‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 6 sur 25 · LÉSIONS MES OS · texte numérisé non relu

LÉSIONS MES OS

Les os, par leur ensemble, forment le squelette. Les uns sont plais et servent à constituer des cavités, comme la tète, te bassin, qui renferment des organes importans; les autres sont courts , et se trouvent dans des parties qui ont besoin de beaucoup de solidité et d’exécuter des mouvemens bornés : telle est la colonne vertébrale; d’autres sont longs , et forment des leviers destinés à de grands mouvemens : c’est aux membres qu’ils se trouvent placés. Chaque espèce d’os a une structure qui lui est propre, et qui influe sur le genre de lésions auquel il est sujet.

Fractures.

Les os, étant composés d’élémens solides, ne se plient pas toujours assez sous les violences qu’ils éprouvent. Quand un effort tend à changer leur forme, leur rectitude, il arrive qu’ils se cassent: la division qui est alors opérée se nomme fracture. Ce désordre a lieu sur le point frappé, alors la fracture est directe ; ou bien l’effort est transmis

du point percuté sur un point éloigné, et la fracture se nomme indirecte , ou par contre-coup. Lin choc, une pression violente sur l’os d’un membre inférieur, tel que le fémur, occasionneront une fracture, et une chute sur les pieds pourra produire le même phénomène.

Dès qu’une fracture est opérée, des changcmens s’observent dans la partie qui en est le siège. Le jeu de cette partie ne s’exécute pas, et alors il y a des signes ou obscurs ou très-sensibles : cela tient à la nature, à la forme de la fracture, au nombre d’os fracturés.

Un os est cassé transversalement ou obliquement. Dans le premier cas, les fragmens respectifs abandonnent peu leurs rapports; il n’y a pas de déplacement remarquable, de changement de forme notable; il faut faire un scrupuleux examen pour affirmer s'il y a fracture; on reste long-temps dans le doute. Il en est tout autrement si la fracture est oblique : les fragmens osseux chevauchent l’un sur l’autre, obéissant à l’action musculaire et au poids du corps; ils glissent réciproquement; ils déchirent en même temps les parties molles, même ils les perforent, et les bouts des fragmens font saillie à l’extérieur.

Dans les fractures transversales, le déplacement peut ne consister que dans une déviation de l’un des fragmens, qui change les rapports de sa circonférence avec l’autre fragment, ou bien le chan-

gement a lieu selon l’épaisseur : un fragment se portant trop en dedans, en dehors, en avant ou en arrière, on voit alors une déviation du membre ou une saillie osseuse qui caractérisent le déplacement. Dans les fractures obliques, c’est autre chose : le membre se courbe, se raccourcit; tantôt le fragment supérieur est en avant, tantôt il est en arrière , et une pointe osseuse qu’on sent sous la peau, ou meme qu’on voit au travers d’une plaie, indique la variété de la fracture.

Lorsqu’un changement remarquable fait reconnaître la lésion, toute recherche minutieuse est inutile pour établir le diagnostic. Il en est autrement dans les cas douteux : alors on s’étaie des moindres indices , car il faut décider de l’existence de la lésion. Il serait déplorable de tenir dans un appareil un individu qui n’aurait pas réellement un os fracturé, et il serait dangereux de ne pas appliquer un appareil lorsqu’il existerait une fracture qu’on n’aurait pas reconnue. C’est de la crépitation qu’on doit essentiellement s’étayer, lorsqu’il règne de l’incertitude ; mais il faut être bien exercé à recueillir ce signe : on fait jouer doucement les deux bouts d’un os, en lui imprimant des impulsions en sens opposés, et si l’on entend un craquement, on assure qu’il y a fracture.

Si une fracture est une maladie grave par ellemême, sa gravité augmente souvent par l’effet des manœuvres imprudentes que l’on exerce en voulant

à transporter dans un lieu commode l’individu qui s’est fracturé un os; mais les mouvemens qu’on détermine alors peuvent être funestes , même mortels : les fragrûens osseux divisent, déchirent des parties importantes; un nerf, une artère peuvent être coupés en travers. Quelle conséquence fâcheuse ne résulterait-il pas d’un tel accident!

Lorsqu’on présume qu’un os est fracturé, il faut imprimer au blessé le moins de mouvemens possible. 11 convient de le laisser sur le lieu où serait arrivé un accident jusqu’à ce qu’on ait les choses nécessaires pour lui donner du secours. Si on le transporte ailleurs, on doit user d’extrêmes précautions; il faut que le membre malade soit maintenu par des mains intelligentes, ou qu’il soit placé horizontalement et dans la plus grande immobilité possible. Selon le système de traitement qu’on adopte, on dispose les pièces qui doivent constituer l’ appareil; pendant le temps que l’on emploie à ce travail, le malade sera constamment maintenu dans une position convenable.

Le pronostic des fractures varie extrêmement : celles qui sont transversales sont simples et ne produisent que peu d’accidens; tandis que les fractures obliques entraînent de grands déplacemens et de graves désordres. Quand il y a écrasement, que la fracture est comminulive , on conçoit que les accidens sont principalement redoutables. 11 n’y a pas es-

poir, dans certains cas, de conserver le membre; il est indispensable d’en venir à l’amputation, car le malade encourrait des chances de mort. Heureusement la nature triomphe dans des cas qui paraissent n’offrir aucune espérance!

Traitement général des fractures.

Dans le traitement des fractures , le premier soin consiste à mettre en rapport les fragmens osseux ; le second, à les maintenir. Pour remplir cette double indication , il faut que l’opérateur ait des aides et des appareils.

La réduction d’un os résulte du rapprochement exact opéré entre les surfaces respectives de la fracture. Si c’est à un membre qu’existe cette lésion , il faut qu’un aide maintienne sa partie supérieure, qu’un autre s’empare de sa partie inférieure , on fait des tractions en sens opposés , ou plutôt, l'aide placé à la partie inférieure du membre fait V extension; l’autre aide oppose de la résistance, c’est la contre-extension ; l’opérateur affronte les fragmens , c’est la coaptation. Il fait en sorte que les angles, les surfaces des deux bouts de l’os se correspondent, que la rectitude soit bien rétablie, et que la longueur du membre soit égale à celle du membre opposé.

Il reste à maintenir les fragmens en rapport ; pour y parvenir, il faut des bandages ou appareils appropriés à chaque espèce de fracture. Une bande

(fuc l’on applique autour d’un membre pourrait suffire , mais il vaut mieux se servir d’un bandage à bandelettes séparées.

Les appareils qu’on emploie sont amovibles ou inamovibles , selon que l’on les renouvelle souvent ou qu’on les laisse permanens. Il semble qu’il convienne de surveiller une fracture , de relâcher un bandage trop serré , de resserrer un bandage trop lâche , afin que les fragmens soient bien maintenus et que les parties molles n’éprouvent que le degré de compression qui leur convient. Cependant le bandage inamovible, si préconisé par M. le baron Larrey , offre des avantages et a de nombreux partisans. Pour appliquer cet appareil , on se sert d’étoupes et d’un emplastique fait avec du blanc d’œuf. M. Seutin a vanté la colle d’amidon , et M. Yelpeau emploie la dextrine. Quant à moi , je ne conçois pas l’importance que l’on met dans le choix de telle ou telle matière qui a simplement la propriété de durcir les pièces d’appareil et qui les rend difficiles à manier, tandis qu’il est essentiel de défaire et de refaire un bandage afin de surveiller le travail qui s’opère pour la consolidation d’une fracture !

Quel que soit le mode d’appareil que l’on applique, on a pour but, dans le traitement des fractures, d’obtenir la formation de ce travail, propre au système osseux , qu’on nomme le cal : c’est pour les os ce qu’est la cicatrice pour les parties molles. Une hypothèse ancienne et abandonnée fait ré-

sulter le cal de la concrétion de sucs glulineux qui s’écoulent des extrémités des os. Bordenave admit la formation des bourgeons charnus au bout des os fracturés d’où résulterait une cicatrice réelle. Duhamel, reconnaissant que le périoste s’ossi liait, pensa que le cal consistait dans une virole osseuse qui se formait autour de la fracture. Dupuytren a établi la théorie du cal provisoire , formé par le périoste, et du cal définitif, provenant d’un travail d’ossification opéré aux extrémités des os par un dépôt de gélatine et de phosphate de chaux dans une trame cellulaire. Cette dernière hypothèse est généralement admise; mais on ne peut s’empêcher de reconnaître , avec Bichat, un travail analogue à la cicatrice , ramenant et unissant entre eux les os fracturés; ou ce qui , selon moi, est incontestable, le déploiement d’une membrane modulaire sur toute l’étendue des surfaces de la fracture, membrane qui opère le rapprochement et l’adhésion des fragmens respectifs. M. Larrey a prouvé qu’il s’opère un travail vasculaire artériel , comme dans l’ossification primitive.

La formation du cal est prompte chez les jeunes sujets , de plus en plus lente selon les époques plus avancées de la vie. Elle devient impossible quelquefois chez les vieillards et chez les individus qui sont atteints de diathèse scrofuleuse , scorbutique, vérolique ou cancéreuse.

1>L LA LOCOMOTIOIS .

Fractures du crâne.

Le crâne , assemblage de huit os formant une cavité destinée à renfermer le cerveau et le cervelet, est exposé à des fractures directes et à des fractures indirectes. Les premières ont lieu sur le point percuté, les autres sur un point opposé ou éloigné, et alors il est souvent impossible de les reconnaître, surtout si elles sont situées à la base du crâne. Ce ne sont (pie quelques symptômes qui en décèlent l’existence, encore problématique.

Ce n’est pas par elles-mêmes que les fractures du crâne sont graves , mais à cause de l’impression qui est transmise au cerveau : la commotion, la compression peuvent être funestes ou mortelles. S’il n’y a qu’une simple fêlure, on se borne à combattlre les accidens nerveux par des moyens généraux. Jadis on appliquait, dans la plupart des fractures du crâne, des couronnes de trépan; mais l’expérience a prouvé combien celte opération était abusive.

Si la fracture est compliquée d’enfoncement des pièces osseuses , on doit chercher à l’aide d’un levier, tel qu’une spatule, à relever les pièces qui compriment le cerveau. Cependant cet organe s’accoutume graduellement à la compression , et l’on voit des malades guérir, quoique ayant des fractures avec enfoncement. Toutefois, quand les accidens de compression sont intenses, on s’efforcera

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de relever les fragmens osseux, et alors l’application du trépan peut devenir indispensable.

Pour remédier aux accidens qu’occasionnent les fractures du crâne, les saignées, la diète sévère sont les principaux moyens. Des réfrigérans doivent être constamment appliqués sur la tète. Au défaut de glace, on se sert d’eau froide éthéréc. Il est utile de donner des laxatifs pour opérer une diversion salutaire sur le canal intestinal : le tartre stibié, à la dose d’un demi-décigramme dans un litre d’eau ou de petit-lait, est un doux purgatif qu’on administre par préférence.

Fractures des os de la face.

Fracture des os carrés du nez.

Les plus proéminens des os de la face sont les os carrés du nez; ce sont aussi les plus exposés aux agens extérieurs. Une chute , un coup les enfonce, les fracture aisément, et les déprime sur l’ethmoïde. Il y a de quoi frémir à la pensée des accidens qui résultent d’une telle lésion. J’ai vu un homme qui portait un drapeau aux Tuileries, à la tête des fédérés qui se présentaient devant Napoléon à son retour de l’ île d’Elbe, tomber mort d’un coup de poing qu’un autre fédéré lui asséna sur le nez, en voulant s’emparer de son drapeau. Les os du nez avaient été enfoncés , et au travers de l’ethmoïde une compression était exercée sur le cerveau.

Il suffit ordinairement, dans les fractures des os du nez, de relever ces os en portant un levier dans les narines : ils se maintiennent assez bien en place et peuvent ainsi se consolider. Il faut, pour les soutenir, placer des bourdonnets de charpie dans l’une et l’autre narine.

Fracture de la mâchoire inférieure .

Bien que les fractures puissent affecter tous les os de la face, l’os maxillaire inférieur y est le plus sujet. Les muscles opèrent des déplacemens entre les fragmens ; l’arcade dentaire n’est plus sur un plan uniforme, la mastication devient difficile ou impossible.

La mâchoire supérieure sert d’attelle, en quelque sorte , et offre un point d’appui pour les fragmens ; mais il faut maintenir ces fragmens en position : on y parvient à l’aide de plusieurs appareils. M. Baudens a proposé de lier les deux fragmens à l’aide d’un fil qui traverserait les parties molles. Mais un moyen simple et suffisant, c’est une fronde, c’est-à-dire une mentonnière faite avec une longue compresse, fendue à ses deux extrémités. On passe le milieu de cette compresse sous le menton; on amène les deux chefs sur la tète, puis on les croise et on les maintient à la coiffure. La mâchoire étant soulevée, la force musculaire qui opère le déplacement est vaincue, et le rapprochement est assez exact pour qu’une bonne consolidation s’opère. Il est dif-

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licile d’alimenter les malades dans une telle position. O11 cherche s’il y a une brèche aux arcades dentaires par le manque d’une dent; par une telle brèche, on pourrait injecter du bouillon et d’autres substances nutritives liquides. On donne le conseil d’arracher une dent pour favoriser l’alimentation. Je préfère relâcher de loin en loin l’appareil pour nourrir le malade ; ce dérangement momentané n’empêcherait point la consolidation de s’effectuer.

