MAISON DE SANTE
— C'est là... — se dit-il, — c'est bien lu... — Si j'entrais, et si... — Mais non... — continua-t-il, — le moment n'est pas venu.
En arrivant en face de la porte principale, un frisson courut sur sa chair; — il se demanda :
— Que se passe-t-il chaque nuit derrière ces murs sinistres qui ressemblent à ceux d'une prison?... — Rien que d'y penser ça me donne la fièvre... — Il doit y avoir un portier logé dans ce petit bâtiment... Si jo 1<> queslionnais?... — La vue d'une jolie pièce de cent sous le ferait peut-être parler.
Claude léflécliit, secoua la tète et se répondit à lui-même :
— Mauvais moyen! — Mon grcdin de patron n'entre cerlainoinenl point la nuit par la grande porte pour faire ses mauvais coups... — Des maisons comme celle-ci ont toujours plus d'une issue... — Voyons un peu...
Le jardin formait un carre, nous ]o savons depuis longtemps.
Bordeplat longea deux des cotés de ce carré et se trouva sur le boulevard Montmorency.
— Ah! ah ! — fit-il eu jetant un coup d'œii autour de lui. — Ici le chemin de fer de Ceinture, une passerelle qui conduit aux fortifications, un bastion-caserne...
— Là les derrières de la maison de .santé dont j'aperçois les fenêtres à barreaux de fer... — C'est là qu'on doit enfermer les folles... — Voici une petite porte,
— poursuivit-il en s'approchant de l'ouverture que nous connaissons. — Elle s'ouvre sur un boulevard presque désert. — C'est par cette porte que mon brigand doit se faufiler quand il arrive... et, cette fois, j'ai bien chance de ne pas me tromper...
-V ce moment Claude aperçut un employé du gaz qui venait avec u-ue échelle portative nettoyer les vitres des lampadaires. Il l'accosta.
— Camarade, lui demanda-t-il, — cette grande bâtisse, c'est bien la maison des folles du docteur Rittner?
— Oui, mon brave... — répondit l'employé
— Et cette petite porte que voici, c'est par là qu'on entre?...
— Non... c'est par là qu'on sort pour aller au cimetière...
— Grand merci, camarade...
— De rien, mon brave...
Et l'employé continua son chemin.
(ïlaude, jetant un coup d'oeil investigateur à droite et à gauche, s'approcha des treillages qui défendent l'accès de la voie ferrée et derrière lesquels s'élèvent une haie d'épines et des touffes d'arbustes.
Son inspection terminée, il traversa la passerelle conduisant au boulevard Suchet, puis, au lieu de se diriger à gauche vers Auteuil. il prit à droite du côté de Passy.
Un peu après midi il était de retour à la villa et se jetait sur son lit, non pour dormir mais pour rétléchir.
Une pensée unique remplissait son cerveau.
Il la tournait et la retournait dans tous les sens, cherchant les moyens les plus pratiques et les plus sûrs d'arriver à la réaUsation du plan qu'il avait conçu.
La journée se passa vite, — on dina, — Petit Pierre partit pour suivre les cours de l'école du soir, et Claude resta seul.
A neuf heures et demie, Fabrice rentra.
L'ex-matelot guettait son arrivée, anxieux, brûlé du désir d'agir vite, caries jours en s'écoulant donnaient au misérable le temps de consommer son crime.
— Il faut que cette nuit, — se dit-il, — j'aie le mot de l'énigme...
Et, toujours blotti dans les massifs, toujours les yeux fixés sur les vitres éclairées, il attendit l'heure où Fabrice avait l'habitude de sortir.
A onze heures moins un quart la lumière disparut, et aussitôt après Claude vit le jeune homme traverser le jardin et sortir par la rue de Longchamp.
Fabrice s'arrêta pour allumer un cigare et s'achemina tranquillement vers le bois de Boulogne.
L'atmosphère était étouffante.
De gros nuages noirs chassés par le vent d'ouest couraient sur la surface du ciel et rendaient l'obscurité si profonde que — (pour nous servir d'une expression populairej, — on ne pouvait pas distinguer sa main droite de sa main gauche.
Jl tonnait au loin.
Par instants des éclairs mettaient dans les ténèbres une nappe de clarté blanche passagère, et faisaient saillir sur l'horizon livide la silhouette du Mont- ^^alé^ien.
— Un orage effrayant s'apprête... — pensa Fabrice. — Je vais être trempé jusqu'aux os. — Heureusement la nuit est brûlante et la pluie sera chaude... C'est tout au plus si je risque d'attraper un rhume...
