‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 59 sur 66 · JUSTICE · texte numérisé non relu

JUSTICE

Le moment est venu d'expliquer sette heureut: diversion et la disparition si brusque ei si i

es plus profondes

avait senti tout à Cou une main saisir ga main e.

—Que me voulez-vous

—-Venez, colonel, répo

—Qui êtes-vous ?

e suis Magui…

—Ah! murmura Varroz avec étonnement.

? demanda-t-il, ndit une voix étouffée à dess sin. !{

— Venez, répéta la vieille femm —OÙù voulez-vous me conduire?

Dans un endroit où votre Présence est nécessaire.

—Mais, dit vivement Varroz, ma présence n'est-elle donc pas uécessaire ici ?.…

— Elle l’est bien plus ailleurs, puisque la prise du château dé. pend de ce que vous allez faire...

Magui, depuis quelques jours, avait donné à la cause de la liber. t6 franc-comtoise tant de gages éclatants de dévouement, elle iui avait rendu des services d’une telle importance, que Varroz, après le premier moment d’hésitation, se décida à la suivre.

Île le fit sortir du château et l’entrafna rapidement sur la route où ils rencontrèrent Tristan de Champ-d'Hivers et son fils, qui, à la tête d’une troupe de deux cents montagnards, venaient en aide aux'assiégeants.

Elle leur fit changer de direction, et les amenant au pied de ja muraille de rochers sur laquelle s'élevaient les remparts, elle écarta quelques broussailles, puis, introduisant dans la serrure d’une

ar la clef qui lui avait été remise par le seigneur ue l'Aigle

-même, elle ouvrit cette poterhe en s’écriant :

—Maintenant le château est à vous. Suivez-moi sans crainte, je vais vous conduire.

Elle s’élança dans le passage souterrain suivie par Varroz, par les deux Champ-d’Hivers et par les montagnards qui marchaient en bon ordre, deux par deux.

Arrivée en face du pan: -: mystérieux, fermé par le portrait du dernier des Vaudrey, Mugui s'arrêta et dit à Varroz:

—Colonel, entre vous et ie salon du château de l’Aigle, il n’y a plus que cette porte.

arr0% brisa le paneau d’un coup de hache et bondit dans l'intérieur de la pièce en criant :

—Lacuzon!.…. Lacuzon |...

Une douzaine de Gris qui depuis les fenêtres faisaient feu sur les montagnards, furent massacrés avant même d’avoir eu le temps de se mettre en défense.

Le colonel rassembla rapidement .ses hommes, les forma en colonne serrée, et fit irruption avec eux sur l’esplanade, attaquant

à LABO TRI Le Gris par derrière, et répétant le cri montagnard :

—Lacuzon !... Lacuzon 1... Fe

Cependant Tristan de Champ-d'Hivers et Raoûl n'avaient point euivi ‘a bande de Varroz.

Restés seuls dans le salon, ils s'étaient empressés d'ouvrir cette porte que nous connaissons et quicommunique de plainpied avec la terrasse.

Tristan songeait à Blanche de Mirebel.

Raoul pensait à Eglantine.

Tous deux s’écrièrent à la fois:

—À la tour de l’Aiguille [..

Nous demandons pardon, fort humblement, à nos lecteurs, de les transporter sans cesse d’un lieu à un autre, ainsi que nous le faisons depuis quelques chapitres.

Nous ne sommes point assez novice dens le périlleux métier de conteur pour ignorer ane cette façon de procéder nuit à l'in.

ja T°

tért: en le dispersant, mais nous alléguons pour notre excuse

que nous ne faisons qu’obéir à la suprôme loi de necessité.

Lorsque plusieurs actions sa passent à la fois dans des endroits différents, et que cspendant ces actions sont subordonnées les 3 autres, comment éviter ces brusques dépli:cements du récit 7...

Quand nn cas semblable se résente dans une comédie ou dans un drame, on tourne parfois la difficulté en divisant le théâtre, ce qui devient une affaire de décorateur; mais le livre n'offre point, sous ce rapport, les mêmes ressources que la scène. Il nous faut donc rejoindre Eglantine et sa mère au moment Où la jeune fille, entendant le Capitaine Lacuzon commander l'assaut, venait de s'écrier : +

—Nous sommes sauvées 1...

Presque aussitôt le mousqueterie retentit de nouveau, et plune Pie égarées vinrent frapper les murailles de la tour de

Aiguille.

Done d'elles brisa même un carreau de la fenêtre et se perdit dans les tapisseries.

Les deux femmes 4e reculèrent en poussant un cri de terreur et se réfugièrent dans une partie de la chambre que les balles ne pouvaient atteindre.

Pendant plus d’une heure elles assistèrent par la pensée aux péripéties da combat, entendant tout mais ne voyant rien, et réduites à conjecturer, d’après les exclamations de triomphe ou de colère, lequel des deux partis avait l'avantage.

Tout à soup, et au moment où les Gris venaient de se replier sur l’esplanade, fermant derrière eux la seconde porte et levant le second pont-levis, Blanche entendit la voix du seigneur de l’Ai-

le rétentir sur la terrasse, au pied de la tour. Antide de Montaigu

onnait des ordres à un valet.

Blanche, en enterdant cette voix, se sentit chanceler. .

Eu même temps la porte de l'escalier tourna sur ses gonds, et le bruit d’un talon ferré retentit sur les marches.

Le seigneur de l’Aigle montait,

—Mon Dieu! balbutia Blanche, presque folle de terreur, mon Dieu, protégez-nous 1...