Fractures dit sternum et des cotes.

Les os qui forment essentiellement les parois de la poitrine sont sujets aux fracture^ lorsque le corps se trouve vivement saisi entre une puissance et une résistance. Si les cotes sont fracturées, le jeu perpétuel du thorax , pour la respiration , tend à porteries fragmens sur la plèvre, sur les poumons et à y provoquer de graves lésions. Une plaie produit un épanchement d’air qu’on nomme emphysème. Si une seule côte est cassée , il n’y a pas de déplacement sensible , les autres côtes soutenant la forme de la cage osseuse; mais si plusieurs côtes sont à la fois fracturées, il y a une grande mobilité qui peut devenir funeste.

Le meilleur moyen de remédier aux fractures des côtes, de prévenir les accidens qu’elles détermineraient, de faciliter leur consolidation, c’est de s’opposer aux grands mouvemens de dilatation et de resserrement alternatifs du thorax. Pour y parvenir,

il convient de tenir la poitrine exactement serrée à l’aide d’un bandage de corps, qui n’est autre chose qu’une serviette appliquée circulaircment , et maintenue par un scapulaire, afin qu’elle ne tombe pas. Ce bandage doit être surveillé, et resserré à mesure qu’il se relâche. Il est essentiel de pratiquer des saignées, si les poumons paraissent irrités, et de mettre les malades à la diète la plus sévère.

Fracture «les os «lu bassin.

Les os des îles ou des hanches sont très-exposés aux fractures, mais le sacrum n’en est pas à l’abri. Le déplacement est ordinairement peu considérable, parce que beaucoup de muscles recouvrent ces os et s’attachent à des points peu éloignés. Ces fractures, qui peuvent être graves, n’exigent pas cependant des moyens compliqués. Le repos est la chose essentielle, et un bandage de corps, comme dans les fractures des côtes, suffit ordinairement afin de maintenir les fragmens dans des rapports convenables pour que la consolidation s’effectue.

Fracture «le la colonne vertébrale.

Vingt-quatre pièces osseuses, nommées vertèbres, forment cette colonne qui unit ensemble la tête, la poitrine et le bassin, et transmet le poids du corps sur les membres inférieurs : c’est la base, l’axe de sustentation. La colonne vertébrale é prouvet-elle une violence, une forte pression, elle se

rompt : il y a fracture des corps ou des lames des vertèbres. Les éminences épineuses qui se remarquent en arrière , sur la ligne médiane , font sur un point une saillie extraordinaire ; cette crête ou épine dorsale, que l’on remarque au-dessous de la peau, n’olfreplus une ligne régulière; les patiens éprouvent de vives douleurs. On dit vulgairement qu’on a les reins cassés; cette phrase, quoique triviale, est assez expressive.

J’ai vu un très-grand nombre de malheureux , sur le corps desquels était passée une roue de voiture qui avait fracturé la colonne vertébrale. Leur position excitait la pitié : c’étaient souvent des hommes jeunes, vigoureux; on les voyait, avec tous les signes d’une brillante santé, voués à une mort cruelle ou exposés à vivre dans un état déplorable. La moitié inférieure de leur corps était paralysée ; ils ne pouvaient mouvoir leurs membres inférieurs; il y avait chez eux rétention d’urine et de matières stercorales. Ces phénomènes morbides étaient la conséquence naturelle de la compression exercée, par les vertèbres fracturées, sur la moelle épinière renfermée dans le canal vertébral.

Quel traitement pouvait-on appliquer à une fracture si grave? Les extensions, en pareil cas, peuvent devenir funestes. Il fallait se borner à tenir les malades horizontalement couchés ; des compresses résolutives, une serviette serrée autour du corps, voilà tout l’appareil qui convenait. Mais il y avait à

combattre les accidcns nerveux et inflammatoires : les saignées, l’application de sangsues sur le voisinage de la fracture , des potions calmantes , procuraient du soulagement. On devait remédier à la rétention d’urine et provoquer des évacuations intestinales. J’ai vu des malades résister à une pareille lésion et guérir. Mais il restait une atonie extrême dans le train inférieur ; et pour rehausser la sensibilité et la contractilité, j’appliquais des remèdes excitans, tels que des vésicatoires, des frictions. J’ai retiré notamment des avantages de l’urtication produite en pratiquant la flagellation avec des orties.

Fractures dit membre supérieur.

Le membre supérieur se divise en quatre parties : l’épaule, le bras, l’avant-bras et la main. Deux os entrent dans la formation de l’épaule : l’un est transversalement situé en bas et sur le coté du cou; il est alongé et contourné en forme d’S : c’est la clavicule ; l’autre , situé en arrière , aplati , se nomme omoplate. Un seul os forme le bras , c’est Ï humérus. Il y a dans l’avant-bras deux os: l’un, placé en dehors, se nomme radius; l’autre, en dedans , cubitus. La main comprend : le carpe , formé de deux rangées de quatre petits os courts ; le métacarpe , offrant cinq os alongés; les doigts, ayant trois phalanges, excepté le pouce qui n’en a que deux , à moins que l’on considère son os mélo

tacarpien comme une phalange, ce en quoi l’on serait anatomiquement et physiologiquement fondé.

Fracture de la clavicule.

La clavicule, horizontalement située , recouverte seulement parla peau et un léger plan charnu , articulée en dedans avec le sternum , en dehors avec l’omoplate , offre une saillie et une résistance qui l’exposent aux fractures par des coups directs ; mais encore, s’arc-boutant sur le sternum, elle présente un long levier exposé aux chocs qui résultent de la chute du corps sur le sol ou des surfaces résistantes. De telles dispositions anatomiques rendent les fractures de la clavicule faciles ; aussi sontelles fréquentes.

Dès que cet os est cassé, l’union antérieure de l’épaule à la poitrine est imparfaite, le membre supérieur tombe, étant entraîné par son propre poids; on voit une épaule plus basse que l’autre , et à l’attitude seule du malade , on reconnaît l’existence de la fracture. Si alors on suit avec le doigt la ligne que parcourt la clavicule , 011 sent bientôt une inégalité osseuse sur le point fracturé. Ce point peut être le centre de l’os ou bien l’une de ses extrémités. Le déplacement est peu ou très-considérable. Mais , en général , la fracture est facile à reconnaître ; rarement on a besoin de s’étayer de la crépitation afin d’établir le diagnostic.

Pour remédier à la fracture de la clavicule , il

faut amener le membre dans une position opposée à celle qu’il tend à prendre. Ce membre se porte en bas, il faut le relever; il est entraîné en dedans à sa partie supérieure par l’action musculaire, il faut le porter en dehors , puis on doit le maintenir dans cette position.

Pour parvenir à ce but, on doit placer un petit coussinet près du creux de faisselle ; il écartera le bras du tronc et servira de point d’appui pour cxé^ cuter un mouvement de levier; on pèse sur l’extré- ‘ mité inférieure du bras, en la rapprochant du tronc; ainsi on entraîne au dehors le fragment externe de la clavicule, qui s’affronte avec le fragment interne. Alors on porte le coude en haut ; en le relevant on lait ainsi remonter l’épaule, et le membre a repris sa forme régulière.

4 reste ^ maintenir les parties dans cette attitude. Une bande ou une serviette fortement serrée autour du tronc, y fixent l’extrémité inférieure du bras. Une écharpe pourrait servir à porter en haut le membre; mais avec une bande de dix à douze mètres de longueur sur trois travers de doigt de largeur, on remplit cette intention. Tel est l’appareil le plus simple pour la fracture de la clavicule , qui remplace parfaitement celui de Desault , lorsqu’il est bien appliqué.

A défaut de ce moyen, on peut se borner à placer le bras sur un coussin , le malade étant horizontalement couché. Ce membre ne peut être en-

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traîné par son poids, et les muscles étant relâchés, les fragmens de la clavicule ne se croisent pas. Mais comme pour une affection aussi simple que la fracture de la clavicule un malade ne peut demeurer constamment couché, il convient d’appliquer un appareil quelconque en suivant cette triple indication : écarter la partie supérieure de l’humérus du tronc; en rapprocher l’extrémité inférieure; soulever la totalité du membre.

Fracture de V omoplate.

Recouverte de muscles épais , l’omoplate est peu exposée aux fractures. Vers son angle externe , il n’est pas rare de voir la cassure des éminences osseuses, nommées acromion et apophyse -coracoïde. Néanmoins les autres parties de l’os ne sont pas exemptes d’être fracturées.

Il y a en général peu de déplacement, parce que les muscles maintiennent assez bien les rapports. C’est la douleur, la difficulté des mouvemens qui décèlent essentiellement qu’il y a fracture.

Un bandage en 8 de chiffre convient principalement pour les. fractures de l’angle externe de l’os; il peut suffire même dans tous les cas. On prend une bande de douze mètres, et après avoir appliqué sur l’épaule des compresses imbibées d’un résolutif, comme de l’eau-de-vie étendue d’eau , on fait un circulaire autour du bras , on porte la bande au-devant de la poitrine, sous l’aisselle opposée,

derrière la poitrine; on l’amène sur 1 épaulé malade , puis sous l’aisselle ; on la croise sur l’épaule , puis on continue le trajet déjà parcouru jusqu’à ce que toute la bande soit employée. Une écharpe pour soutenir le membre est le complément de l’appareil.

Fracture de V humérus.

L’os du bras peut être fracturé à ses deux extrémités ou à son centre. Le déplacement est dans les divers cas bien différent ; souvent il est tellement borné dans les fracture des extrémités de cet os, qu’il est difficile de reconnaître ces fractures et qu’on les confond avec des luxations, des gonflemens occasionnés par la contusion. Cependant la crépitation qui se fait entendre est un signe caractéristique de telles fractures.

C’est tout différent quand l’os est cassé dans son centre : alors le déplacement peut être considérable, principalement quand la fracture est oblique. J’ai vu les parties molles divisées dans une fracture oblique de l’humérus : le nerf radial se trouva lésé* il en résulta une paralysie partielle du membre. On conçoit , d’après ce fait , que, selon la nature de la fracture et l’espèce de déplacement, les nerfs, les artères, les veines, peuvent être atteints, et que des accidens graves ou mortels sont à redouter.

Aussi tous les principes propres à prévenir de tels accidens doivent être appliqués dès qu’une fracture a été produite. Le bras sera maintenu

jusqu’à ce que tout soit disposé pour l’application d’un appareil, et on évitera les mouvemens autant que possible.

Trois attelles minces, en bois légèrement flexible, entourées de linges, quelques compresses longuettes et une longue bande sont les choses indispensables. On fait tenir par un aide la partie supérieure du membre : cet aide fera la contreextension ; un autre aide , saisissant l’avant-bras et la partie inférieure de l’humérus, pratique l’extension; l’opérateur, placé en dehors du membre, fait le rapprochement des fragmens. Dès que le bras a repris sa forme régulière, on applique tout autour du lieu fracturé une compresse imbibée d’eau résolutive. Si l’on veut , on entoure la totalité du bras; on place une attelle en dehors, une autre en dedans, et une troisième en arrière; puis, prenant la bande, on fait un circulaire au milieu du bras : on fixe ainsi les trois attelles ; ensuite, par des circulaires un peu obliques qu’on nomme doloires, on finit d’employer la bande tout le long du bras. Le membre est mis en écharpe; ainsi l’appareil est complet.

On conseille d’entourer d’une bande la main et l’avant-bras pour empêcher le gonflement : c’est inutile. Le gonflement n’a rien de fâcheux si le bandage n’est pas trop serré, et une compression autour de l’avant-bras deviendrait douloureuse.

Il est nécessaire de relâcher l’appareil lorsqu’il

est trop serré, de le resserrer lorsqu’il se relâche. On empêche ainsi le mouvement des fragmens et l’on favorise leur consolidation, qui , au bout d’un mois, est ordinairement très avancée.

Fracture du radius et du cubitus.

Lorsqu’on examine les deux os de V avant-bras réunis , on voit qu’ils se touchent à leurs deux extrémités, et que, s’arquant chacun en sens opposé, ils laissent vers leur centre un grand espace que remplissent des muscles, des vaisseaux et des nerfs. S’il y a fracture, les os tendent à se porter l’un vers l’autre, et l’espace inter-osseux s’efface; les parties qui y sont situées sont lésées. De là, l’indication de tenir les deux os écartés , dans le traitement des fractures de l’avant-bras.

S’il y avait fracture aux extrémités des os, que l’olécrane qui forme la saillie du coude, par exemple, fût séparé du cubitus, il faudrait, en mettant le bras dans l’extension , s’efforcer de rétablir les rapports osseux. Il y aurait d’autres indications à remplir selon l’espèce de fracture des extrémités du radius et du cubitus.

