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— C'est 1à qui se tient le sabbat... répondit Nicolas Paget d’une voix émue et pleine de terreur...
L'étranger sourit.
L'enfant ne put voir ce sourire, mais il le devina.
— Messire, murmura-t-il, il ne faut pas rire de ces choses-là, surtout la nuit... Cela porte malheur !.…
— Mais enfin, reprit l'étranger, il a été convenu que tu me conduirais jusqu’à Saint-Claude et que je te donnerais deux écus…
— C'est vrai, messire ; aussi, puisque je ne tiens pas ma promesse, vous êtes le maître de ne point tenir la vôtre, et je ne me ns plaindrai pas.
— Pourquoi donc t’engageais-tu vis-à-vis de moi à m'accompagner, Je tu ne voulais pas le faire jusqu’au bout ?.…
. — Je ne pensais point, messire, que nous serions en route si tard... etje ne me souvenais plus que nous étions au temps de la pleine lune...
— Eh! que veux-tu que je fasse maintenant sans guide? Je ne connais pas le pavs, et je vais infailliblement m'égarer et me briser les os, selon la prédiction de Jacques Vernier.
— Messire, répliqua l'enfant, de ce côté-là, vous n’avez nul risque à courir... le chemin est aussi facile à présent qu’une grande route, et je ne vous servirais à rien. Il n’y a qu’un mauvais endroit: celui où nous sommes, à cause de la descente qui est terrible, et peut-être bien que votre cheval ne pourra s’en tirer; mais je ne pourrais pas l'aider. Une fois dans la vallee de Morez, que voilà sous nous, le plus fort est fait.
— Mais, il y a une rivière, au fond de la vallée ?
— Oui, la Ésbne.. Vous descendrez le long du cours de l’eau, jusqu’à ce que vous rencontriez un moulin... En écoutant bien, depuis ici vous l’entendriez faire tic-tao |
— Et ensuite ?
— À cent pas au-dessous du moulin il y a un gué, juste en face d’un vieux saule qui ne vit plus qe par son écorce ; vous passerez la rivière. il u'y a pas plus d’un pied d’eau dans cet endroit-là...
— En es-tu certain ?
— Je l'ai passée souvent, la rivière, et je n'avais de l’eau que jusqu'aux genoux... Quand vous serez de l’autre côté, vous gravirez la côte et vous suivrez la crête de la montagne et la lisière d’un bois de sapins... Ça vous conduira à Longchaumis… De Longchaumois à Saint-Claude, il y a la route; mais n'oubliez pas, messire, n'oubliez pes de faire une prière quand vous passerez à Orzières, près du communal de la Gire.. et si vous voyez sur votre gauche une grande lumière, mettez votre cheval'au galop et sauvez-vous sans détourner la tête... car cette lumière ce sera le feu du sabbat…
— Tends ton bonnet, dit le voyageur.
— Est-ce que vous allez me donner les deux écus tout de même ? demanda Nicolas Paget avec un étonnement naïf,
— Oni les voilà,
— Ah | messire ! s’écria l'enfant, je prierai de bon cœur le bon Dieu pour vous.
— Eh bien, répliqua le jeune homme dont la pensée se reporta à Eglantine, prie-le d’éloigner de moi la plus terrible . douleur que je puisse ressentir. prie-le de permettre qu’une nouvelle qui m'a été apprise aujourd’hui soit une fausse nouvelle |...
— Je vais le lui demander tout de suite... et demain encore... et tous les jours, messire.. ;
— Mais, où vas-tu coucher, cette nuit, car tu ne peux songer à retourner à Champagnolles ?
— J'irai dans un endroit où bien des gens de nos campagnes se sont réfugiés à l’arrivée des Suédois et des Français, et où je trouverai assez de paille pour me faire un-lit.
— Où donc ?.…
— Dans les grottes du Hérisson…
— Allons, bonne nuit, mon enfant, et bonne chance!.…
— Et vous, messire, bon voyage et que Dieu vous garde !.…
k Nicolas Paget s’éloiena d’un pas rapide en agitant ses grands ras. …
L'étranger sonda uu regard la descenté véritablement effrayante qu'il lui fallait affronter avec sa monture, et que la neige rendait plus dangereuse encore.
Il assujettit solidement autour de son bras la bride du noble animal, et il le tira en avant. Le cheval, effrayé par ces profondeurs sombres et béantes, se défendit longtemps, enfin il céda, et les flancs émus, les naseaux dilatés par la terreur, il s'engagea dans la descente,
Les deux tiers environ de cette descente s’effectuèrent sans encombre, mais, arrivé au dernier tiers, le cheval glissa, essaya vainement de se cramponner à la surface unie de la neige gélée, et les jambes de devant roidies, les jure reployés sous lui, il fut lancé avec une inconcevable rapidité, comme un trafneau sur une montagne russe, entraînant avec lui son maître, qui n'avait point lâché la bride,
Ils arrivèrent ainei jusqu'à la vallée, et, per un hasard presque miraculeux, ni l’un ni l’autre ne s'étaient fait aucun mal.
