‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 42 sur 66 · ALARME · texte numérisé non relu

ALARME

Le moment est venu de rejoindre le capitaine et le prisonnier dans le cachot de la citerne,

Tous deux, appuyés à la murrille du rocher, avaient entendu, sans en perdre un seul mot, la longue et cynique conversation que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs.

Vingt tois le capitaine avait frissonné de dégoût, ou pâli d’indi-

ation, en écoutant le traître gentilhomme se faire marchander a liberté de la province et la vie des chefs de la monta ne:

La nouvelle 5. ph de la captivité du curé Marquis l'avait bouleversé d’abord ; mais il s'était calmé et rassuré en 8e disant: Dès que je serai hors de ce château maudit, je courrai à l’aide du

pee soldat ot je l'arracherai bien vite aux griffes de ces miséraes.

L'apparition de Magui la sorcière et le rôle qu’elle paraissait

jouer. auprès d’Antide de Montaigu avaient été pour le capitaine

la plus inexplicable de toutes les énigmes. Cependant, il lui paraissait certain que la vieille femme ne trahissait naissant sa présence auch eu terrible châtelain.

point, puisque, con-

âteau de l’Aigle, elle ne le dénonçait pas

—Messire, demande vivement Lacuzon au prisonnier, aussitôt

que le comte de Guébriant et le sire de Montaigu eurent quitté le ealon, expliquez-moi maintenant comment il se fait.

—Que depnis ce cachot il soit possible d'entendre tout ce qui se

—QOui.

dit dans le salon du seigneur de l'Aigle, n'est-ce pas ? interrompis l'inconnu. ou

—C'est bien facile, sinon à comprendre, du moins à expliquer...

Il s’agit ici d’un de ces l’ordre des choses naturelles, et qui cependant pourraient presque passer pour surnaturels. Le cathot dans lequel nous nous trouvons est creusé dans le roc vif, précisément au-dessous de la pièce où lesire de Montaigu se tient d'habitude. L'une des murailles de cette pièce s’appuie sur la voûte même du cachot, dans un endroit où la roche change de nature et forme une sorte de veine poreuse, éminemment propre, paraît-il, à la transmission des sons... Un sa: vant vous dirait quelle est cette veine et d’où provient la sonorité ? Moi, qui ne suis pas un savant, je me borne à constater le fait. La muraille descend jusqu'à la veine du rocher et apporte à sa base les sons qui la frappent à son sommet. C’est bizarre, mais c'est in: contestable, puisque, si votre oreille ne s’anpuyait pas à la roche elle-même, et même dans un espace assez restreint, vous auriez beau écouter, vous n’entendriez aucun bruit... Plus tard, je vous dirai

hénomènes qui sont si fréquents dans .

uels événements m'ont révélé, dans une nuit terrible, l'existence e ce phénomène, et, quand vous m’aurez écouté, vous saurez qui

je suis... Maintenant, ne songeons qu'à sortir du château... nesonde eons qu’à la liberté... car la liberté c’est la vengeance! La cour

e la Citerne est déserte. Venez...

L’inconnu reprit la main du capitaine et lui fit traverser de

nouveau le couloir étroit qui du cachot conduisait à la citerne

À peine venaient-ils d'atteindre la corniche -glissante qui régnait

tout autour du réservoir, que l’eau fut agitée violemment par un corps étranger qui s’y plongeait.

n même temps on entendit, à l’orifice de ia citerne, une voix

douce et basse murmurer:

—C'est l'échelle.

Lacuzon sentit la main de l’inconnu trembler dans la sienne.

Une foudroyante émotion terrassait 1: prisonnier qui, après vingt ans de tortures, touchait au moment ‘e reconquérir l'air et la lumière si longtemps perdus !..

—Soyez homme! lui dit-il tout bas, snyez fort... Songez qu'il

pin an courage contre la joie comme il en faut contre le maleur!….

—Capitaine, répondit l’inconnu d’une voix à peine distincte,

l’âme est forte, mais la chair est faible, il faut me pardonner. L'idée que j'allais être libre.:.-libre à l'instant... m'ayaitanéunti.. Mais c'est déjà passé! voyez, je suis calme... Partons..

—Mensire, répondit Lacuzon, tins s'attend à me trouver seul, pourrait lui arracher

qu'il faut éviter...

je vais monter le premier. Eglancomme elle m'a luissé... Votre vue un cri de surprise et de terreur, et c’est ce

—Oui.., oui, répondit vivement l'inconnu ; montez, je vais vous

euivre...

Lncuzon s’élança sur les barreaux de l'échelle, et, en une se-

sonde, il atteignit la margelle et franchit

fer qui la couronnait.

NPA très intri qu’ell

la petite balustrade de uée et très inquiétée par le bruit de voix

6 avait entendu dans la citerne, demanda viement : —ZTu n'es pas seul ?..

—Non, répondit le capitaine.

—Qui donc t'accompagne ?...

—Un ami.

—Mais comment se fait-il ?..

—Tu sauras tout plus tard.

nant, chère enfant, je t'en prie, pas nu mot de plus...