Dans les fractures du corps de ces os, on a à rechercher si un seul os ou les deux sont à la fois divisés. Dans ce dernier cas, la difformité est plus sensible, les déplacemens plus considérables ; le membre se plie en sens divers. J’ai vu à l’hôpital Saint-André un marin qui avait eu les deux os de

l’avant-bras fracturés dans un voyage; aucun appareil n’avait été appliqué ; il en résultait une fausse articulation : l’avant -bras se ployait dans son centre ; il était impropre à remplir les usages auxquels il était destiné.

Pour remédier aux fractures de l’avant-bras, il faut disposer deux compresses très-étroites et trèsépaisses , inégalement plissées , ce qui les fait nommer graduées. Ces compresses sont destinées à écarter les deux os de l’avant-bras, afin de maintenir l’espace inter-osseux. On les applique, à cet effet, l’une en avant, l’autre en arrière de l’avantbras. Sur ces compresses on place une attelle en bois un peu flexible , puis on serre le tout par des tours de bande.

Le mécanisme de cet appareil tend à écarter l’un de l’autre le radius et le cubitus. Ainsi on rétablit l’espace inter-osseux effacé , et le membre prend toute la régularité désirable.

Fractures des os de la main .

Ce n’est que par écrasement que les os du carpe peuvent être fracturés; il n’y a alors aucun déplacement notable. Il faut se borner à appliquer des résolutifs, des émolliens , pour combattre les aecidens qui peuvent survenir.

Les quatre derniers os du métacarpe ont de tels rapports, ils sont tellement maintenus par les muscles, qu’ils n’offrent pas, non plus, de déplace-

mens considérables lorsqu’ils sont fracturés. Celui qui correspond au pouce seulement peut permettre aux fragmens de se porter en sens opposé.

Il en est ainsi des phalanges étroitement maintenues par les tendons et leurs gaines; on xoit bien qu’il y a fracture, mais les os n’ayant pas une grande dimension , le déplacement ne peut être que faible Les appareils qu’exige la fracture des os du métacarpe et des phalanges sont très-simples : ils consistent dans de petites plaques de bois qu’on maintient avec des compresses et une bande. Si plusieurs os étaient à la fois fracturés , on pourrait mettre une plaque en forme de main. Comme des plaies compliquent assez ordinairement les fractures des os de la main , il devient nécessaire d’ap-

pliquer des plumasseaux de charpie , qui constituent des coussinets commodes pour l’application des attelles , et empêchent que la compression soit défavorable.

Fractures du membre inferieur.

La cuisse , le genou , la jambe et le pied sont les quatre divisions du membre inférieur. La hanche est pour ce membre ce que l’épaule est pour le membre supérieur. La cuisse correspond au bras , la jambe à l’avant-bras , le pied à la main. Il y a de plus le genou , qui est représenté par le coude.

Le fémur est l’os de la cuisse. Le genou a un os particulier, la rotule. La jambe est formée par le

tibia et le péroné. Le pied est divisé en tarse métatarse et orteils : le tarse comprend Y astragale , le calcanéum , le scaphoïde le cuboïde et les trois os cunéiformes. Il y a au métatarse cinq os ; au gros orteil deux phalanges; et trois phalanges aux autres orteils.

Fracture du fémur.

Le fémur > os le plus long du corps humain, formant un levier considérable, destiné à supporter le poids du corps qu’il transmet sur le sol , s’arcboutant contre le bassin avec lequel il a des connexions au moyen d’une cavité profonde, se trouve, à cause de tout cela , très-exposé aux fractures. Ces lésions ont lieu à ses extrémités ou à son centre. C’est souvent à l’extrémité supérieure qu’elles s’observent, dans cette partie anatomique qu’on nomme col du fémur.

Fracture du col du fémur. — Une tète, formant les trois quarts d’une sphère, est reçue dans la cavité cotyloïde de l’os des hanches, où elle est maintenue par un ligament circulaire très-fort, et un ligament alongé. De cette tète part un prolongement nommé col du fémur , qui se termine au corps de cet os, près d’une éminence : le grand trokanter. La direction du col du fémur le rend presque perpendiculaire au corps de cet os, du moins leur axe est bien différent. Il en résulte que, dans une chute sur les pieds, le poids du corps peut agir violemment et déterminer une fracture du col. Dans une

chute sur le siège, la tête trouvant une résistance dans la cavité cotyloïde, le col du fémur peut également se fracturer.

Il est très-commun de voir des fractures du col du fémur chez des sujets avancés en âge , parce que les os acquièrent alors une grande fragilité par la plus grande proportion de phosphate de chaux, relativement à celle de la gélatine , et parce que le col est plus perpendiculaire au corps de l’os que dans le jeune âge.

Lorsqu’un accident qui a produit une fracture est arrivé, le blessé éprouve de la difficulté, même de l’impossibilité à se relever et à marcher ; on le soulève , on le transporte , on le place sur un plan horizontal. Si l’on examine l’état des parties pour juger de la nature de la lésion , on voit, s’il y a fracture , que le membre est plus court de trois à cinq centimètres que le membre opposé; que le pied se renverse et que sa pointe tombe en dehors ; que la cuisse et la fesse sont plus renflées. Exerce-t-on une traction sur le membre , il reprend sa longueur naturelle , et il se raccourcit dès qu’on cesse ces tractions. Alors une malléole est plus haute que l’autre , un genou plus élevé que le genou opposé. Si l’on fait exécuter à la cuisse des mouvemcns de rotation sur son axe, on entend un craquement, qui est le signe indubitable de la fracture.

Malgré tout cela, il est quelquefois très-difficile

de reconnaître une fracture du col du fémur; il arrive qu’on la méconnaît lorsqu’elle existe, et que

d’où résulte un gonflement et une difficulté dans les mouvemens. Souvent on a appliqué dans de telles hypothèses des appareils superflus.

Dès qu’en opérant des tractions sur le membre saisi par le pied , et en opposant une résistance sur le bassin, on rétablit la longueur et la rectitude du membre, on conçoit qu’il suffit ensuite de maintenir la partie dans cette position. On pourrait fixer le corps avec des liens appliqués sous les aisselles, tirer le membre vers les pieds avec d’autres liens appliqués au bas du membre, et la consolidation s’opérerait dans eette situation des parties.

Avec un peu de conception , aisément on organisera un appareil convenable. Mais ordinairement on se sert d’attelles sur lesquelles on fait à la fois l’extension et la contre-extension. Il existe une infinité de bandages à attelles extensives : les unes à cric , les autres à l’aide de liens , qui agissent toutes dans le même principe. Voici quel est le mécanisme simple qu’on peut exécuter :

Que l’on place un sous-cuisse, garni d’un coussinet , de liens , au pli de la cuisse , et que les liens soient portés en haut et en dehors du membre ; que l’on entoure le bas de la jambe et le coude-pied d’un coussinet également garni de liens; qu’on applique ensuite sur le côté externe de la

cuisse une longue attelle échancrée à ses deux extrémités, qui remonte au-dessus de la hanche et dépasse le pied en bas; qu’alors on fixe sur l’échancrure du bout supérieur de l’attelle les liens qui sont fixés au sous- cuisse; en serrant, l’attelle sera poussée en bas; qu’on noue sur l’échancrure du bout inférieur de l’attelle les liens qui sont fixés au coussinet qui garnit circulairement la jambe, l’attelle sera repoussée en haut; par ce mécanisme, le pied est entraîné en bas et le membre s’alonge. En voyant fonctionner un tel appareil , on comprend aisément son mécanisme.

On peut modifier l’appareil au gré du génie. Si le pied se renverse en dehors , on place une attelle interne , et en la réunissant à l’attelle externe au moyen d’une traverse , on fait une extension directe. J’appliquai cet appareil à un officier de marine, qui lui fit subir d’ingénieuses modifications, et qui , avec un lien qui agissait à la manière d’une corde sur une poulie de renvoi, opérait lui-même sur son membre des tractions à volonté.

Malgré toutes les inventions chirurgicales propres à remédier aux fractures du col du fémur, il arrive qu’on ne peut obtenir une consolidation sans difformité, et les souffrances qu’occasionne l’extension sont souvent intolérables. Aussi se borne-t-on souvent à mettre les muscles dans le relâchement au moyen du double plan incliné. Le malade est couché horizontalement, plusieurs coussins sont

158 MALADIES DE b’ APPAREIL

placés sous le jarret; la jambe est ainsi fléchie sur la cuisse, la cuisse est fléchie sur le bassin, et la consolidation du col du fémur s’opère parfaitement dans cette attitude. Dupuytren , dans les dernières années de sa brillante carrière , avait renoncé aux appareils extensifs pour les fractures du col du fémur, et se bornait à la position à plans inclinés.

Fracture du corps du fémur. — Tranversaleou oblique, cette fracture se reconnaît aisément, car un grand bras de levier ne peut être rompu sans qu’une saillie vers le lieu brisé ne s’aperçoive : la sustentation du corps est impossible ; si le malade est debout, il ne peut s’appuyer sur son membre.

La crépitation est quelquefois utile pour reconnaître les fractures tranversales vers l’extrémité inférieure de l’os, parce que là de larges surfaces se correspondent, et les signes des fractures deviennent assez incertains.

C’est dans les fractures du corps du fémur qu’il faut principalement déployer des puissances extensives et contre-extensives , afin de vaincre l’action des muscles nombreux qui tendent à opérer le chevauchement des fragmens. Un aide pratique des tractions sur le pied , un autre aide agit sur le genou , simultanément ; ces tractions doivent être graduelles, continues et sans secousses ; en appuyant sur le bassin avec les mains , on oppose une résistance , le poids du corps du malade favorise la contre-extension.

On voit, sous l’influence du mécanisme alors imprimé, que le membre s’alonge; les genoux, les malléoles s’affrontent; et la cuisse, renflée dans le centre par la rétraction musculaire , reprend sa forme normale.

On pourrait se borner, à défaut d’autre appareil , à mettre trois attelles autour du membre que l’on maintiendrait avec une longue bande circulaire ; mais pour appliquer ce bandage on imprimerait des mouvemens nuisibles, et les fragmens osseux seraient mal réunis. Il vaut mieux se servir d’un appareil à bandelettes séparées.

On placera sur une serviette environ vingt bandelettes de quatre travers de doigt de largeur , et assez longues pour bien se croiser sur la cuisse. Ces bandelettes doivent être imbriquées , c’est-àdire , que les deux tiers de celle qui est au-dessus doivent être recouverts par celle qui est au-dessous. Un plan de bandelettes étant ainsi formé , on dispose de la même manière trois à quatre longues compresses doubles.

Cette première partie du bandage sera placée sous la cuisse; alors on croisera, en procédant du genou vers la hanche, les compresses, puis les bandelettes l’une sur l’autre; on appliquera, si l’on veut , au préalable , sur la cuisse , des compresses imbibées d’un mélange d’eau et d’eau-de-vie, et même on imbibera tout l’appareil.

Cela fait , on doit mettre sur les côtés et au-de-

160 MALADIES 1)E l’aPPAREIL

vant du membre, des coussinets alongés, faits avec des serviettes , ou , par préférence , des sachets de balle d’avoine. Trois attelles sont ensuite placées, l’une en dedans, l’autre en dehors, la troisième en avant, et, avec des liens de fil, les coussinets et les attelles sont exactement serrés. Ainsi , le membre se trouve comme emmailloté.

On pourrait, avec du blanc d’œuf et de la farine, faire un emplastique dont on imbiberait de la illasse; ou bien imprégner les bandelettes de colle d’amidon ou de dextrine , alin d’appliquer un appareil inamovible. Mais de tels moyens me paraissent entourés d’inconvéniens, et le principal de tous est celui de ne pouvoir surveiller le rapprochement des fragmens osseux, et de faire encourir le risque d’une consolidation vicieuse.

Fracture de la jambe.

Le tibia et le péroné qui sont les deux os de la jambe, peuvent se fracturer séparément ou simultanément. Lorsque la fracture des deux os existe , la difformité est nécessairement plus manifeste. Si la fracture est tranversale, il y a souvent à peine un peu de déplacement; mais quand elle est oblique, les fragmens osseux chevauchent l’un sur l’autre, et il est très-difficile de les maintenir en rapport : la consolidation alors est très-difficile à s’opérer. Lorsqu’une fracture à la jambe s’est effectuée, le malade doit être placé horizontalement sur un lit ou

une table. Un aide , appuyant sur le genou , se dispose à la contre-extension ; un autre aide, saisissant le pied, pratique l’extension, et, par des tractions lentes et progressives, les fragmens s’affrontent et la difformité disparaît.