L'étranger se remit en selle avec un sentiment de joie :et de bien-être facile à comprendre et se dirigea vers le moulin pour passer la Bienne à ce gué dont Nicolas Paget lui avait parlé et qui devait se trouver en face du vieux gaule.
Il le trouva sans peine, et il s'assura de la parfaite exactitude des renseignements donnés par l'enfant, car, en cet endroit, l’eau rapide et écumante n’arriva même pas à la hauteur des jarrets de son cheval.
LE CAPITAINE LESPINASSOU
Ce passage heureusement effectué sembla de bon augure au Voyageur, et il gravit sans hésiter la côte rapide, et cependant praticable, qui formait l’autre versant de la gorge.
LE MÉDECIN DES PAUVRES. ie
Pendant près d’une heure il suivit la crête de la montagne et :
la lisière du bois, et enfin il arriva à un point culminant d'où il entrevit, aux clartés pâles de la lune, les maisons d’un petit village disséminées sur le flanc d’une colline dont rne vallée res et le séparait,. > À
e village était Longchaumois. Pour l’atteindre, il ne lui restait plus qu'à descendre; ce qu’il effectua sans peine, car le sentier, quoique à peine tracé, n’était ni bien roide ni bien difficile.
Un peu en avant du hameau et à la sortie d’une sapinière, se trouvait une maison presque entièrement semblable à celle que nous avons décrite dans le prologue de ce livre, à cette seule différence près que l’enclos dépendant de cette demeure ne l’entourait pas, mais était situé derrière elle.
se Porte et les fenêtres s’ouvraient, par conséquent, sur le chemin.
Le voyageur inconnu allait sortir de l’ombre pe projetée sur lui et sur son cheval par les rameaux touffus des sapins, et entrer dans un espace découvert et par conséquent éclairé, quand un bruit soudain et de la nature la plus inquiétante lui ft arrêter court sa monture.
Ce bruit ressemblait à un cliquetis d'armes et à un murmure de voix confuses; des cris et des imprécations se détachairnt . d’instant en instant d'une façon distincte, et tranchaient ur l’uniformité de ce tapage monotone.
Cliquetis d'armes, murmures et clameurs paraissaient sortir de cette maison, située à quarante ou cinquante pas et dont nous
‘venons de parler; des lueurs assez vives jaillissaient des deux fenêtres. Û
A l’époque où se passaient les faits dont nous nous faisons l'historien, il était inutile d'en entendre davantage pour avoir la certitude que quelque catastrophe terrible, que quelque grand péril était proche. L
Le cavalier se consultait sur le parti À prendre et se demandait s’il devait retourner sur ses pas, car il lui semblait manifestement insensé d’aller se jeter, tête baissée, dans un péril dont il ignorait même la nature.
Sans doute il allait tourner bride, quanc un incident inattendu le cloua sur place.
Un jeune homme d'une haute taille, d’une tournure singulièrement élégante, et dont le visage, éclairé en plein par Îa lune, offrait une beauté mâle et fière, faisait lentement et ‘avec précaution le tour de la maison, et s’approchait de l’une des fenêtres, d’où son regard pouvait plonger dans l’intérieur.
Là il s’arrêta et il demeura immobile et attentif, ne se doutant guère qu'il était lui-même observé par notre inconnu.
Il avait roulé son manteau autour de son bras gauche, et il tenait de la main droite le large chapeau de feutre gris orné d’une plume noire dont il s'était débarrassé pour mioux voir 6t pour mieux entendre.
Ce jeune homme, puisque nous avons dit que cet homme était
jeune, avait une tête magnifique, que nous ne saurfons mieux
comparer qu’à celle de ce duc d’Albe immortalisé par les pin-
ceaux du Titien.
Ses cheveux noirs et abondants tombaient sur ses épaules en longues boucles ; ses moustaches noires et soyeuses encadraient une bouche aux lèvres nobiles et impérieuses, garnies de dents éblouissantes. :
Son teint était d’une pâleur chaude et brune comme celui d’un Espagnol de Séville ou de Grenade ; une grosse veine se dessinait sur son front proéminent, qu’elle traversait dans toute sa hauteur, allant depuis le sourcil gauche Line la racine des
‘ cheveux.— Ses yeux très rands, et en quelque sorte lumineux, semblaient étincelants, enfoncés qu'ils étaient dans des arcades sourcilières extrêmement profondes,
N ‘us avons parlé de la tournure élégante de ce nouveeu personnage. La grâce, chez lui, n’excluait pôint la force. Sa taille élancée et flexible s’élargissait à l'endroit de la poitrine et des épaules, dont les proportions admirables annonçaient une vigueur hercuiéenne. k
Ce jeune homme portait des hauts-de-chausses de drap noir collants, recouverts jusqu'à mi-cuisse par des guêtres de cuir souple qui pressaient fortement la jambe dont elles dessinaient
- les irréprochables proportions, et descendsient sur les souliers ferrés à semelles épaisses,
Le pourpoint était noir comme les bauts-de-chausses et serré sur les hanches par uxe ceinture de cuir dans lac nelle étaient passés un court poignard et de longs pistolets,
Enfin un baudrie: de cuir noir soutenait une épée très longue et très lour‘'# dont le pommeau formait une croix.
