‹ Le medecin de mer, ou, Traité élémentaire de pathologie interne et externeChapitre 8 sur 25 · LÉSIONS DES ORGANES DE L’OLÏE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES ORGANES DE L’OLÏE

Trois ordres de parties anatomiques forment l’appareil de l’audition. A l’extérieur est un pavillon fibro-cartilagineux destiné à remplir l’ofïice d’un cornet acoustique, en rassemblant les rayons sonores, et un conduit, partie cartilagineux et partie osseux : e’est V oreille externe. En dedans est Y oreille moyenne, formée par la caisse du tympan, et un conduit cartilagineux qui se porte à l’arrièrebouche : la trompe d'Eustache. Plus profondément, dans l’épaisseur du rocher apophyse de l’os temporal, est le labyrinthe, qui offre essentiellement le vestibule, trois canaux demi-circulaires et le limaçon : ce qui constitue Y oreille interne.

Plaies du pavillon de l’oreille.

Le pavillon de l’oreille n’est point une partie indispensable à l’ouïe ; il peut être impunément enlevé. Si l’ouïe est un peu obtuse après le retranchement , bientôt elle reprend son type normal. Les plaies du pavillon offrent par conséquent peu de gravité. Le rapprochement avec des emplâtres agglutinatifs, la suture suffisent ordinairement pour obtenir une prompte réunion.

Corps étrangers «Sans l’oreille.

Le conduit auditif externe est le passage des colonnes aériennes qui portent le son. Lorsqu’un

obstacle existe dans ce conduit, les ondes sonores ne peuvent parvenir aux parties sensitives de l’oreille. Si un corps étranger est introduit, il faut en opérer l’extraction ou en provoquer la sortie avec des pinces, des curettes, au moyen des injections, des secousses imprimées au malade en le plaçant sur une table sur laquelle il appuie la tête, en un mot par tout ce que peut suggérer l’imagination : car, d’une part, la faculté d’entendre souffrirait de sa présence; d’une autre part, il surviendrait infailliblement des accidens inflammatoires.

.Lésions de la membrane du tympan.

Une membrane sèche, formée de trois plans, est placée au fond du conduit auditif; elle est tantôt tendue, tantôt relâchée, pour se prêter aux impressions produites par les sons graves ou les sons aigus , et favoriser la faculté d’entendre. 11 arrive que des corps vulnérans détruisent cette membrane; du sang qui s’écoule par l’oreille annonce la lésion. Il est très-commun de voir la rupture opérée par l’ébranlement de l’air qu’occasionne une décharge d’artillerie.

Quoique la membrane du tympan ne soit pas indispensable à l’ouïe, son déchirement est nuisible à cette sensation; d’autant plus que la chaîne que forment quatre petits osselets, le marteau, Y enclume, le lenticulaire et Y étrier, se trouve détruite. Le nerf tympanùjue, qui s’applique sur la membranedu

tympan en dedans peut être lésé. La surdité ou la dureté de l’ouïe est dans quelques cas la conséquence de la division de la membrane du tympan et de sa corde nerveuse.

Si l’on devait être exposé aux ébranlemens qu’occasionne la détonation de la poudre à ca- * non , il faudrait protéger à l’avance la membrane du tympan, en plaçant dans le conduit auditif un corps quelconque : une boule de coton , par exemple. Ainsi , les colonnes aériennes n’auraient pas une action nuisible.

Lésions de la caisse dit tympan.

La caisse du tympan est une cavité placée entre l’oreille externe qui est en dehors, et le labyrinthe qui est en dedans; elle offre, en avant, une ouverture qui communique dans l’arrière-gorge, et une ouverture, en arrière , qui aboutit à des cellules osseuses. Une membrane muqueuse tapisse cette cavité. Diverses influences peuvent y produire des désordres : le plus commun de tous est une inflammation qui porte le nom (V otite > accompagnée d’une violente douleur qu’on désigne sous celui cYotalgie ( mal cV oreille). L’otalgie est-elle quelquefois une affection nerveuse spéciale? Ce serait possible ; mais certainement elle est la compagne inséparable de la phlegmasie de l’oreille.

Otile.

