ANORMAUX
Cancer.
C’est un mot bien vague, bien vide de sens, que celui de cancer! Il s’applique à des affections morbides essentiellement différentes entre elles. Tout tissu anormal parvenu au suprême degré de dégénérescence porte cette dénomination. Que voit-on cependant? une excroissance, cancer fongoïde ; ou une ulcération dévorante qui creuse les parties, cancer esthiomène ; — un corps dur, cancer fibreux; ou mou, demi-liquide, cancer colloïde; — une substance blanche, nacrée, cancer éburné ; ou bien d’un noir foncé, cancer anthracine; — une affection douloureuse, lancinante avec ulcération, laissant écouler un iclior fétide; ou bien une tumeur indolente, sans aucune ulcération visible, aucune sorte d’exsudation, et qui porte le nom de squirrhe. On voit, d’après cela, que le mot cancer n’indique pas une maladie spéciale, déterminée, mais que c’est une expression qui sert à formuler une infinité d’affections disparates.
Est-ce un organe qui en est le siège ? sa sensibilité éprouve une profonde atteinte, scs fonctions sont troublées, anéanties. Est-ce un tissu en particulier, comme un os, un muscle, un ganglion lymphatique? sa structure anatomique devient bientôt méconnaissable, et les usages auxquels il est destiné sont frappés de nullité ; le muscle est inhabile à se contracter, l’os ramolli ne sert plus de charpente aux parties qui prennent sur lui leur point d’appui.
98 TISSUS ANORMAUX
Mais le mal ne se borne pas là : il s’opère un travail intestin dans la masse cancéreuse; il y a une décomposition morbide et putride ; des élémens délétères sont résorbés par les vaisseaux lymphatiques et par les veines; ils sont charriés dans les voies de la circulation sanguine, transportés dans toute l’économie, où ils déposent partout des germes de cancers nouveaux. Il en résulte une sorte d’infection générale qui se nomme cachexie ou diathèse cancéreuse; le sang est vicié, et, comme il arrive à tous les organes, il leur apporte des principes de désorganisation.
Pour obvier aux funestes conséquences qu’entraînent après elles les affections cancéreuses, il est important de se hâter de leur appliquer un prompt remède, car le plus petit grain cancéreux peut être comparé à ce petit nuage qui est quelquefois le présage d une grande tempête.
Le traitement du cancer doit varier selon les formes et l’étendue de cette maladie ; les médicamens , le fer, le feu sont appliqués à le combattre. On ne peut guérir le cancer, il huit l’emporter: l’instrument tranchant, les caustiques, voilà en définitive les seules ressources auxquelles on puisse efficacement recourir. Heureux quand il est permis de dépasser la limite du mal, et quand il ne reste pas des germes qu’on ne peut ni découvrir, ni atteindre, car on verrait bientôt le cancer renaître de scs propres cendres !
Est-ce l’expression d’un organe souffrant, (jue ce trouble dans la circulation du sang que l’on nomme lièvre ? Est-ce un travail épurateur qui tend à expulser de l’économie animale quelque principe nuisible? Le mot lièvre, dérivant de fervere, indique la chaleur insolite qu’acquiert le corps 5 dérivant de februare, il exprime la purification qui tendrait à s’opérer. C’est un état maladif varié à l’infini , offrant tous les degrés possibles de gravité.
D’après les uns, la fièvre ne serait que le symptôme d’une maladie que l’accélération du pouls et du mouvement respiratoire servirait essentiellement à caractériser. D’après les autres, ce serait une maladie réelle, existant par elle-même : une entité.
Certainement les principes qui ont pour base la doctrine dite physiologique sont bien séduisans ; ils semblent porter l’empreinte de la vérité. Admettre une irritation sur un organe quelconque, faire émaner de cet organe une influence qui , agissant sur le cœur, provoque des mouvemens désordonnés dans la circulation, d’où résulte la chaleur, la sueur et tout ce qui constitue la lièvre , certainement une telle explication paraît pleinement salis-
faisante. Mais il arrive qu’on interroge en vain l’économie animale dans tous ses replis pour savoir s’il y a quelque part irritation ou désordre quelconque, et l’on voit que toutes les fonctions s’exécutent avec un jeu parfait, que tous les organes, tous les tissus sont intègres. L’homme, pendant un jour ou plusieurs jours , jouit du plus parfait état de santé, et voilà que, tout-à-coup, il est pris d’un frisson glacial auquel succède une chaleur brûlante ; son pouls, d’abord concentré, insensible, devient plein, développé et fréquent ; la peau était sèche, elle laisse bientôt ruisseler la sueur : c’est un violent accès de fièvre qui a eu lieu et se calme. D’un état pathologique qui occasionnait la divagation , le délire, l’homme passe dans un état de santé apparente. La fièvre, dans ce cas, est-elle le cri d’un organe malade , ou est-elle un être morbide toutà-fait spécial ?
Certes , sans mériter le reproche d’embrasser l’erreur, départager des opinions rétrogrades, on pourrait bien croire , dans les fièvres, à une entité morbide. Il semble bien qu’il y ait un être inhérent à l’économie animale qui manifeste son existence et qui, s’agitant, occasionne cette crise qu’on nomme fièvre. Mais où est placé ce principe funeste? Estce sur un organe, sur un tissu, ou bien, comme un être métaphysique , est-il généralement répandu partout , et n’est-il particulièrement nulle part ?
Voilà comment on devrait considérer les fièvres
qu’on désigne sous le nom d’ essentielles , s’il était vrai qu’aucun organe n’en fut le point de départ; mais il n’en est pas rigoureusement ainsi.
Certainement, si l’on recherche, pour expliquer la cause d’une fièvre, une irritation, une inflammation, il arrivera qu’on pourra ne pas la rencontrer; est-ce à dire pour cela qu’il n’en existe pas dans quelque organe profondément placé, inaccessible aux investigations? Cette conclusion serait erronée. Mais est-ce qu’il n’y a que T inflammation qui puisse occasionner la fièvre? Une excitation du système nerveux, qui ne se formule par aucun phénomène apparent, ne peut-il pas en être l’agent réel ? Combien de névroses périodiques ne sont-elles pas de véritables fièvres? et cependant, qu’on explore les organes, on n’y verra aucune trace de lésion !
