MARCHÉ CONCLU
—Oui, je vais vous répondre, répéta le seigneur de l’Aigle, et de même que vous aves été franc aveo moi, je serai franc avec vous. ‘Oui, plus d’une fois j’ai eu en mon pouvoir le capitaine des corps francs, et avec lui les deux autres membres de cette trinité en qui reposent, ainsi que vous le dites vous-même, la force et l'espoir de la province... Oui, je sais comme vous que le jour où ces trois hommes seront morts ou prisonniers, la Franche-Comté sera con-
uise, car les partisans montagnards, désormais sans chefs, se
isperseront ; la terreur s’emparera des esprits et toute résistance semblera impossible etle deviendra en effet. Oui, j'aurais pu depuis longtemps vous livrer Jean-Claude Prost, le colonel Varroz : et le curé PE ln mais en le faisant, comte de Guébriant, je me serais mis pieds et poings liés à votre discrétion, ou plutôt à celle du roi de France et du cardinal de Richelieu, et c'est ce que je ne devais pas accepter !.… La reconnaissance des rois est chose trop douteuse !... Une fois le service rendu, ils oublient facilement le serviteur !.. :
À | ns de l’Aigle, s'écria Guébriant, ce doute est une injure !...
—Qui ne s'adresse jus à vous, monsieur le comte, et que Sa Majesté le roi Louis XIII ne rélèvera pas 1... Donc, j'ai dû laisser la guerre suivre ses phases différentes de succès ou de revers, de revers surtout, afin de vous bien prouver que vous ne pouviez vous passer de moi... Aujourd’hui et vous Voyez qu'en vous parlant ainsi je joue cartes sur table), aujourd’hui vous ne pouvez tenir plus longtémps à la campagne, vos troupes sont décimées et épuisées, l'hiver commence. Maîtres de Saint-Claude il y a trois jours, vous en étiez chassé hier par une poignée d'hommes moitié paysans et moitié soldats... Tl ne vous reste d'autre alter. native que d'en finir, grâce à moi, ou de vous avouer vaincus !.. Le comte de Guébriant, forcé de convenir vis-à-vis de lui-même
qu’Antide de Montaigu avait raison, baissait la tête et moïdait sa moustache.
—Vovs vous sentez le plus fort ! dit-il enfin au bout d’un instant, vo :s savez que vous êtes devenu nécessaire et que le succès déper de vous, et vous voulez profiter de votre position. C’est de l’habileté et je ne puis vous blâmer d'agir ainsi ; mais je vous répète que les intentions de ‘- our de France à votre égard sont franches et loyales.
—Le cour de France! 1pa le seigneur de l’Aigle. Eh bien, comte, vous me forcez à aller plus loin que je ne l'aurais voulu et que je ne le devrais peut-être... vous me forcez à vous dévoiler kr pensée tout entière... Ce n’est pas de la France que je me
—Et de qui donc? demanda Guébriant avec hauteur.
—-Je vous parle avec calme, messire comte, écoutez-moi de même... La France m'a fait des propositiens, c’est avec la France qu j'ai traité, c’est à la France que m'’attachent tous mes intérêts….
—Eh bien?
—Eh bien, je consens à ce que la Comté devienne province française ; mais il est une chose que je ne souffrirai jamais...
—Laquelle ?
—C'est qu’un autre prétende se tailler dans la province un royaume à part, et se forger à mes dépens une couronne de roi des montagnes |...
—Je ne vous comprends pas...
—Vraiment ! murmura Antide de Montaigu avec un sourire ironique.
Puis il ajouta: .
. —Rapportez mes paroles au duc de Saxe-Weimar, et vous verrez qu'il me comprendra, luil…
Le comte de Guébriant mordit plus que jamais sa moustache et garda le silence.
—Vous vous taisez, reprit le seigneur de l’Aigle au bout d’un instant; tant mieux, Car ceci me prouve que nous nous entendons à merveille. Je continue : Oui, la France veut la Comté, mais d’autres ambitions veillent et se promettent d'entamer une seconde lutte quand la première sera finie. Vous êtes Français, mais vous n'êtes pas au service de la France, comte de Guébriant… Vous avez un maître, et vous vous dévouez à ce maître, c’est tout naturel. Or, le duc de Saxe-Weimar, aujourd’hui l’allié de Louis XIIT, pourrait bien, après la conquête, se tourner contre lui. Ses projets, ses ambitions, ses espérances, sont connus depuis Jongtemps ; il est vraisemblable que rien de tout cela n’a changé. Vous êtes le premier aide de camp de Saxe-Weimar, et c’est avec vous seul que j'ai été mis en rapport ; il est possible, il est même probable que des ordres secrets vous ont été donnés...