C’est une affection infiniment douloureuse que

Y otite. Elle produit un retentissement de l’oreille au cerveau, qui en est très-voisin, et une affection cérébrale est imminente ; souvent elle existe réellement. Les dispositions anatomiques prouvent l’importance de cette maladie, en apparence légère. C’est dans la caisse du tympan que siège l’ inflammation. Or, le labyrinthe est placé en dedans de cette caisse, et par diverses ouvertures l’inflammation s’y propage. La pulpe du nerf acoustique, s’épanouissant dans les cavités labyrinthiques, reçoit une vive impression, et la transmet nécessairement au cerveau.

Voilà sans doute pourquoi l’otite est si douloureuse. Cependant il n’est pas impossible que la tension de la membrane du tympan, et du rameau nerveux nommé corde du tympan, ne contribue à produire la douleur.

L’otite se termine fréquemment par résolution; mais aussi elle provoque une suppuration , le pus coule par le conduit auditif ; il y a quelquefois perforation de la membrane du tympan, destruction de la chaîne que forment les osselets de l’ouïe.

On doit traiter sérieusement l’otite dès son début. On conseille de verser des huiles calmantes , du baume tranquille, du laudanum dans le conduit auditif externe; le préjugé attribue quelque vertu spéciale au lait de nourrice : tous ces moyens ne sont souvent que des palliatifs. Il convient de faire une ample amplication de sangsues derrière l’oreille;

de donner des bains de pieds irritans, des purgatifs; de conseiller une diète rigoureuse : voilà les vrais moyens de combattre et de faire avorter l’otite. Si on laisse aggraver cette inflammation, elle peut amener la destruction de diverses parties qui entrent dans la formation de la caisse du tympan, altérer les autres portions de l’oreille interne, et occasionner la surdité.

Lésions «lit lahyrintlie.

L’organe de l’ouïe a son siège essentiel dans un ensemble de cavités qui portent la dénomination de labyrinthe. Un espace central est le vestibule. On voit partir de cet espace trois canaux demi-circulaires , dont l’un est horizontal, et deux verticaux : ils ont tous leurs ouvertures dans le vestibule. Le canal vertical supérieur et le vertical postérieur y ont une ouverture commune. On voit aussi dans le vestibule l’entrée de l’une des rampes d’une spirale nommée limaçon. On y remarque encore des trous qui existent au fond du conduit auditif interne. La pulpe du nerf acoustique aboutit dans les cavités labyrinthiques ; elle y est humectée par une rosée qu’on nomme lymphe de Cotunni. Cette exposition succincte de l’oreille interne fait préjuger des désordres que produit une fracture ou toute autre lésion. Puisque c’est là que siège l’ouïe, cette faculté peut être altérée ou anéantie.

On voit, d’après cela, que la surdité est une con-

séquence naturelle de bien des lésions différentes, loin d’être une maladie spéciale. Elle tient quelquefois à une simple névrose : le nerf auditif perd sa sensibilité par diverses causes. 11 suffit , comme cela a lieu chez les vieillards , qu’il y ait siccité des cavités labyrinthiques, que la lymphe de Gotunni ne soit pas exhalée en proportions convenables, pour qu’il y ait dureté de l’ouïe ou surdité absolue.

Gomment remédier à cet état de choses? Peuton raisonnablement espérer , par des excitans , par l’électricité, de rétablir la sensibilité? On conseille la section de la membrane du tympan, afin que les colonnes sonores parviennent plus aisément aux cavités labyrinthiques. J’ai obtenu du succès de cette opération dans la névrose nommée tintouin , qui consiste dans un bourdonnement perpétuel. Il est aisé de reconnaître la membrane du tympan et de la perforer. Guidé par des connaissances anatomiques, on évitera la corde du tympan et les osselets de l’ouïe ; l’opération sera simple , et ne fera encourir que des chances favorables.

La surdité est remédiablc lorsque, au lieu de tenir à une lésion du labyrinthe, elle dépend de la concrétion d’ une matière cérumineuse dans le conduit auditif externe : des injections ramollissent cette matière, et l’on en opère l’extraction à l’aide d’une curette. Les industriels proclament une telle cure comme merveilleuse!

m;s sl:ns.

LÉilO^S DES ORGANES DE ftOLT.

