‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 60 sur 66 · CS TT · texte numérisé non relu

CS TT

De pci. ge ss si

ñ#! + bien compris cela, croyez-lel.… Je n'ai jamais eu la pensée coupable de Hotte pour toujours Tristan de dune d'Hivers et Blanche de Mirebel 1... je n’ai voulu qu’éprouver leur constance... je me suis réservé la joie douce et pur jour ces deux parfaits amants... dans un monde meilleur

—Non, répondit Antide avec une exaltation féroce, non Tristan n’est pas mort! Ma vengeunce, si j'avais tué Tristan, eût été bien incomplète et bien pâle !... j'ai trouvé mieux que

Blanche tomba à genoux en

es du seigneur de PAigie, ell mystère sombre et terrible,

-—Non, Tristan n’est Pas mortl...reprit le comte de Montaigu. Le

joignant les mains. Sous les paro- 8 cominençait à entrevoir quelque

petit-Bls de l'assassin ‘du baron de Vaudrey, l'homme qui m’e volé ma fiancée, cet homme est mon prisonnier... cet homme Ropuis vingt ans, pleure et souffre dans un cachot de ce château... Tristan est ici. Tristan est près de vous !... ù

—Bourreau ! cria Blanche, en proie à un véritable délire, vous mentez !.…. Ce que vous venez de me dire est un mensonge inouï, inventé pour me faire subir de nouvelles tortures !.…

gs demanda le seigneur de l’Aigle, vous ne me croyez pas |... nt

—Non, je ne vous crois pas...

—Et me croirez-vous, orsque, dans un instant, Tristan de * Champ-d'Hivers sera là, devant vous? Me croirez-vous quand vous le verrez pue bâillonné, impuissant ?.. quand vous m’entendrez lui dire que cette jeune femme, enlevée par moi jadis, dans le temps où elle était jeune, belle et pure, je la lui rends aujourd'hui vieille et flétrie, et souillée de mes caresses dans une nuit d’orgie?.… Me croirez-vous quand je vous laisserai, seuls, tous les deux, dans cette tour que l'incendie va dévorer, car je veux célébrer par un gigantesque feu de joie vos fiançailles nouveiles, et la tour de l’Aiguille s’écroulera sur Vous au moment où je quitterai le château? Me croirez-vous, Blanche de Mirebel, que je vous dirai: Vous allez mourir, et Tristan de Champ-

’Hivers mourra avec vous 1...

Le seigneur de l’Aigle se tut, et attendit la réponse de Blanche.

Mais Blanche ne pouvait pas répondre.

Ecrasée par le désespoir, elle pensait à Eglantine, et elle se tordait les mains, et elle essayait de parler, dans l'espoir insensé d'attendrir son bourreau! mais les paroles expiraient sur ses in d’où s’échappait seulement un râle pareil à celui de ’agonie.

| cœur de tigre du seigneur de l’Aigle battait d'une joie farouche.

Sa vengeance était bien complète | elle était bien telle qu'il la révait depuis si longtemps! il |a savourait délicieusement, il! se pro des tortures de sa victime : il était heureux!

t qu'on ne vienne pas nous dire que le caractère d’un pareil homme est une monstruosité impossible, sans équivalents et sans précédents.

Pour l'honneur de l'humanité, nous souhaiterions qu'on pût po accuser sans injustice, de faire de l’horrible à faux et à roid.

Malheureusement, les exemples sont 1à, dans le é et dans le ds Qu'’était-ce qu’Antide de Montaigu à côté de Tibère et de Néron, à côté du marquis de Sade, à côté de certains scélérats du dix-neuvième siècle ?...

n ce moment un bruit dé pas se fit entendre dans l'escalier.

—Ecoutezl... dit le seigneur de l’Aigle, écoutez l.. Est-ce que votre cœur ne bat pas? est ce que ja rougeur de l’amour et de espoir ne monte pas à votre front? Voici le fiancé ani vient, voici l'époux attendu, voici. Tristan de Chafp-d'Hiÿers.

—Vous avez dit vrai, Antide de Montaigu! répondit une voix

grave depuis le seuil de la porte, voici le fiancé, voici l'époux, voicile vengeur…

Le seigneur de l’Aigle tressaillit et se retourna brusquement.

Le baron Tristan et Raoul, tous les deux l'épée à la main, se trouvaient en face de lui. .

Blanche, subitement ranimée, poussa un cri de joie et se précipita vers ces libérateurs que Dieu lui envoyait.

—Qui donc êtes-vous ?.. demanda Antide de Montaigu en mettant la main sur la garde de son épée.

—Je suis celui se vous attendez. répondit Tristan, je suis le baron de Champ-d’Hivers…

—Non... balbutia Antide d’une voix étranglée, non! non !... c’est impossible 1...

—Vingt années de tortures ont changé mon visage, n’est-ce pas ? Regardez-moi bien en face cependant, seigneur de l’Aigle, et vous me reconnaîtrez…

—Alors, cria Antide de Montaigu en bondissant sur le baron, l’épée haute, alors, vous allez mourir.

ais il rencontra la pointe de l’épée du père et de l’épée du fils, et il lui fallut reculer...