—Counte de Montaigu !.…. s’écria Guébriant en pâlissant de colère. ’ Padnanil comte ? demanda Antide avec le plus grand sangroid. AR
—Vous doutez de ma loyauté et de celle de mon maître !..
Le seigneur de l'Aigle se mit à rire, d’un rire un peu contraint peut-être, mais éclatant et sonore.
—Ne parlons pas de loyauté, comte de Guébriant, dit-il ensuite; nous n’ignorons ni l’un ni l’autre que le mot existe, mais que, pour nous autres ambitieux du moins, la chose n'existe pas. Du reste, si je vous ai dit longuement tout ce que vous venez d'entendre, c'était pour en arriver à ceci: les espérances et les rêves de votre maître m'importent peu, me: il m'importe beaucoup de ne pas m trouver le lendemain de la victoire, en face d’un souverain, petit ou grand, qui n'aurait contracté envers moi aucun engagement. C’est avec le cardinal de Richelieu et non avec le duc de Saxe-Weinrar que j'ai traité par votre entremise. Je veux me trouver en droit et en mesure de défendre la province, au nom de la France, contre tout prétendant, quel qu'il soit, et contre le duc de Saxe-Weimar aussi bien que contre les sutres.…
Guébriant fit un mouvement brusque.
—Ne vous cahrez pas, je vous en prie, messire comte, ursuivit le seigneur de l’Aigle, vous feriez de l’indignation à roid, car vous comprenez à merveille que j'ai complètement raison..Je finis, d'ailleurs, etje me résumeainsi: La nuit dernière, en me quittant, vous m’avez fait l'honneur de me promettre pour cette nuit une solution. Le titre avec lequel vous m'avez salué tout à l'heure, au moment de votre arrivée, pouvait et devait me faire croire que cette solution vous me l’apportiez enfin. Si vous l’avez réellement, donnez-la moi, cer je suis fatigué d'attendre... je consens à croire que personne... vous entendez, personne n’a cherché à reculerl’6chéance de mes engagements vis-à-vis de la cour de France, et de ceux dela cour de France vis-à-vis de moi... Mais je me verrais contraint de douter si vous m'en refusiez la preuve...
Le comte de Guébriant défit quelques-unes des agrafes de son
urpoint, et, prenant dans son sein un papier plié en forme de
ettre, il le tendit au seigneur de l’Aigle en lui disant:
—Voici la grure que vous demandez.
Antide de Mnntaigu saisit avidement ce papier, le déplia d’un geste rapide et le parcourut d’un seul regard.
C'était un message envoyé par le duc de Saxe- Weimar au comte de Guébriant.
—Cette lettre, dit-il quand il eut achevé, en annonce une autre, . une lettre du cardinal de Richelieu, adressée à moi directement et que vous êtes chargé de me remettre.
—Oui, messire comte.
—Et, demanda Antide avec un tressaillement d'impatience fébrile, cette lettre de Son Eminence, vous l’avez ?...
—La voilà. Les instructions que j’ai reçues me prescrivaient de ne vous la donner qu'au moment où vous auriez acquitté toutes vos promesses. mais votre franchise a commandé ma confiance.
Le seigneur de l’Aigle brisa le large cachet de cire rouge fermant l’enveloppe qu et carrée qui venait de lui être remise par le comte de Guébriant; il déploya le parchemin plié en quatre et il
lut.
À mesure qu'il avancait dans sa lecture, son visage semblait
int rayonner de pe en plus; les rides de son front s’effaçaient, et de
son regard jaillissaient de joyeux éclairs.
ite; —Comte de Guébriant, demanda-t-il ensuite, savez-vous ce que jue, renferme ce parchemin ?.….