La cavité buccale est tapissée par une membrane muqueuse qui se porte sur la face interne des joues , se replie sur la langue quelle enveloppe, et dont elle forme partie intrinsèque. Elle se propage vers l’arrière-gorge, et se continue avec celle qui existe dans le pharynx. L’organe du goût réside dans cette membrane , où s’épanouissent les papilles nerveuses qui proviennent du nerf lingual, rameau du nerf trifacial : nervus gustatorius. Est-il étonnant, d’après cela, que les phlegmasïes, que d’autres lésions de la bouche pervertissent le goût ? C’est ce qui souvent a lieu. Mais ce phénomène est ordinairement de peu de durée ; il se dissipe en même temps que l’affection qui l’occasionne.

Stomatite.

Il est un genre de phlegmasie de la bouche en général peu connu et qui a vraiment un type spécial : c’est la stomatite. On a vu cette affection régner épidémiquement; mais elle attaque ordinairement des individus épars. La bouche se trouve prise d’une vive douleur; la langue se tuméfie; il survient des aphtes, même des escarres gangréneuses. Il y a de la salivation; ordinairement une odeur infecte est exhalée; un état adynamique général attaque le sujet; la langue se dépouille en apparence de sa membrane

muqueuse ; toute la bouche ne forme bientôt qu’une vaste plaie.

C’est sans cause connue que fréquemment la stomatite apparaît ; mais divers agens peuvent la produire. Ainsi, elle est occasionnée par l’action du mercure : dans ce cas , la salivation est très-abondante; il se forme des ulcérations profondes; on doit se garder de les attribuer au mal pour lequel on a employé le mercure, elles dépendent du remède lui-même.

Chez les enfans à la mamelle on voit se former des aphtes à la bouche, et cette affection porte le nom de muguet. C’est vraiment une stomatite qui a quelque analogie avec celle qu’on observe chez les adultes.

. Si l’on peut découvrir les causes de la stomatite , il faut les éloigner. Or, si elle dépendait du régime de vie, de la nature des alimens, on devrait opérer une modification dans les moyens hygiéniques. Mais il est des remèdes locaux, tels que les boissons mucilagineuses, propres à apaiser les douleurs, à combattre l’inflammation qui se manifeste. Pour déterger les ulcérations, pour dissiper l’odeur fétide, on emploie avec succès des collyres où entre le chlorure de sodium. Comme la phlegmasie est vraiment de nature gangréneuse, la cautérisation, à l’aide de quelque substance caustique, les anti-septiques, les toniques à l’intérieur, deviennent souvent indispensables.

DES SEiNS.

Parotides.

Il sc forme dans la région parotidienne , sur les côtés de la face, des engorgemens qui portent le nom de parotides , parce qu’ils sont situés au-devant de l’oreille; mais ils ne tiennent nullement au gonflement des glandes salivaires de ce nom. Ce sont les ganglions lymphatiques qui , ayant éprouvé une influence morbide quelconque, sont devenus un centre d’irritation; c’est quelquefois la crise d’une affection fébrile; c’est aussi le résultat de l’impression de l’atmosphère.

Pour remédier à une telle lésion, il faut avoir recours aux cataplasmes, aux purgatifs. Si les douleurs étaient fortes, les saignées locales deviendraient utiles. Il peut résulter de ces engorgemens des indurations , des dégénérescences qui exigent des moyens compliqués, même de graves opérations. On confond souvent ces tumeurs lymphatiques avec les affections cancéreuses de la glande parotide.

Lésions îles voies salivaires.

Des glandes, nommées parotides, sous -maxillaires et sub-lingmles , sécrètent la salive. Ce fluide est apporté par des canaux excréteurs dans la bouche. Il arrive que son cours est intercepté , et qu’alors il y a rétention de salive ; ou qu’une ouverture accidentelle s’établit, et qu’il y a fistule salivaire.

C’est dans le canal excréteur de la glande sous-

maxillaire, ou de Warton, que s’opèrent les rétentions de salive. Une tumeur se forme sous la langue, les malades parlent avec difficulté : on nomme cette tumeur grenouillette.

On peut guérir cette affection en pratiquant la résection d’un segment de la poche où se fait l'accumulation; puis, en cautérisant. Une ouverture demeure béante, et la salive s’écoule sans cesse dans la bouche. Dupuytren a imaginé de placer une canule à demeure, terminée par deux larges rebords, et semblable à une petite poulie. Ce moyen est d’une difficile application, et ne peut bien se maintenir en place.

