‹ Le médecin du corps et de l'âmeChapitre 50 sur 81 · DE L’ORGUEIL · texte numérisé non relu

DE L’ORGUEIL

Principale maladie de l'homme : premier pêché capital, ou plutôt des capitales, selon l’expression d'un écrivain très-judicieux.

Il est incontestable que l’amour trop développé du mot Itumniu, qui fait qu’on rapporte tout à soi et qu’on s’estime plus que les autres, peut occasionner de graves dérangements, non-seulement dans l’esprit, mais encore dans l’organisme, qui lui sert d'enveloppe et, pour ainsi dire, de demeure. Les agitations déréglées d'un locataire trop bruyant dégradent à la longue la maison la plus solide et indisposent le propriétaire, qui se met en mesure de s'en délivrer. Ainsi Dieu, s'il est permis de comparer les grandes choses aux petites, après avoir longtemps souffert Pâme orgueilleuse , permet qu’elle soit humiliée par l'affaiblissement subit d’une santé sur laquelle on avait

trop compté. Rien de plus évident que cette sentence de l'Esprit-Saint : L’orgueil est la source de tous les maux ; — ru dix omnium malorum superbia. Et en effet, si l’histoire de la création et celle de l’espèce humaine, dans leur simplicité naïve ou leurs complications mystérieuses, n’étaient pas là pour nous convaincre de celle vérité majeure en religion, en morale et même en médecine, la propre expérience de chacun suffirait. Que de déboires, de douleurs d’esprit et corporelles on s’épargnerait en pratiquant l’humilité, vertu opposée à l’orgueil, et en suivant la voix de modestie qui nous a été tracée par le chef de notre sublime religion. Comme mon intention n’est pas ici de faire de la morale à mes lecteurs, mais seulement de leur indiquer un expédient que j’ai quelquefois employé avec succès pour rétablir le calme dans une ûme désillusionnée dans des moments d’affliction ou de peine, après de présomptueuses espérances , je leur conseille de lire de temps à autre divers chapitres d’un livre inimitable, quoique fruit de Limitation. Je transcris celui que j’aime le plus, pour en avoir savouré souvent le

baume délicieux, de compagnie avec une mère chérie que j’ai aujourd’hui pour protectrice dans le ciel. Voyez si toute autre personne qu'une mère tendre, affectueuse et pleine de religion pourrait parler ainsi : Mon fils,

« Quand je verrais une armée prêle à fondre sur moi , mon cœur ne craindrait pas. (Ps. 26, 5.)

« Car le Seigneur est mon aide et mon rédempteur. (Ibid., 18, 15 )

« Combats, dit le Seigneur, comme un vaillant soldat; et si quelquefois tu succombes par fragilité, retourne dans la mêlée avec plus de courage, persuadé que je te soutiendrai plus fortement par ma grâce; mais sois en garde surtout contre la vaine complaisance et l’orgueil.

« C’est par là que plusieurs s’égarent, et tombent quelquefois dans un aveuglement presque incurable.

« Que la ruine des superbes qui présument follement d’eux-mèmes te préserve, et t’affermisse toujours dans l’humilité.

« Jésus-Christ dit à son disciple véritable : Mon fils, il est plus profitable pour toi, et

plus sùr de cacher la grâce de la dévotion, de ne t’en point élever, d’en parler peu , de ne pas l’en prévaloir, de te mépriser toi-même, et de craindre comme si elle avait été donnée à un indigne.

« Il ne faut pas trop fortement s’attacher à cette affection, qui bientôt peut se changer en une affection contraire.

« Pense, dans le temps de la grâce, combien tu es pauvre et misérable sans elle.

« Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement à avoir la grâce de la consolation , mais à supporter sa perte dans la patience, dans l’humilité, dans l’abnégation de soi-même : de sorte qu’alors on ne languisse, et qu’on n’abandonne pas les pratiques pieuses. Fais toujours volontiers ce qui est en loi, le mieux que tu pourras et que tu comprendras, et quelle que soit l’aridité et l'angoisse de ton esprit, ne te néglige pas entièrement toimême.

« 11 en est beaucoup qui, lorsque les choses ne vont pas à leur gré, deviennent aussitôt impal ients ou lâches.

« Les voies de l'Iiomme ne sont pas toujours

eu son pouvoir. (Jér . , 10, 23.) C’est à Dieu de consoler, et de donner quand il veut, autant qu’il veut, et à qui il veut, comme il lui plaît, et non davantage.

