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DU SOMMEIL ET DU REPOS

Le sommeil.

... Quand l’homme accablé sènt de son faible corps Les organes vaincus, sans force et sans ressorts,

Vient, par un calme heureux soulager la nature,

Et lui porter l’oubli des peines qu’elle endure.

Henriade , ch. VII.

Le sommeil est la cessation des fonctions et des mouvements volontaires, propres à réparer les pertes causées par l’exercice.

Le sommeil est aussi indispensable à l’homme que l’air et la nourriture, et rien n’abat et n’épuise aussi promptement les forces du corps que sa privation. Après un repos convenable, le corps devient dispos et plus vigoureux, et l’esprit plus libre et plus capable d’application. Un sommeil doux, tranquille, proportionné à l’âge, au tempérament, à la saison, et pris à des heures convenables, entretient la souplesse des membres, excite la transpiration, répare les forces perdues pendant la journée.

Le sommeil trop prolongé a pour effet d’affaiblir le corps, de le faire engraisser, de le rendre lourd et pal'

resseux, d’abrutir l’intelligence en lui faisant perdre son activité naturelle.

La privation du sommeil trouble la digestion, dispose aux maladies du cerveau, aigrit le caractère et augmente la sensibilité des nerfs, affaiblit le corps et le rend susceptible de contracter facilement des maladies.

En général, l’heure la plus convenable pour se coucher est vers les dix heures : on se trouve, par ce moyen, en état de se lever entre cinq et six heures du matin. Quelles délices, dans la belle saison, de jouir des prémices d’un beau jour et de goûter la fraîcheur d’une brillante matinée !

La tranquillité de l’âme est encore nécessaire pour goûter les douceurs d’un sommeil salutaire. Les grandes passions, telles que l’ambition, l’intérêt, et l’amour surtout, quand la jalousie marche à la suite, troublent toutes nos facultés intérieures, agitent nos sens, et tiennent tout notre être dans une espèce de mouvement convulsif incompatible avec un sommeil bienfaisant.

Si l’on veut avoir un sommeil doux et tranquille, il ne faut pas beaucoup manger le soir : l’estomac chargé d’aliments digère difficilement ; on s’agite dans le lit, on se remue et l’on se fatigue. En vain appelle-t on le sommeil ; et s’il vient s’emparer des sens agités, il est accompagné de rêves pénibles.

La longueur du sommeil dépend du tempérament, de l’âge et de la saison. Six à sept heures de sommeil suffisent pour les gens d’un âge fait, sept à huit sont nécessaires aux jeunes gens ; il en faut neuf aux enfants, aux femmes, et aux personnes d’une faible complexion .

Les vieillards qui dorment six heures doivent être contents et jouissent d’une bonne santé.

La meilleure façon de se coucher est de se placer sur le côté droit et d’avoir le corps étendu : dans cette situation, toutes les parties solides sont dans une position favorable.

Les personnes replètes, pituiteuses et sujettes aux étouffements et à l’asthme, ne doivent jamais se coucher sur le dos ; dans cette position, la respiration est gênée et la pituite incommode beaucoup.

Les personnes qui sont menacées de graviers, ou qui ont des douleurs de reins, doivent se coucher presque sur le ventre.

Il est bon d’avoir la tête plus haute que le reste du corps ; on respire plus aisément et la circulation du sang est plus louable.

Il est nécessaire d’être assez couvert dans le lit, afin de se procurer une transpiration favorable : c’est s’exposer à des rhumatismes cruels que d’être découvert dans le lit, même en été ; il ne faut pas cependant se couvrir au point de suer. La transpiration modérée est salutaire ; la sueur forcée affaiblit et énerve. Un lit trop mollet n’est pas sain, surtout en été.

Il est démontré par les raisonnements, et confirmé par l’expérience et l’observation, que le sommeil est réparateur et qu’il favorise l’exercice de la digestion, de l’absorption, de la nutrition ; il s’ensuit qu’il est naturellement nécessaire au bas âge : c’est pourquoi Tissot recommande particulièrement, parmi les bonnes règles diététiques qu’il a données, de laisser dormir les nouveau-nés et de ne jamais interrompre leur sommeil.

L’enfant bien soigné ne jette aucun cri et ne tend qua dormir; les vagissements sont ordinairement l’expression du besoin, de la gêne ou de la douleur. S’il arrive parfois que le jeune être, bien portant et bien soigné, pousse des cris,, on parvient aisément à les faire cesser, en le divertissant par le son de quelques intruments ou par la vue de quelques objets resplendissants, et plus particulièrement encore par le chant cadencé. Il est digne de remarque que les enfants prêtent une attention sérieuse à la mesure et aux tons, et qu’ils semblent les exprimer.