Les milieux où nous sommes placés exercent sans cesse sur nous une influence favorable ou nuisible. L’air qu’on respire, les miasmes qu’on absorbe, mêlent avec le sang qui circule dans nos vaisseaux des principes invisibles, impalpables, mais réels. Dès-lors , trouble dans la circulation , accélération du pouls, sueur, fièvre en un mot; et tout cela parce que quelques principes hétérogènes sont parvenus dans l’économie animale. Faudrait-il donc rechercher, dans ce cas, pour expliquer la fièvre, F inflammation d’un organe? Est-ce qu’il ne suffit pas des principes délétères introduits
dans le torrent sanguin pour susciter ce mouvement insolite qui est très-probablement un travail épurateur ?
À la vérité, si l’on observe, alors, on voit que les lèvres et la langue sont rouges, ce qui dénote la même coloration dans les membranes muqueuses di gestives. Cependant, qu’on remarque, la peau est également rouge, mais encore elle est ardente, couverte de sueur. La coloration est donc générale, elle résulte de l’accès fébrile , loin de l’occasionner. Ce qui prouve la réalité de ce fait, c’est que, l’accès passé, la peau pâlit, change de température, revient en tout à l’état normal. Or, pareille chose a lieu dans les membranes muqueuses digestives.
Certainement la lièvre dépend souvent de l’irritation ou de l’inflammation d’un organe; mais quelquefois clic tient à une lésion de l’innervation, à une affection organique ou à l’altération du sang. Broussais voulait que toutes les maladies subissent le joug de l’irritation , mais les fièvres souvent lui ont été rebelles, les sangsues devenaient impuissantes pour les combattre: le quinquina était victorieux. Quoi! le quinquina, remède échauffant , incendiaire, pour guérir une inflammation! Le paradoxe était manifeste. Heureusement la fièvre accessible à l’action du quinquina ne résulte pas d’une inflammation, mais d’une lésion d’une autre nature, quoique inexplicable et insaisissable.
Qu’y a-t-il de plus variable que le rhythme des fièvres, que ce type qui sert à en caractériser les diverses espèces? Quelquefois la fièvre est continue , c’est-à-dire, elle suit une marche non interrompue depuis son début jusqu’à sa fin , soit heureuse, soit fatale. D’autres fois elle est intermittente , elle s’arrête complètement pour revenir avec une nouvelle intensité; ou bien elle est rémittente , on voit qu’elle ralentit sa marche sans pour cela s’arrêter. Le mot apyrexie sert à indiquer le relâchement d’un accès; ceux de par oxisme ou exacerbation, son redoublement. La fièvre peut être éphémère , quotidienne, tierce, quarte, double-tierce, double-quarte, quintane, sextane, etc.; tous ces rhythmes ne constituent pas des espèces de fièvres, mais ils servent simplement à caractériser les formes qu’elles revêtent. Dire qu’une fièvre est continue , intermittente, etc., ce n’est pas indiquer sa nature, assigner le système d’organe affecté; cependant c’est à quoi l’on se borne quelquefois, et l’on ne songe pas qu’il ne reste que du vague après de telles dénominations!
Qui pourrait rendre par des paroles toutes ces variétés, toutes ces différences qu’offrent les battemens du cœur, et qui se reconnaissent aux mouvemens des artères? Il faudrait faire une immense étude pour avoir des notions de quelque valeur. Il est curieux devoir, dans le grand dictionnaire de James, les lièvres représentées par de la musique :
les notes servent à marquer tous les battemens du pouls; les accidens indiquent les intermittences, la fréquence et les autres modifications du mouvement circulatoire !
Fièvre inflammatoire.
Est-il une dénomination plus juste que celle de fièvre inflammatoire pour indiquer cet état maladif qui se déclare brusquement chez des sujets jeunes et vigoureux , et qui consiste essentiellement dans une accroissement extraordinaire de la circulation sanguine et de la chaleur animale? C’est dans l’adolescence que s’observe principalement cette lièvre. Elle se déclare après des excès de fatigue; l’impression subite du froid , le corps étant échauffé par un exercice violent. Elle débute par des frissons, des horripilations; mais bientôt s’opère une sueur abondante; le malade éprouve de l’abattement, des douleurs générales; sa face est rouge, tuméfiée; il survient fréquemment des hémorrhagies nasales; la fièvre peut être éphémère , ou bien durer quelques jours et ne se terminer qu’au premier, second ou troisième septénaire.
La fièvre inflammatoire a été nommée par Pinel angioténique , parce qu’il pensait qu’elle consistait essentiellement dans Y inflammat ion de la membrane interne des artères. Mais on doit considérer comme fièvres inflammatoires toutes celles qui dépendent évidemment de l’inflammation d’un organe. D’après
cela, que de variétés n’offre pas ce genre de lièvre !
Dans l’état de santé le plus parfait, arrive-t-il qu’on fasse une marche forcée, surtout sous un soleil ardent, et qu’ensuite on prenne du repos dans un lieu frais? bientôt on éprouve des douleurs dans
tout le corps, les mouvemens deviennent difficiles, impossibles, toutes les articulations se trouvent envahies , tous les muscles sont sensibles au toucher : c’est un rhumatisme général. La fièvre s’allume, le corps est en feu : voilà une fièvre inflammatoire rhumatismale.
Est-ce sur les organes de la respiration qu’a porté l’inlluence atmosphérique , y a-t-il congestion sanguine? les mouvemens respiratoires deviennent pénibles, un point de côté se manifeste, la fièvre se déclare : voilà une fièvre inflammatoire-pulmonaire .