Il hâta le pas cependant.
Les signes précurseurs de la tempête n'étaient point trompeurs.
Les roulements du tonnerre se rapprochaient.
Le vent d'ouest commençait à souffler en foudre, faisant craquer les arbres et soulevant des tourbillons de poussière dans les avenues du bois.
En même temps de larges gouttes de pluie se mirent à tomber, une à une d'abord, puis plus pressées, et enfin de façon torrentielle.
Fabrice sourit.
Une phrase de la Tmu- de \es/es traversait son esprit.
— Vive Dieu! messeigneurs, — murmiira-l-il, — la belle nuit pour une orgie à la tour !...
Et il ajouta :
— Que le diable m'emporte si, par un temps pareil, je trouve des gêneurs sur mon chemin I
L'averse redoublait, comme si le ciel venait d'ouvrir à la fois toutes ses écluses. — Le tonnerre grondait sans relâche. — L'horizon semblait en feu.
Aveuglé à demi par les torrents d'eau que les coups de vent lui jetaient au visage, le neveu du banquier se réfugia sous un groupe d'arbres trois fois séculaires plantés au bord de l'avenue.
L'épaisseur de leur feuillage empêchait momentanément la pluie d'arriver jusqu'au sol.
Fabrice n'avait pas peur.
Adossé au tronc de l'un des chênes gigantesques, il se disait :
— C'est trop violent pour durer longtemps... — Un peu de patience et je pourrai me remettre en route...
Tout à coup un bruit formidable l'assourdit,.. Un sillon de feu brûla ses prunelles... une odeur sulfureuse le suffoqua... Il s'abattit sur ses deux genoux...
La foudre venait de frapper l'arbre voisin de celui qui lui servait d'abri.
Pendant près de cinq minutes le jeune homme resta dans un état d'anéantissement physique presque complet, se demandant avec effroi s'il n'avait pas été foudroyé lui-même, tant la paralysie de tout son corps lui semblait absolue.
Peu à peu la sensibilité lui revint. — Il recouvra l'usag-e de ses membres. — Il put se dresser sur ses jambes encore chancelantes.
Le misérable que Dieu épargnait avait subi simplement le contre-coup de la commotion électrique...
Il n'était même pas blessé...
— Ah! — murmura-t-il, — je viens de l'échapper belle!... — Positivement le diable est pour moi !
Ses prévisions, d'ailleurs, se réalisaient.
La tourmente, épuisée par sa propre violence, faisait trêve. — Les grondements du tonnerre s'affaiblissaient en s'éloignant, et quelques étoiles se montraient dans de larges éclaircies au-dessus du bois de Boulogne.
Il ne tombait plus une goutte d'eau.
— C'est fini... — dit Fabrice. — Allons.
Et il se remit en route, très mouillé, mais dispos et leste.
Vers minuit il se trouvait en face du parc de la Muette.
Il prit le boulevard Suchet, arriva près du bastion-caserne n" 61, et traversa la passerelle que Claude Marteau avait franchie la veille après son entretien avec l'employé du gaz.
Une fois sur le boulevard Montmorency, il fit halte, prêta l'oreille, et interrogea de son mieux les ténèbres.
Rassuré parle profond silence qui semblait l'indice d'une solitude absolue' il tira de sa poche une clef qu'il introduisit dans la serrure de la petite porte du chemin de ronde...
Cette porte s'ouvrit.
Fabrice en franchit le seuil.
A peine venait-il de disparaître qu'une tête se montra au-dessus de la haie d'épines bordant la voie ferrée, puis le possesseur de celte tête bondit avec une souplesse de clown et se trouva sur la chaussée du boulevard.
— Tonnerre de Brest ! — murmura Claude Marteau que nos lecteurs ont reconnu déjà. — Mon calcul était juste ! C'est bien ce gredin !
Il se dirigea vers la porte sur laquelle il appuya les mains.
Elle s'ouvrit aussitôt.
Fabrice n'avait fait que la pousser sans la refermer à clef, non par oubli mais pour se ménager une retraite facile en cas d'alerte, se croyant bien sûr que personne, venant du dehors, ne se présenterait à cette porte.
Claude Marteau, ne trouvant aucune résistance, franchit le seuil à son tour et s'avança lentement, à tâtons, dans l'étroit couloir pratiqué entre le pavillon de la buanderie et celui de l'amphithéâtre...