Du —Je sais du moins ce qu’il doitrenfermer. Son Eminence accepte 'en- toutes vos conditions, et, selon vos désirs, vous nomme gouverneur ves du comté de Bourgogne, à partir du jour où la Franche-Comté à ) de sera A ar française. 4 jOU- —Oui, messire comte, et je suis heureux de reconnaître que, non e cun plus que la femme de César, la loyauté du cardinal, celle du duc > le de Saxe-Weimar et la vôtre ne pouvaient être soupçonnées... J'ai eux d’ailleurs à ma disposition un moyen sûr de me faire pardonner OM à l'instant même mes doutes offensants, et de vous prouver en ) le même temps combien vous aviez tort, vous aussi, de croire qu'il
y eût duns ma conduite quelque chose de tortueux...
—Et ce moyen, messire comte ?..;
aui- —C'est de vous apprendre une bonnenouvelle... L'un des memcar bres de la grande trinité des montagnes est en notre pouvoir. nis, Lacuzon ?.. s’écria le comte de Guébriant. ant, —Ni Lacuzon, ni Varroz. répondit Antide. Le père et ie fils nous une ont échappé, mais nous tenons le saint-esyrit… Le curé Marquis est au prisonnier. que —En effet, monsieur le comte, c'est là une nouvelle importante. ent, Pouvez-vous me donner quelques détails ?... . oire —Marquis, fait prisonnier par les Gris, il y a quelques heures, l’é ; a été tout aussitôt, par mes ordres, dirigé sur le château de Clairt de vaux, où le conte de Bauffremont, notre allié, ee chargera de le rais bien garder... Je prendrai, à cette occasion, la liberté de recomman- 1
der à raus et au cardinal le comte de Bauffremont; une position 4 son k à la cour de France et un régiment suffiront à son ambition. Il est 1 » de d'ailleurs, vous le savez, fort grand seigneur... À
—Comptez sur moi !... Marquis prisonnier l... C’est une capture . 1) heureuse et qui nous fait faire un grand pas... 4
l’un —Et je me charge de vous livrer Lacuzon et V'arroz. —Où sont-ils maintenant ? 4 mte —Au trou des Gangônes. 4 —Tout près d'ici, n'est-ce pas ?.. ‘4 tre, — À une heure et demie de chemin tout au plus. LU ent —Ecoutez-moi, seigneur de l’Aigle. Je ne suis pas un HApiomete. moi; je suis un soldat, et toûte trahison me répugne... Varroz et
Lacuzon sont des ennemis sans doute, mais ce sont de braves gens,
» fé- mais ce sont des héros... Il faut qu’ils meurent, mais je voudrais les voir mourir honorablement, comme ïilsle méritent, sur un t de champ de bataille et les armes à la main... N’est-il donc point posutes sible, au lieu de les attirer dans un piège comme des fouines ou nce. des loups, d’aller les attaquer dans leurs retraucnements et d’arriant ver au trou des Gangônes ?...
ir le Antide de Montaigu sourit. :
et il —C'est chevaleresque, messire comte, dit-il ensuite ; mais, mal-
heureusement. c'est impossible...
—Pourquui ?
REG MARNE dt Pt à des id iii
—Le trou des Gangônes sst inaccessible et imprensble... il faudrait être un aigle pour y enir-quand les -passagessont gardés. Dix hommes résolus tiendraient tête sans peine, au défilé de la a réa à une ârmée tout entière !.. Je vous le répète, c'est impossible...
—Ne pourrait-on, du moins, envelopper dans un blocus rigoureux la caverne et la vallée entière. Chefs et soldats, pris par la famine, seraient bien vite contraints de *: rendre...
—Prisonniers de cette façon ou d’une autre, qu'importe? demanda Antide.
—De cette façon ils subiraient les lois de la guerre... ils ne suc-
scomberaient point par le fait de la trahison...
—La distinction est subtile !
—Pas pour moi, seigneur de l’Aigle, répondit sèchement Guébriant. Enfin répondez-moi: Avec les forces militaires dont je dispose, puis-je enfermer le trou des Gangônes dans une infranchissuble barrière de rapières et de mousquets ?