Un simple appareil forme avec des attelles et une bande pourrait sufüre. On conseille d’entourer la jambe de compresses imprégnées d’une solution de dextrine; mais le bandage à bandelettes est généralement préféré. Il est semblable à celui qui est décrit pour la fracture du fémur; il n’en diffère que par la plus petite dimension des pièces d’appareil. On doit observer de maintenir le pied à l’aide d’une bandelette en forme de sous-pied , et d’empêcher la compression que le poids du membre imprime au talon, ce qui occasionne quelquefois la gangrène. Pour cela, il faut placer un coussin sous la jambe et le faire dépasser par le talon.

Fracture du péroné.

Cet os peut être fracturé séparément, vers son extrémité inférieure, notamment; il y a quelquefois, en même temps, luxation du pied : la difformité est grande, et elle serait durable si l’on n’y remédiait.

Dupuytren a proposé un bandage qui consiste essentiellement à placer un coussinet, replié en bas, sur la face interne de la jambe , et une attelle sur ce coussinet ; puis à fixer l’un et l’autre , en haut, à la cuisse et à la jambe, avec une bande;

162 maladies de l’appareil

ensuite, au moyen d’une autre bande, on rapproche, en bas, le pied vers l’attelle. Par ce mécanisme, les deux fragmensdu péroné s’affrontent, et la consolidation s’opère parfaitement sans qu’il s’ensuive une difformité.

Fracture de la rotule.

Ce petit os, qui entre dans la formation du genou , fixé au tendon du muscle droit antérieur de la cuisse en haut , à un fort ligament qui l’attache à la jambe en bas , est exposé à des fractures qui résultent de sa disposition anatomique. En effet , la contraction musculaire le tire violemment en haut, et son ligament inférieur est inextensible. Qu’alors une violence agisse sur cet os, qu’il soit frappé brusquement, une fracture s’opère entravers. Quelquefois aussi, dans des chutes, des coups, il se fait des fractures selon la direction verticale.

Dans les fractures traversales , qui sont les plus fréquentes, on voit un grand intervalle entre les deux fragmens 5 la progression devient difficile , parce que la jambe ne peut être portée en avant.

Il faut rapprocher les fragmens et les maintenir en rapport pour guérir cette fracture. Il est utile que le malade reste couché, que le membre soit maintenu constamment dans l’extension. Une compresse très-épaisse sera placée au-dessus du fragment supérieur, une autre compresse pareille au-

dessous du fragment inférieur, et par des tours obliques de bande on rapprochera à la fois les compresses et les fragmens de la rotule. Il est important de poser ensuite le membre sur une attelle creusée en forme de tuile, et de le fixer sur cette attelle avec des liens. Ce simple appareil dispense des bandages unissans, des genouillères et d’autres moyens mécaniques.

Fractures du pied.

Les os qui composent le tarse, le métatarse et les orteils, sont exposés à des fractures trèscompliquées , parce qu’elles sont occasionnées par des corps vulnérans qui produisent un grand écrasement et qu’il y a lésion des parties molles. Ordinairement dans les fractures du pied il n’y a pas de déplacemens qui puissent exiger l’application d’un appareil. Il se déclare un gonflement que l’on traite par des émolliens et des anti-phlogistiques. Si, toutefois, une portion d’os mobile s’écartait du reste de l os, il serait facile, avec quelques tours de bande et de petites attelles, de rétablir les rapports ; mais de tels cas sont exceptionnels, et le simple appareil que réclame le pansement des plaies contuses, — les plumasseaux de charpie, les compresses, les bandes appliquées autour du pied en 8 de chiffre , maintient assez les fragmens pour que les fractures des os du pied puissent très-bien se consolider.

464 MALADIES DE lé APPAREIL

Luxafions.

Les os s’articulent par des surfaces glissantes , polies, qui permettent des mouvemens étendus; ou bien au moyen d’une substance cartilagineuse qui établit une sorte de continuité d’un os à un autre; ou bien encore par une juxta-positionou engrenage. On conçoit, d’après cela, que le déplacement qu’on nomme luxation est d’autant plus facile que les articulations sont plus mobiles et plus étendues.

A la tète, les os du crâne et de la face sont articulés de manière à ne permettre aucun déplacement ; cependant la mâchoire inférieure, destinée à des mouvemens habituels indispensables à la mastication et à la parole, présente une frappante exception : aussi n’est -il pas rare de voir des luxations de cet os.

Au tronc , la colonne vertébrale , formée par l’assemblage d’une série de pièces osseuses, n’offre réellement qu’une articulation mobile, celle de la première vertèbre, atlas , avec la seconde vertèbre, axis; toutes les autres vertèbres sont unies par de forts ligamens et une substance fibro-cartilagineuse , de manière qu’une luxation réelle ne peut s’y opérer; et lorsqu’une violence occasionne un déplacement, il y a une rupture, comparable à une fracture.

Les cotes , constituant les barreaux de la cage osseuse nommée poitrine, n’éprouvent que fort difficilement des luxations; ces os , étant peu mobiles, se

défendent réciproquement des agens extérieurs , à cause de leur ensemble et de leur double articulation, en avant et en arrière. Quant au sternum, c’est un plastron peu mobile qui ne se déplace que par l’écrasement qui détruit son union avec les cartilages costaux.

Le bassin offre quatre os unis par une substance cartilagineuse inter - articulaire , et de nombreux ligamens ; ces os ne pourraient se séparer que par une violence inouie, une sorte d’écartellement. Cependant l’os coccyx est susceptible d’être déplacé de ses rapports avec le sacrum.

C’est principalement aux membres que les luxations s’observent. Or, elles sont d’autant plus faciles à s’effectuer, que les articulations permettent des mouvemens plus étendus. L’humérus avec l’omoplate, le fémur avec l’os des îles, exécutent des mouvemens en tous sens. L’avant-bras avec le bras, la jambe avec la cuisse , sont à peu près bornés à ceux de flexion et d’extension. Dans les mains et les pieds , certaines articulations offrent des mouvernens libres , tandis que d’autres ne permettent qu’un glissement. Nécessairement toutes les articulations ne doivent pas être également exposées à se luxer.

C’est ordinairement une violence, une chute qui force l’os à se déplacer. Cependant, l’action musculaire seule produit ce résultat : cela se voit quelquefois pour l’articulation de l’épaule avec le bras;

466 MALADIES DE 1,'aPPAREIL

c’est toujours une telle cause qui produit tla luxation de la mâchoire inférieure.

En réfléchissant sur la disposition anatomique des parties, on songe au désordre qui doit résulter des luxations. Pour qu’un os sorte de ses rapports naturels, il faut ordinairement que les ligamens qui l’entourent soient rompus ; qu’une membrane nommée synoviale, qui rend sa surface onctueuse, soit déchirée; que les muscles, les vaisseaux, les nerfs voisins soient distendus, comprimés : aussi une luxation est-elle une maladie douloureuse. Il faut voir dans quelle anxiété, dans quel tourment sont certains malades pour en juger ; la position où ils se trouvent placés les désespère. Si la luxation n’est pas réduite, ils peuvent mourir de douleur, ou demeurer à jamais infirmes.

Le désordre qui a lieu produit une série de phénomènes. Le plus commun est un gonflement considérable , qui masque , défigure la maladie , la rend méconnaissable. On ne peut s’assurer au juste, dans quelques cas, de la nature de la lésion; on ne sait s’il y a fracture , luxation ou un autre genre d’affection. On est fort embarrassé sur le parti à prendre , de crainte d’aggraver le mal par des manœuvres intempestives.

Le vulgaire ignare n’éprouve aucun embarras , il n’élève aucun doute , quand une violence a été éprouvée dans une articulation ; il ne songe qu’à un déplacement des os ; il opère des tractions vio-

l)E LA LOCOMOTION. 107

lentes. Il arrive qu’on réduit ainsi , avec un bonheur surprenant, une luxation sans la reconnaître ; mais, par contre, l’on produit d’affreux déchiremens des parties molles, lorsque, au lieu d’une luxation, il y a une fracture. J’ai été témoin, tantôt d’un résultat heureux , inattendu , tantôt d’un résultat funeste. Il faut donc user de prudence et n’agir que lorsqu’on est convaincu delà réalité de la luxation.

La difformité des parties, un gonflement insolite dans un point , un enfoncement dans un autre point , joints à l’impossibilité d’exécuter des mouvemens, caractérisent assez ordinairement les luxations. Mais le diagnostic est souvent fort difficile à établir. Il faut s’étayer de données anatomiques pour porter un jugement , encore souvent demeuret-on dans le doute ; c’est que les déplacemens ne sont pas toujours très-prononcés. Un os a-t-il à peine quitté ses rapports avec l’os voisin, la luxation est, comme on le dit, incomplète ; il n’y a pas de symptômes assez tranchés pour se prononcer ; puis , du temps s’étant écoulé depuis l’accident qui a produit la lésion , un gonflement est survenu : tout se trouve défiguré. D’après cela, on sent la nécessité de faire un sévère et prompt examen dès qu’on présume qu’une luxation s’est opérée, car, plus tard, il serait très-difficile, dans quelques cas, de reconnaître l’existence de la maladie.

Le premier soin à remplir , quand la réalité d’une luxation est établie, c’est d’opérer la réduc-

108 MALADIES DE l’ APPAREIL

tion, c’est-à-dire , de rétablir le rapport des os entre eux. Il faut quelquefois affaiblir l’action musculaire par des saignées , par des influences morales , en occupant f imagination des malades. Mais il est nécessaire de déployer des moyens physiques pour ramener les parties dans leur situation respective ; à défaut de la force des bras , on se sert de lacs, de mouilles, pour opérer Y extension. On doit opposer la contre -extension, en fixant le malade , en le retenant avec des aides , qui emploient, à cet effet , des liens , des écharpes, etc. C’est entre une puissance et une résistance que se trouve placé le patient. Quelquefois le moindre effort opère la réduction 5 d’autres fois, des efforts inouis deviennent superflus. L’opérateur dirige les forces extensives ; il s’empare de l’os luxé, lui fait exécuter un mouvement de levier et le ramène dans sa position primitive. Ordinairement un choc annonce que la réduction est opérée.

Iiiixatfoii de la mâchoire inférieure.

L’os maxillaire inférieur s’articule, au moyen de deux éminences qu’on nomme condyles, avec une cavité creusée dans l’os temporal : deux ligamens latéraux, un ligament accessoire, un fibro-cartilage, une ou deux membranes synoviales, entrent dans la composition de l’articulation. Des muscles puissans s’insèrent à l’os maxillaire : les uns sont élévateurs, les autres sont abaisseurs. Il arrive que

dans la violente contraction des abaisseurs , dans le bâillement, la partie antérieure de l’os est fortement portée en bas ; les condyles de la mâchoire quittent la cavité glénoïde , ils glissent sous la base de l’apophyse zygomatique, et se portent en bas et au-devant de cette apophyse. Si les choses demeurent dans cet état, la luxation est confirmée. Alors le malade a la bouche largement ouverte , le menton est abaissé et porté en avant; la mastication, la parole sont impossibles ; la salive coule sans cesse; le malade est plongé dans l’anxiété. Une telle position est déplorable, désespérante, si l’on ne parvient à y remédier, ce qui n’est pas sans exemple. Or, il faut se hâter d’opérer la réduction, car, si l’on perdait du temps , cette opération deviendrait plus difficile.

Il semble que, dès que le menton est porté fortement en bas, il suffise de le ramener en haut pour que la réduction se fasse. Il est bien possible qu’il en serait ainsi en usant de persévérance, en relevant graduellement le menton au moyen de bandages ou d’appareils appropriés.

On se hâte trop ordinairement, et l’on est trop empressé d’obtenir un résultat. N’est-ce pas pour atteindre un pareil but que l’on conseille de donner un coup de poing au-dessous de la mâchoire ? On peut , par ce mécanisme brutal , vaincre l’action musculaire , obtenir la réduction ; mais on risque de produire des ruptures musculaires et la fracture de l’os.

Il convient mieux de surmonter l’action des muscles élévateurs, qui sont contractés, en pesant sur la partie postérieure de l’os maxillaire. On peut garnir les deux pouces de linge; on place un bouchon en forme de haillon entre les arcades dentaires, pour prévenir l’inconvénient qui pourrait résulter d’un rapprochement subit. Le malade doit être placé sur un siège fort bas , afin que l’opérateur ait plus de force pour exercer une pression. L’opérateur porte ses deux pouces à la partie la plus reculée de l’arcade dentaire inférieure, de l’un et de l’autre côté; il pèse fortement sur ce point pendant qu’il ramène un peu en avant le corps de l’os et qu’il le soulève. Il arrive que, par un tel mécanisme, l’action du masséter et des autres muscles élévateurs est vaincue, les condyles s’abaissent, ils quittent leur rapport avec l’apophyse zigoma tique, et se replacent brusquement en arrière dans la cavité glénoïde. On doit se méfier du rapprochement des mâchoires, car les pouces pourraient être saisis et écrasés. Bien que ce mécanisme paraisse simple et efficace, il arrive qu’après des efforts inouis l’os maxillaire ne peut être réduit. On débilite alors les malades au moyen de saignées copieuses , d’un régime rigoureux , et l’on réitère les efforts de réduction.