—$Seigneur de l’Aigle, reprit Tristan, l’heure de la justice a longtemps tardé pour vous, mais elle est venue enfin. Le démon rous abandonne, et Dieu vous condamne. Vous êtes notre prisonsier.…

—Pas encore! hurla Antide dans un transport de rage furi- Sonde ; il faut me prendre d’abord, et vous ne me tenez pas!

—Des gentilshommes ne croisent pas le fer avec un bandit, répliqua le baron, en se contentant de parer les coups formidables que lui portait le seigneur de l’Aigle, mais sans chercher lui-même à le toucher. À nous, montagnards! cria-t-il en même temps.

Cinq ou six soldats des corps-francs firent irruption dans la

ièce où se passaient les terribles scènes que nous racontons.… ils entourèrent Antide de Montaigu, et en moins d'une minute il était désarmé et garrotté.

Ceci fait, sur un signe de.Raoul, les M PE se retirèrent.

—Où est Eglantine? demanda tout bas le jeune homme à Blanche.

—Ici, répondit-elle.

—Antide de Montaigu l’a-t-il vu ?.….

—Non.

—Alors, elle ne sait rien ?...

—kRien...

—Que Dieu soit bénil… murmura Raoul, et puisse-t-elle ignorer toujours que ce misérable est son père!

—Vous voyez, seigneur de l’Aigle, continua Tristan, tandis qu’Antide écumant de fureur, se débattait vainement sous ses liens, vous voyez que j’ai raison de vous dire que Dieu vous a condsr:n6... vous voici pieds et poings liés en notre pouvoir, et, si je ne vous tue pr«, :omme je jé pourrais, c'est qu'il appartient à d’autres de vou er, de vous condamner et de vous infliger

un supplice auprès duquel la pointe de mon épée dans votre poitrine serait peu de chose 1...

— Les rôles changeront peut-être, réplin:. Antide : on va s’apercevoir de mon absence, mes fidèles vie : . 9 o'ivrer, et alors, malheur à vous!.…

—Etes-vous insensé pique point d'espérer encorel... Le ch4teau de l’Aigle n’est p.as à vous, Antide de Montaigu, il est aux montagnards...

—Vous en avez menti par la gorge 1...

—Approchez-vous de cette fenêtre et regardez...

risonnier auquel les cordes qui l’enlaçaient norme: nt cspon ant de se mouvoir, se tratna jusqu’à l’embrasu 6 de i’étroite enétre.

Là, un spectacle terrifiant pour lui s’offrit à ses yeux.

À la lueur de quelques torches que le capitaine venait de faire allumer, il vit qu'en effet le combat avait cessé. Les Gris, pris entre deux feux par is: troupes de Lacuzon et par celles de Varroz, s'étaient déban:lés, laissant l’esplanade jonchée de cadavres. Ils fuyaient maintenant de toutes parts et dans toutes les directions. .

Ils se précipitaient dans les fossés, ils se jetaient du haut des remparts, ils se laissaient glisser le long des rochers.

Une petite troupe de vingt-cinq ou trente hommes avait seule trouvé moyen de pratiquer une trouée sanglante au milieu des vainqueurs et s'échappait par les pont-levis.

Depuis l’esplanade et depuis la terrasse, les montagnards ajustaient les fugitifs et les abattaient à coups de mousquets comme des braconniers abattent des lièvres dans la plaine.

+ Antide ds: Montaigu comprit que tout était fini, bien fini, et qu’il ne pouvait lui rester aucun espoir. Alors une immense terreur s'empara de lui, ses dents se heurtèrent, une sueur froide coula sur son front, un tremblement convulsif secouna ses membres.

Après avoir eu la férocité du tigre, le seigneur de l’Aigle n’avait plus désormais que la honteuse lâcheté de l’hyène et du chacal.

—Ah ! s’écria Tristan de Champ-d'Hivers, vous tremblez maintenant, vous avez peur. Vous si ha:tain, si menaçant tout à l'heure... courbez la tête sous le poid: 4u remords et de l’épouvante, gentilhomme félon, car nous venons à vous de la part du Dieu vengeur!.… Vous avez mis le pied sur tous les degrés de l'échelle du crime, Antide de Montais: !… vous aves passé par le meurtre, par le rapt, par l'incendie, par la trahison... regardez devant vous, et voyez où vous a conduit cette échelle infâme |. Vous avez assassiné le père de cette nobie et malheureurc ame, qui plus tard a dû subir la honte et Ja torture de “otre hideux amour... à la suite de ces violences ur enfant est une file, et vous avez confié cet enfant à un homme amené pa- us yeux bandés et le pistolet sous la gorgel….. Vous avæ ass n6 cet homme sur la place Louis XI, pour ensevelir avec lui le secret dont vous cersisnies la révélation |... mais avant d'aller à la mort, Pierre Prost avait parlé, le capitaine Lacuzon avait reçu ses confidences, et en même temps un mystérieux bijou, glissé

dans ln main du médecin des pauvres par Blanche de Mirebel, devait, un jour, faire reconnaître l'enfant de la nuit du 17 janvier

—Cette enfant est mortel balbutis le seigneur de l’Aigle

Cette enfant est vivante ! répliqua Tristan, elle est vivante et vous la connaissez ; elle est ici, près de sa mère; c'est Eglantine, c'est votre fille !.…

Ma fille !.… répéta Antide de Montaigu.