Sans doute la scène à laquelle assistait le personnage que nous venons de décrire était dramatique au plus haut point, car les émotions les plus vives et les plus terribles se peignaient sur son
. visage bouleversé.
Parfois il enfonçait brusquement son chapeau sur sa tête et portait les deux mains sur les crosses de ses pistolets. En ce moment-là ses sourcils contractés se rapprochaient de manière à déssiner sur son front le sinistre fer À cheval des Redgauntle, et ses regards étincelaient d’un feu sombre; mais, l'instant d’après, il se penchait de nouveau vers la fenêtre, et il se remettait à prêter l'oreille avec une fiévreuse et croissante attention,
premier voyageur, toujours caché par l'ombre des sapins sous lesquels il s'était arrêté, recevait en quelque sorte le cuntrecoup des émotions qui se lisaient si clairement sur l’admirable visage du jeune homme arx cheveux noirs, et il se sentait pris pour ce dernier d’une subits et bizarre sympathie, explicable cependant par l'expression de f'anchise, de courage et de cheva: leresque loyauté, empreinte sur ses beaux traits.
Soudain un cri aigu, vibrant, effroyable, un cri de torture et d’agonie, retentit dans l'intérieur de la maison.
n même temps les clartés qui jaillissaient des deux fenêtres grandirent d'une façon prodigieuse,
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Au cri sinistre succéda un morne silence. Ce silence fut court.
Le jeune homme aux cheveux noirs avait pris un parti.
De ln main gauche il saisit un pistolet, de la main droite il tira du fourreau sa longue épée, et, reculant de trois ou quatre
ur mieux prendre son élan, il bordit sur la fenêtre, dont es châssis ranuèrent et se rompirent, et dont les carreaux vol rent en éclats, et il disparut dans l’intérieur de la maison.
Un effroyable tumulte fut la suite immédiate de cette irruption imprévue; on entendit des vociférations infernales, des hurlements enragés, des coups de pistolet, et, au milieu de tout ce fracas, le bruit sourd de la grande épée tailladant les chairs et tranchant les os.
Voici ce qui s'était passé :
Une demi-heure avant ce moment, dans la première des deux pièces du rez-de-chaussée de cette maison qui, disons-le tout de suite, appartenait à Jean-Claude Prost, ou, si vous le voulez, au capitaine Lacuzon, un homme d’une quarantaine d’années, petit
et singulièrement contrefait, était assis sur une escabelle auprès
de la cheminée où brûlait un feu de racines, et faisait couler lente-
ment les grair : son rosaire entre ses doigts longs et noueux, Cet homr : san maladif et inapte à toute espèce de travail, était logé e: : ::::i par la charité de Lacuzon, à qui il inspirait
la confiance la plus absolue et qui lui remettait le garde de son logis pendant ses absences presque continuelles. Il se normmait Pèlerin.
Sans doute les dizaines interminables dr cnapelet qu'il égrenait dévotement produisirent à la longue sur Pèlerin l'effet d’un narcotique, car peu à peu ses paupières s’alourdirent, ses yeux se fermèrent, sa tête s’inclina d’une épaule à l’autre et finit par se pencher sur sa poitrine, en même temps que le rosaire s’échapvait de ses mains. Il dormcit.
Un coup violent frappé à la porte de la maison l’arracha brusquement aux douceurs de ce calme sommeil.
— Qui va 1à?... demanda-til d'un ton mal assuré en quittant son escabelle pour se diriger vers la porte.
—- Ami... lui répondit-on du dehors. ouvrez!
— Les amis ont un nom, répliqua-t-il; dites le vôtre, et j’ouvrirai. ;
— Vous ne me connaissez point, fit la voix ; je viens vous parler de la part du capitaine...
— De la part de mon maître ?.…
— Oui,
— Alors vous devez avoir le mot de passe.
— Le capitaine me l'avait donné, mais je lai oublié...
— Tant pis pour vous... vous n’entrerez point... passez votre chemin. a
— Je vous dis qu'il faut que j'entre, je vous dis que Lacuzun est en péril, je vous dis que je viens de sa part. i :
Cette réponse, faite d’un, ton ferme, ébranla Pèlerin.
Cependant, avant d'ouvrir, il:décrocha une vieille carabine suspendue à la muraille par deux clous.
— Je vous préviens, dit-il en mettant la main sur le verrou intérieur, je vous préviens que je suis armé. Si vous m'’aves trompé, si ce n’est pas r on maître qui vous envoie, il vous arrivera malheur...
— Bien. bien, répliqua la voix, c'est entendu... ouvrez vite...
En même temps il poussa le verrou et la porte s'ouvrit.
Huit hommes à figures de bandits, armés jusqu'aux dents et ortant, comme les paysans bretons, des peaux de biques sur eurs pourpoints de gros drap gris, firent irruption dans la mai-
son avec une incroyable impétuosité.
