‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 4 sur 25 · ANORMAUX · texte numérisé non relu

ANORMAUX

parce que les pieds exécutent dans ces chaussures un mouvement de glissement qui irrite la peau et fait épaissir l’épiderme.

En définitive, le cor est une lésion de l’épiderme. Ce tissu, presque inerte, à peine vivant, acquiert de l’épaisseur, et semble s’organiser; il envoie au centre du cor un prolongement ou noyau qui étend des ramifications dans l’épaisseur du derme et audelà. Si on l’enlève tranche par tranche, on voit bientôt comme un petit pivot blanchâtre ; c’est la racine du cor.

Pour guérir cette affection, le premier moyen est d’éviter les chaussures larges et dures, ou celles qui seraient trop étroites ; puis on peut appliquer l’un de ces remèdes offerts comme autant de secrets, et qui se réduisent à un emplastique émollient. On dit qu’en ramollissant les cors , on finit par les enlever tout entiers; mais il faut pour cela une longue attente. Le meilleur moyen est de retrancher avec un bistouri l’épiderme par petites couches en opérant avec beaucoup de lenteur; on découvre bientôt le noyau central, on agit avec l’instrument de manière à le creuser; on produit ainsi une excavation. On saisit avec des pinces les filamens épidermiques qui semblent être des divisions du noyau central, et qu’on regarde comme des racines, et ainsi on enlève tout ce qu’on peut saisir de ce tissu accidentel. L’art du pédicure, sur ce point, se borne à agir avec beaucoup de lenteur, beaucoup de patience, et à extraire,

TISSUS

j)arcelle par parcelle, tout ce qui paraît de nature épidermique. Ne voit-on pas, d’après cela , de quelle insuffisance seraient les limes qui n’agiraient que superficiellement, et les moyens mécaniques, tels que l’appareil du docteur Donné? Leur action ne pourrait être que de peu de durée, et il n’en résulterait qu’une médication palliative.

Fongus.

Il y a une différence notable entre les fongus et les tissus anormaux dont il vient d’être fait mention. Ces derniers sont complètement isolés, tandis que les fongus sont en quelque sorte un prolongement des tissus naturels ; ils tiennent seulement à ces tissus par des pédicules ou des bases larges.

Certains fongus ne sont que des carnosités résultantes du développement accidentel des vaisseaux sanguins, qui s’alongent et donnent lieu à des productions morbides de diverses formes.

Quelquefois un vice spécial préside à leur formation. Ainsi, le virus vénérien donne lieu à des fongosités nommées poireaux , crêtes , cauli flores ; mais il y a des carnosités simples, indépendantes de tous vices acquis, qui, comme des champignons, s’élèvent sur certains organes. C’est principalement sur ceux recouverts d’une membrane muqueuse que l’on voit de pareils tissus anormaux.

Il est une espèce de fongus nommé hématode, san-

anormaux.

(juin ou érectile , parce qu’il est formé par une trame essentiellement vasculaire qui se remplit de sang, et qui , comme certains tissus naturels , change de forme, et s’érige selon que plus ou moins de sang y aboutit. On voit à la tête, aux lèvres, aux doigts, sur d’autres parties encore, se former des fongus érectiles ; ils se reconnaissent à une élevure bleuâtre, qui, dans certaines émotions de Famé, augmente en volume, et se fonce en couleur. Les pleurs, la colère, d’autres phénomènes font singulièrement ériger de pareils fongus.

Un tissu anormal peut avoir un accroissement sans terme; il convient d’y mettre obstacle. Si un vice la produit et l’entretient, il faut avant tout combattre ce vice; puis, on retranche le tissu qui en est la conséquence. Mais les fongus ont une grande tendance à repulluler, et on doit les attaquer jusque dans leurs racines : c’est surtout lorsqu’il s’agit du fongus érectile qu’il fautsuivrc un tel précepte. Il convient de faire alors des dissections méthodiques; on a recours à la compression, et quelquefois avec succès. On fait aussi des cautérisations qui peuvent être efficaces ; il arrive même que certains fongus se dissipent spontanément. Par contre, on en voit acquérir un développement prodigieux ; ils dénaturent, déiîgurent les parties où ils ont leur siège , et se convertissent en ce tissu funeste qu’on nomme cancer.

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Mi

folypes.

C’est bien une variété spéciale de fongus que les productions morbides appelées polypes. Ces corps anormaux sont l’apanage funeste des membranes muqueuses ; celles des fosses nasales et de l’utérus sont leur siège de prédilection. Le polype le plus commun est celui qu’on nomme vésiculeux mou : il est pédiculé ; il se forme dans les méats des fosses nasales ou sur les cornets ; on le voit se présenter à l’orifice des narines; il gonlle par l’humidité de l’atmosphère : c’est alors qu’il est principalement visible.

Une autre espèce de polype est le sarcomateux charnu, dur, ordinairement douloureux : il se üxc par un pédoncule en arrière des fosses nasales, ou dans l’arrière-gorge ; il parvient à remplir les narines ou le pharynx, et menace de suffocation.

On voit des polypes fibreux , osseux , etc., se former sur certaines membranes muqueuses , notamment sur celles de l’utérus. Ces polypes acquièrent de grandes dimensions, et se portent ordinairement de l’intérieur à l’extérieur.

On détruit les polypes en les arrachant à l’aide de pinces convenables, en liant leur pédicule quand il est accessible, en les retranchant avec des instrumcns, en les cautérisant avec des caustiques ou avec le fer incandescent. Le traitement des polypes est l’un des grands sujets de la médecine opératoire.

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