On en douterait, n'est-ce pas ?.… poursuivit le baron. Qui pourait croire en effet que cette fille charmante, aux yeux doux ei

urs, cet ange de candeur et d'innocence, est l'enfant du miséra-

le et infâme bts, ip del’Aigle?.… Et cela est vrai, cependant !.…

Dieu permet parfois que les fleurs les plus belles et les plus par-

fumées naissent sur les fanges les plus infectes l.….

—Ah! murmura Antide avec un accablement profond, la voilà donc expliquée cette voix étrange qui parlait dans mon cœur pour cette enfant. Voilà donc pourquoi j'ai subi sans colère ses hautaines répliques, lorsque captive, elle me bravait et me menaçaitl.… La voix du sang me criait: C’est ta fille. Ma fille. je la ere ME et c'est en ce moment... Uh | Dieu est juste !.… Dieu est

uste !...

Fu Jui, Dieu est juste, reprit Tristan, et il ne rmettra point ue d’effroyables révélations viennent troubler les beaux rêves ont la douce enfant. Eglantine ne rougira jamais de son père,

car elle ne le connaîtra point... Vous avez voulu anéantir à tout

;amais le secret de sa naissance | vous avez réussi, seigneur de

i'Aiglel ce secret mourra dans votre sein !.. Pour le monde, Eglan-

{restera la fille du médecin des pauvres, elle portera le nom

de on père adoptif jus u’au jour prochain où elle prendra celui

de bsronne de Chang Hivers..

La : vide pâleur d’Antide de Montaigu se teignit de pourpre, et autuur de ses yeux 88 dessina un cercle sanglant.

__Qu'avez vous dit? balbutia-t-il d'une voix étranglée, qu'avez-

vous dit ?.

—Eglantin. aime mon fils et mon fils aime Eglantine. ,

—Votre fils... il a péri dans l'incendie du château de Champd'Hivers !.. —Votre race abhorrée s'éteindra avec vous |...

__Mon fils, sauvé des flammes est digne du grand nom qu'il {era refleurir ; le voilà, seigneur de l'Aigle !.… regardez-le bien en fuce comme vous avez regardé «on père, et vous verrez que Raoul et Tristan ont non seulement la rème âme, mais encore le m5m3 visage

—Ah ! s’écria le comte, c'est impossible 1. cast impossibi® |. Champ-d’Hivers et Montaigu ne peuvent s'alher… Le sang de” Vaudrey et des Montaigu se révolterait |...

Le sang des Champ-d’Hivers urifiera la goutte de sang impur qui coule dans les veines d’Eg antine | Jamais |... jamais !.… plutôt la mort pour elle! Je lui crierai qu'elle est ma Île et qu’elle doit vous a horrer tous L..… __ Vous vous :2irez, seigneur de l’Aigle L..

—Jamais |... 28

—Vous vous tairezl.… il le faut, je l'exige!

—Tuez-moi si vous voulez, mais je ne me tairai pas!

Raoul fit un signe aux montagnards qui montaient la garde dans l’escalier. *

Deux d’entre eux bâillonnèrent Antide Montaigu, qui réduit à pousser des cris inarticulés, se débattit vainement et roula sur le sol, en proie à d’effroyables convulsions. Ces convulsions s’affaiblirent peu à peu, et le misérable gentilhomme demeura immobile, inerte et pareil à un cadavre. .

Cependant sa respiration haletante et ses Yeux farouches indiquaient clairement qu’il vivait encore.

Tristan de Champ-d'Hivers lui mit le pied sur la poitrine.

—Blanche, dit-il alors, allez chercher Eglantine, il est grandement temps de calmer l'inquiétude de la pauvre enfant,

En ce moment un des montagnards s'écria *

—Voici le colonel et le capitaine.

Varroz et Lacuzon entrèrent.

Tristan leur montra le seigneur de l'Aigle, écumant sous ses pieds, et il ajouta :

Vous voyez que l’œuvre de justice est commencée |...

—Oui, répondit Lacuzon, et je vous jure que cette œuvre s’achèvera, et qu’elle sera assez éclatante pour remplir d’une salutaire épouvante les traîtres de l'avenir |...

Puis il demanda:

—Où est Eglantine ?..

—La voici, dit le baron.

En effet, la jeune fille, bien pâle, mais bien heureuse, apparaissait dans l’étroite ouverture de l'escalier tournant, enlacée è demi aux bras de sa mère.

le se jeta au cou du capitaine avec un transport de joie et de fraternelle tendresse ; elletendit son front à Raoul, et sa pâleur se dissipa comme par enchantement sous le baiser du jeune homme.

—Mon enfant, fit alors Tristan d’une voix que l'émotion rendait tremblante, votre mère, que voici, s’unit à moi pour bénir votre union avec mon fils Raoul de Champ-d'Hivers… La jeune fille du médecin des pauvres, la cousine du capitaine Lacuzon, honore E DEAN dans laquelle elle entrera, si haut placée que soit cette

amille.

Et Tristan et Blanche, ces deux martyrs enfins sauvés, mirent leurs mains sur les fronts inclinés de Raoul et d'Eglantine.