—Non, messire comte, vous ne le pouvez par et voici la raison de cette impossibilité. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit plus d'une fois au sujet de l’organisation des corps francs du capitaine Lacuzon. Ces compagnies de partisans montagnards sont fortes d'environ trois mille cinq cents homines, disséminés dans le haut Jura, et qui ne se réunissent jamais complètement que dans les occasions importantes et lorsqu'ils savent que doit avoir lieu quelque action décisive. Le capitaine a des lieutenants qui commandent les corps dispersés dans la r‘ontagne. Ces chefs partiels communiquent avec le chef suprême par des émissaires qui viennent chercher les ordres et retournent assigner le lieu et l'heure du rendez-vous. En une demi-journée, Lacuzon peut mettre sur pied et faire converger vers un centre commun tous les hommes dont il dispose, et que vous vous attireriez à la fois sur les bras si vous cherchiez à investir le trou des Gangônes. Cette caverne, d'ailleurs, n’est qu’une sorte de quartier générai où deux ou trois cents montagnards, tout au plus, se trouvent réunis. C'est là que se concentrent les grands dépôts de munitions et d'armes. Des vivres abondants y sont entassés, et il faudrait que le blocus durât bien longtemps pour amener la famine. Ce n'est
as tout : on affirme, et je le crois, que le trou des Gangônes ren- Rrme des issues secrètes, connues seulement de Lacuzon, de Varroz et de Marquis, et qui, par des chemins souterrains, conduisent au loin dans la campagne ceux qui ont des raisons pour ne point se montrer dans la vallée d’Ilay. Comment surveiller ces issues dont nous ne pouvons que soupçonner l'existence ?.… Vous croiriez avoir enfermé Lacuzon dans un cordon infranchissable, et Lacuzon, dont notre folle confiance doublerait la force, nous attaquerait par derrière, à l’improviste, avec cette irrésistible élan, avec cette fougueuse audace qu’il sait communiquer aux partisans dont il est le chef, et la sanglante défaite de Saint Claude aurait un pendant !.….
—Vous m'avez convaiucu, répondit le comte de Guébriant. Je
comprends que vis-à-vis de semblables ennemis, la force est impuissante et qu'il faut smployer la ruse.
—Ft nous l’emploierons messire comte...
—Que comptez-vous faire ?
—Je ne le sais pas encore. Mon plan me sera dicté par les circonstances.. Je ferai naître l’occasion ; il est facile d'attirer dans un piège adroit des hommes sans défiance...
—Judas!… murmura Guébriant avec un profond dégoût, mais assez bas pour que le seigneur de l’Aigle ne Ventendtt point.
—Dès demain, pren Antide de Montaigu, ou plutôt dès aujourd’hui, car il est minuit passé, je me mettrai à l’œuvre. et, des commencer, je vous demande la permission de terminer et d'expédier à son adresse une lettre que j'écrivais au moment de votre arrivée, messire comte, et dans laquelle jenjoins au seigneur de Bauffremont de faire garder à vue, jour et nuit, celui qui est la tête et l'intelligence de la trinité montagnarde, celui que nous appelons le LT le curé Marquis enfin...
Tout en parlant, Antide de Montaigu ajouta quelques carac< tères à ceux qu’il avait déjà tracés sur une feuille de papier, et tendit cette feuille au comte de Guébriant.
—Et qui va se charger de votre lettre? demanda le comte de Guébriant en la pad
—Une vieille femme en qui j'ai confiance et que personne au monde ne peut soupçonner de faire partie de mes agents... D'ailleurs, si cette lettre était perdue ou enlevée, ceux entre le: mains de qui elle tomberait ne sauraient en retirer de grands avantages.
—Comment cela?
Regardez, messire comte...
Guébriant examina la lettre, qui ne contenait, ninsi que nous l'avons déjà dit, que des caractères bizarres et hieroglyphiques et des chiffres disséminés ça et là.
—En effet, dit-il ensuite, voilà qui ressemble aux griffonnages incohtrents d’un enfant, et je crois que les moines bénédictins : eux-mêmes perdraient leur temps et leurs soins à vouloir déchiffrer ce grimoire... Cela offre-t-il réellement un sens!.….
—Oui, messire, un sens très net et très clair. Seulement, le sire de Bauffremont et moi, nous nous servons pour correspondre de certaines formules convenuék à l'avance entre nous; nous défions ainsi toute surprise et tout espionnage.
—A merveille l... ceci est admirablement combiné, et j admire la prudence sans bornes que vous savez mettre en toutes choses... Je crois, seigneur de l’Aigle, que vous sercz pour Sa Majesté l roi Louis XIII un bien excellent et bien précieux gouverneur du comté de Bourgogne...
Je le crois aussi, répondit Antide de Montaigu avec un orgueil naïf.
Il plia sa lettre, la mit sous enveloppe, la scella avec un cachet qui portait, non point l'empreinte de son écussou, mais une sim-
le devise. ensuite il fit jouer le ressort que nous connaissons et
il appela Magui. La vieille femme parut aussitôt.
