‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 51 sur 66 · LE LEO · texte numérisé non relu

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dive. $es yeux, très grands, d’un éclat presque insoutenable, et dont le regard avait une étrange fixité et une incomparable

Cette bouche caractéristique, jointe à la perspicacité du regard étincslant et dur, donnait à l'ensemble du visage une exrression de ruse, d’audace, de cruauté, de confiance en soi-même, et enfin

: ne id royale grise ornait le menton aigu et nettement coupé.

Moustaches et royale semblaient afficher des allures aventureuses et raffinée: qui s’accordaient mal avec l’état d'anéantissement profoné que décelaient la pAleur du visage et l'attitude abandonnée du corps.

Le regard seul et le sourire démentaient cette faiblesse évidente et cet irrécusable épuisement.

Le corps souffrait, le corps s’en allait vers la tombe! L'âme, l'intelligence, l'esprit, étaient plus forts, plus lumineux, plus vivaces que jamais.

. Le costume du personnage que nous venons de décrire attirait tout d’abord l'attention, malgré son extrême simplicité,

Il consistait en une longue robe de drap rouge enveloppant les membres dans ses plis nombreux, et en une calotte de même étoffe et de même couleur em prisonnant étroitement la tôte.

Sur la pourpre éclatante se détachaient les mains, elles étaient

. longues et fines, d’une forme admirable et d’une blancheur mate, de véritables mains de femme et de duchesse.

Nous connaissons déjà deux des personnages qui se tenaient

: debcut autour de l’homme assis.

C'étaient le comte de Guébriant et le comte Antide de Mon:taigu, seigneur de l’Aigle.

trois autres étaient trois généraux de l’armée française : le er de Longueville, le marquis de Villeroi, le marquis de Feuuières.

à Au moment où nous entrons dans la grande salle, l'homme vêtu de rouge écoutait avec attention le comte de Montaigu.

Ce dernier, qui venait d'arriver à Bletterans sous les auspices de messire de uébriant, annonçait à son imposant auditeur que le curé Marquis, fait prisonnier la veille, allait être amené sous bonne escorte et livré par ses ordrna an chef suprôme de l'armée

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L'homme à la robe rouge se contenta d'incliner doucement la te.

Le seigneur de l’Aigle continua.

Il exposa son plan tout entier, et il entra dans le détail des moyens qu'il comptait mettre en usage pour s'emparer successivement des deux autres chefs dela montagne, Lacuzon et Varroz, et pour amener d’une façon prompte et sûre l’asservissement de la province, en portant Je dernier coup à l'esprit d'indépendance

ans la personne des deux héros de la liberté franc-comtoise.

Il s’inclina ensuite en murmurant : 3

—Monseigneur, j'ai dit.

’homme à la robe rouge, qui l'avait écouté sans l’interrompre une seule fois, leva les yeux alors et attacha longuement sur le seigneur de l’Aigle son regard clair et profond.

uis il répondit d’une voix lente et basse:

—C'est bien, messire.… Vous avez agi pour le mieux, et vos pions nous paraissent habilement combinés. Nous croyons à

eur réussite. Quand nous toucherons à ia fin de cette longue Campagne, quand l’heure sera venue de régler nos comptes et de distribuer des récum penses, vous pouvez compter que vous ne serez point oublié... nous vous en donnons notre parole...

e sire de Montaigu s'inclina de nouveau.

En se relevant, il avait au front la brûlante rougeur de l’orgueil satisfait et de l'ambition triomphante,

—Monseigneur... balbutia-t-il.

—C’est bien, répéta l’homme à la robe rouge en interrompant la formule dé remerciements qu'Antide de Montaigu allait commencer.

L'une des portes de la grande salle s’ouvrit, et un officier entra.

Il s’avança auprès du Personnage assis, et là il s'arrêta, attendant qu’on l'interrogent.

—Qu'’y at-il? lui demanda l’homme rouge.

—Monseigneur, répondit-il, un prisonnier de haute importance vient d'arriver sous escorte.

uel est ce prisonnier ?

—Le curé Marquis.

—J'étais prévenu. Où est celui dont vous parles ?

—Dans une salle res monseigneur.

—Qu'’on le conduise ici, et qu'il soit introduit devant moi dans a minutes.

officier sortit.

—Je veux parler à cet homme, reprit le personnage qu’on appe-

t monseigneur. Je veux me convaincre par mes propres yeux qu'il est à la hauteur de sa réputation, ou cetie réputation a’est qu’un mensonge. Je veux enfin voir quelle sera sa contenance quand il saura qui je suis. C'est dans ces -occasions-là qu'il est possible de juger un homme en un instant... ;

À près quelques socones degiiénce, je personnage à la robe rouge reprit, en s'adressant au Marquis de Feuquières :

—Veillez, je vous prie, général, à ce que mon nom ne soit point prononcé devant le risonnier. Je tiens à ce qu'il ne l’apprenne ‘qu'en ma présence. Donnez l'ordre en outre à cinquante de mes

ardes de venir se ranger derrière mon fauteuil.