Le seigneur de l’Aigle, témoin désespéré de cette scène de bonten, ai comme le démon vaincu sous le glaive de l’archange

aël.

Une soudaine pensée vint à Tristan.

Il jeta autour de lui un regard circulaire et rapide, et il mure müra :

— Il manque ici quelqu'un...

—Qui donc ? demanda le capitaine d’une voix sourde.

—Le curé Marquis.

. Lacuzon se détourna pour essuyer une larme qui con!

ioue.

précédé et suivi par des

Marquis nous attend au trou des Gangônes, répondit-il.

Puis, entraînant le baron à quelques pas, il lui dit tout bas

—Marquis est mort

—Mort! répéta Tristan atterré.

—Oui, il est mort, mais plus un mot maintenant. 11 faut que cette ne reste secrète !.… c'est la dernière volonté du héros qui u’est plus.

Quelques secondes de silence succédèrent à la triste nouvelle que Lacuzon venait d'apprendre au baron. s

Cette subite transition de la joie à la tristesse pouvait être commentée par les montagnards témoins de cette scène. Le capitaine du @ le silence.

—Raoul, dit-il en s'adressant au jeune homme, prenez le commandement d'une escorte de deux cents hommes et conduises au trou des Gangônes votre fiancée et sa mère...

—Ne nous accompagnez-vous pas, capitaine ?

—Plus tard je vous rejoindrai.

—Que vous reste-t-il à faire ici ?

pbs rw à remplir un grand acte de justice...

—Leque

LV le saurez bientôt sans que je vous le dise... Allez Raoul,

. allez, mon enfant.

—Ferai-je prendre des torches aux hommes de l'escorte ?.…

—Des torches !... répéta Lacuzon avec un sourire sinistre. C'est inutile, vous n’en aurez pas besoin...

—La nuit est profonde, os ar

—Dans quelques minutes la nuit sera plus lumineuse, je vous le jure, que si le soleil montait à l'horizon 1...

oul regarda le capitaine avec étonnement.

L'expression de son visage lui fit comprendre sans doute le sens caché de ses paroles, car il ne l’interrogea plus, et il sortit de la chambre et bientôt de la tour et du château, avec Blanche de Mirebel et avec Eglantine.

Lacuzon, Varruz et les montagnards étaient restés seuls auprès d’Antide de Montaigu, toujours garrotté, toujours bâillonné, toujours étendu sur le tapis qui couvrait le plancher.

Pied-de-Fer entra.

—Eh bien ?.. lui demanda Lacuzon.

—C'est fait, capitaine, répondit le lieutenant,

—Tous mes ordres sont exécutés ?

—Tous.

—Nos hommes sont à leurs postes?

—QOui, capitaine.

—C'est bien...

Lacuzon fit un signe.

Plusieurs montagnards relevèrent le seigneur le l’Aigle, et sans toucher aux liens qui retenaient 555 mains oaptives, ni.au bâillon qui lui fermait la bouche, ils dénouèrent les es qui entouraient ses jambes et qui l'empéchaient de marcher librement. Antide de Montaigu, placé entre le capitaine et le colonel-et

d’obéir à l'impulsion qu’il recevait et de quitter la tour en même

temps que ceux qui se faisaient ses rdiens.

Presque tous les montagnards étaient rangés en bon ordre sur l'aisanas et sur la terrasse.

Ils accueillirent par des clameurs de haine et de vengeance l'apparition du prisonnier.

a et 1à, dans l’intérieur des différents corps de logis, on voyait passer des hommes agitant des torches et roulant des barils aux cercles de fer.

Lacuzon donna le signal du départ.

Les troupes s’ébranlèrent aussitôt, quittèrent l’esplanade par masses serrées, traversèrent les ponts-levis et prirent position eur les hauteurs environnantes,

Le capitaine fit placer Antide de Montaigu sur la pointe d’un rocher qui surplombait l’abîme. Pied-de-Fer et deux mentagnards tenaient l'extrémité des cordes qui liaient ses mains et ses bras.

Lacuzon, alors, approcha ses doigts de sa bouche, et l’on entendit retentir le coup de sifflet terrible qui si souvent avait jeté l’épouvante dans l’Ame des Français, des Suédois et des Gris.

& l'instant, des nuages d’une fumée pâle qui ressemblait à une vapeur, s'élevèrent autour des bâtiments du château ; quelques secondes suffirent pour rendre cette fumée plus épaisse ; bientôt elle jaillit par torrents impétueux des portes brisées et des fenêtres ouvertes, le manoir entier disparut sous un rideau de brouillards rougeñtres, pareils à ces nuages sulfureux qui s’exhalent du Vésuve ou de l’Etna au moment d’une éruption imminente.

ne ou deux minutes s’écoulèrent encore ; puis le brouillard

sembla se fendre à la fois en cent endroits, et d'immenses jets de flammes élevèrent jusqu'aux toits leurs langues fourchues et leurs crêtes ardentes.

Les premiers reflets de l'incendie naissant commençaient à projeter leurs clartés vacillantes sur la vallée d’Ilay, comme une étrange aurore boréale.

Un immense cri de joie, composé de mille cris qui s’échappaient de toutes les poitrines, salua lefléau vengeur.