Trois d’entre eux se jetèrent sur Pèlerin, et, une demi-minute après, le malheureux était désarmé et avait les maius solidement attachées derrière le dos.
— Les Gris! balbutiait-il d'une voix éteinte. Sainte Vierge Marie, ce ront les Gris !— 4
— Cor me tu dis, vieux coquin! répondit un homme d'une taille colossale et d’une apparence athlétique, qui pardfssait être le chef de ses compagnons. Son visage était hideux. Une profonde cicatrice formait un bourrelet violacé sur sa joue droite, depuis l'angle de l’œil jusqu'à la mâchoire; un coup de sabre lui avait enlevé une partie de la lèvre supérieure, découvrant ainsi une rangée de dents écartées et pointues comme celles d’une bête fauve.
Ces deux terribles blessures, reçues dans des combats déjà an: ciens, écrivaient en quelque sorte un nom sur le visage de cet homme, et jes enfants eux-mêmes, dans la province entière, sane à qui appartenaient cette joue balafrée et cette lèvre mu-
Aussi Pèlerin, après avoir jeté un coup d'œil sur la figure de celui qui venait de lui parler, cria-t-il. ou plutôt râia-t-il ce seul mot:
— Lespinassou |!
C'était en effet ce redoutabte Lespinassou, ce monstre qui ds l’homme n'avait plus même le visage, et qui À pod Lars avec un autre bandit, le capitaine Brunet, le commandement des routiers sanguinaires de la Bresse et du Bugey.
En entendant prononcer son nom par Pèlerin, Lespinassou eut un efiroyable sourire d'orgueil satisfait, c’est-à-dire qu’une hideuse contraction souieva le lambeau cicatrisé de sa lèvre.
— Ahlah! dit-il, tu sais qui je suis. c’est bien... Cela va simplifier les choses, et j'en suis aise, car nous avons peu de temps à perdre.
à Puis, s'adressant à ses compagnons, il ajouta avec un rire roce :
— Fermez la porte, vous autres... vous voyez que ce brave homme et moi nous avons à causer...
Les Gris obéireni.
Lespinassou s’assit au coin du feu, sur cette même escabelle que Pèlerinu venait de quitter.
T1 jeta car la table longue qui se trouvait au milieu de la chambre son chapeau aux bords retroussés, et, passant la main l LR dans ses cheveux laineux et grisonnants, il dit au paysan: .
PET Ap roche | FA pue
Mais Pèlerin ne pouvait marcher; ses dents clsquaient de # terreur, ses jambes flageolaient sous lui, il ressemblait à un homme à moitié mort.
Deux routiers le prirent par.les coudes et le poussèrent brutalement jusqu'auprès de Lespinassou. L 4
Pèlerin vacilla pendant un instant comme s'il était ivre et, DE -
À ne de rester droit, il tomba sur ses deux genoux. , —Æ£xcellente posture pour recommander son âme au diable! "4 s’écria le colosse ; et c’est ce que tu auras de mieux à faire si tu ‘4 ; ne réponds d’une façon prompta et satisfaisante aux questions 4 ., que je vais t’adresser |. 4 — Je ne sais rien. murmura le paysan anésnti; ne me 4 ] demandez rien. je ne peux rien vous dire... — Ah! tu ne sais rien 1.
3 — Non, sur ma vie!
— Ta vie tient er: ce moment à bien peu de chose, et le serment que J- nacton ne t’engage pas beaucoup... Comment t’appelles-tu ? * — Pèlerin. :
à -— Eh bien, Pèlerin, je veux bien te prévenir que si tu continues L à ne rien savoir quand je t’aurai questionné, je possède un moyen 3 certain de te rendre la mémoire... Mes hommes, jusqu’à ce que tu te sois souvenu de ce que je veux apprendre, aplatiront ton échine à coups d'épée, de façon à te faire rentrer ta bosse da::e 7 le corps .. Et tu pa”leras, jen réponds, à Lg je devrais te couper - le gosier er quatre pour en faire sortir les paroles |... : èlerin roula autour de lui un œil éteint et répéta : — Je ne sais rien. + > — Nous allons voir. Il y a ici de l'argent caché: où est cet | argent ?... : — De l'argent. et d'où viendrait-il?.. La maison est vide... Ê le champ est en friche... mon maître est pauvre. 3 —Les nobles du pays sont riches et lui donnent de l'argent | 1 pour nous coinbattre, nous le savons... Où est cet argent ?.… 3 — Je ne sais pas.
— Alors, si tu ne le sais pas, je tâcherai de te l'apprendre tout è à l'heure. Autre question: Où est Lacuzou ? - — Je ne sais pas.
- — Où est Varroz?
À — Je ne sais pas ?
3 — Où est Marquis ?
— Je ne sais pas.
> — Mais alors, décidément, fit Lg mare avec un ton de bonkomie qui ressemblait à la caresse du tigre, décidément, tu ne g sais donc rien ?.… — Rien... rien... je ne sais rien.
— Fien sûr?
à — Oh! oui... oui... bien sûr... Je vous le jure sur la Vierge
Marie. je ne sais rien.