Le travail de l’enfantement aura-t-il été pénible, aura-t-il exigé l’emploi des forceps, ou des manœuvres manuelles plus fatigantes encore pour la femme ? le ventre devient douloureux, il y a fièvre : c’est une péritonite ; mais l’élément de la fièvre est une inflammation réelle. Même chose arrive après une opération pratiquée sur l’abdomen, une plaie, un coup reçus dans cette région. Certainement la fièvre qui survient alors a bien le type inflammatoire; et dans ce cas , elle porte l’épithète de traumatique.
Toutes les fièvres qui dépendent d’un foyer d’irritation sur un organe ne constituent que des lièvres inflammatoires symptomatiques, tandis que
la lièvre inflammatoire essentielle n’a son siège exclusivement nulle part, et se caractérise par le gonflement et la rougeur de la face, la distension extrême des vaisseaux sanguins, une exhalation cutanée non interrompue, des paroxismes peu sensibles, et sa terminaison soit par des sueurs, soit par une hémorrhagie.
La lièvre inflammatoire ou angioténique réclame un traitement anti-phlogistique : la saignée est le plus puissant remède à lui opposer. Les boissons rafraîchissantes sont les médicamens internes par excellence. Cependant , les sangsues deviennent utiles lorsqu’on peut préciser le foyer de l’inflammation ; des boissons délayantes édulcorées conviennent, surtout s’il y a irritation des membranes muqueuses. On doit traiter cette fièvre comme on traiterait une fluxion de poitrine; aussi les révulsifs deviendraient utiles s’il y avait tendance à quelques congestions. Comme la sueur, une hémorrhagie nasale amènent une crise salutaire, il faut les favoriser, sans les provoquer par des remèdes écliauffans. Rarement le quinquina est utile dans les fièvres inflammatoires; ce n’est que lorsqu’elles se compliquent, qu elles changent de nature, que ce remède peut trouver son application.
Fièvres intermittentes.
Si certaines fièvres se caractérisent par l’appareil inflammatoire qui se développe; si d’autres ont
1 ÎÈVHES.
pour ty pe une lésion du système nerveux, il en est qui se distinguent par leur marche, par les intervalles qui existent entre les accès. Pour cela on les nomme intermittentes.
Ce n’est pas une seule espèce de fièvre qui porte le nom d’intermittente, pas plus qu’une seule espèce mérite celui d’inflammatoire ou de typhoïde, mais ce sont toutes les maladies caractérisées par un mouvement fébrile qui arrive périodiquement, et qui cesse pour reparaître plus tard. Il faut avouer qu’il y a là un type spécial, car beaucoup de fièvres ont une marche continue; elles offrent bien un peu de relâchement, mais elles reprennent bientôt une intensité nouvelle.
On se demande : Quel est donc le point de départ des fièvres intermittentes? Quel est l’organe affecté? Quel est le principe qui les détermine et les entretient ? Il y a quelque chose d’ étonnant : le corps est en proie à une fièvre dévorante , voilà de la sueur, et bientôt un calme parfait, l’homme recouvre une apparente santé; cet état dure un jour, deuxjours, dix jours quelquefois, et à une heure déterminée la fièvre reparaît avec une nouvelle intensité. Sans doute il y a dans ce phénomène du merveilleux ; mais le fait est si fréquent, si commun, qu’il cesse de surprendre.
Cette disparition complète des accidens morbides , cet état de santé exempt de toute douleur , porte à croire que le principe de la fièvre intermittente est
immatériel, c’est-à-dire qu’il est inaccessible aux: sens et ne siège pas physiquement sur un système d’organe ou sur certains tissus, et qu’enfin la fièvre est un être spécial qui mérite le nom d’essentielle, parce qu’elle tient à sa propre essence.
Il paraît bien qu’il en est ainsi ; mais la fièvre intermittente tient en réalité à quelque lésion d’organes ou de tissus. Cette lésion échappe aux investigations, pour cela elle n’est pas moins constante. Il y a cessation absolue; mais est-ce que la cessation du mouvement fébrile ne peut pas concorder avec une lésion réelle? Une douleur dentaire cesse , toutefois la dent est cariée, et la douleur revient plus tard , comme une fièvre périodique.
On sera long-temps à la recherche de la cause de la fièvre intermittente. On sait bien que des miasmes l’occasionnent , que certaines saisons sont favorables à son développement; mais on s’efforcerait souvent en vain à la localiser, c’est-à-dire à préciser son caractère anatomique par des lésions d’organes.
M. le docteur Raymond Faure, mon savant ami, a fait des remarques, en Espagne et en Grèce, sur les fièvres intermittentes; il a fondé une doctrine nouvelle sur ces maladies , et les a définies des altérations périodiques de la calorification , qui consistent exclusivement dans la lésion du système nerveux. Il a observé que l’ardeur du soleil en était la cause déterminante; qu’ainsi, enMorée, sur le mont où est bâti l’Acro-Corinthe , malgré la sécheresse du
sol, les fièvres intermittentes désolaient les Grecs, pendant qu’à Missolonghi , ville basse, entourée de lagunes , elles étaient infiniment rares !
Je suis disposé à croire à l’influence du soleil sur le développement des fièvres intermittentes. Les habitans des campagnes , exposés dans leurs travaux aux rayons solaires, en sont fréquemment atteints; tandis que les citadins, qui peuvent plus aisément se mettre à l’ombre, se tenir dans des lieux frais, en offrent de rares exemples. On conçoit que la chaleur du soleil puisse fluxionner le cerveau, l’injecter de sang, le tenir dans un état d’hypérémie, et que la fièvre devienne alors l’expression de l’organe malade. On conçoit aussi que dès que le cerveau est le siège d’une lésion quelconque, le système nerveux, en général, se ressente de cette lésion.
Mais la cause de ce désordre dans les mouvcmcns de la circulation peut résider dans bien d’autres points de l’économie animale. Le foie est-il le siège d’un engorgement, l’estomac est-il altéré , y a-t-il une maladie dans un viscère quelconque, c’est un mouvement fébrile, souvent périodique, en un mot une fièvre intermittente qui annonce qu’il y a quelque part une lésion. Ce serait sans fondement qu’on croirait alors que la fièvre est essentielle.