Le seigneur de l’Aigle poussoit des gémissements sourds, étouffés par son bâillon. :

—Antide de Montaigu, dit alors Laouzon, vous avez uttaché

l'incendie aux murailles du château de Champ-d’'Hivers, nous attachons l’incendie aux murailles du château de l’Aigle! C'est justice.

; Le misérable gentilhomme, ne voyant de refuge que dans la mort contre les tortures qu’il éprouvait déjà et contre celles u’il prévoyait, fit un effort pour 8e précipiter dans l’abtme blant ouvert sous ses pieds. Pied-de-Fer et les montagnards le maftrisèrent et le forcèrent à e’agenouiller sur de rocher.

—Comte de Montaigu, reprit le ga pa « pas mourir maintenant !...Vous vivrez jusqu’à l'heure où le bourreau qui vous attend à Dôle accompiira sa tâche. Kegardez, seigneur de l’Aigle, voici ia tour de l’Aiguille qui s’enflamme |. j'ai

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romis une: torche: spendide à Raoul de Champ-d'Hivers, à Blanche de Mirebel et à Eglantine pour éclairer leur marche!.… Vous voyez que je tiens parole! ;

Puis, après une seconde de silence, pesant laquelle Antide se tordait sous ses liens comme se tord un serpent jeté sur des charbons ardents, Lacuzon continua :

—Oui, périsse cette tour qui ne saurait rester debout pour perpétuer le nom et la mémoire d’un traître! Demain ie passant cherchera vsinement un pan de mur croulant sur ce A la place où tout à l'heure s'élevait le château de

igle 1...

Le manoir tout entier n'était plus qu’un brasier colossal, et la montagne ainsi couronnée resserr:blait au roi des volcans pendant la plus formidable de ses éruptions. De l’orient à l'occident et du nord au midi, le ciel avait pris des teintes du sang. Jamais plus grd et plus terrible spectacle ne fut offert aux regards des

ommes épouvantés |...

Tout À coup ce spectacle changea de nature.

Les profondeurs du ciel semblèrent s'entr'ouvrir, traversées par un ouragan de flammes qui montaient de la terre en panaches étincelants.

Onentendit retentir une détonation auprès de laquelle les fracas du tonnerre et du canon n'étaient que des bruits sourds.

Puis ure obscurité profonde remplagça les clartés étincelantes.

Le feu venait de prendre aux barils de poudre entassés dans l'arsenal d’Antide de Montaigu, par les feux que les montagnards avaient disséminés sur les voûtes.

Le château de l’Aigle n’existait plus...

Le capitaine donna un ordre, et les troupes commencèrent leniement et en silence à descendre vers la vallée, emmenant le pri: sonnier que douze hommes, l’épée à la main, enveloppaient dans un csrclo de fer.

Tacuzon et Varroz restèrent sels en arrière.

Hs avaient tous les deux un triste devoir, un devoir sacré à rem: ir!

Ile avaient à obéir aux dernières volontés de Marquis mourant.

Ils avaient à creuser dans le Champ-Sarrasin une fosse pour la me wortelle du prêtre-soldat.

t il fallait qu’ils accomplissent seuls cette terrible tâche, puisque les lèvres défaillantes du martyr de la liberté avaient dit

—Que la tombe garde bien le secret de la robe rouge !..

Une heure après le moment où les dernières clartés de l'incendie du château de l’Aigle avaient fait place aux profondes ténèbres, deux hommes étaient assis auprès d’un cadavre sous la voûmine d’une petite grotte pratiquée à l'entrée de la vallée

ay.

Ces deux ::9mmes étaient Varzoz et Lacuzon. Ce cadavre était celui du curé Marquis,

D'’abondantes Jarmes coulaient sur les joues ridées du vieillard et sur les joues bronzées du jenne homme.

Le colonel pressait, dans ses maine tremblantes d'émotion, la main glacée du prêtre-soldat, etses lèvres murmuraient des paroles sans suite qui s’échappaient de son cœur déchiré.

—Aïnsi donc, disait-il, ainsi donc, te voilà parti le premier, vieil et cher ami de mon enfance, vaillant et loyal compagnon de ma jeunesse et de mon âge mûr{... Dieu t’a rappelé à lui... Je n’ai pas le droit de me plaindre, mais pourquoi donc m'’a-t-il laissé sur la terre où tu n’es plus! nous avions randi ensemble, nous avions marché l’un à côté de l’autre dans Li vie, ensemble nous avions combattu sous le même drapeau et pour la même Cause, ne devionsnous pas mourir ensemble ?.. Oh mon frère, oh! mon ami, je ne te pardonne de m'avoir devancé que parce que je sens que j'irai bientôt te rejoindre!..

Et Varroz appuyait contre son front, contre ses lèvres, contre son cœur, la main froide et inerte du cadavre.

Lacuzon, lui, s'absorbait dans une douleur moins communica. tive, mais non moins profonde. Il ne prononçait aucune plainte, il pe songeait point à essuyer les larmes qui coulaient de ses yeux, son regard vague et sans expression se fixeit sur les ténèbres de la vallée, mais ne cherchait point à en sonder la profondeur,

C’est que sa re plus large que celle de Varroz, embrassait

me, mais encore le chef du parti, c’est quil comprenait toute la gravité de la que la province venait de faire, et qu’à côté de

uzon ne l’ignorait pas. Aucune tête ne savait, aussi bien que la sienne, créer un plan dans son ensemble et le

ses détails. Le capitaine lui-même ne pouvait prétendre à cette hauteur de vues, à cette profondeur de jugement qui faisaient presque de Marquisle rival de Richelieu ; et puis, le caractère sacré dont le prêtre-soldat était revêtu lui donnait sur les masses populaires une influence dont Lacuzon appréciait l'immense por-

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la résistance nécessaire ?..

