’un emploi excessivement restreint. Le règne végétal procure l’écorce de chanvre, celle de lin, celle du 'pharmaxum tenui , du bois à dentelle, et le coton. Le règne animal comprend la laine, le poil de la chèvre, du chameau, le crin du cheval, le poil du bœuf, le poil fin et soyeux de quelques animaux, la soie fourrée de la chenille, le duvet de certains oiseaux, le byssus de quelques mollusques, et la peau de beaucoup d’animaux.
L’économie est douée d’une température qui tend sans cesse à être modifiée par celle de l’atmosphère où nous vivons. Tantôt c’est l’air extérieur qui nous emprunte de la chaleur, tantôt c’est celui-ci qui nous en cède ; de là deux points de vue sous lesquels il faut envisager les vêtements, puisqu’ils sont les intermédiaires entre la température du corps et celle de l’air extérieur.
Les qualités des habillements dépendent du tissu qui les compose, de leur couleur, de la manière dont ils sont confectionnés. Sommes-nous dans un milieu trop chaud, dont l’air, au lieu d’emprunter du calorique de
notre économie et de la soulager ainsi de celui qui la surcharge, tend au contraire à lui en donner une nou • velle somme, les vêtements devront avoir la faculté de réfléchir le calorique extérieur ; ils seront composés de lin, d’un tissu serré de couleur blanche, et lâchement appliqués sur la peau. La température extérieure tend-elle, au contraire, à nous soutirer du calorique, les vêtements devront être épais,, lâchement tissés, afin que l’air, mauvais conducteur du calorique, ne laisse pas échapper celui qui enveloppe le corps, en s’interposant entre les mailles du tissu. Ils seront blancs de préférence, parce que cette couleur ayant la propriété de réfléchir le calorique, nous renverra sans cesse celui que l’économie perdrait, si le tissu qui la couvre avait la propriété absorbante, tel que le noir. La soie, le coton, la laine, sont des matières chaudes, en ce qu’elles sont mauvais conducteurs du colorique. C’est avec ces étoffes que l’on compose nos vêtements d’hiver.
Il est bon d’envisager encore sous le même point de vue les vêtements qui empêchent le refroidissement pendant l’été, où souvent une grande chaleur est remplacée par le froid, à cause de la sueur qui s’est amassée sur les différentes parties du corps. Cette observation est d’autant plus digne de remarque, que le passage brusque du chaud au froid est une des causes les plus fréquentes des maladies. Les personnes chez qui la transpiration est très-active porteront de préférence du coton, de la laine immédiatement sur la peau. La flanelle est le meilleur vêtement que l’on puisse indiquer dans ce but.
Quant aux vêtements qui combattent le mieux Fin lluencede l'humidité, de la pluie, ce sont sans contredit ceux de laine. Outre quils ont la propriété de laisser échapper facilement l’humidité, ils excitent, étant appliqués immédiatement sur la peau, une irritation légère qui empêche la transpiration de se suspendre.
Les vêtements doivent être analogues aux pays, aux saisons et aux âges. Les vêtements chauds et pesant 11e conviennent pas à la jeunesse ; ils déterminent d’abondantes transpirations nuisibles à cette âge. Mais dans l’âge plus avancé, lorsque la peau devient serrée et que es humeurs ont moins de chaleur, il faut porter des habits plus étoffés. Les personnes grasses qui suent facilement, celles qui sont sujettes aux maladies de poitrine, aux rhumes, doivent porter de la flanelle appliquée immédiatement sur la peau.
Il ne faut changer de vêtements qu’avec de grandes précautions si l’on veut se préserver des maladies que produisent les changements trop prompts de l’atmosphère; il convient, en conséquence, de ne quitter qu’un peu tard les habits d’hiver et de les reprendre dès que les premiers froids commencent à se faire sentir.
Les linges mouillés ne doivent, dans aucun cas, rester à la surface du corps.
Enfin, avant de se servir de linges ou de vêtements qui ont servi aux malades, il faut avoir la précaution de les laver soigneusement, dé les purifier par la vapeur de soufre ou de chlore, et de les exposer à l’air pendant un temps sec.
Nous considérerons les vêtements chez l’enfant, chez 1 homme, et chez la femme.
§ 1. — Vêtements de t'en faut.