— Voici, lui dit-il, voici le moment de faire preuve de ce zèle dont vous prétendez être animée.
—Vous me verrez à l’œuvre, messire. Les actions sont plus éloquentes que les paroles. :
— Vous pouvez vous remettre en route sur-le-champ, n'est-ce. pas ?.…
—Oui, messire.
—Malgré la fatigue ?..
—Mes vieilles jambes sont vigoureuses, et j'ai l'habitude des iongues marches.
—Combien vous faut-il de temps pour aller d'ici à Clairvaux ?.…
—Quatre heures,
— Ainsi vous arriveriez ayant le jour si vous partiez à l'instant ?
—Oui, messire.
—C'est bien. Prenez cette lettre et mettez-la dans quelque en. droit où elle soit en sûreté.
—Je la cache dans ma besace, Les Cuanais, si j'en rencontrais quelques-uns, n’auraient certes point l’idée d'aller la chercher là.
Aussitôt à Clairvaux, vous remettrez cette missive au comte
de Bat:ffremont lui-même. Vous entendez ? à lui-même...
—J’entends, messire, . je comprends, mais je doute fort qu'il me soit possible d’obéir.
Antide de Montaigu fronça le sourcil.
—Pourquoi cela ? demanda-t-il.
—Parce que je ne viendrai point à bout de parvenir jusqu’à tu. Croyez-vous que les ponts-levis s’abaisseront devant moi et que les sentinelles laisseront passer Magui la sorcière ?...
—Je vais vous donner un moyen d’être introduite auprès du comte de Bauffremont, et cela sans faire antichambre.….
Antide de Montaigu tira de son doigt un anneau d'or, pareil à ceux que portaient les chevaliers romains.
—Prenez cette bague, dit-il ensuite; vous la montrerez à la première sentinelle que vous rencontrerez en la prévenant que vous venez de ma part ; les difficultés A gr D aussitôt devant vous.
—Maintenant, messire, je réponds de tout, et je vous promets d'exécuter fidèlement vos ordres.
—J’y compte. Vous direz au sire de Bauffremont, quand il aura pris connaissance de mon message, que j'attends une réponse.
Na ve moi qui devrai me charger de vous apporter cette réponse ?..
—QOui. Je suppose qu'il vous la remettra sur-le-champ. Vous vrendrez quelques heures de repos et vous reviendrez ici.
—Quelques heures de repos, messire!.… à quoi bon! Aussitôt que
la réponse sera dans mes mains, je quitterai Clairvaux pour revenir au château de l’Aigle...
C’est inutile. Il me suffira que vous soyez do retour ici vers le commencement de la nuit prochaine.
‘y serai, messire. Par quelle porte devrais-je urriver ? —Par la petite porte du rempart; en voici la clef. Maintenant, femme, partez vite... :
Magui disparut dans le couloir secret et le panneau se referma derrière elle.
— Comte de Montaigu, dit alors le sire de Guébriant, je crois que notre conférence est terminée, et terminée de la façon la plus satisfaisante, puisque nous voici d'accord sur tous les points.
—J’en suis heureux, messire, et j'ai hâte de prouver au roi de France et au cardinal que je suis digne de la confiance qu'ils veulent bien avoir en moi.
—Il est maintenant de votre intérêt, autant que du nôtre, que la Franche-Comté devienne province française, car lejour où ce grand événement s’accomplira, vous seres, vous, gouverneur du comté de Bourgogne...
___—Avant trois mois, messire, jé serai gouverneur du comté de Bourgogne... car avant trois mois la Franche-Comté sera province française |
— Voulez-vous donner des ordres pour que mes gens et mes chevaux 86 tiennent à ma disposition ?...
—AÀ l'instant, messire…..
- Le seigneur de l’Aigle sonna, et le valet auquel il dit quelques mots se dirigea en toute hâte vers la cour de la Citerne.
Quelques minutes après, le comte de Guébriant, A piens jusqu’au dehors du dernier pont-levis par Antide de Montaigu, descendait avec sa petite escorte la rampe qui conduisait à la vallée,
Antide, après avoir fait refermer les portes sous ses yeux, se dirigea vers le salon qu'il venait de quitter, et dans lequel il rentra en murmurant :
—Gouverneur du comté de Bourgognel... C’est uu grand et beau titre, et je saurai le grandir encore 1...