Nous avons fait voir, par ce qui précède, la nécessité de laisser dormir l’enfant : il convient maintenant de rappeler quelques considérations essentielles relatives au sommeil. Nous avons indiqué, les soins qu’exige la chambre, et l’état de l’air qui doit y régner, et, nons avons déterminé toute l’importance de veiller à la propreté. Nous devons actuellement faire observer que les lits de plumes, les matelas en ouate ou en laine, sont pernicieux ; car, outre qu’ils entraînent la mollesse et la délicatesse du corps, ils retiennent les vapeurs, et les excrétions ; ils relâchent la fibre par une trop grande chaleur et disposent à la sueur ; ils cèdent d’ailleurs au poids du corps : il s’y forme des creux qui font perdre la direction horizontale; ils nuisent ainsi à l’accroissement et peuvent insensiblement produire la courbure de la colonne dorsale. Il convient, pour le premier âge, que les matelas soient remplis de paille menue ou de balles d’avoine, et que, par la suite, ils soient rembourrés de crin, comme le sont les sommiers ordinaires.

Il est également bien essentiel de ne point permettre que les jeunes enfants se couchent avec des personnes avancées en âge, parce que celles-ci, comme Franck l’observe avec raison, étant récréées par leurs douces et bonnes exhalaisons, leur soutirent, à l’instar des plantes parasites, les fluides les plus subtils. Ballèxerde et Huxam signalent très-judicieusement ce danger dans leurs observations. Ramazzini rapporte à ce sujet l’exemple suivant : « Une jeune fille de distinction, qui partageait en commun et la chambre et le lit de son aïeule, maigrissait jusqu’à l’exténuation, sans pouvoir, par aucun moyen, recouvrer la santé ; mais, enfin, ayant été éloignée de cette aïeule et ayant repris ses habitudes avec de jeunes personnes de son sexe, sa santé et son embonpoint se rétablirent bientôt. » Galien même, étant consulté par un vieillard sur la défaillance de ses forces, prescrivit qu’il couchât avec un enfant, afin que son bas-ventre en fût réchauffé.

Une autre considération, qui n’est pas moins importante que les précédentes, c’est celle qui concerne la couche des enfants. Il convient qu’elle soit élevée à une hauteur moyenne. L’élévation peut être fixée approximativement à deux pieds du plancher inférieur. La physique et la chimie expliquent l’importance de l’exécution de ce précepte : deux bougies allumées et placées à la porte d’un appartement, l’une reposant sur le plancher et l’autre étant élevée à l’extrémité supérieure, la flamme de la première sera dirigée en dedans, et celle de la seconde aura sa direction en dehors. Il est reconnu que le gaz acide carbonique, qui est un gaz méphitique, étant doué d’une pesanteur spécifique plus

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grande que celle de l’air atmosphérique, doit occuper les couches inférieures, tandis que d’autres gaz délétères, d’une pesanteur inférieure, forment les couches supérieures. Le gaz acide carbonique lui-même, lorsqu’il est raréfié, s’élève dans les lieux qui le renferment. Pour éviter l’action malfaisante de l’un et l’autre de ces gaz, il est prudent de disposer la couche de l’enfant comme nous venons de le dire.

Nous avons fait sentir, plus haut, la nécessité de ne point interrompre le sommeil de l’enfant ; il devient en outre important de nous appesantir sur le danger auquel on l’exposerait en le réveillant tout à coup. L’espèce de commotion qui pourrait résulter de cet acte, causerait peut-être des troubles dans un cerveau délicat et un système nerveux tendre, qui entraîneraient des convulsions, l’épilepsie, feraient contracter des terreurs paniques, ou produiraient un désordre dans les fonctions intellectuelles. Rien n’est plus nuisible , dit Hufeland, que de réveiller les enfants en sursaut, et, ce qui est pire encore, avec violence; le passage de l’état du nonêtre au sentiment, c’est-à-dire à l’action totale des impressions extérieures, est, pour un système nerveux aussi sensible que celui de l’enfant, un pas extrêmement important que la nature ne fait que par gradation. Le sommeil dégénère d’abord en assoupissement ; de légers songes nous occupent ; d’imparfaits sentiments des impressions extérieures nous préparent à un parfait réveil. Le Dr Richerand, s’exprimant dans le même sens, dit que les organes des sens successivement endormis, se réveillent de la même manière ; les sons et la lumière produisent des impressions d’abord confuses sur les

oreilles et les yeux ; bientôt ces sensations deviennent plus distinctes ; nous flairons les odeurs, nous goûtons les saveurs, nous apprécions les corps par le toucher. Les organes de nos mouvements se préparent à entrer en action pour nous transporter où notre volonté les dirige.