Si, par une ouverture accidentelle, une ulcération, la salive coule involontairement , il y a fistule salivaire. C’est ordinairement à la joue, sur lç trajet du canal excréteur de la parotide ou de Sténon, que s’établit cette fistule. On peut tenter d’oblitérer une telle fistule par la cautérisation , la compression ; mais on n’y parvient que difficilement. Il vaut mieux pratiquer une perforation qui aboutisse dans la bouche : alors la salive coule en dedans, et fincommodité qui résulte de l’écoulement à l’extérieur cesse dès-lors. J’ai vu une fistule de cette nature, occasionnée à un enfant par un singe qui l’avait mordu, guérir spontanément.

liée «le lièvre.

La circonférence de la bouche, formée par les

lèvres, est le siège du bec de lièvre , fissure congéniale ou accidentelle : c’est une fente ou une double fente verticale qui occasionne une grande difformité. Le beede lièvre accidentel résulte d’une plaie qui n’aurait pas été réunie. On guérit aisément une lésion de cette espèce : il suffit de raviver les bords de la division, en les coupant avec des ciseaux; on a ainsi une plaie sanglante susceptible d’adhésion. On rapproche les deux lèvres de cette plaie ; on passe deux ou trois longues épingles qui traversent de l’un des bords à l’autre, et avec un long fil double ciré on opère un rapprochement exact, par un entortillement de ce fil, sur les deux épingles : c’est la suture entortillée . Non-seulement ce procédé convient pour guérir le bec de lièvre, mais encore pour réunir les bords des plaies accidentelles des lèvres et de celles qui résultent d’une opération.

lSouton chaiicreux.

On voit fréquemment se former aux lèvres, à la lèvre inférieure principalement, un tubercule induré qui s’ulcère, et envahit de plus en plus la lèvre. Indolent d’abord, il fait éprouver bientôt de la démangeaison et des lancinations douloureuses : c’est le boulon chancreux. On ne peut le guérir qu’en en opérant l’ablation. Cette opération consiste à pratiquer deux incisions qui tombent angulairement l’une sur l’autre, et constituent une plaie en forme de Y. On rapproche les deux bords de la division par la

suture entortillée, et la réunion s’effectue rement avec une grande promptitude.

ordinai-

Eiésions de la langue.

A combien de maladies n’est point exposée la langue! Cet organe., infiniment mobile, peut se placer entre les arcades dentaires, dans certaines affections convulsives, et être coupé en travers. Il est quelquefois atteint de dégénérescences, notamment de fongus érectile ou de cancer. Il se trouve exposé à des irritations qui augmentent prodigieusement son volume, et le font sortir de la bouche, hors de laquelle il forme une longue saillie ou prolapsus.

Il est une lésion de la langue qui occupe singulièrement les esprits, c’est le bégaiement. Il dépend, d’après les uns, de la brièveté de l’organe, et ils conseillent, pour l’alonger, de couper les muscles génio-glosses ; d’après les autres, de sa trop grande longueur , et ils retranchent en travers une portion de cet organe vers sa base; selon d’autres, d’un état spasmodique, ou d’un strabisme, et l’on cherche à y remédier par des sections, par des ligatures; selon d’autres encore, d’un obstacle apposé au passage de l’air par les tonsilles et la luette, et l’on retranche impitoyablement ces parties : c’est ce que fait le docteur Jearsley. Les opinions sur le bégaiement sont hypothétiques ; les opérations que l’on pratique sont hasardées , souvent irration-

DES Sli-NS. 235

nelles, on pourrait dire immorales, car elles sont plus dirigées par l’amour de la renommée (pie par celui de l’humanité. Il est probable que bientôt elles seront réprouvées et vouées à un éternel oubli.

Les plaies de la langue guérissent aisément , parce que les mouvemcns deviennent difficiles, et que la cavité buccale sert d’appareil contentif. Les fongus, le cancer exigent une ablation prompte et complète. Le prolapsus est quelquefois grave , et il devient difficile d’y remédier. Si une irritation était cause de l’engorgement, des tempérans, des saignées locales pourraient être efficaces. J’ai vu des prolapsus occasionnés par la piqûre d’une abeille. Les réfrigérans , dans ce cas, étaient indiqués. Si la langue était strangulée par l’ouverture de la bouche , on pourrait, par des mouchetures, des incisions, opérer un écoulement de sang ; il en résulterait un dégorgement salutaire.