Le capitaine s’adressait ces questions, et ce n’est pas sans terreur qu’il en envisageait la douteuse solution, et il sentait se courber sa tête sous le poids de l’effrayante responsabilité u’il assumerait désormais presque entièrement sur lui seul ; car arroz, nous le savons, était plus encore un bras pour l’exécution qu’une pensée dans le conseil !...

soudaine apparitio1 d’une forme humaine surgissant des ténèbres vint arracher le capitaine à ses réflexionset Varroz à son ir.

Qui va la? demanda Lacuzob en meitar* la main sur ses pistolets.

di

—C'est moi, capitaine, moi, Garbas, répondit la voix du tromette. :

, As-tu trouvé ce qu’il nous fallait ?

—Qui,, capitaine, et mieux encore. Vous m'avez demandé une gén je me suis procuré une charrette,

—Au mouiin d’Ilay.

—Tu n’as réveillé personne ?

Non, capitaine. La charrette était sous un hangar...je l'ai prise sans faire de bruit. Je la ramènerai demain...

— Où l’as-tu laissée ?.…

—$ur la route, à deux pas d'ici

—Allons.….

Lacuzon et Garbas enveloppèrent dans un mantenu le cadavre du prêtre. et, suivis de Varroz qui continuait à pleurer comme un Le ils le portèrent jusqu’à la charrette, sur laquelle ils l’éten-

irent.

Le trompette s’attacha au brancard, le capitaine et le colone) prirent place à droite et À gauche, et cette étrange voiture de deuil accompagnée par ce triste cortège, se mit en marche dans la direction du Champ-Sarrasin.

Derrière la tour de Meix, d’après M. Louis Jousserandot auque) nous empruñtons textuellement ce passa e, à une grande lieue d'Orgelet, un peu en-amont du pont de la Pile, l'Ain, qui coule là entre deux montagnes, fait un coude qui forme une presqu'île sur la rive droite. Une tradition fort ancienne prétend qu’à l’époque de leur invasion, sous Charles Martel, les Sarrasins ÿ avaient établi un camp.

Ce qui donne quelqu crédit à cette interprétation, c’est que d’abord cette presqu'île est Par sa nature une véritable forteres bornée, du côté de la vallée, par des rochers À ric qui s'élèvent sur un talus rapide, lequel descend jusqu'au bord à la rivière,

Aujourd’hui encore, on trouve des vestiges d’un reste de construction fort ancienne qui la séparait du continent et an défendait sans doute l'accès de ce côté.

Quoi qu’il en soit, le paysan a toujours nommé ce lieu le Chaimp- Sarrasin et le nom s’est conservé jusqu’à nous.

Le Champ-Sarrasin fut sn qe un épouvantaii pour cette partie des montagnes. Sans oute des siècles s’écoulèrent sang qu'aucun être humain osât franchir ses limites et pénétrer au milieu des broussailles qui le couvraient,

. C'était, disait-on, un pied-à-terre de Satan, le rendez-vous de tous les esprics malins, de tous les follets du pays.

A l’époque où se passaient les faits que nous racontons, la superstition avait encore de trop profondes racines dans les monts.

nes de la Comté, pour que la croyance dont il s’agit eût perdu de sa force.

terreur qu'inspirait le Champ-Sarrasin, dans lequel chaque nuit, selon la bruit pépeleire ls Foi des épouvaniements jachait se: bandes de fantômes, suffisait pour en défendre l'approche. Et qi sait si la connaissance de ces frayours auperstitienses

n'avait pas engagé Mar uis À désigner le Champ-Sarrasin pour le lieu de sa sépulture? N "était-il Point-certain d'avance que personne n'irait chercher en un pareil lieu le secret de la robe rou e ?.…..

Il était environ deux heures.du matin au moment où RS Varroz et Garbas se mirent en route avec la précieuse dépouille confiée à leurs soins.

La nuit était obscure, le ciel sombre, et valles la lune se montrait pendant quelq nuages lu disparaître aussitôt après.

Dans la nécessité de cacher aux montagnards la mort de Marquis, le capitaine avait dû renoncer à ge faire accompagner par une escorte ; il se réservait de trouver un prétexte plausible pour expliquer l’ab:ence du prêtre. Déjà même il songeait à répandre le Éruit que Marquis s'était rendu à la cotr de France pour y traiter la paix avec le roi lui-même.

n semblable prétexte, qui pet aie semble un peu naïf à nos # lecteurs devait être accepté facilement et sans conteste par les esprits simples des bons Francs-('omtois.

epuis les rochers sur lesquels avait été construit le château de l’Aigle, il n’y avait pas plus de trois lieues jusqu’au Cham p-Sarrasin, surtout en marchant selon la ligne droite, c'est-à-dire en traversant la campagne sans suivre la grande route ni même les chemins frayés, et c'est ce que projetait le capitaine auquel il semblait prudent d'éviter toute chance de rencontre,

Les trois hommes passèrent non loin du village de Théria, ils firent un détour pour éviter de traverser celui des Petites-Chiet puis ils selancèrent à travers champs, de la vallée de la Franée (qui sera le théâtre de scènes étranges et dramatiques dans un prochain ouvrage) et longèrent la côte sous

Châtel-de-Joux.