Egiantine se tut.

En ce moment l'in

po : der à franchir la balustrade.

=: &8 avons dit que le ciel était voilé @e grands nuages qui s’interposaient, boucliers, entre la lune et la terre.

. interrompit le capitaine. Mainte-

connu atteignit à son tour l'orifice de la citerne, et, dans un élan de joie et te reconnaiss

ance, il appuyait ard: ent contre ses lèvres la m

ain que Lacuzon jui tendait

par un lourd entassement ainsi que de gigantesques

Par instants, un rayon, ou plutôt un reflet pale et timide, se

glissait entre deux nuées sombres, auxquelles i dure d’argent, et venait non

rendre visibles.

Ces clartés indécises et intermittentes ne permirent

pese de voir lu visa

mettait une borpas dissiper les ténèbres, mais les

point au cage du captif délivré par lui, mais suffirent

lui montrer un homme de cinquante-cinq à soixante ans, d’une

taille haute et pleine de noblesse, vraiont, et portant une longue ch eur ses épaules et une immense bant jusqu'au milieu de sa poitrine, Barbe ei chevelure lui donnaient l’ fantastique de ces chevaliers de romans du moyen âge, et qui, de quelque nécromant, se réve

dormi cent années.

malgré les haillons qui le couevelure blanche qui ruisselait barbe, également blanche tom-

aspect étrange et presque la Table ronde dont rarlent les victimes des maléfices ténébreux illaient un beau matin après avoir,

Eglantine éprouva à cette vue un mouvement involontaire de terreur superstitiouse qui la fit se rapprocher de Lacuzon et se

serrer contre lui.

A peine les pieds de l'inconnu eurent-ils fo sa poitrine se fut-elle gonflée de l’a différent de l'atmosphère humide qu'il tomba à deux genoux et qu’

pour remercier Dieu,

ulé le sol; à peine ir pur et froid de la nuit, si ét nauséabonde de son cachot, 11 éleva à la fois vers le ciel, :

ses Yeux, ses mains et son Ame!

Cette enthousiaste action de grAces fut d’ailleurs de courte durée Il se releva presque aussitôt, et il murmura :

—Quand vous voudrez, capitaine. Je euis prêt, etje vous répète que je suis fort... D'ailleurs, quel péril pourrions-nous redouter

ésormais ?.. Dieu, qui vous a envoyé vers moi, ne nous abandonnera ni l’un ni l’autre...

—Comptons sur Dieu, merrire, répondit Lacuzon, mais comptons aussi sur nous-mêmes... C'est de l’autre côté de ces murailles: seulement que nous trouverons la liberté, et avec elle la vengeance... Que cette pensée vous soutienne jusqu’au hout dans notre tâche difficile.

—Marchons.

. —Je vous suis. Mais, auparavant, retirons l'échelle de la citerne, je vous prie.

—À quoi bon ?.…

—Ïl est inutile que le seigneur de l’Aigle soit instruit de ma fuite, quant à présent du moins.

—Ne la conn'îtra-t-il pas demain ?...

—Non. Le valet qui m'’apportait chaque jour ma nourriture n’ouvrait le guichet qu’à demi et ne m’adressait jamais la parole. Des années pourraient s’écouler sans qu’Antide de Montaigu apprtt qu’il a perdu son prisonnier... Il le saura bientôt. Mais je veux que ce soit par moi.

—Scit, répondit Lacuzon en retirant l'échelle et en courant l’appuyer au hangar, dans l’endroit où il l'avait prise. Maintenant, voilà qui est fait, hâtons-nous..

e capitaine, suivi d’Eglantine et de l'inconnu, se dirigea rapidement vers la voûte qui mettait en communication la cour de la Citerne avec le chemin de ronde.

Là il s'arrêta, et il déroula la corde qu'il portait autour de ses reins.

—Messire, dit-il à l'inconnu, approchez, je vous prie.

—Que voulez-vous faire ?.…

— Vous attacher ce‘te corde en guise de ceinture. C’est vous qui descendrez le premier...

—Moi... le premier? répéta l'inconnu. Et pourquoi pas cette jeuue fille ?.. C’est elle qu’il faut sauver d’abord...

* —Et! c'est justement dans l'intérêt d’Eglantine que je veux agir.

— Une fois.que vous serez en bas je la descendrai jusqu’à vous, et vous la recevrez dans vos bras...

-—S’il en est ainsi, que votre volonté soit faite...

Le capitaine assujettit solidement la corde sous les bras de l’inconnu. :

—Et maintenant, reprit-il quand il eut terminé, nous allons

nous engager sous la Voûte; elle n’est pas longue, mais elle est sonore, ce qui rend le trajet dangereux. Retenons notre haleine... étouffons le bruit de nos pas. Une fois dans le chemin de ronde où, par bonheur, la lune voilée ne nous trahira point, marchons dans l'ombre plus épaisse encore produite par la muraille... Songeons enfin que notre vie à tous jes trois est en jeu !.…. Prie tout.

ou

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