Pendant que le fœtus est enfermé dans les eaux de l’amnios, il n’éprouve aucun obstacle ni la moindre gêne à la liberté de ses fonctions organiques; mais à peine paraît-il à la lumière, qu’il est le plus souvent assujetti au joug de diverses coutumes dangereuses : des sagesfemmes, des gardes-couches imprudentes, lui moulent d’abord la tête pour lui faire prendre, disent-elles, de belles formes. Ces femmes ignorent que si les os ont dévié par les efforts que la tête a éprouvés en franchissant les détroits du bassin, ils reprendront insensiblement leur direction primitive par les secours seuls de la nature. Il arrive quelquefois que le chevauchement est considérable, au point d’exiger le redressement, mais ce cas réclame les soins de l’art. Ces femmes ignorent encore que ces manœuvres indiscrètes peuvent entraîner de grandes altérations, tant au physique qu’au moral : la difformité, dit Buchan, est le moindre des maux qui résultent de ces actes du plus étonnant entêtement. Le tissu délicat du cerveau est plus particulièrement sujet à en être affecté, et si des convulsions ou d’autres désordres apparents n’en sont pas la suite absolue, une faiblesse de jugement, une diminution des forces intellectuelles en seront la conséquence, et mettront en défaut, pour l’avenir, les efforts de la meilleure éducation morale. Immédiatement après cette première injure qui contrarie la nature, on garrotte l’innocente victime daus un cruel mâillot qui exerce une compression sur le thorax et l’abdomen, et tient les
,LE MÉDECIN DE LA FAMILLE i'M
membres dans une extension forcée. Le jeune être ainsi emmaillotté figure une tige immobile, méthodiquement confectionnée, qui représente parfaitement les momies égytiennes. Nous convenons que le maillot a éprouvé de nos jours des changements très- avantageux ; mais son usage antique et barbare conserve encore de grands restes. Les anciens avaient senti toute la nécessité de veiller à ce point important de l’éducation physique : chez les Spartiates, le nouveau-né était couvert par des bandes à mailles extensibles. Lycurgue ne laissa pas aux mères le soin d’arranger ni de vêtir leurs enfants à leur gré; des lois, dit Plutarque, avaient précisé cet objet. Lycurgue s’occupa du berceau et des langes de la première enfance. Il ordonna que les berceaux fussent remplis de roseaux ou de paille battue, et que les enfants y fussent couchés en liberté. Pendant le beau temps de la république, les dames romaines faisaient élever leurs enfants par des nourrices lacédémoniennes, qui, comme nous l’avons déjà dit, entendaient parfaitement l’art de développer les facultés de l’enfance.
Les modernes n’ont point perdu de vue cet intéressant objet. Le sensible Rousseau, employant le feu de son éloquence, donna quelque allégeance aux enfants ; néanmoins ce fatal usage du maillot serrant s’est perpétué particulièrement dans la classe du peuple et à la campagne. Les mères intelligentes se contentent aujourd’hui de passer au nouveau- né une chemise et une brassière ouvertes par derrière, et dont les manches sont amples; elles enveloppent les extrémités inférieures, d’abord d’une braie disposée en forme de
culotte, après quoi elles rangent au-dessus une ou plusieurs couvertures en laine ou autre tissu, suivant la rigueur des saisons, et les fixent sans exercer de compression. Par ce mode d’emmaillottement les enfants n’ont aucune partie du corps gênée.