Jusque-là tout avait marché sans encom

à sérieux allait se rencontrer, la rivière coulait entre le Cham Sarrasin et les nocturnes aventuriers, et

cette rivière était rapide et profonde. Comment la traverser ?..

arroz proposa de prendre sur la droite, de gagner la route de Saint-Claude et de franchir l’Ain au pont de la Pile..

À cette heure de la nuit, il était plus que vraisemblable qu'on . ne rencontrerait personne, Lacuzon pensa qu’il pouvait sans risque se ranger à l'opinion du colonel, et les trois hommes s'engagèrent avec la charrette sur Ja route qui conduisait à Saint-Claude, D ils étaient parvenus à un demi-quart de lieu du pont de la Pile, quand Garbas s'arrêta tout à coup.

u’y a-t-il?.. lui demanda Lacuzon.

—N'entendez-vous rien, capitaine ?.…. murmura le trompette. Lacuzon prêta l'oreille,

—Non, dit il, ensuite...

—Æcoutez mieux.

Cuzon s’agenouilla et appuya son oreille contre le sol de la route.

c’est à peine si parinterues secondes entre deux

tes, Passant sur les hauteurs

bre, mais un spectacle

. Un bruit de pas pi

} ides, Mintain encore, mais parfaitement dis- : --tinot, arriva jusqu’à lui.

—C'est vrai, dit-il en se relevant, il y a des hommes derrière «ous...

—-Et ils sont nombreux ! ajouta Garbas après avoir écouté à son tour, au moins vingt-cinq ou trente.

—Et, reprit Lacuzon, ils ne marchent pas, ils courent.

—On nous poursuit donc, fit Varroz.

. —C’est évident. Mais qui? 11 est impossible, complètement impossible, qu’on sache ou qu’on devine qui nous sommes. —Je crois, capitaine, fit le trom pette, que ce pourrait bien être

une bande de Gris chassée cette nuit du château de l’Aigle et qui erre au hasard à travers le pays.

est possible... Tâchons qu’ils nerencontrent pas notre fuite.

hâtons le pas !... Une fois le pont traversé, nous nous jetterons dans la campagne.

Garbas prit son élan et entraîna rapidement la charrette le long

’une montée extrêmement roide dont le sommet dominait le pont de la Pile.

le trompette hors d’haleine dut s’arrêter pendant une seconde.

Le bruit de pas se faisait entendre de plus en plus rapproché. 1 devenait manifeste qu’une poursuite était organisée et que les fugitifs, depuis le bas de la côte, avaient perdu eaucoup de leur avance.

SEEN avons été trahis par le bruit de la charrette..., murmura rbas.

—Que faire ?.… demanda Varroz.

—Nous débarrasser avant tout de ce lourd véhicule qui ralentit notre marche et gêne nos mouvements. Emportons le corps et cachons-nous dans le bois, à gauche du chemin, peut-être ne nous découvront-ils point.…., mu le capitaine.

En même temps il souleva le cadavre qu’il chargea sur ses épaules,et il s'élança dans le bois qui couvrait toute la pente de la montagne jusqu’à la rivière. Varroz imita son exemple.

Garbas, avant de les suivre, lança la charrette enavant. Elle franchit la descente avec une prodigieuse vitesse et alla se briser contre un des parapets du pont.

Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées, quand les trois hommes qui s'étaient blottis sous un rocher au bord de la route, virent passer à toute course auprès d'eux la bande qui leur donnait la chasse, les prenant pour des Payÿsans attardés qu'il serait facile et lucratif de dévaliser.

C’étaient bien en effet des Gris, et ils étaient une trentaine

ivés au pont de la Pile. ils s’arrétèrent pendant une ou deux secondes auprès des débris de la Charrette, À près cet instant d’hésitation, ils ge remirent en marche en courant toujours, ét ils gravirent rapidement la côte opposée,

—À gauchel.. touisurs à cotchot dit Lacuzon, et hâtonsneus |... ici nous ne sorames point en sûreté. Peut-être tout à l’heure les bandits vont-ils revenir sur leurs pas, et il leur:serait biën

facile de nous découvrir. Gagnons le. bord de l’eau, tâchons de trouver quelque gué, ou franchissons la rivière à la rage. Une fois sur l’autre rive, nous serons presquearrivés au but, et rien ne nous empêchera, &près avoir eu le triste devoir qui nous amène ici, de passer le reste de la nuit dans la grotte qui se trou. ve au bord de l’eau, dans les rochers, sous le ham p-Sarrasin..

Les trois hommes se glissèrent aussitôt dans les taillis, s’efforgant de ne faire aucun bruit en écartant les branches et en se fray-

ant un étroit passage parmi les jéunes arbres et parmi les ronces.

