‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 27 sur 66 · PP · texte numérisé non relu

PP

— Tant pis pour vous! Recommandez votre âme à Dieu dans ce cas, car vous allez mourir!

— 2. oh !.… et qui nous tuera ?..

— Moi.

— Venez-y done, joli muguet! Allons, Limassou, à la besogne !..

L'or des Gris s’avança alors sur Raoul en lui présentant la pointe de sa rapière.

Le jeune homme se mit en garde; mais, tandis qu'il croisait le fer, assou se jetait brusquement et lâchement derrière lui et lui assénait sur la tête un terrible coup A

Raoul chancela, lâcha son arme, essaya de rester debout et de soutenir Eglantine; mais il lui sembla que la terre s’écroulait sous ses pieds, et il tomba comme un homme mort, au milieu du chemin, entraînant avec lui son fardeau.

—Allons, allons, fit Limassou, je crois que le coup était bien frappé! Qu'en dis-tu, Francatripa ?

—Pas mal, pas mal... Le Cuanais a son compte. Le crois-tu mort ?.….

—Pardieu |...

—$i nous l’achevions en lui mettant tout doucettement six pouces de fer dans le ventre ? Qu’en penses-tu Limassou ?.…

—Francatripa, tu m’insultes |

—Bah ! en quoi donc !...

—En parlant d'achever les gens que je tue 1... Après moi il n’y a plus rien à faire, c'est connu !... à

—Eh ! mon Dieu, ne te fâche pas, je n’ai point voulu t’offenser. A propos, as-tu de la corde sur toi ?..

Ne ae .

PT RE nd rudes

—Toujours ! Pourquoi ine demandes-tu cela ?

— Parce que, maintenant que l'amant de Magui ne nous dérangera plus, et pour cause, rien ne nous empêche, si west notre plaisir, de rependre la sorcière qu'il a dépendue….

: a mais c'est une idée, cela !... Tu as des idées, Francaripa ?..

—ÆEh ! mon Dieu, oui, de temps en temps...

—dJustement, voiià un arbre tout près. Ce sera commode |...

—Ah ça !... mais elle neremue pas plus qu’une souche, la vieille Maguil.. on dirait qu’elle est morte |...

—Pas possible 1... Comment ! nous serions volés à ce point 1...

— Voyons donc un peu son visage. :

Limassou se pencha et écarta le manteau.

—Oh ! oh! oh ! cria-t-il sur trois tons différents tandis que l’étonnement arrondissait ses yeux. Diable 1... diable !..

—KEh bien, quoi ? demanda Francatripa, qu'y a-t-il.….

—Il } a que ce n’est pas la sorcière qui est là-dedans,

—Bah |! et qu donc ?...

—Regardel...

Francatripa, qui s’était éloigné de quelques pas pour étudier l'arbre destiné à devenir un gibet, se rapprocha.

—Diable!.. diable !.. fit-il à $on tour.

—Qu'’en dis-tu ?..

—Je dis que voici une fameuse aubaine et que cette fille est le plus belle créature que j'aie jamais rencontrée...

—La reconnais-tu ?

—Ma foi non, et cela par la bonne raison que je la vois pour la première fois de ma vie... ;

—Eh bien, moi, je suis qui elle est...

—Ah ! tu sais ?.…

—Oui. C’est la nièce du curé Marquis.

—La nièce d’un ennemi, bravo |...

—Reste à régler, dit Limassou après un silence, auquel de nous appartiendra la belle.

—Comment ! s’écria Francatripa, mais cela ne fait pas question 1...

—De quelle façon l’entends-tu ?

—J’ai des droits incontestables.….

—Toi ?...

—Moi, pardieu !...

—Je serais curieux de les connaître...

—Est-ce que ce n’est pas moi qui ai attaqué le gentilhomme par devant ?.…

—Oui, an ayant soin de te tenir hors de la portée de son épée ; il n’a pas même reçu de toi une rapnue

—Peut-être, mais enfin je le voyais face à face, tandis que toi tu le frappais par derrière.