On commettrait une erreur si l’on pensait que la lésion qui occasionne la fièvre intermittente ne
réside que dans les solides; les lluidës peuvent être altérés dans leurs principes constitutifs, et le mouvement fébrile est le symptôme qui dénote l’altération. Ce mouvement semble avoir pour but de débarrasser l’économie animale de ce qu’elle renferme d’impur, d’hétérogène.
Il est hors de doute que les effluves des marécages et autres lieux malsains sont aussi des causes de fièv res intermittentes. Que se passe-t-il alors? par la respiration, par l’absorption au travers de la peau, par l’ingestion avec les alimens, des substances nuisibles parviennent dans le corps et imprègnent l’économie. Le sang se trouve chargé d’élémens vicieux; il circule et porte partout un germe de maladie. Aussi voit-on des engorgemens, des abcès, des furoncles, etc., se former comme autant d’émonctoires ou de foyers de purification.
Mais il faut plus que cela, il faut un mouvement énergique de la circulation sanguine qui occasionne d’abondantes sueurs , pour purifier l’économie tout entière. Alors la fièvre, au lieu d’être un travail morbide, devient un acte épurateur.
Il est aisé de déterminer le système essentiel de traitement des fièvres intermittentes. Avant tout, il consiste à éloigner, à neutraliser les influences atmosphériques qui les occasionnent. Si les ardeurs du soleil, si les miasmes marécageux, si des alimens de mauvaise nature sont les causes reconnues , il faut s’efforcer d’écarter de telles causes et de pla-
cer les malades dans des lieux favorables, de leur donner des alimens de bonne qualité. Cela sullil quelquefois : la fièvre, qui avait des retours périodiques, cesse de se déclarer ; la maladie est guérie. Mais aussi elle s’entretient quelquefois avec opiniâtreté; elle résiste à tout ce qu’on peut faire : ce n’est que le changement de saison ou même de climat qui devient le remède. Souvent , dans ces cas rebelles, il y a une lésion organique qu’en vain on chercherait à combattre; on attaque le symptôme périodique , mais le mal résiste toujours , et la fièvre s’entretient.
Si , comme fréquemment cela a lieu , on apercevait une disposition bilieuse , un embarras gastrique, des vomitifs, des purgatifs seraient nécessaires, et des boissons délayantes, acides ou amères, serviraient à dégager les voies digestives. On peut, dans bien des cas, débuter par de tels remèdes ; mais si le cerveau était injecté de sang, ce qui se reconnaîtrait à la coloration de la face, à un violent mal de tète, et qu’il y eût excitation du système nerveux, conviendrait-il de donner des vomitifs? Ce moyen ne serait pas très-rationnel dans ce cas, et les efforts de vomissement pourraient fort bien augmenter la congestion cérébrale. Il serait avantageux de pratiquer une saignée pour opérer une déplétion sanguine.
Le régime austère , les boissons délayantes, les lavemens conviennent dans tous les cas, et selon
les indications résultantes de l’examen des organes qui offrent quelque phénomène morbide , on peut pratiquer des saignées locales, appliquer des fomentations : ainsi , on calme les accidens nerveux , on dissipe les symptômes inflammatoires qui peuvent se manifester. Mais il reste ce mouvement désordonné de la circulation du sang, cette fièvre enfin qui demeure seule comme un être distinct; il faut bien l’attaquer, l’abattre par ce qui est susceptible de l’abattre. Or, le remède par excellence, c’est le quinquina.
En vain on chercherait la manière d’agir de cet étonnant fébrifuge; il faut faire abnégation de tout raisonnement, et s’incliner devant l’évidence. Tout a échoué, et le quinquina triomphe: voilà ce que prouve une constante expérimentation.
Seize à trente-deux grammes de quinquina , quatre ou six décigrammes de sulfate de quinine donnés en substance dans de l’eau, ou amalgamés avec un véhicule quelconque, peuvent être administrés entre les accès fébriles, et l’on voit ces accès retardés, diminuer d’intensité, et enfin cesser complètement. Mais la fièvre est rebelle quelquefois : c’est que la cause du mal persiste, ou qu’il y a une lésion organique inaccessible à l’action du remède.
Le quinquina est sans doute l’antidote puissant de la fièvre intermittente; mais l’opium renferme aussi d’incontestables vertus , il modifie puissamment la sensibilité. Or, la fièvre n’est souvent autre
chose qu’une lésion du système nerveux, et l’opium est alors un remède vraiment clïicace. Associé au quinquina, il est victorieux de fièvres infiniment rebelles.
Quels bienfaits ne retire-t-on pas de l’usage des bains frais! C’est un moyen puissant pour agir sur la sensibilité, pour tempérer cette ardeur qui mine le corps , et rafraîchir l’économie animale tout entière. Si les boissons sont utiles, combien les bains ne le sont-ils pas aussi ! C’est par des moyens hygiéniques qu’on combat essentiellement les fièvres intermittentes; or, les bains d’eau pure et fraîche sont l’une des plus puissantes ressources de l’hygiène.
Fièvre typhoïde.
Lorsqu’on chirurgie les expressions sont si exactes, si exclusives pour désigner telle ou telle affection, se peut-il qu’en médecine il y ait encore tant de vague dans les dénominations ! Indiquet-on une maladie, aussitôt il faut se fatiguer à l’étude de ses synonymies. On croirait qu’une affection est tout opposée à une autre différemment dénommée, tandis qu’en réalité elle est la même. On voit une preuve de ces assertions dans la fièvre typhoïde.