Et il ajouta en souriant de son étrange sourire :

—Puisque le curé Marquis est un des chefs de la montagne, nous allons le recevoir d’une façon digne de lui. ;

—Monseigneur.…. dit alors Antide de Montaigu.

—Que voulez-vous, messire ?.…

I/intérét de la cause à laquelle je me guis donné corps et âme ss pos que le curé Marquis ne puisse me reconnaître.

bien!

Votre Eminence daigne-t-elle m'autoriser à revêtir, quoique en sa présence, mon déguisement habituel ?.… +

—Le masque noir, n'est-ce pas 2 —Oui, monseigneur.

—Fuites, messire. ;

Le seigneur de l’Aigle gortit.

Il reparut au bout d’une ou deëx minutes, enveloppé dans les

lis d’un long manteau et le visage caché par son masque de veours et d’acier.

En même temps, les cinquante gardes vinrent se ranger, revétus de leur étincelant costume et l'épée nue à la main, dans le fond de la salle.

Le comte de Guébriant et les officiers français prirent place à la droite du fauteuil, s’isolant volontairement ou instinctivement du seigneur de l’Aigle qui resta geul sur la ganche.

Oh! mes gentilshommes! pensa ce | ernier en remarquant ce mouvement parfaitement visible, et en fronçant ses épais sourcils sous son es de velours, si vous saviez comme le gouverneur du comté de Bourgogne 8e rit de vos dédains !..

Et cependant, malgré l’orgueilleuse jactance de cette muette apostrophe, un lévain d’amertume commen ait à gonfler son âme.

—Général, dit alors l'homme rouge au arquis de Feuquières, faites entrer le prisonnier

Les portes s’ouvrirent à deux battants, et le curé Marquis parut sur le seuil, au milieu d’une dizaine de soldats dont les rapières nues l’enveloppaient dansun cercle d'acier.

On venait de lui délier ses mains, ce qui avait apporté quelque soulagement à ses cuisantes douleurs. Néanmoins, il était très pâle, et autour de ses paupières fatiguées se dessinait un large cercle qu'on eût dit tracé au charbon.

En mettant le pied dans cette immense pièce, qui n'était pour lui qu'une salle d'attente avant la mort, une sorte d’antichambre de l'échafaud, il fut surpris du singulier appareil militaire qui se déployait devant ses regards et dont, à coup sûr, on avait fait les frais À son intention.

Ce spectacle lui donna la preuve qu'il n’était pas grand soulement pour les paysans et pour les montagnards, mais encore pour

des ennemis aussi redoutables que ies Fran sais, 6$ ii on éprouve un sentiment de joie intime.et de naïf orgueil.

Son regard calme et assuré erra sur les visages qui l’entouraient, voulant ainsi reconnaître en quelque sorte le terrain, savoir ce qu'il avait à craindre et ce qu'il avait à espérer.

Ses yeux s’arrétèrent d’abord sur le principal des acteurs de cétte scène, sur celui auquel le premier rôle était évidemment destiné, sur le personnage à la robe rouge.

L'effet produit par cette vue fut immédiat. Il tressaillit. Mais aucune nuance de trouble ou d'émotion ne se peignit sur sa figure. On n’y put lire que de la surprise, de la curivsité, et même une sorte de satisfaction. Un sourire ébauché souleva à demi sa lèvre supérieure, et pendant une seconde son regard brilla d’un plus vif éclat.

Ceci ne fut d’ailleurs qu'un éclair.

pme à ia robe rouge saisit cet éclair au passage, et son front ge plissa. ”

ais déjà Marquis ne le regardait plus.

Ses yeux errants venaient, dans leur investigation circulaire et

rapide, de tomber sur le ue noir.

rêtre soldat frissonna de tous ses membres comme s’il venait de marcher sur un serpent et comme s’il eût senti tout à coup à son talon la morsure du hideux reptile. Son visage devint pourpre, et son regard, écrasant de mépris, se chargea d’une lueur san-

ante.

, Cette émotion de haine, ou plutôt d'horreur, ne dura qu’une seconde, et Marquis redevenu calme détourna la tête.

Il passa en revue, avec une profonde ét manifeste indifférence, les officiers de l’armée française.

Puis ses yeux, obéissant sans doute à quelque irrésistible attraction, revinrent se fixer sur l’homme rouge.

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