—Certes ! et si vigoureusement que je l’abattais du coup. J'ai tué le propriétaire de la jolie fille, la jolie fille est à moi par droit de succession directe. Je le soutiens, et je la réclame... Francatripa tordit sa moustache.

—On pourra te la disputer, dit-il ensuite,

—Toi, peut-être ?.….

—Et pourquoi donc ae

—ÆEh bien, si tu la disputes, on la défendra ; voilà tout.

—Une fois, deux fois, trois fois, veux-tu me céder la belle ?..

—Non! non! non 1... de par tous:les-diables 1...

— Alors, puisque tu refuses de me la donner, je vais la prendre...

—Quand tu voudras….

—Je veux tout de suite...

Et les deux bons compagnons fondirent l’un sur l’autre, la rapière su poing.

Au bout de quelques passes, Limassou recula, ficha son épée en terre par la pointe, et se mit à rire à gorge déployée.

Francatripa le regarda d’un air étonné.

—Qu'’as-tu donc à rire ainsi ? lui demanda-t-il,

—Je ris, répliqua Limassou, parce que nous sommes vraiment trop bêtes 1... Nous allons nous couper la gorge four une fille, tandis que nous avons un moyen bie” simple de nous accorder,

—Un moyen ?.. Lequel ?...

—Au lieu de nous battre, jour 18... Tu à sis avoir des dés dans

ta he...

Foi un toton, ce qui revient nu :16me, —Mon moyen te va-t-il ?

—Mais je le crois bien, qu'il me » 5...

—Eh bien, entrons dans la hutte et portons-y notre enjeu... Les deux routiers soulevèrent Eglantine et franchirent la porte basse de la masure dont nous avons dit un mot, et dont l'unique ièce avait pour tout mobilier un grabat, une table boiteuse et eux escahelles.

Ils placèrent la jeune fille sur le lit, et ils s’assirent de façon à mettre la table entre eux.

—Comment jouons-nous ? demanda Francatripa en tirant un toton de sa poche.

—Au plus haut point si tu veux.

—Non. Cela va trop vite. —Comment, alors De trois coups et à qui amènera le.plus près de vingt-quatre. —$oit.

gi mit le toton sur la table. Il était en os, à huit faces, et sur chaque face se trouvaient des points noirs, représen-

. tant des chiffres depuis ux jusqu'à xurr.

—Commence, dit-il.

Limassou saisit le toton et le fit tourner. Il tourna longtemps et finit par s’abattre sur le côté.

—Huir ! cria Limassou.

Un dernier tressaillement agita le toton qui se souleva une fois encore et gagna une autre facette.

A dit ncatripa avec triomphe, c’est un et non pas

Limassou frappa du poing sur la table.

—À tou tour... grommela-t-il ensuite d’un ton de mauvaise hueur.

158 : LE MEDECIN DES PAUVRES, Le toton tourna et tomba, il amena SEPT.

—À moi... murmura Limassou. .

Puis, après avoir joué: :

—Huir!.… j'ai auir!.…. ah! cette fois, c'est bien auIT !.….

—Oui. Mais ça ne te fait que NEUF points et j'ai deux coups à jouer contre un |... je parie qu’au premier coup j'amène plus de trois. As-tu de l’argent ?

—Quelques pistoles.

—D'ou viennent-elles ?

—De la poche d’un bon bourgeois de Saint-Claude.

—Il te les a laissé prendre ?

—Oh ! j'avais eu soin de le tuer un peu avant de les lui demander.. La chose est allée toute seule.

—Tiens-tu le pari ?

—Oùi.

—Combien?

—Trois pistoles. Je mets au jeu.

—Moi aussi. Voilà l'argent.

Francatripa saisit le ioton et lui donna une rapide impulsion.

—Deux! murmura-t-il au bout d'un instant.

—Gagné ! s’écria Limassou en empochant les trois pistoles. Mr le dernier coup, le coup décisif, car nous sommes neuf à neuf.

Limassou joua, il amena cINQ.

Francatripa n'eut que TROIS.

Limassou avait gagné.