Lespinassou fit un signe.
L'un des routiers et glissa la pointe du paysan, ui poussa un cri rauque. air
— Voyez donc, dit Lespinassou avec uu ricanement sinistre, voyéz donc ce chien hargneux qui hurle avant qu’on l'écorche 1...
n effet, l'é de Pèlerin, glacial de l’ac
, l'épée nue à la main, s’approcha de Pèlerin de son arme entre le vêtement et les épaules
ée du routier n'avait fait que fendre le pourpoint epuis le cou jusqu'à la ceinture; mais le froid ier lui avait fait croire que l'épée entamait sa chair.
— Quelle chanson va donc nous chanter ce vieux hibou tout à l'heure ? continua Lespinassou.
Les vêtements, coupés par le milieu et retombant à droite et à gauche, laissaient à découvert les épaules chétives et la bosse proéminente du paysan.
Les Gris, à cet as quelques joyeux quolibets s’échangèrent entre eux.
— Ma foi, dit le capitaine, s’essociant de bon cœur à cette hilarité communicative, voilà un gaillard bien mal bAti ! c'est charité pure que de redresser cette échine tortue qui ressemble à un cep de vigne! Chargez-vous de cette bonne œuvre, mes enfants !.. cela vous sera compté dans l’autre monde, n’en doutez
pas
ct, eurent un accès de gaieté franche, et
Cette raillerie connaisseurs en
Tous, l’épée nue à la main, se rangèrent en dsmi-cercle autour de Pèlerin, et ils attendirent le signal du maître.
— Brave homme, dit ce dernier au paysan, ne manque pas de no’'s prévenir quand la mémoire te sera revenue...
Puis aux routiers:
— Allez, mes enfants, et faites bien les choses!.…
Une épée s’éleva et retomba, puis une autre, jusqu’à ce que toutes les sept eussent frappé du plat de leur lame la peau brune et parcheminée du malheureux, et ce fut alors au tour de la première de s'élever et de retomber de nouveau.
Bientôt chaque épée traça son sillon bleuâtre dans l'endroit qu'elle touchait, bientôt chaque lame, en se relevant, enleva un lambeav de chair.
Pèlerin poussait des cris sourds et se tordait comme un serpent mais sans venir à bout de se relever.
De seconde en seconde Lespinassou lui disait :
— Où est l'argent? où est Lacuzon? où est Varroz? où est
Marquis ?…
iquante obtint un succès fou près des Gris, fort it de jeux d’esprit!…
Pèlerin, au milieu ie ses hurlements, répondait: Je ne sais
Et Lespinassou reprenait, en s’adressa: .t aux Gris : — Allez, mes enfants, allez toujours, vous voyez bien que sa bosse n’est pas encore rentrée et que sa mémoire n’est pas encore
revenue |.
Et les épées continuaient à monter et à descendre avec une régularité diabolique et une cadence in
Au bout d’un instant, le bruit sec et sifflant qu'elles produi-
LE MEDECIN DES PAUVRES. 57 ssient en heurtant la chair, changea de nature; on eût dit alors qu’elles fouettaient une boue liquide, et chaque coup faisait jailir une rosée sanglante, si bien que les Gris frappaient de la main droite, et, de la gauche, essuyaient leur visage moucheté de sang.
Pélerin ne criait plus. Un tressaillement convulsif secoua ses membres, Ses yeux tournèrent dans leurs orbites etil tomba en avant, le visage contre terre.
OÙ IL EST PARLÉ DU JEUNF HOMME AUX CHEVEUX NOIRS, DU JEUNE HOMME AUX CHEVEUX BLONDS ET DE LA JUSTICE DU CAPITAINE LACUZON
— Diable! diable! murmura Lespinassou, s'il était mort, voilà qui ne ferait pas mon effaire !.…
Mais, après une seconde de réflexion, il ajouta :
— Allons donc! est-ce qu’on meurt pour si peu de chose! Le drôle est évanoui ou fait semblant de l'être, nous allons lui venir en aide...
Un geste du chef expliqua à ses compagnons le sens précis des dernières paroles quil: venait de prononcer.
e geste avait désigné successivement le corps inanimé de Pè levin et la table sur laquelle ge trouvait le chapeau de Lespinassou
Le capitaine coiffa sa tête crépue de ce chapeau dont un étroit galon d'or, intigne du commandement, éntourait la forme.
Les Gris soulevèrent le malheureux paysan sans connaissance : is l’étendirent sur la table, ils l’attachèrent solidement au moy: en de cordeleites dont l’un A M eux (qui remplissait auprés de Lespinassou l'office de Trois- Échelles et de petit André auprès du bon roi Louis XI), dont l’un d’entre eux, disons-nous, était toujours amplement muni. :
èlerin continuait à ne donner aucun signe de vie.
— Allons ! s'écria Lespinassou en se levant de l'escabelle qu'il n’avait pas quittée depuis le commencement de l’épouvantable scène qui précède ; allons, il est temps de faire respirer des sels à ce pauvrediable!