Il a été démontré que le long repos était salutaire au bas âge ; il reste à faire remarquer qu’il n’en est plus ainsi pendant la seconde enfance et dans l’adolescence. A cette époque, le sommeil prolongé n’est plus réparateur; au contraire , il devient dangereux , car il débilite la constitution , engourdit le physique et rend les facultés morales languissantes. Le sommeil excessif, dit Petit - Radel, rend le corps flegmatique, lourd, inhabile aux exercices physiques, comme à ceux de l’esprit. Il absorbe singulièrement la mémoire : « Jeune homme, que ces mauvais effets d’un sommeil trop prolongé te soient toujours présents! » et, continuant d’après Fracastor, il ajoute : « et ne te laisse point trop aller au doux penchant d’un languissant repos , ni aux douceurs d’un lit trop mou ; évite l’un et l’autre , car la peine est cachée sous le plaisir: elle se revêt des apparences d’une paix tranquille et se nourrit de ses douceurs. »

Il est très-important de faire un juste choix du moment favorable au sommeil. C’est lorsque la nature universelle nous invite au repos, que nous devons nous y livrer ; car ce n’est pas sans danger pour la santé et le tempérament que l’on prolonge la veille pendant la nuit, et le sommeil pendant le jour. Parmi les nombreux préceptes qui désavouent cette funeste habitude, qu’on se rappelle la privation de la lumière dont nous avons dé'

montré la bénigne influence, si on accorde au repos le temps qui doit être consacré à la veille. Nous avons dit que l’absorption était plus active pendant le sommeil : c’est particulièrement pendant la nuit quelle s’exerce avec la plus grande énergie ; il est conséquemment naturel de dévouer ce moment au sommeil. Tous les observateurs ont reconnu qu’il est dangereux de passer la nuit et de dormir dans des lieux infectés de miasmes ou qui laissent exhaler des vapeurs délétères. C’est pourquoi les voyageurs ne sont pas nuitamment en sécurité dans le voisinage des marais qui se trouvent aux environs de Rome , parce qu’ils sont exposés à contracter les fièvres intermittentes, tandis qu’ils traversent impunément ces lieux pendant le jour. Le médecin instruit, qui conseille l’administration des médicaments par la voie des frictions, a soin de les faire pratiquer le soir, appréciant la grande activité de l’absorption pendant la nuit.

On conçoit tout l’intérêt d’habituer l’enfant à des heures régulières de repos , lorsqu’il aura fait les premiers pas dans la carrière de la vie. On se gardera de lui permettre de transgresser cette loi naturelle qui doit diriger les temps diurne et nocturne. Petit-Radel a senti tout l’avantage de ce précepte, quand il a dit dans un corollaire : « Il faut se coucher de bonne heure et se lever matin, surtout l’été, temps où les influences d’un air pur et libre sur le corps sont si évidentes. Se coucher bien avant dans la nuit, et ne se lever que très-tard, c’est renverser l’ordre de la nature ; on n’y gagne rien , et l’on ruine son tempérament. »

L’article le plus sérieux comme le plus délicat de l’éducation du premier âge, c’est celui qui concerne le

réveil des enfants. Il est de la plus haute importance qu’ils ne restent pas au lit le matin ; car ce moment propice àl’aiguillonde Vénus peut faire naître un penchant prématuré aux habitudes vicieuses qui entraînent les désordres physiques et moraux que Tissot a si bien développés, et dont les résultats les plus ordinaires sont le délabrement de la santé, une vieillesse et une mort précoces. Hufeland recommande de veiller attentivement à ce que les enfants ne restent point encore quelque temps au lit après avoir dormi; car c’est l’époque où l’imagination émue, la chaleur irritante du lit et celle que cause la rétention des matières excrémentielles, jointes à l’oisiveté, peuvent favoriser le malheureux développement d’une propension qui n’est point naturelle à cet âge. Les parents, les surveillants et les surveillantes des pensions, qui doivent garantir la jeunesse de cette manie destructrice des effets de laquelle on a chaque jour, sous les yeux l’affreux tableau, ne peuvent point négliger d’accoutumer les enfants et les adolescents à se lever de bon matin , immédiatement après leur réveil. La surveillance à cet égard réclame beaucoup d’intelligence et de discernement ; car l’enfant est naturellement curieux , il veut se rendre compte et s’ expliquer les motifs des conseils qu’on lui fait. Rien ne pique aussi vivement sa curiosité que ce qu’on veut qu’il ignore ; c’est pourquoi les mots ambigus offensent plus gravement l’oreille chaste que l’expression décente de la chose.

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