—A moi la fille! dit-il en se levant joyeusement, ,

—A toi la mort! répliqua Francatripa en lui brûlant la cervelle presque à bout portant avec un pistolet qu'il venait de tirer de sa ceinture. Ah ! double brute! s’écria-t-il ensuite, après avoir fouillé les poches de Limassou et soigneusement extrait les pièces de monnaie qu'elles contenaient; cette fille est la nièce du curé Marquis, c’est-à-dire le plus précieux des otages | tu le sais, et tu ne vois en elle qu’une maîtresse d’une heurel... Ah! triple niais!.…. sot animal !... Mais cette capture c’est une fortune, car le Masque noir va me la paper au poids de l'or... et avec de l'or on ne manque ni de belles filles ni de bon vin!

Après ce court monologue, Francatripa chargea sur ses épau-

. les Églantine toujours évanouie. Il sortit de la cahute, il s’engagea rapidement dans le descente de la Poyat, et il gagna la poterne dont le c:pitaine avait parlé à Raoul.

Aussitôt qu’il eut disparu, une vieille ferame abandonna les touffes de genêts dans dns er elle était blottie derrière la masure que Francatripa venait de quitter, et elle s’approcha du jeune baron de Champ-d’'Hivers, étendu au muieu du chemin et qui semblait mort.

Cette femme était Magui la sorcière,

le DEUXIÈME PARTIE

e- LE CHATEAU DE L’AIGLE

. MAGUI LA SORCIÈRE

Une vive sensation de fwoid mit fin au profond évanouissement dans lequel le jeune homme était plongé.

Il entr'ouvrit les yeux, et il vit, comme on voit à travers un épais brouillard, une forme de femme agenouillée à côté de lui.

le C'était la vieille Magui, nous le savons déjà, qui s’efforçait de de faire pour Raoul ce que Raoul avait fait pour elle, baignant ses ir tempes avec de l'eau glacée et lavant sa blessure qui, d’ailleurs, è- était peu profonde.

lu Certes, le coup d'épée de Limassou avait été assez vigoureuse- 18, ment appliqué pour fendre jusqu'aux oreilles une tête solidement le bâtie ; mais par bonheur l’arme ayant tourné dans la maiu du banle dit, le plat seul de la lame s'était trouvé en contact avec le crâne, on produisant ainsi une contusion et une écorchure et non pas une

OT. plaie mortelle. :

UP” Au moment où Raoul reprit l’usage de ses sens, l'engourdisseja” ment de son esprit ne cessa pas tout d’abord, et ainsi que cela 9" arrive à un homme qui s’éveille d’un lourd sommeil, il ne se rappela rien de ce qui s'était passé.

les —Oùsuis-je? murmura-t-il d’une voix faible, en portant la main ar à son front sur lequel Magui faisait couler l’eau goutte à goutte en me pressant un linge mouillé, où suis-je, et que m’est-il arrivé ?.… qui —Messire Raoul, répondit la vieille femme, vous avez été victi-

me d’un lâche guet-apens. On vous a traîtreusement assassiné par derrière, et on vous a laissé pour mort dans l’endroit où vous vous trouvez en ce moment, c'est-à-dire tout au bas de la descente de la Poyat...Le hasard, ou plutôt la Providence, m’a rendue témoin du crime, et j'ai eu le bonheur d’être utile À mon tour à celui qui # m'avait sauvé la vie...Je suis Magui la sorcière,

Tandis que Magui parlait, la lumière se faisait rapidement dans dei l'esprit de Raoul et les souvenirs lui revenaient en foule.

—Ah ! s’écria-t-il en se soulevant, tandis que l'expression de la terreur et du désespoir venait contracter son visage livide at qu'un rapide frisson glaçait son sang danuses veihes. Je me souviens |. je me souviens L. l'incendie... e capitaine Lacuzon.…Églantine!.…

Oh! mon Dieul...mon Dieu !...Églantine!...où est-elle ?.…qu’estelle devenue?...Femme, le savez-vous?...Au nom du ciel, si vous le savez, dites-moi ce qu’elle est devenue !.… — Hélas ! messire, la nièce du curé Marquis a été enlevée. —Par les assassins, n'est-ce pas ?