Le même sourire, ou plutôt le même hideux rictus dont rous avons déjà parlé, commentait cette phrase et la rendait horriblement significative.
Lespinassou tira de sa ceinture un riche couteau catalan, et s’approchant du paysan, il se mit avec la pointe de ce couteau à dessiner sur sa poitrine des figures bizarres, en ayant soin que l’acier pénétrAt ceulerent de quelques lignes dans la chair (*
(°) Ces scènes révoltantes sont rigoureusement historiques. La vomansie sæ trouvait dans l’absolue nécessité de les reproduire pour donner à ses lee teurs une idée des cruautés atroces auxquelles se livrèrent les Suédois et les Gris pendant la lougue guerre de la conquête,
LE MEDKCIN DES PAUVPZS.
Le eng rutsolait. Les Gris regardaient faire ; ils trépignaient d’aise et battaient des mains.
Soudain la pointe du couteau rencontra ua muscle, doute la douleur tut atroce, car Pèlerin ouvrit aussitôt les ureux, comme un cadavre qu’on soumet à l’action de la pile de Volta: eten 1nême temps des profondeurs de sa poitrine ensanglantée s’exhala un gémissement sourd.
— Eh bien! fit Lespinassou, nous voilà donc réveillé, mon brave homme... Nous sommes lus vivant et mieux portant
ue jamais, n'est-ce pas? La mémo nous est-elle revenue ?.…
avons-nous où est l'argent? Savons-nous où est Lacuzon ? Savons-nous où est Varroz ? Savons-nous où est Marquis ?... et nous déciderons-nous enfin à dire tout cela à notre bon ami Lespinassou ?
Les lèvres du paysan s'agitèrent, mais elles ne produisirent aucun son,
Seulement, au mouvement de ses lèvres, le tortureur devina
que de force seule avait mauqué à Pèlerin pour répondre une fois e plus:
— Je ne sais pas!
à Te pisse grinça des dents, une rage indicible s’emparait
e lui!
— Ah] tu ne sais pas!... répéta-t-il, ah ! tu ne sais pas |...
Et la leme de son couteau s’enfonça de deux pouces dans le bres droit du malheureux, qui poussa un rugissement de damné,.
— Sais-tu, maintenant ? demanda Lespinassou.
— Non! non! non... cria Pèlerin avec désespoir, je ne sais pas | je ne sais pas! : ; -
Lespinassou perça le bras gauche comme il venait do percer le US et, de nouveau, il demanda : à
— Sais-tu, maintenant ?
Et de nouveau Pèlerin répondit:
— Je ne sais pal
Une pâleur livide envahit le masque blafard et “outuré de Lespinassou ; la fureur de cet infâme tortureur arrivait à son paroxysme. : :
Sa main puissante, aux doigts carrés, aux phalanges velues, s’approcha de la gorge du paysan, qu'il eut un instant l’idée d’étrangler; mais 1i fallait que Pèlerin parlât avant de mourir!
La main de Lespinassou retomba. is
— Il doit y avoir des sg Vs lei, dit-il en se tournant vers ses compagnons, cherchez ces fagots et apportez-les…
Deux des Gris saisirent une racine enflammée qui pouvait : leur servir de torche, et commencèrent une perquisition dans la maison. e
— Déchaussez cet homme, ajouta le capitaine en montrant Pèlerin dont les jambes pendaient en dehors de la table.
Cet ordre était facile à exécuter ; le paysan n'avait aux pieds are «:#" bas de grosse laine et de lourds sabots.
Ln :< moment les routiers rentrèrent, en äpportant un énorme fagot d’épines sèches qu’ils avaient trouvé dans le cellier.
ont Ils ne demandèrent même pas ce qu'il fallait en faire, tant | leur habitude de ces sortes d’exécutions était rande, et ils jetè- R ne rent les épines sur le sol, sous les jambes nues de Pèlerin. ‘à x | Lespinassou qui venait de remettre À sa ceinture le couteau ne: à: ensanglanté dont il s’était servi, prit la racine ardente des mains “21 44! de l’homme qui la tenait, et dit au paysan : À — Je t'interroge pour la dernière fois |. écoute et réponds 1... oi Où est l'argent? Où est ton maître? Où est le colonel Varroz ? int Où est le curé Marquis ?.… :* à Et, penché sur Pèlerin, qui semblait râler son dernier souffle d n ? | et qui saignait par toutes ses blessures, il écouta avidement. à et se Le paysan ferma les yeux et garda le silence. \ mi $ Lespinassou attendit pendant quelques secondes, puis, sans ‘14 ajouter un mot, ilse baisea et glissa Îa torche sous ps épines ‘à nt FA desséchées qui s’embrasèrent comme de la paille, 3 * En moins d’une seconde, la flamme pétillante enveloppa les 4 na pieds et les jambes de Pèlerin. : 3 is C’est en ce moment que le misérable potssa un cri ai u, vibrant, d épouvantable, ce cri d’agonie dont nous avons parlé plus haut. ‘4 Il fit pour se soulever un sj violent effort qu’il rompit à moitié ‘a ait les cordes qui le retenaient, et, tout en se débattant, il murmura : ‘| — Eteignez ce feu. éteignez ce feu. je dirai tout. di D'un coup de pied Lespinassou dispersa dans la chambre les “4 le épines enflammées. 1 vx \ Pèlerin, d’une voix qui s'affaiblissait à chaque parole, continua : à — Pour l’argent et pour Lacuzon, je ne pas. mais Varroz + is et Marquis sont à... 4 Il n’eut pas le temps d'achever.
