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SYSTÈME SÉCRÉTEUR ET NUTRITIF

La formation sécrétoire et la formation nutritive se ressemblent quant à leur essence, puisque toutes deux consistent en une élaboration du sang d’où les organes vivants extraient pour l’usage de la vie des produits qui diffèrent du sang lui-même. Elles s’éloignent notablement quant à leurs produits et quant à leurs conditions organiques. Les produits de la formation sécrétoire sont -des liquides ou des gaz, et non des parties organisées. Les uns sont déposés dans des cavjtéscloses pour y ser-

vir à divers usages, et ne peuvent sortir de ces cavités qu’au moyen de l’absorption ; ce sont le pigment, la sérosité, la graisse. D’autres sont immédiatement éliminés au dehors du corps en raison de ce qu’ils sont formés à ses surfaces cutanée et respiratoire ; ce sont Y acide carbonique, la vapeur d'eau, la sueur , le smegma. Il est des produits sécrétoires qui, formés ou versés à la surface des muqueuses, sont en partie utilisés et résorbés, en partie rejetés au dehors comme matière superflue, • tels que le mucus , la salive, le suc gastrique, le suc intestinal, le suc pancréatique, la bile, les larmes. Enfin, certains produits sécrétoires représentent le résultat essentiel d’une fonction spéciale en raison de leur destination qui se rapporte : pour Yurine, à la dépuration du sang; pour la liquenr séminale, à la fécondation de l’œuf reproducteur; poulie lait, à l’alimentation de la progéniture. Les produits de la formation nutritive sont des parties solides, organisées, et ne sont, en définitive, que les organes euxmêmes, ou plutôt leurs tissus constituants, dont l’ensemble peut être résumé ainsi qu’il suit : 1° Tissus se formant par un développement intérieur appelé intussusception, dont les uns sont essentiels à la vie végétative, savoir : le tissu cellulaire, comprenant les vésicules séreuses et graisseuses, les vaisseaux sanguins et lymphatiques, les conduits sécréteurs et excréteurs; le tissu cutané, comprenant la peau et les membranes muqueuses; le tissu glanduleux, développement composé des tissus cellulaire et cutané ; dont les autres sont essentiels à la vie animale, les tissus nerveux, musculaire, tendineux et squelettique; 2° tissus se formant

par un développement extérieur appelé juxtaposition , comprenant le cristallin , les dents , les poils, les ongles , X épiderme et X épithélium.

Les conditions organiques de la formation nutritive ne diffèrent pas de celles qui appartiennent à toute partie vivante, et consistent en la présence du sang au contact d’une cellule.

La formation sécrétoire, qui peut se produire aussi dans ces conditions, est le plus souvent subordonnée à l’existence d’appareils spéciaux appelés glandes. Les glandes sécrétoires consistent essentiellement en une cavité ou un assemblage de cavités en communication avec la surface cutanée où est versé le produit de la sécrétion. Les plus simples sont les follicules sébacés et muqueux. Parmi les glandes plus composées, les unes sont constituées par des cellules ouvertes, disposées en grappes à l’extrémité des conduits sécréteurs, de manière à former des lobules, lesquels se réunissant en lobes forment une masse commune, où le liquide sécrété sort par un ou plusieurs conduits excréteurs ; ce sont les glandes conglomérées ou inférieures , telles que les glandes salivaires , lacrymales, mammaires , pancréatique et prostatique. Les autres sont formées de cellules ou de tubes étroitement unis par un tissu intermédiaire, de manière à constituer une masse homogène, qui est enveloppée d’une membrane propre, dans laquelle naissent des conduits sécréteurs, continus d’une part avec les cellules ou tubes, d’autre part se réunissant en un canal unique pour verser le produit dans un réservoir, d’où ce produit accumulé est versé au moyen d’un canal excréteur à la surface muqueuse

ou cutanée, à des intervalles plus ou moins longs : ce sont les glandes viscérales ou supérieures. A cette classe appartiennent l’appareil sécréteur de la bile, composé du foie , du canal hépatique, de la vésicule Uliaire et du canal cholédoque; l’appareil de l’urine comprenant les reins, les uretères , la vessie , et le canal de Vurètre.