—Par un seul d’entre eux, par un misérable qu pour n'avoir ai à partager sa proie, a tué sou compagnon d’un coup de pistolet…

—-Mais c’est le déshonneur pour elle, mon Dieu !...mais c'est la mort !...car cet homme, après l'avoir violentée, la tuera, comme il a cru me tuer moi-même [...

—Rassurez-vous, messire Raoul, la nièce du curé sera respectée par son ravisseur.…

—Le croyez-vous réellement, femme?...le croyez-vous f.…

—Je fais mieux que le croire, j’en suis sûre.

-—Qui vous donne cette certitude? parlez !...parlez vite.

— paroles mêmes du bandit qui v’est emparé de la jeune fille... Eglantine n’est pas considérée par lui comme une femme, mais comme un © u’il s'apprête à vendre chèrement au plus redoutable ennemi des libertés franc-comtoises.

—Et cet ennemi, quel est-il ?

—Le Masque noir.

Raoul, couché et immobile jusque-là, bondit sur ses pieds et essaya de se tenir debout; maïs il était faible et chance ant, et, pour ne pas tomber, il fut obligé de s’appuyer sur l'épaule de Ma:

ui.

; —Le Masque noir ! répéta-t-il, vous avez dit le Masque noir ?..

.….Je l’ai dit.

—Vous connaissez l’homme qui se cache sous ce masque ?

—Je le connais.

—Vous savez son vrai nom ? \ —Je le sais.

-— Vous savez où il se cache?

—QOui.

—Vous savez, alors, où l’on va conduire Eglantine Ÿ .

—Je sais cela comme le reste.

—Et vous allez me dire tout ce que vous savez, n'est-ce pas ?...

—Je vous le dirai...mais pas à vous seul.

— Pourquoi ?

—Parce qu'il est un homme que ces terribles secrets intéressent autont que vous et qui doit les apprendre en même tem ps que i vous...

—Æt cet homme ?..

—C'est votre ami ; c'est le capitaine Lacuzon.

—Vous svez raison, répondit Raoul, Laeuson doit tout savoir. 2.

Venez... ne perdons pas un instaut.…il m'attend sans doute au rendez-vous donné! : |

Mayui seccua la tête.

Quel est ce rendez-vous? demanda-t-elle énsuite.

— Le capitaine m'a indiqué, pour nous y trouver, un sapin gigantesque situé sr: la lisière de la forêt qui fait face À la ville.

— Et ce rendez-vous, quand vous la-t-il donné ?..,

: —Au moment où nous nous séparions. Il y a tout au plus une eure,

—Messire Ruoul, dit la vieille femme, bien des heures se sont écoulées depuis le moment où vous avez perdu connaissance. La nuit est venue, c’est la lune qui nous éclaire et non pas le jour... il est minuit passé. le capitaine Lacuzo: n'est plus au rendezvous.

—Mais où donc est-il, alors ?.. ê

—Ï1 e:t à l’endroit convenu entre Marquis, Varroz et lui, il est au trou des Gargônes..

—Connaissez-vous les chemins qui conduisent à cette caverne u’on dit inaccessible pour tout autre que pour les montagnards es corps francs ?.….

—Je les connais.

.… —Et vous êtes sûre &e ne point vous perdre ou de vous égarer dans ces dangereux sentiers ?.…

—J’en suis sûre.

— Quand partirons-nous ?

—À l'instant même, si vous vous sentez la force de marcher.

—-La force, c’est la volonté, répliqua Raoul. J'ai la volonté, une volonté ferme ct inébran!lable, donc je suis fort...

Magui tira d’une sorte de bissac qu’elle portait un morceau de pain noir et une petite gourde.

—Mangez un peu de ce pain, dit-elle ensuite, et prenez une

&orgée d’eau-de-vie ; nous nous mettrons en route aussitôt après.

Raoul but et mangea, et, si frugale et insuffisonte que fût cette nourriture, il se sentit copen dent ranimé st réconforté.

—Venez maintenant, dit Magui.

Et elle se dirigea vers la poterne du rempart.