Lorsque le jeune être commence à se mouvoir, on est dans l’habitude de lui couvrir la tête d’une espèce de bonnet que l’on nomme bourrelet, afin d’obvier au danger auquel il est exposé de se heurter cette partie. Plusieurs auteurs blâment avec raison une telle pratique, car le bourrelet comprime et échauffe la tête. Il est imaginaire de croire, avec quelques écrivains, que ce bonnet donne à l’enfant plus de confiance pour exécuter de bonne heure les mouvements de progression ; nous pensons, avec Saucerotte, que si on le laisse essayer ses forces et gambader sur l’herbe ou sur un tapis, il marchera plus promptement et plus sûrement. On fabrique aujourd’hui de petits chapeaux en baleines entrelacées, à bordjs bombés ; ils réunissent les avantages du bourrelet et n’en ont pas les inconvénients. A peine les enfants peuvent-ils exécuter les mouvements de progression, que certaines mères, éprises par les vaines parures de la mode, les revêtent d’habillements serrants; ce sont surtout les jeunes demoiselles qui sont, dès le bas âge, assujetties aux corps et corsets qui, en comprimant la poitrine, s’opposent à sa libre dilatation. Les parents et les maîtresses de pension, ne réfléchissent point que la santé dépend de la parfaite exécution des fonctions des organes renfermés dans la poitrine. Vanswieten dit que ces sortes de vêtements produisent la prédisposition à la phthisie, maladie aussi
terrible que fréquente, qui moissonne chaque année un grand nombre d’individus, et contre l’invasion de laquelle on prend trop peu de précaution. L’usage des cravates serrantes et des souliers étroits est également condamnable. Le physiologiste rend raison des accidents qu’ils peuvent occasionner. Si l’on veut éviter les inconvénients du maillot et des habillements, il faut les faire simples et commodes : on aura égard, dans leur confection, au degré de température et de la saison, car le Dr Richerand observe fort bien que le costume grec, en usage dans nos régions, sans les modifications qu’exige le climat, est une des principales sources des nombreuses phthisies. L’habitude de couvrir les enfants de vêtements de laine appliqués immédiatement sur la peau, dans la vue de les préserver de la froidure, est une autre erreur où bien des parents tombent trop souvent. Chaussier a signalé les dangers que les gilets et les caleçons de flanelle ou de tricot peuvent produire : ce tissu, titillant sans cesse l’organe cutané, provoque un surcroît permanent de la transpiration insensible qui débilite le corps et détériore la santé. Nous avons été plusieurs fois consulté pour des enfants qui étaient parfaitement constitués, qui avaient joui de la plus belle vigueur pendant les premiers mois de leur naissance, mais qui dépérissaient journellement sans cause connue, et malgré les soins assidus qu’on leur prêtait. Ayant remarqué qu’ils portaient de la laine sur la peau, nous en finies sentir tous les inconvénients aux parents et conseillâmes d’en débarrasser ces jeunes êtres. Cette cause étant enlevée, et à l’aide d’un régime bien coordonné, ils récupérèrent bientôt la santé, l’embonpoint
et la gaieté. La laine est un moyen puissant et précieux pour combattre des affections particulières , mais il est dangereux d’en affubler l’enfant bien portant. Il est toujours imprudent d’y recourir sans un motif bien plausible et sagement apprécié par le médecin ; car cet usage, outre qu’il compromet la santé, fait contracter une habitude dont on ne se défait que très-difficilement. Toute habitude que ne commande pas la santé, la morale ou l’ordre social, est préjudiciable aux jeunes gens.
§ 2. — Vêtements de L'homme.
Coiffure. Dans l’âge adulte, il faut distinguer la coiffure du jour de celle de la nuit. — Le jour, à notre époque, l’homme adulte fait usage pour garantir sa tête des variations atmosphériques, du plus mauvais genre de coiffure qu’on puisse imaginer : c’est le chapeau. Cette coiffure lourde, disgracieuse, recouvre très-incomplètement la tête, préserve très-mal les yeux de l’action des rayons solaires, ne protège pas les oreilles et comprime le front. En été, on a pris l’habitude des chapeaux de feutre gris et légers, des chapeaux de paille et des casquettes légères , qui constituent pendant les chaleurs un genre de coiffure bien préférable à nos chapeaux noirs.
La nuit, si l’habitude de coucher la tète nue n’a pas été prise dès l’enfance , il faut employer les madras ou les foulards, qui ont cependant le sérieux inconvénient de ne rester sur la tête qu’au prix d’une constriction quelquefois assez forte.
Les vieillards, ayant perdu, la plupart du temps, leurs cheveux et ayant la tête dégarnie, doivent la protéger d’une manière plus efficace que dans l’âge adulte; c’est dans ce but que l’on a imaginé les perruques, dont on ne saurait trop conseiller ' l’usage aux personnes âgées.
Les cravates peuvent être regardées comme des enveloppes protectrices du cou, lorsqu’elles sont faites d’un tissu mou, souple, et de manière à ne comprimer ni gêner les parties où elles sont appliquées. Elles remplacent chez nous la barbe longue que les anciens portaient, et que portent encore quelques peuples aujourd’hui. Mais l’habitude qu’on a prise d’en faire un objet de mode a singulièremeut changé le but qu’elles avaient dans le principe. Une cravate trop serrée , trop large et dure, comme on en voit beaucoup, a de grands inconvénients ; elle entrave la circulation en comprimant les jugulaires, gêne la voix en serrant le larynx, et peut donner lieu à des congestions cérébrales, surtout chez les personnes qui ont le cou court et les épaules larges. L’utilité de ce vêtement n’est pas telle qu’on ne puisse s’en passer ; les femmes n’en portent pas, et avant 1660 on en ignorait l’emploi en France.