Les mots fièvre putride, fièvre maligne, ont vieilli ; ils ont paru bien remplacés par ceux de fièvre adynamique et de fièvre ataxique. Il semblait que le
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célèbre Pinel eût très-justement désigné par ces deux noms le vrai type de deux genres de fièvres réellement existantes : l’une, caractérisée par la perte des forces, adynamie; l’autre, par un état de désordre nerveux , ataxie. Mais voilà que ces expressions si satisfaisantes sont considérées comme paradoxales ! Petit pense que ces prétendues lièvres adynamiques et ataxiques consistent essentiellement dans une lésion de l’intestin grêle et des glandes du mésentère, situées dans leur voisinage; il cherche le point alfecté, rendu douloureux par une pression souvent répétée sur l’abdomen, et crée le nom fièvre entéro-mésenlérique . Broussais voit à la fois l’estomac et l’intestin enflammés; de là, la dénomination de gastro-entérite. M. Bretonneau se sert du mot dothinenterie. C’est à ne plus s’entendre; car toutes ces maladies , en apparence différentes , ne sont en définitive , selon tel du tel médecin , autre chose que la fièvre typhoïde.
Le typhus a été considéré comme une maladie pestilentielle. Les malades éprouvent une violente douleur de tète, une soif ardente, des mouvemens convulsifs ; il survient des taches sur la peau ou pétéchies, et des ulcérations au dos, près de l’os sacrum. Toutes les fièvres qui offrent de tels symptômes, et qui, par conséquent, ont l’apparence du typhus, sont pour cela nommées fièvres typhoïdes, et, d’après le siège et la cause du mal, on a donné à ces fièvres des dénominations particulières.
FIKVRKS.
Il est aisé (le sc rendre compte pourquoi, sous le nom de fièvre typhoïde, on comprend diverses sortes d’affections : c’est que les mêmes symptômes servent à les caractériser. Au début, les malades éprouvent des vertiges , de la somnolence, des lassitudes, de la tristesse 5 il survient des frissons qui durent plusieurs heures; il y a pesanteur, douleur de tète , soif ardente; le pouls devient plein et fréquent , des vomissemens se déclarent; l’urine est rare, ardente. On voit, après quelques jours , des taches pourprées sur la poitrine et sur les membres ; il y a hémorrhagies nasales ; la langue est sèche, elle devient noire, tremblante; les yeux s’animent, s’enflamment, s’injectent de sang ; le cerveau est bientôt envahi ; alors se déclare la tijphomanie : le délire s’empare du malade ; c’est une loquacité continuelle, ce sont des mouvemens désordonnés qui obligent de le maintenir de force, et lui donnent l’aspect d’un aliéné. On voit, après une agitation extrême, survenir de l’abattement, de la prostration , qui sont le présage ordinaire de la mort. Mais aussi la scène change : le pouls se régularise, la langue s’humecte, la peau se couvre de sueur, l’urine est sécrétée et devient claire; le délire se calme , les fonctions intellectuelles se rétablissent. Ces phénomènes sont le prélude de la guérison. On voit se déclarer des accidens critiques : les oreilles sont le siège d’une fluxion , les malades perdent l’ouïe ; il s’établit des engorge
mens phlegmoncux au-devant des oreilles, nommés parotides ; ils entraînent la suppuration; des escarres gangréneuses se forment sur diverses parties du corps, le malade tombe dans une prostration extrême, et souvent la mort termine cette triste scène.
Voilà, fort esquissé, le tableau de la fièvre typhoïde; mais ce n’est là que la forme que revêt une maladie. Est-ce la membrane muqueuse digestive, sont-cc les glandes du mésentère qui seraient affectées, est-ce le sang dont les principes seraient viciés, qui occasionnent cette fièvre, on concevra que les symptômes devront varier dans tous ces cas. Mais, en définitive, l’économie animale aura éprouvé un choc violent , elle aura été sidérée, en un mot frappée de stupeur : de typhus.
Quel traitement peut-on appliquer à cet état fébrile? Combien ne doit-il pas varier, selon les causes qui l’occasionnent? C’est à ces causes qu’il faut d’abord remonter pour les combattre, les éloigner. L’air insalubre, chargé de miasmes, est-il la cause du typhus , c’est un air frais et pur qui devient le remède essentiel. Aussi faut-il se hâter d’ôter les malades des vaisseaux, des prisons, des hôpitaux où ils pourraient être entassés. Si la chose n’est pas possible, on doit du moins s’efforcer de recourir à d’autres moyens que peut offrir l’hygiène : établir des courans d’air, faire des fumigations avec des chlorures, des parfums.
Si de mauvaise eau, des alimens insalubres oeeasionnent la maladie, on devra s’empresser de se procurer de l’eau de bonne qualité pour tempérer la soif des malades, et faire un choix dans les alimens qui leur sont indispensables , leur donner principalement des bouillons nourrissans.
On en vient trop rapidement à l’application des remèdes , Un malade est-il pris d’accidens fébriles, aussitôt des vomitifs, des purgatifs, des vésicatoires sont employés. On exalte la sensibilité , on provoque un éréthisme nerveux par ces remèdes intempestifs. Avant que d’y avoir recours, il faut faire une médecine expectante, rechercher quel organe peut être souffrant, afin d’agir avec discernement. Des boissons tempérantes, des lavemens, la diète n’offrent que des avantages. Des médicamens actifs peuvent entraîner de graves inconvéniens, et même du danger. On doit donc être fort circonspect au début du traitement d’une lièvre qui a une apparence typhoïde.
Aucune affection n’est plus difficile à traiter que la fièvre typhoïde. Il faut long-temps examiner, interroger la nature souffrante, tâcher de découvrir le lieu affecté, alin de diriger vers ce lieu les médications qui paraissent rationnelles. Ainsi , s’il y avait délire, on penserait que le cerveau serait irrité: il y aurait fièvre cérébrale , et l’on compterait avec raison sur l’application des sangsues vers la tète ; des réfrigérans : la glace, l’eau froide; et sur les
anti-spasmodiques* notamment l’éther. S’il y avait des vomissemens, on reconnaîtrait une irritation de l’estomac, la gastrite : l’on porterait sur cet organe des liquides adoucissans , et l’on ferait des saignées locales. Si un point quelconque du tube digestif était irrité, il y aurait entérite : des remèdes convenables, des anti phlogistiques , des fomentations seraient directement appliqués. Si, au lieu de cela , on remarquait une prostration des forces , si l’adynamie était prononcée, s’il y avait une altération du sang, ne serait-il pas rationnel de rehausser les propriétés vitales par des toniques, principalement le quinquina , sous diverses préparations ; d’exciter la sensibilité , en appliquant des sinapismes, des vésicatoires ? On recourt, en pareil cas, au camphre et à d’autres anti-septiques; mais la chose importante est de réparer les principes constitutifs du sang.
