‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 13 sur 66 · DT PAT EST NES · texte numérisé non relu

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— Dis donc, toi, eh! la grome!.… est-ce que ce gentilhomme te doit quelque chose, que tu le dévisages de cette tagon-là, au lieu d’être dans ton évier à récurer ta vaisselle ?.…

Et la Jeanne-Antoine répliquait avec une forte nuance d’ironie et en citant son dicton favori :

— Quien! not’maître, un chien rega-de bien un évêque !... et tant qu’à la vaisselle, je la récurerai à ce tantôt.

éciiément l’honnèête Jacques Vernier n'était pas absolument le maître dans sa maison

Que voulez-vous ?.… cet homme était veuf,

Le voyageur inconnu auquel j'espère, peut-être À tort, que mes ecteurs commencent À prendre quelque intérêt, marchait au très petit pas de son cheval, afin de ne pas fatiguer, ou tout au moins de ne pas dépusser le jeune Nicolas Paget qui, rendu joyeux par la perspective attrayante des deux écus promis, faisait tournoyer sans relfohie ses gigantesques bras de faucheux.

Il pouvait être deux heures et demie au moment où le cavalier et son guide sortirent de Champagnolles.

Le ciel était bas e sombre, couvert de nuées lourdes et grises : une sorte de brouillard à demi pe) rh rampait sur le sol NE. la forme des objets, sans les dérober absolument aux regards. F

gelée avait durci la terre, et les fers du cheval résonnaient sur le chemin comme s’il eût été pavé.

L'enfant sifflotait un air de noël rustique.

Le cavalier s’absorbait dans une série de réflexions, dont le monologue que nous avons mis un peu plus haut sous les yeux de nos lecteurs peut facilement faire eviner la nature et les revirements.

Au bout de deux heures de marche silencieuse, l'inconnu et Nicolas Paget arrivaient à l'entrée d’un bois taillis très épais. Depuis longtemps déjà la route se rétrécissait de plus en plus, et elle avait fini par devenir un sentier où deux personnes auraient difficilement passé de front.

En cet endroit le sentier lui-même semblait s'interrompre,

L'enfant s'arrêta.

— Eh bien, lui demanda le cavalier, qu'y a-t-il ?

— Il } a, messire, qu’il vous faut descendre de cheval ; nous voici à l’entrée du bois de Morbier, et tout ce que vous pourrez faire sera de tirer votre animal derrière vous par la bride, et encore VOUS ne passerez pas sans peine, car la sente qui traverse le bois n'est guère large.

L'inconnu suivit littéralement les injonctions de son guide, et il s’engagea à sa suite dans le sentier tracé sous bois. de Au moment de pénétrer dans le fourré, l'enfant se signa dévo-

ment.

— Pourquoi fais-tu le signe de la croix ? lui dit l'inconnu.

— Parce qu’on prétena, messire, que c'est dans le bois de

en

Morb'er que tous les loups-garous du pays viennent s'accoupler,

— lit tu as peur des Joups-garous ?

— Je n’en ai point peur, messire, parce qu’il est reconnu que contre une personne qui n’est pas en état de péché mortel, et qui fait le signe de la croix, ils ne peuvent rien...

— En as-tu vu, des loups-garous ?

— Jamais. Mon père en a vu une fois, mais Justement {1 avait été la veille à confesse, et le maudit ne lui a point fuit de mu...

Les difficultés toujours croissantes du chemin interrompirent la conversation commencée. Les branches entrelacées fermaient à chaque pas le sentier. L'inconnu ne les écartait qu’à grand’. peine, et quelques-unes venaient d'instant en instant le fouetter violemment au visage.

La nuit tombait. Un vent assez vif et glacial qui s'était élevé avec le crépuscule déblayait les nuées lourdes entassées dans le ciel pendant tout le jour, et a peine lune se Jevait à l’horizon,. pe et rouge comme un bouclier sanglant, dans le firmament

clairci,

Malgré le froid de plus en plus rigoureux, et quel eût été obligé de se débarrasser de son manteau et de ‘attacher sur la selle de son cheval, l'inconnu était en nage et de grosses gouttes de sueur ruisselaient sur son front et sur sa figure.

— 4h Le | mais, s’écria-t-il tout à coup, ce n’est pas un chemin, cela! Personne ne passe donc jamais par ici ?...

