LA GROTTE
Varroz, presque défaillant, mais se soutenant à force d’héroïsme s'appuya sur Garbas tandis que Lacuzon reprenait son fardeau,
andis qu'ils se dirigeaient vers cette retraite, les Gris avaient pe la rivière sur le pont dela Pile, et ils remontaient le fil
e l’eau.
Arrivés à l'endroit où ils pensaient rencontrer leurs camarades, ils les appelèrent.
Un fr a PAR leur répondit.
Ils cherchèrent alors dans l'obscurité, et, après-avoir hourté
es cadavres, ils trouvèrent l’homme'expirant qui, se soulevant à demi en rassemblant toutes ses forces, murmura:
—Varroz... c’est Varroz…
ti: dis-tu? s’écria le chef, l’un de ces honmes est Varroz Le
—Oui.
—Comment le sais-tu ?...
— Is l’ont appelé colonel. et ils ont dit: À la grotte...
Le Gris retomba en arrière et rendit son âme au diable.
—Ce n’est guère possible, reprit le chef ; comment Varroz serait-il ici, à cette heure, et sans escorte ?.. et quelle est cette grotte dont on a parlé ?..
—Abh 1 fit un des hommes, la grotte existe, je le sais. elle est
‘ dans les rochers qui sont là, devant nous sous le Champ-Sarrasin, elle sert souvent d’asile aux Cuanais de Lacuzon...
—Mais alors, continua le chef, dans la tête duquel se faisait tout un travail de conjectures, mais alors, si l’un de ces hommes
- est Varroz, les deux autres pourraient bien être Lacuzon lui-même et Marquis. Ah! si cela était, quelle capturel.… L'un d'eux est blessé !.... ils sont trois et nous sommes encore vingt sept. nous en viendrons à bout. Mais d’abord, trouvons la grotte,
Et les Gris, se dirigèrent, à leur tour, vers les rochers.
La grotte dans laquelle Varroz, Lacuzon et Garbas allaient chercher un refuge, et qui, dans les montagnes du Jura, est connu
encore aujourd'hui sous le nom de la grotte à Varroz, était pratiuée à une hauteur de soixante et dix ou quatre vingt pieds auessus du niveau de la rivière, c'est-à-dire à moitié de la hauteur de la falaise granitique qui soutenait le Champ-Sarrasin..
Il fallait, pour y arvenir, suivre un sentier presque à pic, à peine tracé par les chèvres et par les bergers, et obstrué complètement de place en place par des broussailles et aussi par des amas de pierres crouiantes
L'entrée de ia grotte était étroite-et Bässé, sur une longueur de
Lacuzon, découragé.et désespéré, laissa tom ber sa tête sur sa -poitrine en murmurant :
—Mon Dieu, ayez pitié de nous 1...
—Tu vois que l'espoir s’en va, mon pauvte enfant ? dit Varroz ; tant qu’il restera quelques gouttes de sang dans mon vieux corps, je vivrai.. Quand tout sera parti, quand il n'y aura plus rien dans mes veines, je rendrai mon âme à ce Dieu bon et terrible qu’on appelle le Dieu des armées, et que j'ai tâché de servir en bon chrétien. J'espère qu'il m'ouvrira, sans trop de peine, les portes de son paradis... J'ai confiance. D'ailleurs, le.curé Marquis est là-haut, à la droite du trône céleste... il dirait au besoin quelques mots pour moi, et il ne, me laisserait pas dans l’embarras… Tu comprends que le colonel Varroz, Varroz le -Franc- Comtois, ne peut point aller en enfer, où il renco: trerait les Suédois et les Gris, et où le seigneur de l’Aigle viendrait le rejoindre dans quelques jours... Non !.. non !.… c'est impossible !.… ais donc comme moi, mon enfant, mets-toi l'esprit en repos... Le curé est mort, je vais mourir, ton tour viendra, et bientôt
peut-être...
Lacuzon pleurait.
11 s'était agenouillé auprès du colonel, et ses vres balbutiaient d’une façon à peine distincte: ‘ —Tous les deux... tous les deux dans la même nuit... Oh!
Seigneur, pourquoi donc frappez-vous des coups si terribles et si pressés |...
Varroz reprit :
—Je ne souffre plus... mon épar'+ s’engourdit... je ne sens plus
ma blessure. le sommeil vient. :: vais dormir. Enfant, c'est mon dernier sommeil...
—Mon père! s'écria le ex, ::::: avec une intonation déchi-
rante, mon père, bénissez-mci …
—Couche-toi à mon côté, sur ic ii: de pai le, et mets ma main droite sur ton front. Je veux m’endormir ainsi, je veux que ma bénédiction plane encore sur toi, même quand j'aurai commencé mon éternel sommeil.
Lacuzon obéit, le colonel sembla s’assoupir. Un gémissement faible et doux s’échappait de sa bouche à chaque aspiration de sa die épuisée.
arbas, les mains posées sur les crosses de ses pistolets dont il avait renouvelé les amorces, s'était assis dans la première cham. bre de la grotte, le dos appuyé à la muraille du rocher, et fzisant face à l’étroite issue qui conduisait au dehors.