Et sans r l'in aux questions d'Eglantine qui s'effrayait de l’épouvante de sa mère, elle Ja prit dans ses bras, elle souleva 1: portière de tapisserie qui cachait l'entrée de l'escalier tournant conduisant à la partie supérieure de la tour, elle assit la jeune ” fille sur l’une des marches de cet escalier, et après avoir murmuré à son oreille: Silence... silence. ou nous sommes perdues toutes deux !... elle referma la porte, elle rentra Sans Ja c ambre, et-entant que ses jambes se dérobaient sous elle elle s’assit ou p'1tôt se laissa tomber sur le lit.

Antide de Montaigu, tenant de la main droite une épée ensanglautée et de la main gauche une lampe, parut sur le seuil.

: Rien ne se pouvait imaginez de plus sinistre que son aspect. Ses souroile froncés se touchaiont, quelques gouttes de sang cou-

lant d’une légère b'essu 0 regue à la joue droite, rendaient sa pA-

leur habituelle plus L . 1e encore.

Les muscles violemn."t contractés de son visege et l'expression PrtRe et haineuse de ses yeux le faisaient ressembler à Satan

oudroyé.

Il s’approcha lentement de la cheminée, aur laquelle il posa sa lampe, il remit son épée au fourreau, puis ii se tourna du côté de

lanche, puis, croisant ses bras, tandis qu'un sourire véritable ment infernal venait à ses lèvres, il attacha son regard sur ler: traits bouleversés de la: malheureuse femnie, et pendant près d’une minute il pro] sng:n cet examen silencieux.

Blanche, éperdue, palpitaït sous ce regard acéré, d'où serablait émaner une {uscinstion de terreur pareille à celis que les croyances populaires «t{'ibuent à l'œil du serpent.

afin, n’y toast plus, et préférant la plus terrible certitude à l'angoisse odicuse et intolérable qu’elle éprouvait, ia prisonnière balbutia :

—Au nom d5 cie), que voulez-vous de moil.…

—£t qui vous dit quo ja rouille quelque chose de vous ?.. demanda Antide &>0e une into otion :#1llouse.

—Votre présence seula n’est-viie vas la preuve qu’un nouveau malheur me menaco?..

—Je vous fais bien peur, n’est.cs pas?

Blanche baissa la téia sans répondre,

—Vous me haïesez de toutes los puissances de votre âme, n'estce pas ? reprit le seigneur de l’Aigle. à

--Non, répliqua la prisonnière, il n'y a plus de haine en moi, il n'y a plus que du pardon...

—Ls pardon, répéta Antide, que veut dire ceci ?...

—D:s la profonde solitude où je vis depuis vingt ans, reprit Blanche, si mener l'existence que vous m’avez faite peut s'appeler vivre, j'ai élevé vers Dieu mon cœur et mon âme, en-le suppliant deses accueillir et de les purifier. Il m'a accordé le courage et la rérignation.… il m’a donné l'oubli du triste ssé, l'espoir de l'avenir meilleur, il m’a envoyé surtout Mndnipente : Voilà pourquoi, monseigneur, je pardonne au lieu de maudire.…

Antide de Montaigu s’attendait peu à un semblable langage.

1! s'était préparé À entendre des re roches, des imprécations, des cris de rage et d'horreur ; disons plus, il désirait ces manifestations de ia colère impuissante de ga victime.

Rien ne pouvait l’irriter autant que ce calme angélique, que cette résignatior. surhumaine.

C'était pour lui un premier échec, c'était l’avortement d’une partie de la mise en scène de l'étrange dessein qui l’emenait à la tour de l’Aiguille, et que nous connaîftrons bientôt.

Aussi répliqua-t-il avec une irritation continue, quise trahis. sait dans le tremblement nerveux de sa voix et dans l’amertume de son accent :

—Jene comprends guère, je l’avoue, quel peut être le but que vous

Vous proposez en jouant, vis-à-vis de moi, une malhabile comédie

d‘iaquelle vous savez bien que bien queje n’ajouterai pas foil. ’ ju un comédie... répéta Blanche étonnée —Certes !... poursuivit le seigneur de l’Aigle en frappant du f pied ; espériez-vous donc que je vous croirais? Non, non, mada- , | mel... vous ne pouvez pes oublier !... vous ne pouvez point pardonner |. Je vous ai fait trop de mal pou: que l’indulgence ait pu remplacer en vous la haine [.. À | . Le mal que vous m'avez fait, répondit Blanche, je ne m'en souviens pas... je ne veux pas m'en souvenir... | — C'est impossible! Depuis plus de vingt ans, dites-vous, votre âme s’est élevée vers le ciel, mais votre cœur, qu’en avezvous fait ?.. Vous avez tout oublié. allons donc{.… avez-vous oublié aussi le nom de votre amant? le nom de Tristan de Champ-d’Hivers ?..

“ho balbutia Blanche, Oh ! mon Dieu l.. mon Dieu !.. “HA Le Prononcez-vous ce nom ?.. pourquoi me parlez-vous e lui ?..

—Il vous aimait d’une passion ardente, n'est-ce pas, ce beau i Ï i ement d’ironie ;

re cœur! et au mépris de la parole donnée à un autre, au mépris de la foi jurée,

vous aussi, vous l’aimiez éperdument !.. Un amour comme celui- À ne se peut éteindre! les années passent, et le feu reste vivant! Vous avez tant aimé Tristan, que vous l’aimez encore |... les âines comme la vôtre ne sont point oublieuses 1...

Blanche ne répondit que par un soupir douloureux

Antide de Montaigu reprit avec une croissante amertume :

—Et quoi de plus simple d’ailleurs, que ce qui s’est passé jadis? Nétais-je pas un indigne rival de Tristan de Ch d’Hivers?... N'était-il plus riche? Pouviez-vous faire autrement que de le préférer à

. moi? Vous m'étiez promise, il est vrai, mai

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