Déjà ils atteignaient la lisière du bois, entre eux et la rivière il 0’y avait plus qu’un espace découvert de cent cinquante ou deux cents Ho . En face d’eux se trouvait la presqu'île que couronnait le Champ-Sarrasin. soutenu par un contrefort de rochers d’une immense hauteur, presque pareils aux gigantesques falaises qui forment une ceinture aux:côtes de la Manche, depuis le Ha. vre jusqu’au Tréport, en passant par Etretat, Fécamp et Dieppe.

De l’autre côté de la rivière était le salut.

Parvonns à la lisière du bois, les trois fugitifs s’arrôtèrent pour ‘âcher de se rendre compte des mouvements des Gris qui les poursuivaient,

Ces derniers avaient franchi tout d’une haleine le versant de la côte, puis, parvenus au sommet de cette côte, ils s'étaient amrôtés, eux aussi, ils avaient écouté; surpris de ne rien entendre sur la. route qui s’étendait devant eux, ils étaient revenus sur leurs pas, furetant dans toutes les directions, comme des chiens de meutes qui veulent retrouver la voie perdue, et, collant leur oreille sur le sol, ils avaient redoublé d’attention.

Lacuzon, Varroz et Garbas avaient été trahis sans doute par le bruit, si léger qu’il fût, de leur marche à travers le taillis, Bref, les Gris comprirent que le bois situé à gauche de la route servait d'asile à ceux qu'ils cherchaient,.ét, se divisant en trois bandes, les uns restèrent sur le chemin qui dominait le fond de la vallée, les autres se jetèrent dans le bois, d'autres, enfin, suivirent le bord de l’eau, À

—Nous n'avons maintenant qu'un pee à prendre, dit alors Laouzon, engageons-nous résolûment dans la prairie, traversons la rivière à la nage, elle est profonde et large, s'ils .ne sont pas d’excellents nageurs, ils n’oseront pas nous suivre, Gagnons les rochers sans nous arrêter un seul instant, sans même nous retourner. Sans doute ils ne connaissent pas l'existence de la

rotte, et d’ailleurs, s'ils la découvrent, nous urrons nous éfendre. Colonel, avez-vous de la poudre et des balles ?..

—Oui, répondit Varroz.

—Et toi, Garbas?

—Moi aussi, capitaine,

—E£h bien, attachons nos cornes à poudre au galon de notre chapeau, mettons nos pistolets à notre cou, et courons.…

Lacuzon donna l’exemule; toujours chargé de son précieux fardeau, il s’élança dans l’espace découvert, et, suivi de près par : ses deux compagnons, ik bondit en quelques élans jusqu’à la rivière, dans laquelle ii se inissa glisser.

LR MEDECIN DES PAUVRER 86?

Le bruit et le mouvement de cette course l'attention des Gris, qui poussèrent de les uns les autres en dents

—-Les voilà 1... les voilà 1...

‘En même tem 8, ils tirèrent quelques coups de mousquets, au hasard, dans la A Tédton des fugitifs.

Aucune des balles ne porta; mais l'éclair des cartouches éclaira vivement les trois hommes qui luttaient contre le courant de toute la vigueur de leurs bras robustes.

Aussitôt eut lieu une seconde décharge, et les balles, mieux ajustées, firent jaillir l’eau tout près de Lacuzon.

—Du couragel… murmura le capitaine, quelques brassées encore et nous toucherons la terre |.

trois nageurs 1edoublèrent d’impétuosité.

Un coup de feu isolé retentit

—Abh ! cria Varroz.

Et le vieillard, tournant sur lui-même, battit l’eau de ses deux mains.

—Qu'avez-vous? demanda vivement Lacuzon.

—Soutiens-moi… balbutia Varroz, soutiens-moi touché...

Une balle venait de lui briser l'épaule gauche. : CéRbes, qui se trouvait à la droite du colonel, se rapprocha dv e lui.

—Appuyez- vous sur moi, lui dit-il, nous arrivons... cri poussé par Varroz avait été entendu par les Gris.

Trois d’entre eux se jetèrent à l’eau, .et peut-être les autres alaient-ils en faire autant, mais l’homine qui les commandait les arrêta en leur disant :

—À quoi bon ?.. Courons au pont de la Pile et suivons l’ l’autre côté... ils ont avec eux un blessé, nous les rattraperons. Et ils s’éloignèrent de toute leur vitesse, Cependant les fugitifs avaient atteint la rive. ouffrez-vous, colonel ? demanda Lacuzon.

—Horriblement! J'ai une balle dans l'épaule... —Reposons-nous un instant.

TA On... NON... j'aurai la force d'arriver à la grotte. Marchons.. —Débarrassons-nous d’abord des bandits qui nou: serrent de près et qui indiqueraient notre retraite aux autres. Ils sont peu nomëreux, nous en aurons bon marché...

—Soit, dit Varroz en tirant son épée.

Lacuzon étendit à terre le cada cacha derrière un saule. Le colonel et Gar et, au moment où les Gris sortaient de |’ sur eux.

Les trois bandits tombèrent pour ne plus se relever. Deux d’entre eux étaient morts. le troisième était mortellement blessé.

F sis colonel. reprit Lacuzon, à la grotte... et hâtonsnouë |.

avaient attiré grands cris et s'appelèrent

… je suis

eau de

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