Il est un prolapsus de la langue d’une autre nature que celui que je viens de signaler : c’est le prolapsus en arrière. On dit que les nègres se le déterminent à volonté, et que, pour se venger de leur maître, ils avalent leur langue pour se suicider. Certainement la langue ne peut être avalée , elle tient par le frein, par de nombreuses insertions au plancher de la cavité buccale ; mais il est possible, avec une grande force de volonté, de repousser la base de la langue sur l’épiglotte, de fermer la glotte,

236 MALADIES DES APPAKEILS

d’intercepter ainsi le passage de l’air, et de produire l’asphyxie.

Odontalgie.

La carie des dents est la cause ordinaire des douleurs atroces qu’on éprouve dans ces petits os. Lorsque l’ulcération osseuse est parvenue au canal dentaire, la pulpe du nerf est à nu: alors les corps froids , les substances âcres, la compression exercée par des débris d’alimens exaltent singulièrement la sensibilité. On se demande : Pourquoi une dent faitelle autant souffrir? pourquoi l’odontalgie est-elle périodique? pourquoi cesse-t-elle pour reprendre avec une intensité nouvelle? Il y a dans cette affection des crises, des paroxysmes, comme dans certaines fièvres : c’est vraiment inexplicable. Uodontalgie ne tient pas toujours à la carie; c’est, dans quelques cas, une véritable névralgie dont la cause est obscure ou inconnue; elle coïncide souvent avec la grossesse, et paraît en être la conséquence.

11 y a des remèdes qu’on nomme odontalgiques, dont la vertu consiste à occasionner une forte perturbation : ce sont ordinairement des élixirs qui ont pour base l’alcool. Il est certain que ce liquide spiritueux, frappant de stupeur la pulpe nerveuse, est bien propre à modifier la sensibilité. Les mixtures qui contiennent de l’opium sont surtout efficaces pour apaiser les douleurs.

On peut aussi calmer les maux de dents au moyen

d une potion où serait combiné un décigramme d’extrait d’opium sur trente grammes de véhicule; on remplirait le même but avec un sirop où entrerait de l’acétate de morphine, et que l’on appliquerait sur la dent; mais le remède souverain contre l’odontalgie qui dépend de la carie, c’est révulsion de la dent. Si l’une des dents antérieures est cariée, il faut se servir d’une pince qu’on nomme Davier. La dent étant saisie, on la luxe en la tournant sur son axe, et on l’extirpe en tirant en bas ou en haut, selon qu’elle tient à l’une ou à l’autre mâchoire. Lorsque c’est une molaire qui est le siège de la douleur, on doit se servir d’une clef à crochet : clef de Garengeot. On garnit cet instrument d’une bandelette de linge, à l’union de la tige avec le crochet , pour ne pas meurtrir la gencive ; on applique le bord de ce crochet sur le collet de la dent, après l’avoir au préalable déchaussé , en refoulant un peu la gencive; on donne un point d’appui à l’extrémité de la tige sur une dent voisine, puis en un tour de poignet, semblable à celui que l’on exécute en donnant un tour de clef, on enlève la dent.

Ce n’est point une chose difficile que d’arracher une dent avec la clef de Garengeot; on y parvient aisément. On peut s’exercer au préalable à saisir un corps quelconque avec le crochet; on comprendra le mécanisme de l’instrument, et l’on en fera l’application avec assurance.

LÉSIONS DE» OIU.AVIA DE i/OLFACTION.

Une éminence pyramidale, qu’on nomme nez; deux cavités anfractueuses, les fosses nasales , qui aboutissent à des cellules creusées dans quelques os voisins du crâne ou de la face ; une membrane muqueuse qui se propage sur ces cavités : voilà ce qui constitue l’appareil olfactif.

Lésions dit nez.

Le nez recouvre en forme de chapiteau et protège les fosses nasales. Il est formé de deux os; des apophyses montantes de l’os maxillaire; d’un cartilage placé comme une cloison ; de deux fibro-cartilages pour l’ouvertures des narines. La peau est son enveloppe externe ; la membrane muqueuse le tapisse en dedans; quelques petits muscles sont destinés à lui imprimer des mouvemens. Des vaisseaux assez nombreux s’y ramifient ; aussi le sang injecte-t-il abondamment le nez: rien n’est plus commun que des nez rouges. Cette vascularité du nez est importante à signaler; elle est favorable à certaines opérations utiles pour remédiera des lésions de cet organe.