ér Le châssis et les carreaux de la fenêtre volèrent en éclats, et le faune homme aux cheveux noirs, un pistolet d’une main, sa ongue épée de l’autre, tomba plus rapide que la foudre au milieu des Gris stupéfaits et épouvantés.
Son premier coup de feu abattit un homme, et son épée, flamle boyante comme celle de l’archange Raphaël, en cloua un second n sur le rebord de la table, puis, sortant saignante de la poitrine qu’elle venait de trouer, recommença son moulinet formidable, s enveloppant la main qui la faisait agir dans une mouvante et #4 infranchissable muraille d'acier, d’où s’échappaient d’instant en 7 instant de mortels éclairs.
| L'un des Gris essaya de se jeter à plat ventre sur le sol, comme » : s’il était blessé, afin d'arriver en rampant jusqu’à ce terrible et a égal agresseur, et de le frapper traîtreusement de bas en it aut.
: Mais le jeune homme avait deviné cette manœuvré, et au moment où le routier n’était plus qu’à trois pas de lui, il lui cassa it la tête avec son second ponir.
Il ne lui restait plus désormais que cinq adversaires à combat- 8 tre, mais parmi ceux-ci se trouvait le géant, Lespinassou, qui à lui seul valait trois hommes, sinon pour le courage, du moins e pour ia force.
L'inconnu s'était adossé à l’embrasure de la fenêtre ouverte,
Peut-être pas pu, car cette porte se trouvait dans le rayon du cercle étincel ivai
ant que décrivait l'épée vengeresse.
n des Gris cependant s’efforça de franchir le cercle ; il tomba Pour ne plus se relever.
es trois autres perdaient la tête. Lespinassou, au contraire, reprenait un peu de sang-froid et se rendait compte de la situa. tion.
— Il est seul! s'écria-t-il, et nous sommes quatre ![... Tuons-le comme un chien !... À mort!
à mort |.
alt il fit feu de ses deux pistolets à la fois. mais ses mains ient, ’âtteignit point l'inconnu.
— Misérable ! lui dit ce dernier. Ah ! je te connais bien !... tu es Spinassoul.… tu as la férocité du loup,et tu as aussi sa lâcheté!..
U ne sais tuer qu’à distance |... mais viens donc ici, près de moi, fer contre fer |. viens donc
l... et si quelque chose qui ressemble à un cœur bat dans ta poitrine velue, montre-le ls, t comme Lespinassou ne venait’ point à lui, il s’élança vers spinassou.
Ps conmença entre ces deux ommes, dont l’un dominait l’autre de toute la tête, quoique le
taille ; mais nous savons déjà que Inassou était un colosse.
Inconnu attaquait avec une ra,
ir sur la défensive, il n’aurait pu longtemps empêcher la pointe foudroyante d’arriver jusqu’à son cœur.
le comprit, et, pour la seconde fois, il cria aux trois hommes qui lui restaient :
— Mais, lâches gredins que vous êtes, venez donc à mon aide! Vous Voyez bien qu'il est seul! assommez-le par derrière |...
8 Gris, à ces mots, reprirent courage et se ruèrent à la fois » NON pas comme des hommes, mais comme des loups enragés.
combat devenait inégal. Enfermé dans un cercle de fer et forcé de se défendre à la foi
inistres emplissaient cor oreilles,
— Ahl se dit-il, c'est le glas de mes funérailles! Voici la Mort qui vient}... mais, du moins, je me cuucherai dans une “Mbe ensanglantée |...
Et, par Un suprême effort, il frappa d’un de ces coups terribles dont étaient si prodigues les héros des romans de chevalerie du
moyen âge, et j runversa à ses pieds l’un des routiers, la tête fen. due Jusqu'aux épaules,
Sp'nassou et les deux ‘autres reculèrent, Cette trève ne dura u’une seconde, ils voyaient bien tous trois que les forces de Inconnu étaient épuisées, ils voyaient bien qu'il commençait à ait le vide avec des mouvements
a: Courage! j'arrive 1...
fl feu de ses deux
fenêtre, devenue libre, offrait une voi sou en profita, il s’élança hors de la mais
ul des routiers qui restât vivant.
1x cadavres gisaient pêle-méle dans la
beaucoup moins de a raconter. Quelques minutes orts avec tant de vivants |...
Veux noirs, n’était autre que ce vo; déjà fait COnaaissance dans |’ e Jacques Vernier et sur ces chemins perdus qui de Champagnoll chaumois, Celui qu’il venait d’arracher à une mort certaine lui tendit le main et lui dit avec une admirable simplicité : , — Qui que vous soyez, messire, Fran Espagnol ou Suédois, le Capitaine L
çais ou Franc-Comtois, acuzon Vous appartient dé- Sormais, à la vie, à la mort |...