Les produits de la formation sécrétoire et nutritive, c’est-à-dire les sécrétions et les organes, ont avec le sang une similitude de composition chimique qui est telle, que les sécrétions et les organes contiennent les mêmes éléments chimiques que le sang. Mais ces éléments communs ne sont pas associés de la même manière dans les sécrétions, les organes et le sang. Ainsi, dans les organes, par exemple dans la peau et les os, il y a une grande quantité de gélatine qui n’existe pas dans le sang; dans les sécrétions, on trouve la matière biliafre, l’urée, l’acide urique, la caséine, que le sang ne contient pas.

La formation sécrétoire et nutritive ne consiste donc pas dans une simple séparation du sang des matériaux préexistants qui transsuderaient au travers des vaisseaux sanguins pour se fixer dans les organes, ou pour en être exprimés On pourrait tout au plus concevoir ce mode de formation pour les sécrétions qui consistent en une simple exhalation d’acide carbonique et d’eau. Dans tous les autres faits de formation , il y a certainement une élaboration du sang, un choix et une transformation de ces matériaux pour produire soit les liquides sécrétés, soit les particules organiques.

La source des formations sécrétoires et nutritives est

le sang artériel, qui est conduit dans toutes les parties ^pour y porter à la fois une influence vivifiante et les matériaux de la sécrétion et de la nutrition, et qui perd, dans toutes les parties, ses qualités de sang artériel pour revêtir celles de sang veineux, précisément par suite du travail de la nutrition. Il n’y a d’exception à cette loi que pour la conformation sécrétoire et pour deux sécrétions, la sécrétion d’acide carbonique et d’eau qui se fait à la surface respiratoire aux dépens du sang veineux apporté par le système de l’artère pulmonaire , et la sécrétion de la bile qui se fait dans le foie aux dépens du sang amené de l’appareil digestif et de la rate par le système spécial de la veine-porte.

La nature et les moyens de l’élaboration du sang dans la formation sécrétoire et nutritive sont encore ignorés. On sait que les vaisseaux dans lesquels le sang circule sont perméables et peuvent laisser sortir, sous l’influence soit de la pression du sang, soit d’une attraction extérieure , la partie liquide du sang. On présume que la liqueur du sang sort ainsi des vaisseaux capillaires dans toutes les parties; que ces parties, en raison de leur nature soit d’organe sécréteur, soit d’organe vivant, y puisent les matériaux de la formation sécrétoire et nutritive, et que les vaisseaux lymphatiques reprennent soit le résidu de cette élaboration , soit les matériaux cédés par les organes renouvelés, pour les ramener sous la forme de lymphe dans le sang.

On sait que les organes exercent une attraction spéciale sur les matériaux du sang, ainsi que le prouve le fait de la coloration en rouge des os chez les animaux nourris avec de la garance ; on sait que les organes

abandonnent à l’absorption leurs parties constituantes, ainsi que le prouve la disparition de cette couleur rouge dans les os des animaux qu’on a cessé de nourrir avec de la garance.

On est conduit par ces temps à admettre que cette attraction dans les organes sécréteurs est fondée sur l’hétérogénéité chimique, les glandes, généralement albumineuses, attirant du sang les principes autres que l’albumine; que cette attraction dans les organes en général est fondée sur l’homogénéité chimique, les parties organiques attirant, pour se les assimiler et se les incorporer, les matériaux similaires du sang. On doit admettre que la transformation des principes attirés du sang se fait pendant le passage de ces principes au travers des vaisseaux et des cellules ; mais on ignore complètement comment s’effectue cette métamorphose , essence de la nutrition et manifestation de la force inconnue qui préside aux actes de la vie. Cette force, dont l’intervention est nécessaire à propos des actes les plus simples de la vie végétative, est aussi celle qui préside à l’ensemble des fonctions, qui les dirige, qui les coordonne par rapport aux fins essentielles de la vie, le développement et la conservatian de l’organisme. En effet, le développement de l’organisme depuis la conception et la naissance jusqu’à l’âge mûr, conformément au type de l’espèce humaine, et sa conservation depuis la naissance jusqu’à la mort , malgré l’action incessante des agents de destruction, se montrent dans les phénomènes de la vie constamment subordonnés à un déploiement d’actions vitales qui, pour être fatales, comme touCefîet de loi, n’en expriment pas moins un concours de forces