La saillie que forme le nez l’expose singulièrement aux agens physiques. Il peut être écrasé par des corps contondans , divisé en partie ou enlevé par des instrumens tranclians. L’expérience, une pratique établie chez divers peuples, prouvent que

les plaies du nez peuvent guérir aisément. Sans ajouter foi à un cas rapporté par Garengeot d’un nez emporté avec les dents, foulé aux pieds, et qui a parfaitement repris ayant été replacé ; on peut afïirmer que lorsque le moindre pédicule attache encore le nez à la face , on pratique avec succès la juxta position. Il est un mode de restauration du nez qui consiste à emprunter à un individu un lambeau de peau et de chair pour fabriquer un nez qui manque à un autre individu, ou à faire cet emprunt au sujet lui-même sur une partie éloignée de son nez, comme l’avant-bras : c’est ce qu’on nomme la méthode italienne.

Mais il est plus convenable quelquefois de tailler un nez sur la peau du front, de renverser le lambeau et de l’ajuster avec ce qui demeure du nez retranché. On fabrique ainsi un nez à celui qui en manque : c’est la rhinoplastie. Cette méthode, dès long-temps suivie chez les Indiens, a fait obtenir dans ces derniers temps en France des succès remarquables.

Ces faits authentiques portent à fonder des espérances sur la conservation du nez lorsqu’il aura éprouvé une forte lésion physique. Écrasé, trituré, on doit le soulever, rétablir sa forme et espérer de l’œuvre de la nature. Divisé en partie , retranché , on doit le raccoutrer, maintenir ses parties en rapport avec des points de couture, des emplâtres agglutinatifs. On obtiendra ainsi des résultats qui

souvent sembleront désespérés. Quel inconvénient y aurait-t-il d’ailleurs à agir ainsi? Si la destruction est trop grande , que les tissus soient frappés de mortification , ils se sépareront, mais du moins on n’aura pas à se reprocher d’avoir négligé tous les efforts de conservation.

^Lésions des fosses nasales.

Corps étrangers.

Si des corps étrangers sont introduits dans les cavités nasales , ils y exercent simplement une gêne mécanique 5 lorsqu’ils sont irritans, ils excitent vivement la sensibilité, occasionnent de l’inflamma-

tion et divers autres accidens. On doit faire en sorte de les extraire à l’aide de pinces, decurettesou par tout autre mécanisme : il arrive que ces corps gonflent en s’imprégnant des mucosités nasales, et que de grandes difficultés se présentent pour leur extraction. Il faut employer tout ce que peut susciter l’imagination : des injections , des poudres sternutoires , en un mot tout ce qui est susceptible de les ébranler , de les expulser ou de les entraîner au dehors.

Polypes.

Il est un tissu accidentel qui, par une funeste prédilection , se développe dans les cavités nasales : c’est celui qui constitue les polypes. Ce tissu n’est pas toujours de la même nature: tantôt il est mou,

muqueux; tantôt il est dur, sarcomateux; ce qui établit deux espèces principales de polypes. On voit des corps lisses à leur surface, arrondis, fusiformes, qui se portent vers l’ouverture des narines et remplissent les fosses nasales : ce sont des polypes vésiculeux. Ils changent de forme selon les influences atmosphériques ; peu volumineux dans le temps sec, ils gonflent dans le temps humide : alors ils forment principalement un obstacle au passage de l’air; aussi la respiration est-elle plus pénible. Ces polypes sont ordinairement multiples. L’autre espèce de polype a une structure différente : il est charnu, ordinairement rougeâtre; il offre un pédoncule; fixé dans la cavité nasale, il se propage quelquefois dans l’arrière-gorge; on le voit en faisant ouvrir largement la bouche , on le touche avec le doigt, porté par le gosier sur l’ouverture postérieure des fosses nasales.

Le traitement des polypes consiste à les enlever d’une manière quelconque. S’il est possible de passer une anse de fil à leur pédicule, on les fait tomber par la ligature. O11 peut tenter d’opérer leur dessication avec de l’alun ou d’autres poudres. On tente quelquefois la cautérisation avec le nitrate d’argent ou le fer rouge. S’ils sont accessibles, on pratique la résection avec un bistouri ou des ciseaux , si l’on peut parvenir à leur pédicule. Mais le procédé le plus ordinairement employé est l'arrachement. Pour cela, les polypes étant saisis avec des

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