Combien ne doivent pas varier les médications dans le traitement de la fièvre typhoïde, d’après la nature des symptômes et le siège présumé des désordres! Les boissons adoucissantes, mucilagineuses, les lavemens conviennent dans tous les cas; mais on ne sait vraiment ce qui encore peut être généralement applicable. Les saignées, quelquefois utiles, sont meurtrières si l’adynamie est imminente; le quina, qui semble être un remède souverain, si utile lorsqu’il y a prostration des forces, devient incendiaire s'il existe irritation dans les organes digestifs;
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les sinapismes, les vésicatoires, qui sont des révulsifs salutaires, augmentent souvent l’excitation; les narcotiques, tels que l’opium, qui diminuent les accidens nerveux, peuvent occasionner un état comateux. Toutes les médications sont invoquées contre la lièvre typhoïde, mais toutes sont ou salutaires ou nuisibles, selon les cas différons. Il est bien difficile de faire un juste choix de ce qui convient : il arrive souvent que les malades échappent à la mort après avoir subi un traitement irrationnel; heureux lorsqu’ils ont été traités avec prudence et une extrême réserve!
Tous ces remèdes, que l’on prodigue dans le traitement de la fièvre typhoïde, rendraient malade l’homme qui jouirait de la plus parfaite santé. Et croit-on que l’abus dans leur emploi soit exempt d’inconvéniens ? On épuise souvent les forces, on exalte la sensibilité, on occasionne l’insomnie, le délire ; et comme il y a maladie, on ne songe pas à alimenter le corps, comme si les remèdes et la douleur pouvaient suppléer aux alimens! Jamais on ne doit négliger, dans la fièvre typhoïde, de soutenir les forces par une alimentation convenable. Il est trèsessentiel de donner des bouillons nourrissans; c’est un moyen de réparer le sang souvent altéré , de restaurer l’économie, de tempérer l’excitation du système nerveux. Les médecins sont en général d’un rigorisme irréfléchi ; ils prescrivent un régime trop sévère. Combien de fois n’ai-je pas vu des
sœurs hospitalières, guidées par une continuelle expérience, obvier aux erreurs des médecins, et donner en cachette, à des malades atteints de typhus, des bouillons nutritifs qui étaient pour eux le remède le plus efficace, et entretenaient leur existence lorsqu’elle était sur le point de s’éteindre!
Fièvre jaune.
Je ne parle de cette terrible affection que pour la signaler. Je ne peux offrir que de vagues notions sur une maladie que je n’ai pas observée , n’ayant point approché des lieux où elle se développe. C’est sous les régions tropicales que surtout elle est endémique. L’ile d’Haïti , située entre le 17. c et le 18. c degré de latitude septentrionale, est l’un de ses principaux foyers. D’après Dariste , elle est le terme et le résultat de l’influence que le climat de la zone torride exerce sur les Européens. M. Rochoux la considère comme indigène au Nouveau- Monde , où cependant elle ne peut se déclarer sans un débarquement d’Européens.
Ce n’est point l’extrême chaleur des régions tropicales qui est la cause principale de la fièvre jaune, car dans l’Amérique du nord elle exerce des ravages ; puis on la regarde comme endémique dans la Péninsule espagnole, ce que semble prouver l’épidémie qui a éclaté à Barcelonne.
C’est à des circonstances diverses qu’on attribue l’invasion de la fièvre jaune. On a supposé l’exis-
lence d’un principe contagieux, et certaines observations , qui ont une apparence d’authenticité, portent à croire qu elle peut se communiquer par des rapports avec les malades ou les objets contaminés; mais généralement on ne la considère plus comme contagieuse. Les travaux les plus récens , ceux de M. le docteur Chervin notamment, portent à penser que ce n’est pas par contagion, mais que c’est par infection qu’elle se contracte. Elle dépend de l’influence de la même atmosphère, des mêmes causes auxquelles divers individus à la fois peuvent se trouver exposés.
Mais en quoi consiste donc la fièvre jaune ? Son nom indique une teinte qui ne peut dépendre que de la bile; aussi Sauvage a-t-il nommé avec justesse cette maladie typhus icterodes. L’ictère ou la jaunisse est l’un de scs symptômes essentiels, mais la stupeur, le typhus est son principal caractère.
La plupart des symptômes de la fièvre typhoïde se remarquent dans la fièvre jaune. Au début, il y a des phénomènes inflammatoires : les yeux sont rouges, la chaleur extrême, mordicante; la peau est colorée, sèche, brûlante , il y a mal de tête ; le pouls est fréquent, plein et dur; la langue est sèche, animée, elle se couvre d’un mucus blanchâtre; la soif est ardente, l’estomac douloureux, la respiration est pénible, l’air expiré est brûlant; il y a prostration des forces , les mouvemens deviennent dilïiciles ; une douleur vive, constante, règne
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le long de la colonne vertébrale; les urines sonl rares, briquetées ; il y a constipation ; les malades vomissent des matières vertes qui , plus tard , contiennent des stries noires semblables à du marc de café, ou même les matières vomies sont entièrement brunes ou noirâtres, ce qui a fait nommer la fièvre jaune par les Espagnols-Américains vomitonegro. La figure des malades est sombre, décomposée; leur regard est farouche ; ils poussent des plaintes et des gémissemens; ils éprouvent des angoisses douloureuses; du sang noir coule de la bouche, du nez et souvent des yeux.
Dans une période avancée de la maladie , surtout si elle se prolonge long-temps, une jaunisse véritable se manifeste, des taches livides ou pétéchies apparaissent, on dit même qu’il se déclare des bubons comme dans la peste. Un observateur habile a remarqué que des sueurs froides et visqueuses, qui coulaient sur le visage, le cou et la poitrine , des hémorrhagies par la bouche, les yeux, les oreilles, des taches pétéchiales, l’anthrax, des bubons, des ecchymoses, des escarres gangréneuses, enfin un air froid rendu par la respiration, étaient les avant-coureurs d’une mort certaine.