Je crois que lorsque les tentatives de réduction ont été superflues , on devrait donner de l’opium aux malades, pour diminuer la contraction musculaire ;

leur prescrire un régime débilitant, et leur tenir constamment la mâchoire inférieure relevée à l’aide d’une fronde ou par tout autre mécanisme. Il est

possible que d’un instant à l’autre la force musculaire se relâche , et que la réduction s’opère comme spontanément.

Luxation de la clavicule.

Par une chute, un coup violent porté sur l’épaule , la clavicule peut se luxer en dedans dans son articulation avec le sternum, et en dehors dans son union avec l’apophyse acromion de l’omoplate. Un écartement entre les surfaces respectives des os, une saillie, la difficulté des mouvemcns, la chute du membre supérieur, indiquent cette luxation.

On peut rétablir la juxta-position à l’extrémité sternale, en appliquant une compresse très-épaisse et une bande en 8 de chiffre , qui de l’épaule malade passe au-devant de la poitrine , sous l’aisselle opposée, remonte sur l’épaule de ce côté, revient au-devant de la poitrine, puis sous l’aisselle du côté malade, de là sur l’épaule, et continue à suivre le même trajet. À l’extrémité externe, on doit appliquer une compresse épaisse, puis une bande qui, de l’épaule malade, est portée au-devant de la poitrine, sous l’aisselle du côté sain, derrière la poitrine, sur l’épaule malade, sous l’aisselle du même côté, encore une fois sur l’épaule, et on lui fait de nouveau parcourir ce trajet. Le bras doit en-

suite être soutenu par une écharpe : ce dernier moyen , à lui seul , peut sulfire dans certains cas; mais lorsque le déplacement est considérable, il convient d’appliquer le bandage décrit pour la fracture de la clavicule.

Luxation de l’os du bras.

L’articulation la plus mobile est celle de 17mmérus avec l'omoplate : aussi nulle part les luxations ne sont aussi fréquentes que dans l’ union de ces deux os. Une large capsule fibreuse, insérée autour de la cavité glénoïde de l’omoplate d’une part, autour du col de l’humérus d’autre part, permet un écartement tel, que la tête de l’humérus et l’omoplate ne se touchent pas. Or, il résulte de cette disposition une grande tendance aux déplacemens.

C’est par l’effet des chutes qu’ordinairement ces luxations s’opèrent; en tombant sur le coude, la tête de l’humérus peut être portée en haut, en avant ou en arrière. Dans le premier sens, les apophyses acromion et coracoïde, puis un fort ligament, forment une voûte qui retient la tête de l’humérus : la luxation ne pourrait s’effectuer qu’avec la destruction de cette voûte. En avant, la tête de l’os peut se porter sous l’apophyse coracoïde ; et en arrière, vers le bord axillaire de l’omoplate : il s’opère donc des luxations en avant et en arrière. Mais dans une chute, lebras étant écarté du tronc, l’humérus, brusquement relevé à son extrémité anti-

brachiale, exécute un mouvement de bascule : la tête de cet os est abaissée; elle fait saillie au creux de l’aisselle, rupture et franchit la capsule fibreuse. Il s’opère ainsi une luxation en bas.

Il y a des luxations intermédiaires entre les trois espèces que je viens de signaler ; mais elles rentrent dans ces principales catégories. On méconnaît quelquefois les luxations antérieures et postérieures; les signes n’en sont pas toujours fort tranchés, d’autant qu’il arrive que la capsule fibreuse n’a pas été traversée par la tète de l’os, et qu’alors les luxations sont incomplètes. Cependant la difficulté des mouvemens , la direction vicieuse du membre, une saillie en avant ou en arrière, que l’on découvre au moyen du tact, peuvent faire établir l’existence de ces luxations. On les confond avec les fractures; mais le défaut de crépitation différencie le diagnostic. Il est vrai que le gonflement, la douleur empêchent souvent de faire toutes les recherches convenables pour porter un jugement.

La luxation en bas est la plus commune, la plus caractérisée. Une dépression là où est la rondeur de l’épaule formée par le muscle deltoïde ; un angle aigu produit par l’omoplate; la direction oblique du bras dont l’extrémité inférieure s’écarte du tronc; sa longueur en apparence plus considérable; le défaut de mouvemens, la douleur , seraient des indices sufïisans. Mais si l’on porte les doigts dans

174 MALADIES DE l’ APPAREIL

le creux de l’aisselle, on sent un corps arrondi, qui est la tète de l’humérus : alors le diagnostic devient on ne peut plus certain.

Dans cette luxation, la capsule fibreuse a été ordinairement traversée, les nerfs qui forment le plexus brachial sont comprimés; Tarière les veines axillaires éprouvent aussi une compression. L’anxiété du malade est grande, sa position est insoutenable; s’il demeurait dans un tel état , il serait à jamais estropié, ou du moins condamné à n’exécuter de son membre que des mouvemens très-peu étendus.

Pour réduire les luxations de l’humérus , il faut déployer quelquefois beaucoup de force , tandis que d’autres fois tout est facile. On comprend qu’il est nécessaire d’exercer des tractions sur le membre, afin d’écarter la tête de l’os des parties où elle a contracté de nouveaux rapports, et qu’en même temps on doit exécuter un mouvement de levier, afin de ramener cette tête dans sa position normale.

Mille mécanismes sont appliqués à cette réduction. On a conseillé de placer l’aisselle du malade sur une porte, le barreau d’une échelle , l’épaule d’un homme, et de soulever le malade en le tirant par le bras : le poids du corps forme la résistance, et la réduction peut s’opérer. On conseille aussi de pousser la tête de l’os avec le talon porté dans le creux de Vaisselle pendant qu’on tire sur

le bras. Il est (les appareils anciens , tel que Yambi d’Hippocrate, qui servent à exécuter un semblable

mécanisme.

Le procédé le plus convenable, c’est d’opérer des tractions lentes , graduelles et soutenues. Pour y parvenir, le malade sera placé sur un siège, et un drap plié en cravate sera passé autour du corps, près de l’aisselle, pour servir de lacs. O11 fait peser par un aide sur l’épaule 5 le malade ainsi se trouve bien assujéti. On met alors des liens larges autour du poignet, on peut même en placer autour de la partie inférieure du bras : des nappes en cravatte forment les lacs les plus convenables. Tout étant disposé, l’opérateur commande à plusieurs aides d’exécuter des tractions sur l’avant-bras et le bras , tandis que d’autres aides opposent une résistance. La tête de l’humérus s’écarte du point où elle est appliquée; alors, se servant du bras comme d’un levier, l’opérateur pèse sur son extrémité inférieure, relève l’extrémité supérieure, en l’écartant du tronc; dirige la tète de l’humérus vers l’angle supérieur de l’omoplate. On entend ordinairement un choc qui indique que l’os a repris sa place et que la luxation est réduite.

On fait toutes sortes de tentatives quand ainsi on ne peut réussir. On conseille de porter le bras dans l’axe du corps, en le tirant du côté de la tête. On comprend que c’est toujours dans le but de faire abandonner les nouveaux rapports de la

4 "6 MALADIES DE lé APPAREIL

tète de l’humérus et de la rapprocher de la cavité glénoïde de l’omoplate.

Les difficultés dans la réduction dépendent de l’action musculaire. Il faut souvent la vaincre par des saignées débilitantes, la diète sévère et des impressions morales que l’on cherche à produire sur les malades.

luxation «lu eou«le.

Aucune lésion n’est plus confuse que certaines luxations du coude. Le radius et le cubitus peuvent ctre déplacés à la fois, ou bien il n’y a déplacement que de l’un de ces os; les signes alors doivent singulièrement varier. Puis ces os se portent en avant , en arrière , en dedans , en dehors , et fréquemment la luxation est compliquée de fracture : il faut souvent une grande expérience pour porter un juste diagnostic.

Je ne parlerai que de la luxation en arrière , parce qu’elle est la plus remarquable , et même la plus fréquente. Elle résulte d’une chute sur l’avantbras, le membre étant étendu. Une éminence nommée coronoïde, appartenant au cubitus, glisse en bas sur une poulie que lui offre l’humérus; elle se porte en arrière de cet os : dès-lors les muscles du bras entraînent en haut les os de l’avant-bras.

On voit une éminence osseuse en arrière du bras; le coude paraît fortement remonté. En avant , à la place du pli du bras , il y a une tumeur osseuse :

c’est l’extrémité inférieure de l’humérus. Le membre est raccourci, tuméfié au point de l’articulation.

• Les mouvemens de flexion sont impossibles.

Pour réduire cette luxation, il faut écarter en arrière le cubitus de l’humérus, faire en sorte que l’apophyse coronoïde de cë dernier os glisse d’arrière en avant sous la poulie cartilagineuse: alors la réduction peut s’opérer. Afin d’exécuter ce mécanisme, on fait des tractions au moyen de serviettes pliées en cravate, dont on entoure le poignet , pendant qu’on retient le malade en position sur une chaise. Les tractions directes tendent bien à alonger le membre qui s’est raccourci; mais l’apophyse coronoïde oppose une résistance en s’appliquant sur l’extrémité inférieure de l’humérus. Il faut pousser l’extrémité supérieure de l’avant-bras en arrière: alors les rapports entre le cubitus et l’humérus ne sont plus les mêmes, les glissemens sur la poulie s’opèrent , la luxation se trouve réduite.

C’est par des tractions sur l’avant-bras et la main qu’on doit procéder pour les autres luxations du coude, dans le but de produire un léger écartement entre les nouveaux contacts des os, et de rendre favorable la répulsion qu’on opère pour replacer leurs extrémités dans leur position primitive.

Luxation «lu poignet.

La partie supérieure de la main, qu’on nomme le carpe , offre une surface convexe, lisse, glissante,

renfermée dans une sorte d’arcade qui résulte de la disposition des extrémités inférieures du radius et du cubitus.

Dans une chute sur la paume de la main, la main étant renversée violemment en arrière, le carpe fait saillie et peut se luxer en avant. Dans une chute sur le dos de la main, le carpe, au contraire, se porte et se luxe en arrière. Dans le premier cas , les tendons fléchisseurs sont soulevés, les doigts sont fléchis, et la main est renversée en arrière; dans le second , la main est dans une flexion outrée , les doigts sont tendus. Tout mouvement est impossible , et la difformité considérable. On opère la réduction par des tractions exercées sur la main. Il faut opposer de la résistance en faisant tenir l’avant-bras au malade. Comme la main n’offre pas beaucoup de prise, on y fixe des liens pour pouvoir agir avec plus de force. Il faut favoriser la réduction en poussant en bas le carpe, et en le forçant ainsi à reprendre sa place dans la voûte que forment le radius et le cubitus.

Luxation du premier os métacarpien et des phalanges

des doigts.

Ces os longs quittent leurs rapports articulaires, bien qu’ils soient étroitement unis par des ligamens, et que leurs points de contact soient trèslarges, relativement à leur dimension. La difformité est un signe assez sensible de ces déplacemens, et

la difficulté des mouvemens en est une conséquence naturelle. Il est assez aisé de réduire le premier os métacarpien, en opérant des tractions sur le pouce. La réduction des phalanges offre quelquefois de trèsgrandes difficultés : je m’en étais convaincu par ma propre expérience, et mon opinion s’est trouvée confirmée par celle de Dupuytren. Voici ce que dit ce grand chirurgien à propos des luxations des phalanges : « J’ai vu échouer les efforts d’extension et de contre-extension les mieux dirigés ; j’ai vu les praticiens les plus distingués et les moins accoutumés à laisser imparfaites les choses qu’ils avaient commencées, être obligés de renoncer à des tentatives inutiles et douloureuses. »

Luxation «tu fémur.

Il n’y a pas de tête osseuse aussi enfoncée dans une cavité que celle du fémur dans ses rapports avec la cavité que lui présente l’os de la hanche; il n’y a de capsule fibreuse aussi forte nulle part que celle qui assujettit cette articulation-, néanmoins les luxations s’opèrent aisément dans l’articulation de la cuisse avec le bassin.

A la vérité , les grands mouvemens de la cuisse favorisent ce déplacement. Il suffit d’une chute, d’une violence pour le produire. Quand on tombe le membre étant écarté du corps et un peu obliquement porté en arrière , la tête du fémur s’appuie fortement sur la capsule fibreuse, au lieu de porter,

180 MALADIES DE l’ APPAREIL

comme clans la progression ou une chute perpendiculaire, au fond de la cavité cotyloïde. Il arrive que la capsule se distend, se rompt, et que la tête du fémur fait hernie.

Alors, ou bien cette tête se porte en avant, ou bien elle se porte en arrière : delà, deux modes de luxation. Dans le premier sens, la tête du fémur remonte au-devant de l’os pubis, ou elle tombe sur le trou obturateur; il en résulte une luxation en avant et en haut, ou en avant et en bas. Dans le second sens, elle se porte dans la fosse iliaque externe ou prés de la tubérosité de T ischion; il y a ainsi luxation en arrière et en haut, en an'ière et en bas. Voilà quatre variétés de luxation de la tête du fémur.