Fabrice, connaissant à merveille l'endroit où il se trouvait et pouvant s'y diriger de nuit comme de jour, n'avait aucune raison pour hésiter et tâtonner j ainsi que l'ex-matelot... \
Il suivit d'un pas rapide le chemin de ronde jusqu'à la porte pratiquée dans j le second mur d'enceinte et établissant la communication avec le jardin. i
Le jeune homme ouvrit cette porte comme il avait ouvert la première et la | repoussa sans la refermer. i
Une fois dans le parc, il s'arrêta de nouveau, regardant, écoutant... - ;
Rien d'insolite ne venant l'inquiéter, il se dirigea rapidement vers le pavillon de Jeanne, en ayant soin de marcher sur la bordure de gazon des allées afin l d'étouffer le bruit de ses pas.
Le pavillon était silencieux et sombre. — Tout dormait ou paraissait dormir...
Fabrice ne négligeait aucune précaution. \
Aussitôt qu'il eut atteint les degrés du perron, il ôta ses bottines dont les l semelles boueuses auraient laissé leur empreinte à l'intérieur, il ouvrit la porte ; avec une troisième clef fabriquée depuis peu sur une empreinte prise à la cire, \ il traversa le vestibule, s'engagea dans l'escalier et compta les marches. ;
A la treizième il s'arrêta. ;
Il était sur un palier. l
En face, l'escalier conduisant à l'étage supérieur décrivait un angle brusque.
A gauciie se trouvait l'appartement d'Edmée, à droite celui de Jeanne.
Tout à coup Fabrice tressaillit, s'arrêta et retint son haleine.
Il lui semblait percevoir, du côté gauche, un léger bruit...
Était-ce une illusion?
Le jeune homme se posa cette question avec un battement de cœur facile à comprendre.
Son incertitude fut de courte durée. — 11 ne se trompait pas. — On marchait clans la chambre d'Edmée...
En même temps un faible rayon de lumière dessina sous la porte une raie blanche.
— Si Edmée sort de sa chambre, — pensa le neveu du baivpier^ — elle poussera certainement un cri d'épouvante en voyant à l'improviste un homme devant elle, et je serai perdu, car de quelle façon plausible expliquer ma présence?...
Le bi'uii des pas se fit entendre de nouveau... Ces pas se dirigeaient du côté de la porte.
Fabrice s'élança sur l'escalier qui lui faisait face, en deux bonds il en franchit dix ou douze marches, et se blottit dans un angle, 11 était temps...
La porte d'Edmée s'ouvrit.
YIII
Edmée, un bougeoir à la main, parut sur le seuil.
Yêtue d'un long peignoir de cachemire dont la blancheur éclatante se confondait avec la pâleur mate de son cou et de son visage, elle ressemblait à ces fantômes de jeunes vierges que les ballades du moyen âge nous montrent errant pendant les nuits d'automne autour des cimetières où reposent leurs corps.
Sa faiblesse était grande, noui le savons.
Elle se dirigea d'un pas très lent vers la chambre de madame Delarivière cl l'ouvrit avec des précautions inlinies. puis elle entra...
Jeanne dormait.
De l'endroit où il était placé, Fabrice ne perdait aucun des mouvements de sa cousine...
Edmée murmura :
— J'avais cru l'entendre s'agiter comme la nuit dernière... — Heureusement je me trompais.
Pendant un instant elle contempla sa mère avec une profonde émotion et ses yeux devinrent humides.
Ensuite elle posa son bougeoir sur un meuble, joignit les mains et s'agenouilla près du lit en balbutiant d'une voix tremblante :
— Mon Dieu... Dieu de justice et de bonté, je vous en supplie, je vous en conjure, ne me prenez pas ma mère... — Daignez, mon Dieu, m'épargner une douleur au-dessus de mes forces... — Faites que Georges éclairé par vous, soutenu par vous, la sauve et lui rende la raison... — Permettez que, guérie d'âme et de corps, elle puisse vous aimer comme je vous aime, vous prier comme je vous prie, vous bénir comme je vous bénis...
Cette invocation simple et touchante d'une enfant demandant à Dieu d'avoir pitié de sa mère aurait attendri l'âme d'un démon...
Fabrice l'entendit sans pâlir, et pas une fibre ne vibra dans son cœur.
Edmée se releva après un instant de silence, contempla de nouveau pendant quelques secondes Jeanne toujours endormie, puis reprit son bougeoir et se retira dans sa chambre.