— Personne ue les bûcherons ei les charbonniers, répondit l'enfant; les geas de Champa nolles, quand ils vont À Saint. Claude, font un détour jar lairvaux. Mais Jacques Vernier m'a bien dit que vous vouliez venir par ici...

— Avançons-nous au moins ?

— Dame ! nous ne reculons point, mais nous n’avançons guère,

— Dans combien de temps serons-nous hors du bois ?

— Dans une heure, ou approchant . peut-être un petit peu plus, peut-être un petit peu moins.

— Es-tu bien sûr, seulement, dene paste tromper de chemin ?..

— Oh! pour cela, ouil.. Je me retrouverais dans le bois de Morbier, les yeux fermés. J'y viens assez souvent dénicher des merles au printemps.

— Enfin, murmura le voyageur en souriant, on est certain de ne faire ici aucune rencontre, bonne ou mauvuise.… et c'est une consolation...

L'enfant avait entendu.

— Ah! messire, dit-il, il ne faudrait point s’y fier. Il y a deux sortes de gens qui passent n'importe où, et qui ne craignent

uère les mauvais chemins : — ce sont les Gris de Lespinassou le

âcheux, et les Cuanais du capitaine Lacuzon…

— Qu'est-ce que c’est que les Gris ?

— Ce sont des bandes de la Bresse et du Buge: ; ils ont deux capitaines, Lespinassou et Brunet... et ils mettent tout au pilla- Le.

— Et les gens du capitaine Lacuzon, pourquoi les appciles-tu des Cuanuis L.…

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— Parce que tout le monde les appelle comme ça... Mais j'ignore pourquoi.

e que l'enfant ignorait, nous le savons, nous, — Le mot Ouunais était un diminutif de Séqumiat sa Franc-Comtois. inconnu reprit :

— Où est-il, en ce moment, le capitaine Lacuzon ?.. — Qui le sait ?..

— Comment! on ne sait pas où il est ?

— Îl est partout.

— Que veux-tu dire ?

— On le croit à Lons-le-Saulnier, il est à Saint-Clande... On le voit le matin à Moyrans, le tantôt à Champagnolles, le soir à Nozeroy.. Je vous dis que le capitaine Lacuzon est plus qu'un

homme, puisqu'on est sûr de le trouver à la fois partout où il «

a des Suédois, des Gris, des Français, des ennemis enfin.

L'enfant se tut.

— Mais qu'est-ce donc, en réalité, que cet homme, se demanda le voyageur, qu'est-ce donc que cet homme qui, si jeune encore e dans son propre pays, fait rayonner autour de lui ce prestige presque fantastique et, comme les dieux du vieil Homère, marche enveloppé dans un brouillard lumineux ?.…

Puis l’inconnu, silencieux et pensif, continua à se frayer un passage dans la voie presque impraticable qu'il fallait suivre.

nfin, cette partie si fatigante du voyage s:riva à son terme.

Les taillis s’éclaircirent et furent remplacés par der bois de haute futaie. Peu à peu les arbres eux-mêmes devinrent rares et se disséminèrent à des distances irrégulières.

Nos deux personnages avaient atteint l'extrême limite de la forêt de Morbier, et ils se trouvaient au point culminant d'une côte escarpée, sorte de falaise qui dominait une gorge profonde.

La nuit était complètement venue, mais la lune montait dans le ciel; une lumière bleuâtre et vive inondait les sommets des montagnes rapprochées, les pics neigeux de la chaîne du Jura, et le plateau lui-même sur lequel arrivaient l'inconnu et son guide.

‘ Ces points éclairés faisaient paraître plus obscures les ténébreuses profondeurs de la vallée qui se Eh à leurs pieds ; mais le regard, s’habituant à cette obscurité, ne tardait guère À distinguer un cours d’eau rapide dont un rideau de blanches pure suivait toutes les sinuosités.

e versant, roide comme le toit d’une maison, qui conduisait du plateau au fond de la gorge, se trouvant exposé au plein cp était couvert de neige.

— Messire, dit l’enfant, je vais vous quitter ici.

— Comment ! s’écria le voyageur stu péfait, tu veux me quitter !.. et pourquoi ?.…

— Parce que, messire, nous nous rapprochons d'Orsières et que, pour rien au monde, pas même pour sauver ma vie, je ne passe-

rais à Orsières un fois que I: À ine est levée.

— Qu’y a-t-il donc de si eurayant dans l'endroit dont tu par.

les 2...

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