‹ Le médecin de la familleChapitre 18 sur 43 · HABITATION · texte numérisé non relu

HABITATION

L’homme, dès les premiers temps de la création, a dù chercher à s’abriter contre les intempéries de l’air ; et s’il a d’abord choisi les troncs d’arbres, les cavernes, les excavations naturelles, il n’a pas tardé à en reconnaître l’insuffisance, et il a cherché à se créer artificiellement des abris plus commodes et plus sûrs. De là les premières habitations privées, qui ont beaucoup varié suivant le climat et le degré de la civilisation auquel l’homme est successivement parvenu.

L’homme n’était pas destiné à demeurer toujours dans des habitations isolées; aussi est-il arrivé un instant où ses besoins phj^siques et intellectuels lui ont fait sentir la nécessité de la société de ses semblables, et où les habitations se sont agglomérées les unes à côté des autres. Il en est résulté, selon leur importance, des villages, des villes, de grandes cités.

Quand on compare les principaux quartiers de nos villes à ce qu’ils étaient autrefois, tous les avantages paraissent être en faveur de notre époque. Au moyen âge , les rues , même les plus fréquentées , étaient étroites et tortueuses ; l’air et la lumière, ces deux principales sources de la vie, n’y pénétraient qu’avec la plus grande difficulté, et cette disposition vicieuse était aussi la principale cause des épidémies meurtrières qui affligeaient nos ancêtres. Aujourd’hui, des monuments imposants, des habitations spacieuses, alignées en rues larges et droites, où l’on a su concilier le bon goût avec les exigences delà salubrité, s’élèventlà oùl’on nevoyait, il y a des siècles, que des masures en bois, à étages multiples et surbaissés, et dont les faîtes rapprochés opposaient à la pénétration de l’air et du jour une barrière insurmontable.

D’après ce parallèle, on est tenté de croire à un progrès immense sous le rapport de la santé publique. Pour se détromper, on n’a qu’à parcourir les cloaques immondes, d’invention moderne, qu’on a décorés du nom d’impasses, de bataillons carrés, de cités ouvrières, et qui montrent une autre ville dans la ville même : d’un côté, de l’air, de la lumière, de l’espace et des provisions de santé ; de l’autre, tout ce qui empoisonne et

abrège la vie : l’entassement des habitations et des familles, l’obscurité, l’humidité, l’infection ü!

Il est étrange que dans notre siècle, où tout le monde est à la recherche de Tutile et paraît apprécier l’hygiène publique à sa juste valeur, on ne s’oppose pas à l’établissement de ces bouges infects, qu’on n’empêche pas une spéculation aussi indigne, qui compromet la santé, la vie d’une immense partie de nos concitoyens, et empoisonne, en quelque sorte, la source des générations ouvrières ! On éprouve un sentiment de profonde commisération pour les malheureuses populations qui sont obligées de se réfugier dans ces taudis, et l’on s’anime d’une généreuse indignation contre les spéculateurs peu scrupuleux à qui l’avarice a inspiré l’idée de convertir un jardin étroit et improductif en un labyrinthe de demeures obscures, où le pied glisse sur une boue formée de détritus de substances végétales et animales en putréfaction, et d’où se dégage une multitude de miasmes putrides qui infectent l’atmosphère !

Cependant, avouons-le, grâce au zèle et à l’intelligence de nos administrations communales, on est entré dans la voie du progrès, et des moyens fort louables sont agités pour détruire au sein des villes les cloaques qui les infectent. Les vrais amis de l’humanité ont arboré le drapeau de l’union, et les idées larges et vraiment libérales, triomphant des idées étroites et égoïstes qui ont trop longtemps dominé le monde, ont engendré les moyens d’améliorer le sort des prolétaires.

La grande œuvre est commencée ; ses progrès, pour être un peu lents, ne s’en accomplissent pas moins, et cela d’une manière sûre et sans secousses. Faisons des

vœux pour qu’on ne s’arrête pas en si beau chemin.

Il résulte de ces considérations que le choix d’une habitation n’est pas chose facile pour l’ouvrier, qui souvent, à cause du prix excessif des loyers, est obligé de se loger dans les bouges dont nous venons de parler. Il fera bien d’aller se loger à la campagne, à proximité des villes, toutes les fois qu’il pourra le faire ; il y jouira du triple avantage de la modicité des loyers, d’une nourriture plus saine et moins chère, et enfin du grand air, source principale de la santé. On doit faire choix de chambres aussi grandes que possible, et en tout cas proportionnées au nombre d’habitants qu’elles doivent contenir. L’air y sera renouvelé souvent. Le moyen le plus simple et le meilleur de remplir cette indication, c’est d’ouvrir de temps à autre les portes et les fenêtres, en ayant soin toutefois d’éviter les courants d’air, si l’on se tient dans la chambre.

On peut aussi y pratiquer des ouvertures qui produisent le même effet ; ces sortes d’ouvertures se nomment ventilateurs : il faut les disposer de manière à ce que l’air frais et pur qui arrive du dehors ne frappe pas directement sur les habitants, surtout pendant leur sommeil. Les cheminées sont des ventilateurs naturels ; c’est pourquoi il faut s’abstenir de les boucher en été. On peut aussi placer dans la partie supérieure des croisées un carreau que l’on puisse ouvrir à volonté.

Ces précautions sont particulièrement nécessaires dans les ateliers , où sont réunis un nombre plus ou moins grand de personnes; la circulation de l’air doit y être maintenue, autant que possible, d’une manière

continue. On aura soin de ne pas soulever inutilement des nuages de poussière, de ne pas laisser fumer les lampes, de ne laisser séjourner aucune matière végétale ou animale, qui, par sa décomposition, donnerait naissance à des miasmes nuisibles.

Une condition indispensable encore pour la santé, c’est une grande propreté : les murs doivent être blanchis souvent, les vitres bien propres, afin que la lumière puisse pénétrer librement, et les planchers, sans rester humides, fréquemment nettoyés. %

Lorsqu’on est obligé d’habiter l’apppartement où se trouvent des malades atteints d’affections contagieuses, il faut renouveler l’air de la chambre en ouvrant les portes et les fenêtres pendant quelques instants, tâcher de ne point respirer l’haleine du malade ni les exhalaisons qui s’échappent de son lit, prendre le grand air le plus souvent qu’on le peut.

On s’expose à de funestes maladies en habitant une maison neuve ou un appartement nouvellement réparé avant que les murs, les plafonds et les peintures, ne soient parfaitement secs et ne donnent plus aucune odeur.

Il est indispensable de s’assurer si un appartement est habitable ou non, par le fait de l’humidité qui peut y être contenue ; voici un moyen à la portée de tout le monde : Broyez de la chaux vive au sortir du four, placez-en 500 grammes dans un vase ouvert que l’on dépose pendant vingt-quatre heures dans la pièce dont on veut mesurer la salubrité, fermer portes et fenêtres, peser ensuite; si après avoir retranché le poids du bocal, on retrouve les 500 grammes de chaud avec

1 gramme seulement d’augmentation de poids, la chambre est saine et peut être habitée. Si au contraire il y a plus de 5 grammes d’augmentation de poids, la chambre ne peut être habitée sans inconvénients plus ou moins graves pour la santé. Les nombres compris entre 1 gramme et 5 grammes, fixent sur le degré de salubrité.

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