Le neveu du banquier, même après que la jeune fille eut disparu, ne fit pas u:i mouvement.
Immobile et continuant à retenir son souffle, il attendit.
Ce fut seulement lorsque la traînée lumineuse filtrant sous la porte s'effaça tout à coup qu'il changea de position.
Certain désormais que sa cousine venait de se recoucher et d'éteindre sa bougie, il descendit à tâtons les marches, et à son tour il pénétra dans la chambre de la folle.
Cette chambre, quoiqu'un motif de prudence ne permit pas d'y laisser une veilleuse, n'était pas absolument sombre.
Les dernières traces de l'orage avaient disparu. — D'innombrables constellations brillaient dans le ciel pur, et la pâle clarté qui tombe des étoiles^ — ainsi que l'a dit un poète, — entrait comme un vague crépuscule par les deux larges fenêtres.
Fabrice appartenait d'ailleurs à cette race de bandits qui semblent créés pour le mal, et qui s'orientent dans l'obscurité comme les nocturnes oiseaux de proie...
Il s'avança vers le lit sans hésiter; quand il n'en fut plas qu'à deux pas, il s'arrêta.
Il étendit le bras; sa main toucha la carafe placée près de Jeanne, sur une p'ilite table ; il s'en empara, et pour mieux voir s'approcha de la fenêtre...
Cette carafe était aux trois quarts vide.
Fabrice tira de sa poche le flacon de Datura stramoniitm^ le déboucha avec ses dents et laissa tomber huit ou dix gouttes de son contenu dans le breuvage.
Rien au monde, croyons-nous, ne se pouvait imaginer de plus sinistre que cet empoisonneur accomplissant son œuvre monstrueuse au milieu des ténèbres.
Il achevait à peine lorsque Jeanne fit un mouvement dans son lit.
Le misérable, pris d'une soudaine angoisse, se retourna vers elle.
La folle venait de se réveiller et, soulevée à demi, cherchait à tâtons sur la petite table.
Sa main ne rencontra qu'un verre vid.
— A boire... — balbutia-t-elle, — à boire... j'ai soif...
— Voilà qui va bien.. . — pensa Fabrice, — je suis arrivé juste au bon moment.
Rapide et muet il revint au lit, et poussa la carafe vers la main qui s'agitait sur la table...
Jeanne sentit le froid du cristal...
Ses doigts se crispèrent aussitôt autour du goulot...
Elle porta la carafe à ses lèvres et but avidement jusqu'à la dernière goutte.
L'empoisonneur sourit.
ifWf^S^^MK^
ilou devoir est dubéir à Mousieur. Je m'v coaforme. (Page 714.) [ \
Tout marchait au gré de ses espérances et cependant, une seconde plus tard, >, i il s'élançait vers la porte, tout effaré, en étouffant un cri...
Jeanne venait de lâcher la carafe vide qui s'était brisée sur le parquet avec un bruit strident.
Or il était difficile d'admettre que ce bruit ne donnât point l'alarme dans le | i pavillon...
Fabrice descendit l'escalier comme une trombe, traversa le vestibule, referma
LrV. 89. F- ROY, éditeur.
doucement la porte derrière lui, remit ses chaussures et prit sa cour.se à travers le jardin pour regagner le chemin de ronde.
Il l'atteignit au moment on Edmée, tremblant d'inquiétude, entrait pour la seconde fois dans la chambre de sa mère avec un flambeau.
Jeanne était éveillée et paraissait calme.
La vue des débris de cristal épars sur le parquet expliquait de façon surabondante le bruit qu'Edmée venait d'entendre.
Aucun soupçon ne se présenta et ne pouvait se présenter à son esprit...
Qu'était devenu pendant ce temps Claude Marteau ?. ..
Gomment n'avait-il pas rejoint Fabrice qu'il se croyait si sûr de ne plus laisser échapper?
Cette double question exige une réponse que voici.
Nous avons laissé l'ex-matelot dans l'étroit couloir pratiqué entre le pavillon de la buanderie et celui de l'amphithéâtre. Une obscurité compacte l'enveloppait.
Il prêta l'oreille et il entendit Fabrice s'éloigner, mais l'écho des hautes murailles répercutait bizarrement le faible bruit des pas, et il lui fut impossible de se rendre compte de la direction prise par le misérable qu'il poursuivait.
— A-t-il tourné à droite ou à gauche?— se demanda-t-il. —Tonnerre de Brest! Je n'en sais rien!...— Allons, matelot, en chasse tout de même, et au petit l bonhuur !