Une chose remarquable, lors de l’invasion de la fièvre jaune, c’est l’état moral des malades. Ils sont ordinairement frappés de terreur, ils sont saisis de la peur de la mort; ils pensent à leurs parens, s’écrient qu’ils ne les verront plus : triste et funeste
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pressentiment ! Combien
n’est-il pas utile d’éloi-
gner de l’imagination des pensées sinistres, de ranimer par des insinuations adroites des esprits abattus ! Pendant long-temps les malades ont la
conscience de leur état, des dangers qu’ils encourent; mais il arrive qu’ils sont pris d’un délire furieux, et (|ue lorsque les forces musculaires semblent anéanties, elles reprennent une incroyable énergie; mais il survient une prostration des forces qui est bientôt suivie de la mort. Si les malades ne succombent pas, ils sont long-temps plongés dans un abattement extrême, ne se souviennent pas de ce qu’ils ont épromé, ne se doutent pas des dangers qu’ils ont courus ; ils sont dans une apa-
thie singulière.
Le traitement de la fièvre jaune ne peut être rigoureusement tracé; il est subordonné à la nature des accidens, à leur intensité. Apercevant des symptômes inflammatoires dès l’invasion, on pratique une saignée; mais les émissions sanguines répétées peuvent être funestes, amener l’adynamie. Comme il y a des vomissemens bilieux , on a cru qu’il était utile d’administrer des vomitifs, des purgatifs; aussi emploie-t-on souvent de telles médications.
On s’évertue à arrêter les vomissemens en donnant des potions anti-émétiques, faites avec du bicarbonate de soude et du suc de citron ; mais ce remède n’est pas ordinairement efficace.
On conçoit que le traitement doit varier selon la
période de la maladie. Dans la première période , il y a une soif ardente, les malades appètent les boissons acides : c’est de la limonade qu’il convient de leur donner ; dans une période avancée , il y a des sueurs froides et d’autres signes d’adynamie: il faut administrer des toniques pour rehausser les forces. Il est bon de suivre les pratiques fondées sur l’expérience; or, voici le traitement le plus adopté par les Créoles de Saint-Domingue : ils font boire abondamment une limonade faite avec l’orange amère, ils appliquent des fomentations émollientes sur le bas-ventre , administrent plusieurs lavemens, baignent le malade dans de l’eau tiède , et leur frottent toute la surface du corps avec l’acide citrique. Vers le déclin de la maladie, ils purgent avec des sels neutres , ou bien du tamarin et de la casse; mais quand les malades sont atteints d’une grande faiblesse, ils administrent du vin et du quinquina. Ce traitement est fort rationnel et trèspropre à faire obtenir d’heureux résultats.
Fièvre pestilentielle.
La dénomination de fièvre pestilentielle peut rigoureusement s’appliquer à toutes les fièvres qui régnent épidémiquement , et qui ont un caractère contagieux. Aussi , la fièvre jaune, réputée contagieuse, a-t-elle été considérée comme une fièvre pestilentielle. Les Arabes qualifiaient la petite vérole et la rougeole du nom de peste. Qui ne sait que le
choléra-morbus est assez généralement regardé comme une affection pestilentielle? Le célèbre Pinel a classé au rang des fièvres , et a désigné du nom de fièvre adéno-nerveuse , la peste du Levant. Dans cette affection, la fièvre n’est qu’un symptôme, et le mal consiste dans une sidération : une lésion profonde du système nerveux, accompagnée d’exanthèmes qui se forment sur la peau.
IV est-ce pas une chose extraordinaire que le principe subtil qui occasionne la peste ? Il réside dans les corps vivans; il imprègne également les corps inertes; il se conserve long-temps dans un état d’incubation, et propage le mal avec une malignité incroyable. On a vu des hommes mourir subitement en ouvrant des ballots de marchandises. Ordinairement c’est après quelques heures ^ quelques jours, que la mort arrive.
S’il est une maladie contagieuse, certes, c’est la peste. On peut s’en convaincre parle récit effrayant que fait Papon de celle qui a régné à Marseille en 1720. Un Turc, apporté de Tripoli, tombe malade et meurt. Deux matelots qui l’avaient touché ne tardèrent pas à être frappés de mort. Deux autres le suivirent de près, et le chirurgien qui les avait touchés eut le même sort. La contagion se propage, et, dans l’espace d’un an, cinquante mille habitans en sont victimes.
On a pensé qu’il n’est pas de maladie plus mauvaise que la peste. C’est de pessimun que dérive son
nom. Cependant elle n’a pas toujours la meme gravité, car il est des degrés auxquels elle n’est pas mortelle , comme l’a remarqué le baron Desgenettes lors de la peste qui a régné en Égypte dans l’année
Les symptômes les plus communs de cette maladie sont la céphalalgie, des frissons , la lassitude et la prostration des forces. Il survient des hémorrhagies, des nausées, des vomissemens, un délire frénétique accompagné de mouvemens convulsifs ; la peau est sèche, aride ; il y a soif et ardeur brûlante à l’ intérieur, avec refroidissement de la peau et des extrémités; le pouls est petit, faible, inégal et concentré, il se perd sous la pression des doigts; la respiration est gênée; la langue, d’abord humide, blanchâtre, devient noire ou d’un rouge foncé. Le malade est triste, inquiet, abattu; sa marche est chancelante comme celle d’un homme ivre; ses yeux sont éteints et enfoncés dans l’orbite; les déjections sont fétides, les sueurs grasses et visqueuses.