Dans les luxations en haut , le membre est un peu raccourci; dans les luxations en bas, il est nécessairement alongé. Lorsque la tête du fémur est placée en haut et en arrière, il y a une saillie à la fesse, le membre croise un peu le membre opposé , la pointe du pied est dirigée en dedans. La luxation en bas et en arrière offre des signes assez confus; elle est d’ailleurs fort rare. Lorsque la luxation existe en avant et en haut , on aperçoit et l’on sent une éminence près du pubis, le pli de l’aine est effacé, le membre est placé dans la rotation en dehors. Si la luxation est en bas et en avant , la tumeur à l’aine est placée plus bas , le membre est plus alongé , il s’écarte dans l’abduction; le malade marche en fauchant.

Pour opérer la réduction des luxations du fémur, il faut déployer de très-grandes lorces. Astley Cooper conseille de se servir de cordes et de poulies; souvent il a saigné les malades «à outrance et les a plongés dans un bain très-chaud alin de produire la syncope, et de vaincre par ce moyen la force musculaire.

Que les luxations soient avec raccourcissement ou alongement du membre, il faut toujours procéder par des tractions. Le malade doit être placé sur une table garnie d’un matelas ; on le tourne un peu sur le coté sain. Des nappes en écharpe ou d’autres lacs seront placés à l’une et à l’autre aine pour retenir le corps et faire la contre-extension. Il faut placer, au bas de la cuisse, des lacs que l’on fixe sur un compresse mouillée dont on entoure le membre ; on place d’autres lacs de la même manière au bas de la jambe : ainsi des agens extensifs et contre-extensifs se trouvent disposés.

L’opérateur fait exécuter alors des tractions en sens opposés : les unes ont pour but de retenir le corps, les autres d’alonger le membre. Il semble que, dans les luxations en bas, l’alongement soit superflu ; il n’en est pas ainsi : il a pour but de retirer la tète du fémur du point où elle est en contact, de vaincre la force musculaire qui la retient en place. Cette double indication étant remplie , l’opérateur commande de diminuer les tractions, en même temps il dirige la tête du fémur vers la

MALADIES DE l’ APPAREIL

cavité cotyloïde. Lorsque les luxations sont effectuées en haut , les extensions doivent être plus fortes, car il faut que la tète de l’os descende au niveau de la cavité qui doit la recevoir. Or, des muscles nombreux opposent une résistance 5 aussi faut-il des efforts soutenus qui tendent à lasser ces muscles , à les frapper de stupeur : par ce moyen , la réduction s’effectue. Il arrive que, lorsqu’on est prêt à renoncer à son entreprise , il s’opère un relâchement subit et qu’un choc qui frappe l’oreille annonce que la luxation est réduite.

Luxation spontanée du fémur.

Sans que l’articulation de la cuisse avec la hanche ait éprouve aucune violence , la tête du fémur peut sortir de la cavité cotyloïde, et l’on voit s’opérer une luxation. Elle est la conséquence d’une maladie du système osseux, du vice scrofuleux. Tantôt c’est la tête du fémur qui se gonfle et ne peut plus être contenue dans une cavité devenue trop petite ; tantôt c’est la cavité cotyloïde qui est atteinte de tuméfaction, de ramollissement, de carie, et qui devient impropre à contenir une tète osseuse. La dislocation du fémur s’effectue : c’est la luxation spontanée.

Ce n’est pas sans un appareil morbide que se passe un tel phénomène : il y a élongation du membre accompagnée de douleur ; on voit un renflement vers l’union de la cuisse avec le bassin. La luxation

a-t-elle lieu , tout-à-coup le membre remonte, devient plus court que le membre opposé; la tète du fémur se plaçant en dehors de l os de la hanche, à jamais le malade est estropié. Mais les choses n’en demeurent pas là, il se forme des abcès, des trajets listuleux, et les malades tombent dans la consomption.

Il faut , en pareil cas , déployer un traitement anti - scrofuleux ; on doit appliquer localement des vésicatoires, les ventouses, le moxa. On parvient ainsi souvent à obtenir la guérison de la maladie du système osseux ; mais la luxation est permanente.

Luxation congéniale du fémur.

Il ne faut pas confondre la luxation congéniale du fémur avec la luxation spontanée. L’erreur serait très-grave, préjudiciable au malade ; elle pourrait amener à mettre en pratique des moyens superflus pour combattre un vice présumé dans le système osseux et qui n’existe réellement pas.

La luxation congéniale peut résulter des violences exercées dans l’accouchement, des tractions immodènes sur les membres inférieurs de l’enfant; mais aussi elle dépend d’un vice de conformation dans les portions osseuses respectives : c’est la tète du fémur qui manque, ou bien c’est la cavité cotyloïde qui n’est pas caractérisée.

Aucune lésion ne peut être reconnue tant qu’un

enfant est au berceau ou dans les bras de sa nourrice; mais quand vient l’époque où il doit mar cher, les membres inférieurs sont impropres à supporter le poids du corps , ils remontent; et si c’est d’un côté seulement qu’existe la maladie, on reconnaît au raccourcissement qu’il y a une luxation . Croirait-on qu’une telle maladie est parfois héréditaire, qu’elle ne se déclare chez certains sujets qu’à une époque avancée de la vie? Les leçons orales de Dupuytren font mention d’une femme qui en fut atteinte à l’âge de trente ans.

Comme il n’y a aucune altération du système osseux, il n’y a point de douleur dans cette luxation : c’est le raccourcissement des membres, la claudication qui peuvent la faire reconnaître. On comprend , d’après cela, combien il serait absurde de déployer, comme on le fait quelquefois , les médications qu’exigent les luxations spontanées. Des appareils contentifs, voilà ce que l’art peut réellement opposer de plus rationnel à ce genre tout spécial de luxation du fémur.

JLuxatioii de la rotule.

Cet os mobile qui, comme une noix aplatie, glisse dans la gouttière que lui offre l’extrémité du fémur, peut éprouver une violence qui lui fait dépasser en dehors ou en dedans les rebords de cette gouttière. Alors on voit une saillie osseuse au-dessous du tégument; les muscles antérieurs de la

cuisse n’ont pas leur rectitude; le membre est étendu et ne peut se fléchir. Il arrive que la rotule se renverse de telle façon que sa surface antérieure devient postérieure. Pour rétablir cet os en place, on doit mettre le membre dans la plus grande extension possible , puis on pousse avec la paume de la main de dedans en dehors , ou de dehors en dedans, selon le sens du déplacement. Après quelques efforts, la luxation se trouve réduite; rarement elle présente de très-grandes difïicultés.

Luxation de la jambe.

Le tibia s’unit au fémur par une large surface; ces deux os sont fixés ensemble par des ligamens latéraux, un ligament postérieur et par des ligamens croisés qui entrent dans l’articulation, de sorte que leur union est très-intime.

Il faut un grand désordre pour que la luxation de la jambe s’opère. Nécessairement les ligamens croisés se rompent, car ils ne sont pas extensibles. L’extrémité supérieure du tibia se porte en avant , en arrière, en dedans, en dehors; il n’y a pas de raison pour que les luxations ne s’opèrent dans ces quatre sens, car la plate-forme que présente le tibia peut glisser sous les condyles du fémur. De telles luxations sont toujours graves , parce que divers tissus sont fracturés. La difformité est tellement remarquable que le diagnostic est très-facile à établir.

Ou opère des extensions sur la jambe et sur le pied pendant qu’on oppose une résistance à la cuisse et au bassin. On parvient ainsi à rétablir les rapports des os ; mais il reste à combattre les accidens inflammatoires qui peuvent être formidables.

Luxations «lu pied.

Le tibia et le péroné forment une cavité en forme de gorge de poulie qui reçoit l’astragale , premier os du pied. Une chute, le pied étant renversé, une violence d’une autre nature, peuvent chasser l’astragale en avant et en arrière, en dedans ou en dehors. Il y a ordinairement rupture des ligamens et fracture des malléoles du tibia ou du péroné. En opérant des extensions sur le pied, en repoussant l’astragale vers sa position naturelle, on le fait rentrer dans la gorge osseuse des os de la jambe, et la luxation est réduite. Mais il survient du gonflement, de l’inflammation qui exigent des soins consécutifs.

Luxation de V astragale.

Cet os , uni au calcanéum en bas , au scaphoïde en avant, se disloque dans certaines chutes, et réclame de grands efforts de réduction. Quelquefois le désordre est tel que l’ablation de l’os ou même l’amputation du membre deviennent indispensables.

Luxation des os métatarsiens et des phalanges des orteils.

Rarement des luxations s’observent dans ces os du pied; mais elles ne sont pas sans exemple. La

DK LA LOCOMOTION. 187

dernière phalange du gros orteil est surtout susceptible de se déplacer, et la difformité qui en résulte devient un obstacle à la progression. Les considérations relatives aux luxations des phalanges des doigts s’appliquent à celles des orteils ; les moyens de réduction sont les mêmes.

Entorses.

Les articulations éprouvent des désordres qui ne font point abandonner les rapports des surfaces respectives des os, et présentent cependant beaucoup de gravité. Le mal consiste dans le tiraillement, le déchirement qu’ont éprouvés les ligamens articulaires : c’est ce que l’on nomme foulure ou entorse.

Il est probable que le mouvement imprimé aux os produit un froissement à une bourse muqueuse, membrane synoviale, qui tapisse les cartilages, et aux cartilages eux-mêmes; plus que cela encore, les tendons qui s’insèrent près des articulations sont distendus, les nerfs eux-mêmes se ressentent de la lésion. Il résulte de tous ces phénomènes morbides un état fort complexe : une violente douleur est ressentie ; consécutivement il se déclare du gonflement, une vive inflammation; souvent les accidens persévèrent , s’accroissent , les os se gonflent, se ramollissent, s’altèrent, et il s’opère une funeste dégénérescence. A la vérité, il est des dispositions propres au sujet qui aggravent les entorses ; c’est ordinairement un vice lymphatique. Toujours

est-il que les entorses sont loin d’être des maladies simples; aussi faut- il les considérer d’un regard sérieux.

Si l’on voyait un changement de forme dans une articulation qui aurait éprouvé une entorse , on pourrait penser qu’il y a un léger déplacement, que quelques portions des ligamens ou d’autres tissus seraient engagées entre les os respectifs. Alors on agirait comme s’il y avait une luxation incomplète, et des tractions pourraient faire disparaître la difformité, en replaçant chaque chose dans l’état normal. Mais ordinairement on ne voit d’abord aucune différence de conformation; ce n’est que lorsqu’un gonflement survient que se manifeste quelque variété d’avec l’état naturel.

Le principal système de curation qui doit être suivi après une entorse, c’est le repos absolu; et trop fréquemment on tourmente les articulations, on leur imprime des mouvemens forcés : on entretient ainsi la douleur, on provoque des accidens. Dès qu’une entorse a eu lieu , il convient de plonger dans l’eau froide la partie qui en est le siège. Les réfrigérans ont une action répulsive, elle empêche la fluxion qui amène l’inflammation ; mais il arrive que, malgré tout, un gonflement douloureux se développe. Alors les saignées locales au moyen des sangsues, ou les ventouses scarriflées, font obtenir de bons résultats. On doit encore appliquer de grands cataplasmes émoi liens et narcotiques :

ceux de farine de lin arrosés de laudanum. Avec de tels moyens, on voit le gonflement se dissiper, les douleurs se calmer, les autres accidens de l’entorse disparaître; mais malheureusement lorsqu’on n’applique pas les remèdes nécessaires , que la condition où se trouvent les malades les force à exercer des mouvemens, lorsqu’il existe en eux une constitution vicieuse , il arrive que le gonflement est opiniâtre, que la douleur est permanente : c’est alors qu’il survient des engorgemens et des dégénérescences du tissu osseux. Dans ces cas fâcheux , il faut user de tous les moyens de l’art : les vésicatoires volans, les ventouses, le moxa, les frictions avec de l’ammoniaque ou desonguens mercuriels ou iodurés présentent des avantages. Il est utile quelquefois d’avoir recours à la compression , aux douches, aux bains, à la cautérisation avec des fers rouges; mais l’amputation du membre devient, dans certains cas, la ressource extrême et indispensable.

Carie.

Comme les parties molles, les os peuvent s’ulcérer. L’altération qui existe alors se nomme carie. On la voit commencer par un fort petit point qui s’étend en circonférence, comme cela se voit aux dents, ou bien une grande portion d’os est à la fois frappée de destruction. C’est par un gonflement que commence la carie : les os s’imprégnent de sucs, le sang et la lymphe forment des dépôts d’albumine,

100 MALADIES DE l/APPAREIL

de gélatine, de fibrine. S’il y a long- temps arrêt de ces matériaux, les cellules osseuses se détruisent, le tissu osseux se ramollit, il s’établit des foyers purulens, et il s’opère une désorganisation complète.

