‹ Le Médecin des pauvres [microforme]Chapitre 63 sur 66 · SAN · texte numérisé non relu

SAN

Un bruit de pas, un murmure de voix se faisaient entendre au dehors et se rapprochaient d’instant en instant. es Gris arrivaient.

Bientôt les bleuâtres clartés du ciel furent interceptées de nou\eiu et plus complètement que la première fois, Les assaillants obstruaient l'entrée du couloir, —Ah ça, mais, s’écria l'an d'eux, il fait plus noir 1àue dans un four!... Ce trou a l'air d’ Îlumons des broussailles afin de voir Le conseil était bon, il fut suivi tout aussitôt. Des tiges de buis, arrachées aux fentes de la pierre, s’embrasèrent en tillant, et une lumière vive éclaira l'entrée de la rotte.

En même temps, quelques-uns des Gris se penchèrent pour voir à l’intérieur,

C’est ce qu'attendait Garbas.

Il fit feu de ses deux pistolets, Deux hommes tombèrent.

Les autres reculèrent en poussant un long gémissement de terreur et de rage.

Garbas séda la place au capitaine, qui se tint prêt à tirer, tandis que le trompette rechargeait ses pistolets, 9

À peine avait-il achevé que les Gris revinrent à l’agsaut.

8 quatre coups des deux Francs-Comtois jetèrent sur le terrain quatre cadavres.

—Rechargeons !... dit Lacuzon, rechar eons et hAtons-nous..

Fort déconcertés par la manière dont ils avaient été reçus, les assaillants n’osaient plus se mettre en vue.

Postés sur le revers de la montagne, un pes au-dessous de l'ouverture, ils commencèrent à diriger dans la grotte un feu de mousqueterie bien soutenu.

ais leurs balles allaient frapper la voûte sans atteindre les “trois Francs-Comtois.

Pécouragés de ce résultat négatif, les Gris interrompirent eur feu.

Ils parurent se consulter mutuellement pendant un instant, puis lu voix du chef cria :

—Rends-toi, Varroz, et tu auras la vie sauve...

— Non, de par tous les diables, je ne me rendrai pas ! (1) répondit le colonel. .

Après un silence la voix reprit :

—Quand nous devrions nous faire tuer ici ju

squ’au dernier, Ù É ne sortiras point vivant, si tu ne te rends pasi Rends-toi onc!.…..

Et Varroz répéta : :

— Non, de par tous les diables, je ne me rendrai pas !..

“Exaspérés par les pertes qu'ils venaient de su ir, les Gris étaient bien véritablement d idés à ne point reculer devant trois hommes dont l’un était blessé.

Seulement, ils changèrent de tactique.

dedans un soubpirail de l'enfer?

où nous allons.

(1) Réponse historique.

Îls relevèrent les cadavres des leurs, ils se servirent de ces cadavres comme de boucliers, et, protégés ainsi par leurs morts, âls se ruèrent dans le couloir qui menait à la première chambre.

Leur calcul était juste ; les balles de Lacuzon et de Garbas ne purent traverser les égides humaines qu’elles rencontrèrent.

Un combat terrible et corps à corps s'engagea dans une obscurité qui n’était combattue que par la clarté vacillante du feu de broussailles allumé au dehors.

Les Gris étaient six.

Les Franes-Comtois n'étaient que deux, car il ne semblait point possible de compter sur Varroz mourant.

Alors il se passa une chose étrange, presque miraculeuse. :

On vitle héros défaillant, dont l'épaule était brisée, dont les j

veines n'avaient plus de sang, dont les jambes chancelantes ne supportaient qu’à peine le poids du corps presque sans vie, on le + ranimé soudain par un effort inouï de la volonté, du cœur, et des nerfs, marcher d'un pas ferme jusqu'aux groupes de combattants enlacés qui se tordaient dans des étreintes homicides, lever sa lourde épée et la laisser retomber deux fois.

Deux ennemis roulèrent sur le sol, la tête fendue jusqu'aux épaules. Les autres lâchèrent pied et s’enfuirent.

"Oh! murmura Varroz en appuyant contre ses lèvres le pommeau en forme de croix de son épée, Seigneur mon Dieu, soyez béni. maintenant je puis mourir...

le vieux soldat tomba sur un genou, puis glissa doucement à terre, en serrant toujours son épée.

Dieu avait exaucé son dernier vœu, il était mort en combattant.

—Moa père! cris Lacuson, attende-nousl.… nous allons te quivrel.…

PA croyez donc qu'ils vont revenir, capitaine? demanda arbae,

—Oui, certes, je le crois, et, comme ils sont encore près de vingt ét que nous ne sommes plus que deux, il est évident pour moi que notre dernière heure va sonner... Nous sommes perdus. Seulement, nous leur vendrons chèrement notre vie. Nous allons mourir, mais ils mourront avec nous |...