Le jeune homme la suivit d’un pas un peu lourd d’abord et hésitant, mais qui ne tarda guère à devenir feriie et assuré.

Us franchirent la poterne qu'ils trouvèrent tout ouverte et s'enfoncèrent dans la vallée, en côtoyant les rives de la Bienne.

—Nous avons du chemin à faire, dit Magui, et je voudrais ménager vos jambes, messire Raoul, en ne vous coniraignant point à marclier trop vite ; il est bien essentiel cependant d'arriver à la Rixouse avant le jour. D'ici là nous avons à traverser deux villages, Avignonnei et Valfin ; c’est de ce côté-là que les Gris se tiennent d'habitude, et j'ai peur que nous ne rencontrions quel-

ques-unes de leurs bandes... et pourtant, le capitaine Lacuzon les

a si bien écharpés aujourd'hui à eint-Claude, qu'ils doivent se

cacher et ne guère songer à courir le pays. Une fois Valfin pussé,

uous n’aurons plus grand’chose à craindre.

+—Et les Suédois, demanda Raoul, où sont-ils ?

— sont voulu recommencer:la bataille et rentrer dans la ville

au milieu de l'incendie... Le capitaine Lacuzon, le colonel Varoz

et.les montngnards les ont repoussés et leur ont donné ln chasse

du côté de Longchaumois... À cette heure, s'ils courent toujours, ils déivent être loin...

—Tls vont sans doute chercher à se reformer ?..

— Peut-être, mais pas de sitôt. J'imagine Le gagneront Nantua le plus vite possible... ou encore qu'ils descendront à Clair. vaux... Mais que feraient-ils dans cette ville ruinée et presque abandonnée par les habitants ?... Vous savez sans doute que les immenses domaines et le château des barons de Champ-d'Hivers

"sont situés dans les environs ?.. Ah! si le noble baron Tristan était encore de ce monde. ou si son fils vivait, comme ces braves seigneurs et ces fiers gentilshommes auraient bien su barrer le chemin aux Suédois fugitifs et n’en aaräient pas laissé sortir un seul de la provincel...

—Vous semblez parler avec émotion et ayec attachement de cette race des Champ-d’Hivers, dit Raonl; c’est cependant une famille éteinte, et je croyais son nom à peu près oublié...

—Oublié ! répéta vivemrrt Magui, oubliél... un nom comme celui-là !.. ne le croyez pr'rt, messire! Dans vingt ans comme aujourd’hui, pour la géne.. «on qui grandit comme pour ls génération qui s'éteint, pour nos enfants, et pour les fils de nos enfants, ce nom restera vivant et vénéré aussi longtemps que le dernier vestige de reconnaissance ne sera point faog dans le cœur des montagnards.

—Les Champ-d’Hivers faisaient donc du bien ?..

—Is en faisaient autant que la plupart des autres it’gneurs font de mal, et ce n’est pas peu dire... ils étaient, depuis des siècles, les bienfaiteurs du pays, et on s’en souvient, méssire! Oh! vieux manoir incendié, pourquoi le lierre couvre-t-il aujourd'hui les ruines de tes tourelles autrefois si fières?.. Pourquoi le plus noble ssng de la provinoe a-t-il coulé sous le poignard des assassins ?.. Oh ! baron Tristan, et toi, pauvre enfant, sur quir eposaient tant d’espoirs, pur rejeton d’une:tige si belle, quand donc viendra votre vengeur ?.…..

Tout en parlant ainsi, la v'eille Magui s'était animée peu à peu, et sa voix, enrouée d’abord et à peine distincte, était devenue éclatante et solennelle comme celle d’une prophétesse.

La haute taille de la prétendue sorcière se redressait, ses longs cheveux gris flottuient au vent, son regard était plein d’éclairs, et sur toute sa personne ravonnait une sorte d’étrange majesté, la majesté du malheur et de l’enthousiasme.

Raoul en l’écoutant, sentait son cœur vuure avec impétuosité.