coordonnées par rapport à un but rationnel. Les limites si étroites de cette esquisse ne comportent pas le développement de cette doctrine, que la science moderne ne saurait rejeter sans mériter d’être taxée d’étroitesse et d’inintelligence dans ses conceptions. Pour faire concevoir la réalité de la coordination et de la subordination des phénomènes organiques à des lois spéciales, qui sont les lois de la vie, il suffira d’entrer dans quelques détails sur l’ensemble des actions vitales par lesquelles l’équilibre est maintenu entre les acquisitions et les- pertes matérielles de l’organisme , et l’étendue de la mutation matérielle est proportionnée aux besoins de déploiement de force. Les conditions de cet équilibre se rattachent à deux nécessités de l’organisme vivant, qui ne peut se conserver qu’à la condition de créer de la force pour réaliser par l’action nerveuse et le mouvement ses rapports avec le monde extérieur, et à la condition de créer du calorique pour se maintenir à une température propre. Cette double nécessité et la consommation de matière par laquelle l’organisme y satisfait, ont permis d’assimiler, par une ingénieuse comparaison, l’organisme vivant de la vie de nutrition à une locomotive qui consomme du charbon pour créer de la chaleur et du mouvement.

C'est un des caractères propres aux êtres vivants, et surtout aux animaux et à l’homme, de se maintenir à une température propre, habituellement plus élevée que celle du milieu ambiant.

Le corps de l'homme a une température moyenne de 36°, voisine de celle du sang, qu’il maintient constante dans un milieu à température très- variable, mais habi-

tuellement plus froide, l’air atmosphérique. Les limites extrêmes de température, dans lair extérieur, auxquelles le corps humain résiste en conservant sa température propre, sont très-distantes.

Relativement au mouvement et à l’équilibre du calorique, le corps humain est soumis à la loi cpmmune. Dans un milieu plus froid, et c’est la condition ordinaire de sa vie, il perd du calorique par le rayonnement et par le contact. Mais de plus l’organisme dépense cons tamment une grande quantité de calorique, celle qui est employée à vaporiser l’eau qu’il exhale à la surface du poumon et de la peau. Dans un milieu plus chaud, il doit tendre à s’échauffer. Comment, dans ces deux cas, l’organisme maintient-il sa température?

On conçoit que la faculté de vaporiser de l’eau crée à l’organisme une ressource à l’aide de laquelle il puisse se défendre de la chaleur. C’est en effet ce qui arrive au corps dans un milieu plus chaud; la transpiration augmente en raison de la température, et avec elle la consommation du calorique employé à la vaporisation de l’eau.

Mais dans un milieu plus froid, l’organisme ne peut se maintenir à une température constante qu’en créant une quantité de calorique égale à celle de ses pertes. Aussi l’organisme a-t-il la puissance de créer du calorique en quantité relative à ses besoins ; et c’est à cette création constante d’une quantité variable de calorique que se rapporte en partie la consommation constante d’une quantité variable de matière, dont l’emprunt au monde extérieur est une des conditions de la vie.

En effet, l’organisme absorbe, en 24 heures, par la

surface respiratoire, une quantité d’oxygène équivalente à 1 k. 0l5, par la surface digestive une quantité de carbone contenue dans les aliments, équivalente à 435 grammes. Malgré cette absorption journalière de près d’un kilo et demi de matière, le poids du corps d'un adulte ne change pas en 24 heures, fait qui s’explique en ce que l’organisme perd, dans la même période, une quantité équivalente d’acide carbonique. Cet acide carbonique représente une combinaison de l’oxygène respiré avec le carbone digéré, et comme toute combinaison d’oxygène avec le carbone, représente un dégagement de calorique proportionnel à la quantité de la matière combinée. 435 grammes de carbone, en se combinant avec 1 k. 0 1 5 d’oxygène, produisent une chaleur égale à 3, 425, 625 degrés, suffisante pour élever à la température de 37 degrés 92 k. , et à l’état de vapeur 6 k. d’eau.