Yoilà ce qui se passe notamment dans ces engorgemens nommés tumeurs blanches, que l’on voit se former aux articulations. C’est aussi vers les extrémités des os qu’ont lieu ordinairement les caries, parce que dans ce point le tissu osseux renferme plus de vaisseaux, est plus pénétré de fluides.

On voit la carie borner ses progrès à la suite d’un dégorgement salutaire, et par l’élimination desélémens qui ont été détruits; mais elle persévère, augmente ordinairement tant que la cause qui l’a produite exerce son influence.

Pour combattre la carie, il faut remonter à la connaissance de sa cause, attaquer le vice de la constitution qui la produit, agir sur le système lymphatique, et s’efforcer surtout, par un régime et des médicamens, à opérer un changement dans le tempérament du sujet.

Comme remède local, on emploie des bains aromatiques, iodés, sulfureux ; la cautérisation est quelquefois efficace. Divers autres modificateurs sont encore indiqués; mais souvent tout est superflu, le désordre est à son comble, l’os ne peut être conservé, il faut en opérer le retranchement.

t»t: la locomotion.

IV^orose.

La carie n’est que l’ulcération de l’os, la nécrose est sa mort absolue. On voit, au milieu d’un os longtemps malade, se former un séquestre considérable; il arrive qu’un os en totalité est frappé de mort, et qu’autour de lui un os nouveau se développe. Quelquefois il faut ouvrir l’os de nouvelle formation , et l’os ancien incarcéré sort par parties ou presque en totalité. La nécrose peut être partielle : alors il y a séparation de petits séquestres , ou exfoliation.

Diverses causes produisent la nécrose : il n’en est pas de plus remarquable que la congélation. J’ai vu à l’hôpital d’Auxonne, dont j’étais chirurgien en chef, un grand nombre de soldats qui, conduisant des bœufs pour la grande- armée , avaient eu les pieds gelés : les os de la jambe, noirs, nécrosés, faisaient une longue saillie. Cet état de choses était vraiment déplorable !

Comment faut-il traiter la nécrose? On doit en général attendre la séparation des séquestres. On peut la provoquer par de légers mouvemens. Quelquefois il est utile de pratiquer des incisions, afin de donner issue aux fragmens osseux. Si l’on voulait opérer un retranchement arbitraire, on ne pourrait tomber justement entre le mort et le vif. 11 vaut mieux abandonner à la nature le soin de l’élimination.

Rhumatisme*

Ce n’est point une affection exclusive au système osseux que celle qui porte le nom (le rhumatisme ; c’est une phlegmasie qui attaque à la fois tous les organes de la locomotion, c’est-à-dire les os, les cartilages , les muscles , les tendons et leurs annexes. Le rhumatisme constitue, en quelque sorte, deux genres de maladies qui semblent n’avoir entre elles d’analogie que par le siège du mal. L’un de ces genres offre une tuméfaction inflammatoire très-prononcée : rhumatisme aigu; l’autre un engorgement qui parcourt une marche lente : rhumatisme chronique. Comme le rhumatisme est principalement caractérisé par le gonflement et la douleur des articulations , on peut le ranger dans les lésions du système osseux , bien qu’il attaque également le système musculaire.

Les jeunes sujets et les vieillards sont également affectés de rhumatismes. On voit chez les premiers se déclarer brusquement un appareil morbide intense; tout le corps semble envahi; les os, les muscles , les tendons sont frappés d’une vive inflammation. Une fièvre ardente se déclare; elle peut acquérir une gravité extrême, et la mort en devenir la conséquence. Mais aussi le rhumatisme attaque successivement diverses parties du corps. Estce sur une articulation que le mal débute, elle se tuméfie, devient douloureuse; la peau se colore en rouge, elle est tendue, luisante; tous mouvemens

sont impossibles; il semble que l’inflammation va amener des abcès, et c’est ce qui a lieu quelquefois : mais il arrive que tout-à-coup elle diminue d’intensité; elle cède, se dissipe, parait se transporter ailleurs , car on voit ordinairement plusieurs articulations tour-à-tour envahies. C’est de ce caractère fugace, qu’on attribuait à une humeur qui coule, que dérive le nom de rhumatisme.

Yoilà comment se caractérise le rhumatisme aigu ou inflammatoire. Mais cette maladie prend-elle le type chronique, une articulation devient un centre de fluxion permanente, et tous les tissus s’engorgent; il s’opère des amas de matériaux provenant du sang ou de la lymphe : c’est de la gélatine, de la fibrine , de l’albumine qui se déposent ; ce sont des molécules sanguines même qui s’arrêtent dans le système des vaisseaux capillaires; un tissu accidentel a tendance à s’organiser. Si l’engorgement persiste long-temps, s’il résiste aux moyens de l’art, il survient des altérations: le ramollissement , la suppuration, la carie, des dégénérescences ; et le retranchement de la partie affectée peut devenir indispensable. Mais il y a souvent une tuméfaction énorme qui en impose pour un engorgement des tissus et dépend d’une exhalation de sérosité, ce qui constitue Yhydropisie articulaire.

Le rhumatisme aigu se convertit aisément en rhumatisme chronique, lorsque la cause qui l’a produit continue à exercer son influence; si le sujet est

d’une constitution lymphatique; si, dès le début, on ne s’efforce pas de le combattre énergiquement , et que l’on renonce au traitement avant le terme de la guérison. Aussi , quand une articulation demeure engorgée , on ne saurait être assez persévérant dans l’emploi des moyens curatifs.

Puisque le rhumatisme est une maladie inflammatoire, il faut lui opposer la méthode anti-phlogistique dans toute sa rigueur; conseiller la diète, la saignée, les sangsues, les boissons tempérantes. On cherche à dissiper les engorgemens au moyen d’onctions huileuses, à calmer les douleurs à l’aide des narcotiques. Un mélange d’huile de jusquiame et de laudanum sert à faire des embrocations bien salutaires. Les cataplasmes émolliens, arrosés de laudanum , doivent recouvrir constamment les articulations engorgées.

Lorsque les rhumatismes sont parvenus à une période avancée , on applique avec succès des vésicatoires volans; on a recours aux linimens avec de l’ammoniaque, aux bains de vapeur. Les ventouses, l’acupuncture, les douches produisent aussi des effets salutaires. La compression est offerte comme propre à opérer la résolution, et les bains des eaux thermales sont généralement considérés comme ressource suprême. Mais un médicament vraiment efficace , c’est longuent mercuriel appliqué en onctions. Le mercure pénètre par imbibition , expulse les élémens solides des humeurs, qui par leur stase

occasionnent l’engorgement rhumatismal, d’où résultent trop souvent de funestes dégénérescences.

Goutte.

Ce nom , usité dans le langage vulgaire, adopté dans la science, a été enfanté par l’erreur et le préjugé. On croyait , dans des temps reculés , qu’une humeur catarrhale se déposait goutte à goutte dans les pieds ou les mains , et occasionnait ces douleurs périodiques qui caractérisent la goutle; mais c'était là une fausse hypothèse. C’est une inflammation chronique des articulations et des parties environnantes qui forme l’essence de cette maladie , et le mot arthritis servirait bien à la désigner, s’il n’était commun à toutes les phlegmasies articulaires. Cherchant une meilleure dénomination , on a proposé celle de podagre pour la goutte des pieds, celle de chiragre pour la goutte des mains , etc.

Hippocrate a dit que les jeunes femmes n’avaient pas la goutte ; que les enfans n’y sont point sujets avant d’avoir exercé l’acte vénérien ; que cette maladie se déclarait ordinairement au printemps et en automne. On ne saurait expliquer l’influence des sexes et des saisons sur la goutte ; en cela elle diffère du rhumatisme , qui est également une affection arthritique. Il y a dans l’apparition des crises goutteuses une bizarrerie réelle ; elles surviennent et se dissipent à des périodes irrégulières; mais aussi la goutte peut être constante , habi-

luellc : c’est ce qu’on voit chez ces vieillards que l’on nomme podagres.

Les accès de goutte se déclarent par des douleurs lancinantes , brûlantes. Les doigts, les orteils , les autres parties du corps ou siège cette affection , se tuméfient ; la peau devient rouge , chaude , luisante ; tous les mouvemens sont difficiles, impossibles. Les malades ont des mains, mais ils ne touchent pas ; ils ont des pieds, mais ils ne marchent pas; leur voix exprime leurs douleurs par des cris et des plaintes. Cependant la scène change : qu’elle dépende d’un travail de l’organisme, ou qu’elle soit le résultat des médications, les douleurs diminuent et cessent complètement , les gonllemens disparaissent , les phénomènes inflammatoires se dissipent , il semble que la goutte soit à jamais guérie. Quelquefois avec la disparition des phénomènes locaux coïncide de l’oppression , de la suffocation ; on dit que la goutte est remontée. C’est qu’alors une métastase de l'inflammation s’est opérée.

Mais il y a des gouttes permanentes qui ne laissent aux malades aucun moment lucide : les parties affectées demeurent œdémateuses, il y a contracture des tendons , nodosités tendineuses et ligamenteuses , les articulations s’ankilosent , il se forme des concrétions tophacées, c’est une matière crayeuse qui s’accumule et quelquefois en quantité très-considérable. J’ai soigné un Anglais

auquel je pratiquais des incisions pour extraire des amas d’une telle substance; il médit : « Docteur ! je vous propose de vous payer moitié en argent et moitié en craie. » Ces paroles ont gravé dans ma mémoire l’un des caractères les plus remarquables de la goutte.

Ils sont ridiculement prétentieux, ceux qui prétendent posséder un remède contre la goutte : comme s’il y avait un spécifique applicable à tous les cas! Si c’est une douleur et une inflammation qui seulement caractérisent cette maladie, des caïmans , des anti-phlogistiques , sont les remèdes auxquels on doit avoir recours. Des cataplasmes opiacés, des bains locaux émolliens, des embrocations huileuses et calmantes, des tempérans et des hypnotiques à l’intérieur, voilà ce qui est essentiellement convenable; cependant les saignées locales et générales seraient utiles, si l’inflammation devenait très-intense. Si la goutte était chronique, habituelle, compliquée de déformation des parties, de concrétions tophacées, les caïmans pourraient combattre les accidens nerveux ; mais il faudrait faire en sorte d’opérer des dégorgemens à l’aide de bains minéraux, de douches, d’onctions avec de l’onguent mercuriel. Qui ne sait la foi quo l’on a dans les purgatifs violens ? Certainement ils ne possèdent pas une vertu spécifique, mais ce sont des dérivatifs puissans; ils agissent sur le canal intestinal, à la manière des vésicatoires et des ventouses

sur la peau. Ce n’est donc pas un remède exclusif que réclame la goutte; mais, selon sa nature, son degré d’entensité , il faut lui appliquer toutes les ressources que présentent l’hygiène et la thérapeutique.

LÉilOXi DES MUSCLES.

Les muscles, corps charnus, rougeâtres, composés de faisceaux de fibres, sont les organes immédiats des mouvemens. Leur contraction rapproche leurs extrémités de leur centre; ils se durcissent, se gonflent; et comme les tendons qui les terminent s’insèrent à des os éloignés en passant sur une ou deux articulations, il en résulte qu’un os se porte par le fait de la contraction sur un os voisin. Ainsi, un muscle étant attaché en haut au bassin , en bas à la jambe , se contracte-t-il , la jambe se fléchit, se porte sur la cuisse, ou le bassin s’incline et se rapproche de la cuisse et de la jambe.

La contraction modérée, exécutée dans un type convenable, détermine des mouvemens bien coordonnés. Mais si elle est exagérée , si des efforts trop violens, trop brusques, sont opérés , il en résulte fréquemment du désordre , soit dans les fibres charnues elles-mêmes , soit dans les cordons fibreux sur lesquels elles s’insèrent.

Crampe.

Le premier résultat d’une contraction violente est ce qu’on nomme crampe. Ce phénomène est or-

DK LA LOCOMOTION . 199

dinairement passager, spasmodique, involontaire. Dans le sommeil , les muscles du mollet se contrac tent avec une force extrême; on est réveillé par la douleur, ouest forcé de se lever subitement pour appliquer la plante du pied sur le sol. En alongeant le membre , on fait cesser la contraction musculaire; la crampe se dissipe. Des réfrigérans , tels que l’eau froide, l’éther, sont un moyen efficace. Mais , malgré tout , il y a des crampes périodiques qui sont une incommodité fort désagréable.

On sait qu’il o’est pas rare que, dans l’exercice de la natation , des crampes surviennent dans les membres inférieurs; les nageurs les plus habiles en étant saisis sont exposés à se noyer. Fréquemment la crampe a lieu dans les muscles abaisseurs de la mâchoire, dans le digastrique notamment. Si elle persiste , la luxation de l’os en est la conséquence ordinaire.

Il est des crampes d’une autre' nature occasionnées par la compression des nerfs : celles , par exemple, qui ont lieu pendant l’accouchement. Elles sont déterminées par la pression qu’exerce la tête de l’enfant sur le plexus des nerfs sacrés.