Chemise. • — La principale pièce du linge de corps est la chemise , dont la forme varie beaucoup. Les chemises sont toutes en toile de lin, de chanvre, ou en coton ; elles ne doivent être ni trop légères, car elles ne pourraient absorber tout le produit de l’exhalation cutanée, ni trop épaisses et trop dures, car elles irriteraient la peau.
Caleçon. — Le caleçon est un vêtement de propreté.
Il a les mêmes inconvénients que les anciennes culottes, lorsqu’il est attaché à l’aide d’une ceinture trop étroite, ou lorsqu’il étreint trop fortement les genoux autour desquels il s’insère.
Culottes. — Les culottes * sont fort peu en usage aujourd’hui. Les pantalons, qui les remplacent, offrent beaucoup plus d’avantages qu’il est inutile d’énumérer. Les pantalons trop étroits entraîneraient des inconvénients assez graves, tandis que ceux qui exerceraient une compression modérée et égale feraient l’office d’une seconde aponévrose et fortifieraient les mouvements.
Chaussure — Tout le monde connaît les avantages d’une bonne chaussure. Les guêtres, qui en font partie, sont à conseiller. L’hygiène recommande encore l’usage des doubles semelles, dont l’une est en Liège. Elles maintiennent les pieds chauds et secs pendant les temps froids et humides.
§ 3. — Vêtements de ta femme.
La disposition générale des vêtements de la femme est essentiellement mauvaise. Les robes et les jupons , et surtout la crinoline, de création récente, ouverte par le bas et flottante pour ainsi dire , laissent agir sur les parties inférieures le froid et l’humidité. Or, qui pourrait affirmer que les nombreux dérangements de la menstruation et les affections de l’utérus, si nombreuses et si variées, qui atteignent la femme après la puberté ne soient pas le résultat de l’action de ces agents physiques? On ne saurait trop recommander aux femmes l’usage de caleçons de toile, destinés à protéger ces orga-
lies contre le froid et l’humidité, et dont l’usage commence très-heureusement à se répandre et ïnèmeà se généraliser.
Les corsets , contre lesquels on a déjà tant écrit, sont plutôt un objet de coquetterie que d’utilité. Sans doute, d’après les idées du beau que nous nous sommes formées, les corsets rendent des services. Quoi qu’il en soit, s’il était possible d’en bannir l’usage parmi nous, les femmes seraient beaucoup plus fortes, et la constitution physique de leurs enfants en ressentirait les bons effets. Ce vêtement tend à rétrécir la poitrine ; il gêne non-seulement les mouvements circulatoires, mais il entrave encore ceux de la digestion. On a vu souvent des accidents fâcheux provenir de corsets trop serrés ; on cite même des apoplexies dues à la même cause. On leur a encore attribué des difformités de la taille ; on les a accusés de rendre les seins inaptes à l’allaitement. Les femmes enceintes doivent surtout se garder d’en faire un grand usage.
Les ceintures , quand elles sont médiocrement serrées, aident les mouvements et semblent leur donner plus d’énergie. Quand elles sont trop serrées, elles ont le même inconvénient que les corsets.
Jarretières. — Celles qui sont trop serrées peuvent donner lieu à des varices et à d’autres accidents qu’il est inutile d’énumérer. Il est bon de porter les jarretières au dessus des genoux.
Chaussure. — Les femmes ont pour chaussure habituelle des souliers ou des bottines. Les chaussures perméables à l'humidité peuvent déterminer chez les femmes des bronchites, des laryngites, des angines, des coryzas, etc.
Il est une dernière particularité du costume de la femme , à l’égard de laquelle l’hygiène doit intervenir, et qu’on ne saurait blâmer d’une manière trop sévère ; cette particularité, c’est l’habitude qu’ont tant de femmes de se découvrir, même dans la saison rigoureuse, le cou, la partie supérieure delà poitrine et les épaules. Nous disons qu’on ne saurait s’élèver trop sévèrement contre cette déplorable habitude, qui engendre chez la femme plus d’angines, de laryngites, de bronchites, de pneumonies et de pleurésies que toutes les autres causes réunies peut-être, et qui est souvent la cause occasionnelle du développement de la phthisie pulmonaire. On doit donc conseiller le plus possible l’usage des robes montantes, des pèlerines, et si on ne peut l’obtenir, les fichus, les châles etles burnous doivent être recommandés avec soin.