‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 50 sur 66 · UN PORTRAIT HISTORIQUE · texte numérisé non relu

UN PORTRAIT HISTORIQUE

ie ponr-1ev1s ae ia citadelle s’abaissa pour laisser passer le curé Marquis et son escorte.

Tandis que les Gris traversaient les cours et les esplanades avec . une lenteur calculée, la curiosité insolente et brutale des soldats | ‘et de cette population immonde de goujats et de vivandiers qui suit les armées en campagne, se concentrait sur le prisonnier. Les grossiers quolibets, les jeux de mots cyniques, les railleries, les insultes, pleuvaient autour de lui —Le voilà donc, ce curé Fierabras!… ce grand pourfendeu: de raontagnes !… disaient les uns.

—Curé! criaient les autres, le moment est venu d’entorner pour toi-même un De profundis !.. Appelle tes bedeaux |... —Curé, qu’as-tu fait de ton missel ?..

—Curé, où est la broche à rôtir qui te servait de dague ?.… —Curé, pourquoi n’es-tu pas resté dans ta cure à ânonner ton bréviaire, à planter tes choux, et à courtiser ta servante ?.… —Voyez donc ce desservant de campagne, avec sa face pâle et sa soutane rouge !.….

—Ne savez-vous pas qu’il s’est nommé cardinal de son auto“ité privée et qu'il porte une robe écarlate à cause de cela ?...

—Æh | non, ce n’est pas x; 2ela... : ÿ —Et pourquoi donc ?... | —C'est pour faire peur ::: :its enfants.

—C'est le curé Croquerxiisix:, alors !...

—Tout justement...

—Je vous dis, moi, qu'il voulait faire pièce à Son Eminence monseigneur le cardinal de Richelieu...

—Il a réussi! il sera bientôt plus haut placé que Son Eminence.

—Comment l’entendse-tu ?.… €

—Je l’entends comme il faut l’entendre: un curé pendu est en plus haute position qu’un cardinal assis... À

à is la tourbe idiote et lâche riait et battait des mains à ces lazzi U ideux.

Le curé Marquis, impassible et résigné en apparence comme Jésus portant sa croix, 8’absorbait dans sa propre pensée et semblait ne rien entendre. Ë

Et, cependant, un ouragan de colère contenue grondait au fond À de son âme, et il se rappelait combien de fois il avait vu se dé- 1 bander et s'enfuir sur les champs de bataille, au seul aspect de k sa soutane écarlate, tous ces soldats qui se faisaient ses insulteurs, Î maintenant qu’il était captif et que ses mains enchaînées ne pouvaient plus brandir la rapière et le crucifix. : di

Enfin ce supplice eut un terme. L’escorte atteignit la haute porte

sintrée qui donnait accès dans l’intérieur même de la citadelle.

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Le lieutenant des Gris alla chercher des ordres, et, pendant son absence, les gardes du captif le conduisirent dans une salle basse où l’on ne tarda guère à leur apporter du vin et des viandes.

Les cordes qui attachaient les poignets de Marquis serraient la chair au point de la couper. Son bras blessé saignait toujours et lui faisait endurer d’intolérables tortures.

Epuisé de fatigue, le prêtre s’assit sur un banc; mais ses lèvres ne murmurèrent pas une plainte et il ne demanda point qu’on le soulageñt en déliant ses cordes.

T1 Jui répugnait invinciblement d’implorer la compassion de ses bourreaux ; et qui sait d’ailleurs si sa prière eût été accueillie autrement que par des ricanements nouveaux et de nouvelles insultes ?.…

Là, ce grand hamme de bien, ce prêtre pur, ce soldat vaillant, s’efforça d’arracher son âme aux étreintes de la chair souffrante et révoltée, et il supplia Dieu de lui ac r, pour dernière grâce, la force de mourir en héros comme il avait vécu...

Quittons cette salle basse où les Gris, faisant orgie près du prisonnier, lançaient aux échos de la voûte les honteux refrains de #hansons ovscènes et blasphématoires, et pénétrons dans une autre partie du château.

Nos lecteurs voudront bien franchir avec nous le seuil d’une pièce de dimensions gigantesques, jadis salon d'honneur où, à de certains jours de fêtes, le gouverneur de la citadelle de Bletterans réunissait toute la noblesse du bailliage d'Aval.

Cette salle immense, presque entièrement démeublée, offrait des traces irrécusables du dernier siège subi par le château.

Un grand nombre des vitres des hautes et larges fenêtres avaient été brisées par les balles. On avait remplacé à la hâte et tant bien que mal ces vitres absentes par des morceaux de parchemin

“huilé, qui ne tamisaient qu’une lumière rare et douteuse.

Les balles et les éclats d’obus avaient troué et déchiré en

maints endroits les portraits en pied des guerriers fameux de la

rovince, et ces grands hommes de guerre s'étaient vus, après eur mort, plus balafrés et plus cicatrisés que de leur vivant.

Un poêle de fonte, dont le tuyau sortait par une ouverture pra- . tiquée ad hoc dans une des fenêtres, était bourré de combustible au point d'être devenu d’un beau rouge-cerise, et cependant il ne combattait qu’à peine le froid intense qui, par les croisées disjointes et les portes mal closes, envahissait la grande salle où se trouvaient en ce moment six personnages.

L'un de ces personnages était assis ou plutôt couché dans un grand fauteuil de chêne sculpté, garni de velours cramoisi et de crépines d’or, meuble luxueux qui, selon toute apparence, ne faisait point partie du mobilier dévasté du château.

Les cina autres hommes se tenaient debout, dans des attitudes respectueuses et la tête découverte, autour du personnage assis.

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