I Le hasard, son guide unique désormais, le conduisit à droite, c'est-à-dire du
i bon côté; — Il arpenta de toute sa vitesse le chemin de ronde, il passa sans le savoir devant la porte laissée entr'ouverte par l'empoisonneur, et au bout de i quelques minutes il se sentit aussitôt complètement désorienté, aussi parfaite- ^ ment égaré, que pourrait l'être un aveugle dans un labyrinthe. I A tout prix, il voulait trouver l'issue conduisant au jardin. —Mais le moyen
de la découvrir?...
j Au risque de trahir sa présence si quelque infirmier veillait dans les parties
élevées du bâtiment des folles, il exhiba une boîte de carton pleine d'allumettes I chimiques dont, en sa qualité de fumeur, il était toujours muni, et il essaya de
se procurer de la lumière en les frottant contre le mur avec acharnement. ] Il comptait sans les résultais de l'orage.
I La pluie torrentielle, remplissant d'eau les poches de sa vareuse, avait noyé
I la boite et rendu les allumettes ininflammables et incombustibles! I Claude frappa du pied avec un découragement furibond.
i —Allons ! — murmura-t-il, — le diable est contre moi !... —Rejoindre mon
I gueux de patron est devenu chose impossible ! — Oue faire et quel parti prendre? j — J'ai envie d'appeler, décrier, de mener un sabbat d'enfer... — On s'éveillera, on viendra, on me questionnera; naturellement je dirai tout ; on pincerale scé-
lérat de Fabrice dans la maison des folles, et il faudra bien qu'il explique ce qu'il y vient faire... ce qui l'embarrassera peut-être pas mal... L'ex-malelot se gratta roreille et reprit :
— Mauvaise idée! ~ Le docteur Rittner, que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, est peut-être bien^ lui aussi, un pas grand'chose, un rien du tout, une canaille, le complice enfin do mon abominable gredin de patron... — Si cela était — (et rien ne prouve que cela n'est pas !) — je me seii"ais jeté dans la nasse la tête la première, et les deux compères se voyant pinces me feraient disparaître le mieux du monde... — j'aurais joué un rôle de dupe, sans profit pour personne ! Je n'empêcherais rien, et, après m'avoir supprimé très bien^ on se moquerait de moi par-dessus le marché! — Tonnerre de Brest, ce serait trop bête!... — Non... non... pas de ça Lisette! — C'est à la police maintenant de débrouiller l'écheveau, et dès ce matin ces messieurs de la Préfecture sauront ce que je sais... — Je ne les aimais guère, autrefois, ces oiseaux-là, et j'avais tort... — Aujourd'hui je commence à voir qu'ils ont du bon !...
Vyant pris cette résolution, Claude Marteau, renonçant à une poursuite qu'il jugeait vaine désormais, ne songea plus qu'à retrouver la porte par laquelle il
\ était entré.
\ Il y parvint, non sans beaucoup de peine; il traversa le boulevard Montnio-
l rency et il s'embusqua de nouveau derrière la haie du chemin de fer pour voir
\ sortir Fabrice.
< Au bout de vingt minutes, l'empoisonneur quitta le chemin de ronde à son
< tour, referma la petite porte avec soin, traversa la passerelle, et par le boulevard Suchet se dirigea du côté de la Muette...
I Claude Marteau le suivit à distance, en se répétant chemin faisant ;
■ — Ou je me trompe fort, mon bonhomme, ou tu viens de faire ton dernier voyage nocturne à la maison de santé d'Auteuil !
I 11 était plus de trois heures lorsque Fabrice et Claude rentrèrent à la vill
de JXeuilly-Saint-James, l'un par la rue de Longchamps et l'autre par le boule- I vard de la Seine.
I A neuf heures et demie du matin le neveu du banquier dormait encore.
i Laurent frappa à la porte de sa chambre.
— Entrez! — criaFabrice réveilléen sursaut. — Que diable me voulez- vous?... — ajouta-t-il en voyant son domestique. — Je n'ai besoin de rien...
— Une dépêche pour monsieur... — répliqua l'intendant. — La chose pouvant être très urgente, je n'ai pas cru devoir attendre.
— C'est bien... — Donnez.
; Fabrice ouvrit l'enveloppe et fit un geste de surprise,
I La (léjiêche était de M"' Ballus.
Elle contenait ces mots :
j « Obligée de partir ce matin pour Melun oit je vous attends ce soir à quatre
heures.