Les crampes sont un phénomène physiologique exagéré, plutôt qu’une maladie réelle. Des bains froids, des onctions, des frictions avec une substance narcotique, anti-spasmodique, suffisent ordinairement pour y remédier.

MALADIES DE E AWAHEIE

Cou (raclure*.

Si la contraction musculaire, au lieu d’être passagère, est permanente, le muscle demeure gonflé, durci; les points d’insertion sont constamment rapprochés. Dans un membre, par exemple, il y aura une flexion continuelle, il sera impossible d’opérer l’extension : voilà ce qui caractérise la contracture. On voit à la suite d’une contraction exagérée, produite dans un mouvement brusque, le muscle sterno-mastoïdien devenir contracturé; alors la tête est inclinée d’un côté, la face regarde du côté opposé à la lésion : on appelle ce phénomène torticolis. Il faut observer le repos, pendant plusieurs jours quelquefois, pour que cette contracture cesse. Il est utile de faire des onctions avec des huiles calmantes, celle de jusquiame, où l’on incorpore de l’opium, par exemple. Des cataplasmes, des bains sont efficaces ; on dissipe par ces moyens le torticolis. Cependant il est une variété de contracture du muscle sterno-mastoïdien qui constitue le torticolis ancien, où il devient nécessaire de pratiquer la section partielle ou totale du muscle : c’est l’opération de la ténotomie ou myotomie.

Il est très-ordinaire de voir, après des efforts, des contractures dans les muscles des membres : j’en ai observé dans le muscle brachial antérieur, et l’avant-bras restait fléchi sur le bras. Dans ce cas j’ai employé avec succès le massage. En compri-

ï>e la locomotion. '201

niant fortement le muscle entre les paumes des mains, je surmontais la contraction, le muscle diminuait de volume, et le membre, constamment lléclii, revenait dans l’extension.

Ruptures*

Dans les efforts violens, dans ceux notamment qui sont déployés pour soulever un fardeau très-lourd, les contractions musculaires sont précédées d’un alongement des fibres, à cause de la résistance qui est éprouvée. En cherchant à vaincre cette résistance , il arrive que des fibres ou des faisceaux musculaires se déchirent ou se rompent. Fréquemment cela se passe ainsi dans les muscles de la région dorsale. On dit alors qu’on a pris un tour de rein. On éprouve de la douleur qui rend les mouvemens difficiles , impossibles. Un tel phénomène peut aussi s’opérer dans les membres, et faire perdre à l’instant à un athlète son agilité et une grande partie de sa force. Les ruptures ont surtout lieu lorsque, dans l’état de contraction, un coup est porté sur les muscles contractés : la solution de continuité s’opère alors avec une facilité extrême.

Ruptures «les tendons*

La force musculaire agit nécessairement sur les tendons, où s’insèrent les fibres charnus. On conçoit que ces cordons fibreux puissent se rupturer clans de violentes contractions. Il est difficile, dans

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la plupart des cas, de constater la lésion; mais il est des tendons dans lesquels il est possible de la reconnaître.

Rupture du tendon d'Achille.

Le tendon d’Achille, qui s’insère au calcanéum , os du talon, étant sous-cutané, présente dans quelques cas une rupture remarquable ; il est ou totalement ou partiellement divisé en travers ; il arrive même que la portion du calcanéum où il s’attache est emportée. La rupture du tendon d’Achille est la plus prononcée de toutes les lésions tendineuses ; elle est produite par la contraction musculaire seule, mais elle est favorisée par un coup qui serait en même temps porté sur le tendon, et par l’inclinaison du corps en avant, pendant qu’il tend à se renverser en arrière, comme, par exemple, lorsqu’on saute un large fossé.

Pour remédier à la rupture du tendon d’Achille, il faut maintenir le pied dans une extension constante. Pour cela, on place une attelle concave, en forme de gouttière, à la partie antérieure de la jambe et du pied , et on la fixe avec des liens dans cette position. Pour s’opposer à la rétraction des muscles du mollet, on doit faire des tours de bande de haut en bas qui repoussent ces muscles, de manière à faire affronter autant que possible les deux bouts du tendon. Voilà le système de traitement convenable.

On peut modifier cet appareil à volonté. Ainsi, on place depuis les orteils une longue compresse épaisse qui passe sous la plante du pied et qui s’étend jusqu’au jarret ; on la fixe au pied par des tours de bande, et en tirant en haut sur cette compresse on étend fortement le pied; ensuite, on la fixe en haut à l’aide d’une bande autour du mollet; puis, on place en avant l’attelle concave pour empêcher la flexion du pied. Avec un tel appareil, très-facile à se procurer, on obtiendra une réunion solide entre les deux bouts du tendon d’Achille.

Rupture du tendon du plantaire grêle.

Il existe dans la jambe un tendon excessivement fragile, le plus long, le plus mince qui soit dans le corps humain : c’est celui du muscle plantaire grêle. Il se rompt parle moindre effort, quelquefois pendant la danse ou même la marche. Celui à qui arrive cet accident croit entendre le bruit d’un coup de fouet et avoir été frappé; il se retourne pour examiner si quelqu’un est placé derrière lui : une vive douleur est ressentie; elle peut persister long-temps, mais elle s’émousse à la longue et par l’influence des médications.

On doit faire des frictions huileuses, narcotiques; appliquer des cataplasmes émolliens et caïmans ; opérer des saignées locales avec des sangsues ou la ventouse scarrifiée; donner des bains réfrigérans. On parvient ainsi à combattre la douleur qui est le

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symptôme prédominant : car le muscle plantaire grêle est d’une faible importance; sa rupture ou celle de son tendon ne peut nullement diminuer la force du membre, et devenir nuisible à la progression.

Distensions.

En vain dans certains cas rechercherait-on les signes de contracture ou de rupture, il n’en existe point; et cependant, à la suite d’un effort violent, d’une attidude forcée, où les muscles sont fortement entrés en contraction, une douleur a été ressentie dans un membre ou une autre partie du corps, et cette douleur persévère ; elle résiste à tous les moyens que l’on emploie pour la combattre.

J’ai vu une danseuse renommée du théâtre de Bordeaux éprouver une lésion de cette nature dans le mollet. J’ai connu des personnes qui en étaient atteintes dans le voisinage du genou. On pouvait bien présumer l’existence de la rupture d’un muscle, d’un tendon, mais ce n’eût été qu’une vague conjecture. Il est plus rationnel d’admettre que le mal consistait dans la distension.

Il suffit que, dans un petit faisceau musculaire rompu, un filament nerveux soit demeuré intact, pour qu’un tiraillement perpétuel infiniment incommode se fasse sentir. Il semble , en pareil cas , aux malades que, si on leur pratiquait une section en travers, on trancherait leur mal et qu’ils seraient à l’instant guéris. Cette croyance est parfaitement

juste, il pourrait en être ainsi; mais la difficulté serait de parvenir précisément au siège de la distension. Les caïmans, tels que les embrocations huileuses et opiacées , les émolliens , les bains, le repos, amènent à la longue du soulagement, j’ai observé qu’en pareil cas le massage était efficace. Je faisais comprimer, même frapper les muscles de la partie où siégeait la douleur; je produisais ainsi une sorte de stupeur, et la douleur était consécutivement moins vive. Par une compression constante , à l’aide d’une bande, je suis parvenu également à remédier aux accidens qui résultaient des distensions.

Tétanos*

Ce mot imprime un sentiment sinistre , il semble désigner un phénomène précurseur delà mort. S’il n’est pas toujours tel , c’est du moins celui d’une maladie excessivement grave. La plus petite lésion physique le détermine aussi bien que la plus intense; il suffit d’une piqûre , d’un coup de fouet, pour amener les accidens tétaniques. Mais les plaies considérables qui résultent des coups de feu , les écrasemens, les arrachcmens en sont les causes les plus fréquentes.

On voit le tétanos se déclarer spontanément; il peut dépendre de la présence des vers dans les intestins. Les influences atmosphériques sont aussi considérées comme des causes déterminantes. M. le baron Larrey a observé qu’il survenait principale-

ment chez les soldats de l’armée d’ Égypte , lorsqu’ils avaient été exposés pendant la nuit au froid et à l’humidité.

C’est à la contraction permanente des muscles que se reconnaît cette maladie. On voit les mâchoires serrées, il est impossible d’ouvrir la bouche : c’est le trismus ; le corps est fléchi en avant et demeure dans cette position : emproslhotonos ; ou bien il est arqué en arrière : opisthotonos ; ou recourbé d’un côté : pleur osthotonos ; mais ordinairement tout le système musculaire est à la fois contracté. La poitrine , l’abdomen sont resserrés, et les organes que renferme cette dernière cavité sont refoulés; le pharynx, l’œsophage, sont atteints d’une constric tion spasmodique; la déglutition ne peut s’opérer; le cœur lui-même est dans un état de contraction; il y a gêne dans la circulation; le pouls est fréquent et concentré. Il faut, dans cet état pénible, que les malades meurent de faim ou de douleur , car ils ne peuvent déglutir les alimens, et ils sont en proie à des souffrances inexprimables.

On cherche, par mille moyens, à combattre le tétanos; la cautérisation , le débridement des plaies, sont des moyens rationnels, et quelquefois efficaces. On peut , en coupant certains cordons nerveux tiraillés , faire cesser les accidens tétaniques. On a conseillé de se hâter d’en venir à l’amputation des membres lorsque la gravité des plaies la réclamait, et l’on a mis en question si, pour combattre une

affection ordinairement mortelle , il ne conviendrait pas d’amputer sans que la nature de la plaie en soit une indication formelle. De tous les remèdes, l’opium dans les diverses préparations est celui dont l’efficacité est la plus réelle. Mais, chose étonnante , la violence du mal semble réagir contre les effets de ce puissant narcotique! la dose qui occasionnerait la somnolence dans l’état normal de santé, ne produit rien ou presque rien dans l’état tétanique; il faut porter le médicament à des doses 1res -fortes, même exorbitantes. C’est peu quelquefois que de donner un demi-centigramme d’extrait d’opium toutes les heures; il faut rapprocher l’administration de ce médicament , le donner sous diverses formes. Ainsi , on mettra dans des demi-lavemens vingt à trente centigrammes de laudanum; ou bien on donnera de l’acétate de morphine : on peut en administrer un, deux et même trois décigrammes. Il est vraiment incroyable que, lorsque le système nerveux paraît éprouver une profonde lésion , le cerveau conserve l’ intégrité de ses facultés et ne soit pas même accessible à l’action des narcotiques. J’ai vu , à l’hôpital de Bordeaux , un malade atteint d’un si violent tétanos, que tous ses muscles étaient à la fois contracturés ; son corps formait une seule pièce inflexible. Lorsqu’on soulevait ce malade, se comparant lui-même à ces clowns qui, dans les spectacles, imitent les morts, il disait : « Je serais bien bon pour faire le mort. » Eli

bien! il guérit cependant d’un tétanos intense après avoir pris des doses considérables d’opium et d’autres narcotiques.

Pleurodynie.

C’est une affection excessivement douloureuse que la pleurodynie ; mais elle est peu grave et passagère : elle résulte de l’impression du froid, lorsque les muscles ont été fatigués, ou que d’une manière quelconque ils sont devenus le centre d’une fluxion sanguine. Comme c’est sur les côtés du thorax, dans les muscles qui servent à la respiration, que la douleur est principalement ressentie, on exprime par le mot pleurodynie , qui signifie douleur de côté, la lésion qui affecte le système musculaire. Mais plusieurs autres muscles que ceux qui avoisinent la poitrine peuvent être simultanément irrités : il y a alors ce qu’on nomme courbature.

Il faut voir la position douloureuse des malades affectés de pleurodynie pour se former de cette affection une juste idée; ils ne peuvent exécuter sans douleur aucun mouvement; ceux de la respiration leur sont principalement pénibles; on croit qu’ils sont atteints de pneumonie, et alors on commet souvent une grande erreur. Les poumons, les plèvres ne sont nullement le siège de l’inflammation; toute l’irritation existe dans les muscles superficiels. La moindre pression est douloureuse, le moindre mouvement exalte la sensibilité. Le malade ne vou-

drait ni se mouvoir, ni respirer; aussi reste-t-il longtemps immobile dans une position qu’il a prise, retient-il ses mouvemens respiratoires , se trouvet-il soulagé quand sa poitrine est serrée circulairement.

Comme il y a dans la pleurodynie une irritation musculaire, une grande tendance à l’inflammation, des antiphlogistiques, des saignées locales ou générales deviennent ordinairement nécessaires ; mais souvent le repos, des cataplasmes émolliens et narcotiques, quelques embrocations huileuses peuvent suffire. L’état des malades paraît alarmant, ils sont vivement affectés ; mais le médecin ne doit pas s’en laisser imposer. Il y a des signes négatifs d’une fluxion de poitrine. Aussi voit-on, après deux ou trois jours de repos, la pleurodynie, qui offrait un caractère grave, s’évanouir, et ne laisser après elle aucun signe de son existence.

MALADIES

DES

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