—Commentcelase fera-t-il, capitaine ?.. nousn’avons que quatre coups à tirer...

- —J'ai un projst….

—Lequel ?

—Tu vas voir. donne-moi la corne à poudre du colonel et la

—Viens maintenant...

nee se dirigea avec Garbas vers la deuxième chambre de e.

ous avons dit qu'à l'extrémité du second défilé, un bloc de it‘tombé de la voñte obstruait une fissure qui, selon les traitions populaires, était le commencement d'une issue souterraine conduisant au Champ-Sarrasin. 24

874 LE MEDECIN DES rAUVRE®, | Le capitaine dévisea l’extrémité des cornes remplies de poudre, et il glissa ces cornes sous le bloc de granit. [1 fit snsuite une tratnée de poudre sur le sol, et il attendit, un pistolet à la main. } f —Ah ! ah! dit Garbas, je commence à comprendre, capitaine, vous allez nous faire sauter.

—Æ£t eux avec nous. Que dis-tu de mon idée, Garbas ?.… | —Je dis qu’elle est bonne et qu’elle doit réjouir, là-haut, le colonel et le curé Marquis. (

—Cela t’afflige-t-il de:mourir si jeune, mon pauvre Garbas ?..

—ÆEn aucune façon, capitaine, songez donc, mourir avec vous, { eb de votre propre main, car, c’est vous qui mettrez le feu aux poudres ! Quel honneur pour un pauvre trompette ! Un jour ou l’autre, un peu plus tôt ou un peu plus tard, ne faut-il pas toujours s’en aller de ce monde? Mieux vaut que ce soit de cette façon et en si glorieuse compagnie...

—Æh bien ! mon ami, viens m’embrasser..

—Ah ! capitaine de tout mon cœur !...

—Maintenant, faisons notre prièré'à Dieu et tenons-nous prêts.

Cinq minutes s’écoulèrent.

On n’entendit aucur bruit, nul mouvement ne se manifestait auprès de l’ouverture de la grotte. :

—Capitaine, dit Garbas, qu'est-ce que peuvent donc faire là-bas ces bandits ?.. À parier franchement, l'incertitude me pèse. Je voudrais en finir tout de suite, et, dans la situation où nous sommes, l'attente me semble un peu longue...

Et, avec une héroïque insouciance, Garbas se mit à fredonner ce couplet de chanson qui avait servi de al à Lacuson et à Raoul de Champ-d’Hivers, la nuit de l'entrée à Saint-Claude: .

Comte Jean, voici venir l'heure, Le soleil penche à l'horizon...

L'Angelus dans le clocher pleure L'oiseau chante dans le buisson ; La fleur de l’églantier parfume

Le vai cà s’égaront mes pas:

Je te cherche en vain dans ls brume. 4:

Jomte Jean, me voici: Pourquoi ne vieurtu ras ? oh

Garbas finissait à peine le dernier vers de son co 1plet, quand un tumulte soudain vint indiquer snx deux jeunes gens que les assaillants revenaient à la charge.

—À la bonne heure! murmura Garbas, ils se décident enfin! mieux vaut tard que jamais !.…..

Les Gris, se coulant un à un, en rampant comme des couleu- Nip pins franchi le premier couloir et pénétré dan: la première

ambre.

.… Là, ils s'étaient relevés tous À la fois, et, ignorant l’existence d’une seconde grotte, ils s’élançaient contre les murailles, l'épée haute, frappant le vide et poussant de grands cris. Pate

Le moment est venu ! dit Lacuzon, que Dieu nous ive ! Alors, approchant de la traînée de poudre la gueule de son pis tolet, il pressa la détente.

Une sourde mais puissante détonation retentit.

Le bloc de granit se souleva comme une feuille sèche fouettée par le vent, la montagne trembla jusque dans les profondeurs de ses entrailles souterraines.

La voûte de la grotte se fendit en deux parties.

Celle de la première salle s’écroula avec un fracas terrifiant, ensevelissant les Gris sous ses ruines. De

Celle de la seconde resta debout et immobile, ainsi qu'un arceau de cathédrale.

Quand la terre cessa de trembler, quand la fumée se fut dissipée, Lacuzon et Garbas, stupéfaits et presque effrayés de re ‘ trouver vivants encore, virent, aux clartés de la lune tombant de

la voûte entr’ouverte, les pos marches d’un imme "se escalier qui montait jusqu’au Champ-Sarrasin.

Ils étaient sauvés, ils étaient libres !...

—Par ma foi, capitaine! s’écria Garbas, nous revenons de bien loin. Jamais un homme, j'imagine, n’a pu se vanter d'avoir vu ce que nous venons de voir |...

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