Vingt fois il avait été au moment de l’interrompre pour lui crier :

—Femme, cette race que vous croyez éteinte est ji vivante que jamais |... Ce rameau que vous croyez brisé refleurira bientôt !... Cet enfant que vous te si amèrement n'est pas mort! Je suis Raoul de Champ-d'Hivetx 1...

Mais il avait lutté sontre cette violente tentation de ge trahir

Ad-merge, et, voulant se donner le temps de calmer l'émotion “HAeaL herur ui s’emparuit de lui, il avait ralenti son pas, de en ce que Magui pût le dépasser.

nsevelie dans une sorte d’extase où la plongeaient 1:8 pe. sées et les souvenirs qu’elle venait d'évoquer en elle-même, la vieille femme continua à marcher pendant quelques instants sans s'apercevoir qu'ells était seule.

Mais bientôt, n'entendant plus le bruit des pas réguliers de son compagnon, elle se retourna, et elle vit qu'une assez grande distance la sépurait de Raoul,

Elle revint vivement à lui.

—Est-ce que votre blessure vous fait souffrir, messire ? lui demanda-t-elle ; est-ce que vous vous sentez déjà fatigué au point de ne pruvoi, continuer la route ?..

— Non, répondit le jeune homme, ma blessure n’est rien, c'est à peine si je‘?a sens encore, et l'air froid de la nuit me fait grand bien... Quant à mes a elles sont bonnes et ne seront point fatiguées de sitôt... Il m'avait semblé entendre un bruit de pas derrière nous et c’est pour écouter mieux que je me suis arrêté.

Magui prêta l'oreille.

—Vous vous êtes one dit-elle au bout de quelques secondes ; je suis vieille, mais l'habitude de vivre au grand air et de coucher souvent dans les bois sur un lit de feuilles sèches, a développé certains de mes sens d’une façon extraordinaire... Ainsi, nul archer franc-comtois n’a le coup d'œil plus prompt et plus perçant que moi ; je ne confonds pas dans la nuit le pas du loup et celui du renard, et je distingue, à une grande distance, le soupir d’une créature humaine au milieu des plaintes du vent. Je vous répète, messire, que vous vous étiez trompé et que personne av vient derrière nous.

--Marchons, alors, répondit Raoul.

—Marchons.

Le jeune homme et la vieille femme se remirent en route l’un À côté de l’autre, et cheminèren’ assez longtemps sans échanger une parole, quoique, peut-être, les pensées qui se succédaient a laur esprit eussent de part et d'autre plus d’un point d’ana- 8 traversèrent les deux villages dont Magui avait parlé, et ni dans l’un ni dans l’autre ils nefirent de mauvaises rencontres,

Quand ils arrivèrent à ia Rixouse, il était six heures du matin; o'eri assez dire que la nuit était profonde encore etque tous les paysans dormaient dans leurs maisons solidement fermécs.

— Maintenant, messire, dit Megui lorsqu'ils eurent franchi les deraières maisons du hameau, je vous répète que par ici. nous n'aurons plus rien à craindre des Gris. Si vous vous senti: trop las, rien ne nous empêcherait d'entrer dans une grange isoiée que je connais à une demi-lieue d'ici, et d’y dormir paisiblement pendant deux où trois heures pour reprendre des forces...

— Dormir ! s'écria Raoul, dorinir lorsqu'il s'agit de retrouver et de défendre glantine i...Ce serait une faiblesse ei presque une lâcheté, qu'une femme même ne se pardonnerait pas !...Sommesoous loin encore ?.….

—Oui, messire, x 13 somimes loin, bien loin, et si la route a 6t4 belle jusqu'ici, en rsyxnche elle ne tardera guëre à devenir véritablement effrayante.

—Qu’importe ?.. Puisque d'autres y psisent, puisque vous y passerez vous-même, il faudra bien que j'y passe aussi, moi. :

—Venez donc, messire, et que Dieu permette, duns sa justice, que vos forces soient à la hauteur cie votis courage!

Après deux nouvelles heures d’une mstche rapide, le cloc::#r du village de Saint-Laurent apparut aux voyagours.

Magui s’arrêta

—Mesaire, dit elle, vous devez avoir faim...

