LE SECRET DU MASQUE NOT
Un tronc de sapin ébranché, et jeté d’une rive À l'autre, formait un pont fragile et mouvant sur lequel il fallait se hasarder,
De l’autre côté du torrent étaient deux montagnards.
Le premier se tenait penché, tout prêt à précipiter le sapin dans l’abîme au moindre signal d’alarme.
Le second épaulait son mousquet en criant :
—Qui va là F.
—$aint-Claude et Lacuzon ! répondit Raoul.
— Passez, dit le montagnard.
Et comme la précédente sentinelle, il fit retentir à deux reprises la trompe rustique qu’il portait suspendue à son cou.
Raoul, tout frémissant, traversa le pont dangereux qu'il sen. tait vaciller sous le poids de son corps, et il fut bien forcé de s’avouer à lui-même que des épées et des mousquets dirigés contre lui lui causeraient moins d'épouvante que ces périls sans cesse renaissants de la montagne.
Le sentier côtoyait pas À pas le lit du torrent et, par une pente rapide sur laquelle de grosses pierres semées ça et là formaient comme une ébauche d'escalier, descendait jusqu'au niveau du bassin dans lequel le Hérisson, lancé de cent pieds de haut, s’engouffrait, pour en ressortir bouillonnant, large, majestueux, et plutôt fleuve que rivière.
—C'est là qu’il nous faut passer... dit Magui en arrétant son compagnon sur la marge glissante du bassin, en parlant assez haut pour que le bruit de ses paroles ne se confondît point avec le tonnerre des eaux mugissantes.
—Là? répéta Raoul avec stupeur ; mais c’est impossible !.. Les flots bouillonnent contre les rochers comme dans les chaudières de Satan !.. Le plus hardi nageur serait brisé mille fois s’il tentait de traverser le torrent !...
En ce moment, et comme pour confirmer les paroles du jeune homme, un chêne panne, déraciné par quelque orage, glissa le long de la cascade éblouissante, s’abîma dans le gouffre et pas une de ses branches ne reparut à la surface. L'arbre tout entier venait de s’anéantir dans des profondeurs inconnues !...
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—Voyesz, dit Raoul, voyez 1... |
pur ds le saisit par la ain, Eee
—Fermez les yeux, lui dit-elle, et suivez-moi. |
Raoul obéit.
Au bout de deux ou trois secondes, la vieille femme cessa de marcher, et Raoul, éprouvant une sensation de froid glacial et sentant un vent plus aigu que la bise d’hiver le fouetter au visage, ouvrit les yeux et regarda.
Magui l'avait amené sous la cascade même, et tous deux se | trouvaient debout sur une étroite saillie entre le rocher et la chute ! | d’eau, dont la nappe incessante formait comme un voile étrange L, ‘qu malgré sa transparence, ne Aie point de distinguer
’une façon complète les objets placés de l’autre côté.
Le flot succédant au flot refoulait sans cesse les couches d'air dans cet étroit espace, ei causait ce vent continuel et ce froid gla- l cial dont Raoul ressentait les morsures.
Ces masses liquides, métamorphosées dans leur chute en une ? sorte de poussière humide, roulaient dans, l’abîme sinsi qu'un brouillard et rendaient plus glissante que du verglas la corniche [| que foulaient les pieds de Raoul., (
Ce dernier dégagea vivement sa main que Magui tenait et se précipita sur l’autre bord. |
Quand il sentit l'air libre baigner son front, quand il ne vit | plus entre ses regards et l'horizon cette formidable cataracte qui | semblaient l’emprisonner et le séparer à tout jamais d’une atmosphère respirable, il éprouva une sensation délicieuse, il lui | sembla qu’il revenait à la vie.
—Nous touchons au but de notre voyage, dit Magui; le trou | des Gangônes est situé parmi les rochers qui dominent le petit | bois dans lequel nous entrons... |
—Que Dieu en soit béni ! répliqua Raoul... il était temps, car mes forces sont à bout !.…. |
A peine la vieille femme et le jeune homme avaient-ils fait quelques pas sous les arbres dépouillés, que trois hommes paru- l rent devant eux.
L'un de ces trois hommes était Garbas.
—Ah! messire, dit-il à Raoul, comme vous avez tardé, et avec quelle impatience vous êtes attendu |
-—Prévenez le capitaine que me voici, je vous en prie...
— Le prévenir ! Croyez-vous donc qu'il ne sache point votre ar-
rivée ?.… | —Et comment en serait-il instruit ?..
—Aucun étranger ne met le pied sur les domaines des corps ( francs sans qu’un éclaireur vienne annoncer son approche au '
trou des Gangônes.…. Il y a près d'une heure que le capitaine connaît votre présence sur les bords du Hérisson.…
—£h bien, hâtons-nous d'aller le rejoindre.
Garbas passa le premier.
À la sortie du bois se trouvait un talus incliné, par une gigantesque muraille de rochers à pic.
An sommet du ta:us et à la naissance du roc s'ouvrait une las