— Lacuzon! rép
répéta le voyageur, vous êtes Lacuzon 1...
— Oui, messire,
— J'aurais dû m’en douter, reprit l'inconnu en: regardant ‘les Cadavres, car quelle autre épée que l'épée de Lacuzon aurait frappé de parei coups ?...
uis il ajouta:
— Ah! capitaine! c’est ma bonne étoile qui m'a fait vous rencontrer ici.
Lacuzon l’interrompit en riant. fi
— Votre bonne étoiie! répéta-t-il, et que dirais-je dono de la mienne ?.. Je crois d’ailleurs, messire, que nous devons avoir deux étoiles jumelles, car, certes, sans le secours de la vôtre, la mienne allait s'éteindre cette nuit... Mais je vous ai interrompu et je vous en demande pardon. Vous sembliez heureux de notre rencontre... puis-je vous demander pourquoi?
— J'ai affaire à vous, capitaine. £
— À moi? + écria Lacuzon avec une nuance d'étonnemeut.
— J’allais vous chercher à Saint-Claude, où j'espérais, sinon vous trouver, du moins découvrir quelque moyen de me raettre
‘?n communication avec vous.
— Eh bier, messire, me voilà, et je n'ai pas besoin de vous ré-
oéter que je suis à vous, tout à vous.
— Ce que j'ai à vous dire est long, capitaine, et l'endroit où 1ous sommes...
— Vous le trouvez sinistre, n'est-ce pas? Ah! c'est une riste et hideuse guerre que celle dont voilà le résultat! Nous allons quitter cette maison qui est la mienne... mais, avant de m'éloigner, il me reste un terrible devoir à remplir... Sortez le premier, messire, je vous le conseille, car ce que je vais faire est an arte de justice, un acte nécessaire, mais qui vous paraîtrait ‘éroce… Sortez, je vous en su plie.
— À quoi bon, capitaine? Un acte de vous, quel qu'il soit, peut m’etonner ; mais je ne le blâmerai jamais...
— Soit, messire, restez donc, et soyez témoin de ce qui va se passer ici... Mais n'oubliez pas que j’ai entrepris une œuvre immense, n'oubliez pas que je marche à un but sacré, n'oubliez pas que la trahisou seule pourrait entraver cette œuvre et rene verser ce but, et que, partout où je la rencontre sur MON passage, il me faut l’écraser sous mon ti ferré, sans faiblesse et sans itié.. Restez, messire, et ne vous étonnez point de me voir evenir toui à la fois le juge qui condamne, l’exécuteur qui frappe ! Nous sommes dans un temps et dans un pays où la justice doit être sommaire, et la vie d’un homme est d’un faible poids dans la balance où se pèsent les destinées d’une province!…
Ces paroles, et l'étrange solennité avec laquelle elles furent prononcées, excitèrent au plus haut point la curiosité du voya-
eur. Quelle était donc cettetrahison que redoutait le capitaine?..
e quel acte d’effrayante justice voulait-il parler ? A quel nouveau drame cette demeure ensanglantée allait-elle servir de théâtre ?.…
La réponse à ces questions ne se fit point attendre.
Lacuzon s'approcha de la table qui supportait le corps, ou peut-être le cadavre du malheureux paysan martyrisé par les Gris de Lespinassou.
Il trancha d’un seul coup les liens à demi brisés qui retenaient ce corps, et le touchant légèrement du bout de son épée, il dit:
— Si tu es mort, tant mieux ; si tu es encore vivant, lève-toi…
Cette voix connue, la voix du maître, parut rendre à Pèlerin l’usage de ses sens.
I ft un mouvement léger, ses paupières sbaissées se soulevèrent,— il reconnut Lacuzon.
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Mais, au lieu de la joie qui, selon toute vraisemblance, aurait dû se peindre sur son visage en voyant qu'il n’était plus au pouvoir de ses bourreaux, ses traits exprimèrent une profonde terreur.
Il se souleva par un effort désespéré, il descendit de cette table qui avait été pour lui un chevalet de tortures, et il tomba à deux genoux devant Lacuzon en joignant les mains et en murmuraut :
— Grâce, maître! au nom du Sauveur des hommes |... au nom de la bonne sainte Vierge Marie! Pardonnez-moi.… j'ai tant souffert.
—Tu as souffert, mais tu as trahi! répondit le capitaine d’une voix lente et grave, rien n’excuse la trahison |.
— Oh ! maître, si vous saviez.
— Eh bien, dis-moi ce que tu voux que je sache... Je suis ton juge, et. comme juge, je dois ‘couicr ta défense... si tu crois pouvoir te défendre...
— J'ai résisté tant que j'ai p':.
— Il fallait résister jusqu’à à :: ort.…
— Ils m'ont déchiré les épau!:: nvec Jeurs épées. et je n'ai pas parlé... k
—C'’était ton devoir.
me m'ont percé les bras avec leurs poignards… et je n'ai pas