Des éruptions s’opèrent ordinairement vers le deuxième ou troisième jour : ce sont des bubons qui se déclarent à l’aine, à l’aisselle, au jarret ou au cou. Leur développement est précédé d’une douleur profonde; la peau qui les recouvre rougit, s’enllamme, le bubon se perce et suppure. Il se forme des pétéchies analogues à celles qu’on observe dans les fièvres adynamiques; elles sont plus étendues et
plus nombreuses. Mais de tous les exanthèmes, le plus caractéristique de la peste, c’est le charbon, qu’on nomme improprement anthrax; il s’élève sur diverses parties du corps, quelquefois même sur les bubons. C’est une tumeur dure, ardente; elle offre une grosse pustule à son sommet ou plusieurs petites pustules , qui, se crevant, répandent une humeur jaune et noirâtre. Le charbon entraîne bientôt la destruction de la peau et même des parties sous-jacentes.
Le célèbre Desgenettes , dans l’histoire de l’armée d’Orient, a assigné trois degrés à la peste. Dans le premier, la fièvre est légère, sans délire
il y a bubons; presque tous les malades guérissent promptement et facilement. Dans le deuxième degré, il y a fièvre, délire et bubons ; le délire s’apaise vers le cinquième jour, et se termine, ainsi que la fièvre, vers le septième; plusieurs guérisons sont encore obtenues, la maladie étant parvenue à ce degré. Dans le troisième degré, fièvre, délire considérable, bubons, charbons et pétéchies; ces symptômes sont isolés ou réunis : ce sont tous les symptômes ordinaires aux fièvres ataxiques, mais plus intenses; rémission ou mort du quatrième au sixième jour; très-peu de guérisons.
Le traitement de la peste doit être basé sur les phénomènes qui se manifestent. On a principalement préconisé la saignée ; elle a été quelquefois une arme victorieuse. Les vomitifs sont regardés comme un
PiS FIÈVRES.
remède par excellenec, lorsque, dès 1 invasion de la maladie, il y a amertume de la bouche, inappétence. Les boissons délayantes, acidulées sont convenables, surtout s’il y a soif ardente et des symptômes inflammatoires. Comme il y a excitation du système nerveux, délire, convulsions, il faut souvent avoir recours aux caïmans et aux anti-spasmodiques, tels que le camphre, le castoréum, le musc , les éthers. Y a-t-il adynamie ou prostration des forces , un vin généreux , le quinquina , la serpentaire de Virginie doivent être administrés. Il faut, enfin, avoir recours à tout ce qui conviendrait dans la fièvre typhoïde. On a vanté les frictions glaciales, et on les a employées avec succès; c’est nature] : il n’est pas de meilleur moyen pour rehausser la tonicité des tissus. On préconise également les frictions avec de l’huile d’olive tiède ; ce remède me paraît devoir être plutôt regardé comme prophylactique que curatif.
Un traitement chirurgical devient nécessaire. Pour les bubons et le charbon, des cataplasmes conviennent si les bubons sont enflammés. S’ils se terminent par suppuration, il faut en pratiquer l’ouverture avec le bistouri , faire des lotions et des panscmens réguliers , pour enlever le pus. Le charbon exige l’emploi de moyens qui favorisent la chute des escarres, des onguens digestifs. Il conviendrait, pour diminuer sa gravité, de le cautériser avec un fer rougi à blanc.
Ce qui n’est pas moins important que le traitement de la peste c’est le moyen de la prévenir. Tous les hommes ne sont pas doués de la force morale qui fait braver la contagion , et ne peuvent se procurer les ressources hygiéniques qui ont une si puissante influence. La frayeur porte une profonde atteinte au système nerveux , place le corps dans de mauvaises dispositions ; les fonctions digestives ou autres s’opèrent mal , et la contagion a plus de prise. L’énergie morale, au contraire, sert de bouclier. Ne l’a-t-on pas vu, lorsqu’à Saint-Jeand’Acre le baron Desgencttes s’inocula le pus qu’il prit au bubon d’un pestiféré, et but dans le verre d’un malade mourant de la peste !
Ce grand médecin possédait un courage qui renfermait une grande force de réaction contre la maladie. A la vérité, il avait en même temps recours à des moyens hygiéniques. « Aussi bien » nourri , rapporte-t-il , que les circonstances le » comportaient , je faisais un fréquent usage de » spiritueux à petites doses et très-étendus. J’al- » lais constamment à l’ambulance à cheval et au » petit pas : on a vu comment je m’y comportais. » Au sortir de cet établissement, je me lavais soi- » gneusement les mains avec de l’eau et du vinai- » grc ou de l’eau et du savon, et je revenais au » camp au petit galop, ce qui me procurait un » léger état de moiteur. Je changeais de linge et » d’habits, et je me faisais laver le corps en entier
» avec de l’eau tiède et du vinaigre avant de me » mettre à manger. » On peut, dans une telle conduite, puiser les principes qu’il faut suivre pour se préserver de la contagion dans les épidémies de fièvres pestilentielles.
MALADIES
DE
Il est dans l’économie animale un ensemble d’organes et de tissus destinés à transporter l’homme d’un lieu dans un autre lieu, à rapprocher de lui les choses qui lui sont utiles ou agréables, à repousser celles qui lui déplaisent ou lui sont nuisibles. Cet ensemble d’organes constitue Y appareil de la locomotion. Il se compose d’organes passifs formant une charpente qui soutient ou renferme toutes les parties qui entrent dans la structure du corps humain, et d’organes actifs doués d’une force nommée contraction, destinée à faire exécuter les mouvemens. Les premiers sont les os, les cartilages et les divers tissus qui servent à former les articulations; les seconds sont les muscles, les tendons et quelques tissus accessoires. On conçoit à combien de maladies sont sujets ces organes; car, dans les mouvemens, ils se portent au-devant des corps qui opposent de la résistance; dans le repos, ils offrent une vaste étendue exposée à diverses influcnces. Aussi les lésions physiques y sont nombreuses, telles que les fractures, les déplacemens.
13CJ MALADIES 1>E LAPPAREIL
Les lésions vitales, celles qui résultent des modifications, de la sensibilité et de la contractilité, s’y observent également ; elles se distinguent par leur bizarrerie et leur intensité, par la conversion des tissus, les dégénérescences qu elles amènent et qui constituent une série de maladies spéciales.