Cette quantité considérable de chaleur formée par la combinaison de l’oxygène respiré avec le carbone digéré est susceptible de varier en raison de la quantité de l’absorption d’oxygène et de carbone.

Or, il y a entre la respiration, la digestion et la calorification, dans les conditions variables de la vie, un rapport préétabli, qui fait varier la quantité du calorique produit en raison des pertes à réparer. En effet, plus l’air extérieur est froid, plus les pertes de calorique sont considérables. Plus l’air est froid, plus, sous un même volume, il contient d’oxygène, plus par conséquent la respiration en introduit dans l’organisme pour un même acte. L’expérience prouve d’ailleurs que l’appétit et la puissance de digérer augmen-

tent en raison directe de l’abaissementdela température extérieure. Ainsi, en raison du refroidissement de l’air extérieur, les pertes de calorique augmentent, mais aussi l’absorption digestive de carbone augmentant, la production de calorique s’accroît dans le même rapport, de manière à rendre possible le maintien de l’équilibre, c’est-à-dire le maintien de la température propre au corps.

On ne sait pas encore avec une entière certitude quelles sont les parties du corps où s’effectue l’oxydation qui est la source du calorique produit par l’organisme. On a cru pendant longtemps que cette oxydation était l’essence de la respiration et consistait dans la combinaison immédiate de l’oxygène inspiré avec le carbone et l’hydrogène du sang veineux qui traverse le poumon. On est plus disposé à admettre aujourd’hui que l’oxygène absorbé à la surface respiratoire est porté par le sang artériel dans les capillaires du corps, où sa combinaison avec le carbone et l’hydrogène des tissus est la condition qui crée dans les parties mêmes le calorique dont elles ont besoin pour se maintenir à la température propre du corps. Néanmoins, le fait d’une température plus élevée d’un demi-degré dans le sang, artériel ne pouvant être révoqué en doute, il est impossible de ne pas admettre que l’oxydation et la création du calorique se font en partie au moment de l’absorption respiratoire. Dès lors le sang artériel conduit dans toutes les parties non-seulement les matériaux nutritifs, mais encore du calorique.

La quantité de calorique qui est ainsi portée dans les parties par le sang artériel et qui y est entièrement dé-

pensée, puisque le sang veineux a une température plus faible précisémeut d’un demi-degré, peut être considérée comme suffisant à la compensation des pertes.

Il entre dans les poumons par l’artère pulmonaire à l’état veineux, et il en sort par l’aorte à l’état artériel, 46 grammes de sang par chaque contraction du cœur. Il y a 75 contractions du cœur par minute ; ee qui permet d’évaluer, par le calcul, à 3 k. 375 par minute, et à 4,860 k. par 24 heures la quantité de sang artériel qui est envoyée par l’aorte dans le corps. En supposant que je sang fût de l’eau, le calcul prouve qu’il faudrait, pour élever 4,860 k. d’eau à 37°, brûler 22 k. 979 de charbon ; chaque degré de température pour 4,860 k. d’eau représente la combustion de 621 grammes de carbone ; un demi-degré équivaut à la combustion de 311 grammes de carbone, soit 2,449, 125°, que le sang artériel fournirait en 24 heures à dépenser au corps, en raison de sa température plus élevée d’un demi-degré, acquise dans l’acte de la respiration.

Dès lors, la création et la distribution du calorique dans le corps pourraient être ainsi conçues. Le corps, traversé dans toutes ses parties par les vaisseaux sanguins comme par les tuyaux d’un calorifère, devrait sa température constante à la température constante du liquide chaud, c’est-à-dire du sang qui parcourt ces tuyaux. Les pertes de calorique éprouvées par le corps au moyen du rayonnement, du contact et de l’évaporation, équivalentes en somme à la quantité de chaleur que représente la température plus élevée du sang artériel, seraient sans cesse et également compensées par l’acquisition de calorique qui résulte de réchauffement du sang

veineux au moyen de l’oxydation respiratoire. Cette conception, si elle pouvait être démontrée, semblerait digne, par sa féconde simplicité, d’être entrée dans les plans de la nature.

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