—Oui, réponit Raoul ; je n'ai mangé, dopiis près de vingtquatre heure. que le morceau de pain que vous m'avez don!.$ cette nuïl..mais sl faut atteudre, j'attendrai, c: de mé que je lutte contre |: fatigne, je lutterai contre la faim. ù

Magui cherchs dans ton bissac, elle n’y trouve que ln peti:e Sourde aux rois quarts vice,

—Plus rien ! .niuenur:1.#lle,

. Puis, tout nant, elle desuns a:

PE MS de l'argent, messire?.….

—Oui.

—Tant :nieux, enr aroo de l'urgent on achète du pain... Donneszmoi une pièce de monnaie, et, en traversant Saint-Laurent, je vous aurai ce qu'il faucre.…

Raocl se fouilla aussitôt.

tait ne Rourse Jovrde gen que Rois qui le velle cons "ai perdu ma bourse! s'écria-t-il, quand il eut bien constaté

Le Lhagis poches étaient aussi parfaitement inhabitées que la

# Ra ds “essire, répondit Magui, vous n'avez rien psrdu, on vous —Qui donc?

—L'un des bandits qui venaient de vous assassiner.… Je l'aurais périé, car le a eût été peu vraisemblable...

te ve

-—Ne vons inquiétez de rien, messire, jo pourvoirai à tout... Vous avez faim, vous mangerez.

—Quei est votre projet ?.. :

—Oh ! c’est un Rroiet bien simple et qui ne vaut par la peine d'être expliqué... Nous allons nous réparer.

—Nous séparer ! s’écria Raoul, et comment voulez-vous que je retrouve mon chemin sans votre aide ?..

—Notre séparation ne sera pas longue. Vous voyez là, en face de paie le oder de Saint-Laurent ?

ui. :

—Le village n'a qu’une seule rue, ou plutôt le village ne consiste qu’en une double rangée de maisons alignées de chaque côté de la route...Tl n’y à pas moyen de :: tromper...un aveugle mé.

femens..La

; Fe HO SCÉBICIAI pas...

nn co 2 M eo

nn,

LE MEDECIN DFy PAUVRES,

—Eh bien?

— Et bien, messire, je vais gagner les devants ; vous me laisserez prendre un peu d’av

ance, Vous me suivrez dans cir:q minutes par exemple, et nous nous rejoindrons à uelques centaines de pas lus loin que la dernière maison du village.

is 6 Pourquoi ne voulez-vous pe trave

rser ce village avec moi ?.. Kst-ce à cause de la de vos vêtements ot me sup- Posez-vous donc assez de misérable petitesse dans l'esprit pour rou- &ir d’être vu en votre compagnie? .

—Non, messire, jene crois pas cela, je ne doute ni de votre esprit ui de votre Cœur...mais il faut

ne ce que je vous domande en ce Moment soit fait comme je le désire...

Ne puis-je savoir Pourquoi vous ga Portance à une chose qui i — Parce qu'il le faut —Mais, au moins, donnez-moi une raison bonne ou mauvaise, ae fût-ce que pour satisfaire ma curiosité.

—Ét si je vous donne cette raison, fantaisie 9...

= Qui,

Vous me laisserez agir à ma

—Alors, messire, puis ’avez plus le droit détourner de mon projet, quel qu'il soit, j

la vérité : ce pain qu’il! nous aut, et que je ne Puis acheter, je vais le demander à l’'aumône... Je vai i

8 ‘€ Vals tendre la main à c Maison, en traversant Saint-Laurent, ;

» Jusqu'à ce que des âmes charitables m'aient donné le nécessaire ; et vous qui êtes noble, messire, car je vois bien que vous êtes noble, quoique j'ignore votre nom, vous comprenez qu’il n’est Pas possible qu’un gentiloOmme soit vu par des Paysans dans la Compagnie d’une men- Et sans même attendre la réponse de R ‘un pas rapide en tournant la tête de te surer que le jeune homme ne cherchait gré sa promesse,

aoul, Magui s’éloi na mps en temps Pour s’aspoint à la rejoindre mal-

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