« Quelques imprudents se sont perdus. Ils ont voulu faire plus qu’ils ne pouvaient, ne mesurant point leur faiblesse, mais suivant plutôt l’impétuosité de leur cœur que la lumière de la raison.

« Et parce qu’ils ont présumé plus que Dieu ne voulait, ils ont perdu aussitôt la grâce.

« Ils sont devenus pauvres et sont restés misérables, eux qui faisaient leur séjour dans le ciel, afin qu’humiliés et appauvris , ils apprissent à ne pas vouloir voler d’eux-mémes, mais à s’abriter sous mes ailes.

« Ceux qui sont encore nouveaux et inexpérimentés dans la voie, s’ils ne se conduisent par le conseil des sages , peuvent facilement se tromper et se perdre.

« Que s’ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de croire à ceux qui ont de l’expérience, leur lin sera périlleuse, à moins qu’ils ne renoncent à leur propre sens.

« Rarement ceux qui sont sages à leurs jeux

se laissent humblement conduire parlesautres.

« Il vaut mieux savoir peu, avec humilité et une faible intelligence, que de posséder tous les trésors de la science, avec une vaine estime de soi-même.

« Il vaut mieux pour loi avoir peu que beaucoup, dont tu pourrais t’enorgueillir.

« Il n’agit pas avec assez de prudence, celui qui se livre entièrement à la joie, oubliant sa pauvreté ancienne, et cette crainte pure de Dieu, qui fait appréhender de perdre la grâce reçue.

« Il ne sent pas avec assez de force, celui qui, au temps de l’adversité et de l'affliction , se laisse trop abattre, et n’a pas en moi toute la confiance qu’il doit avoir.

«Celui qui, durant la paix, aura montré trop d’assurance, souvent, au temps de la guerre, se trouvera timide et lâche.

« Si tu savais toujours rester humble et petit à tes yeux, régler les mouvements de ton esprit, et les tenir dans de justes bornes, tu ne tomberais pas si souvent dans le péril et dans l’offense.

« Il est bon, lorsque ton esprit sera enflammé

d’ardeur, de pensera ce que tu feras après que la lumière se sera éloignée ; et quand cela arrivera, songe qu’elle peut revenir, et que ce n’est que pour un temps que je te l’ai retirée, pour ta sûreté et pour ma gloire.

« Cette épreuve t’est plus utile que si tout arrivait selon tes désirs.

« Car le mérite ne consiste pas à avoir plusieurs visions ou consolations, à être intelligent dans l’Ecriture, ou à être placé dans un haut rang; mais à être affermi dans la vraie humilité, à être rempli de l’amour de Dieu, à chercher en tout purement sa gloire, à ne se compter pour rien soi-même, et à se mépriser sincèrement; à aimer mieux être dans l’humiliation, et méprisé des autres, qu’en être honoré.

«Jésus-Christ. Mon fils, moi , le Seigneur , je fortifie au jour de V affliction. (NathMl, 7.) Viens à moi, lorsque tu seras dans la peine.

« Ce qui arrête surtout les consolations du Ciel , c’est que tu as recours trop tard à la prière.

« Car, avant que tu me pries ardemment , tu cherches beaucoup de consolations et de soulagement dans les choses extérieures.

« Et il arrive que tout cela te sert peu. Alors tu reconnais que c'est moi qui délivre ceux qui mettent en moi leur espérance (Ps , 16, 7), et que, hors de moi, il n’y a ni secours suffi- | sant, ni conseil salutaire, ni remède durable.

« Mais maintenant que tu as recouvré tes I sens après la tempête, respire à la lumière de mes miséricordes.

« Car je suis près de toi, dit le Seigneur, afin jl de rétablir toutes choses, non-seulement en | entier, mais avec abondance.

« Y a-t-il rien qui me soit difficile (Jér., 32, 27)? ou serai-je semblable à ceux qui sent et ne font pas?

« Où est ta foi? Bemeure ferme et persévère.

« Sois patient et courageux : la consolation viendra en son temps.

« Attends-moi, attends-moi : je viendrai et je te guérirai. (Matt., 8, 7.)

«Ce qui te tourmente n’est qu’une tentation; une vaine terreur t’épouvante.

« Que l’importe le soin d’un avenir qui peut être ou ne pas être, sinon à te donner tristesse sur tristesse ? A chaque jour suffit sa peine. {Ibid , 6, 34.)

« C’est une chose vaine et inutile de t'affliger ou de te réjouir de ce qui n’arrivera peut-être jamais.

« Mais il est de l’infirmité humaine d’être séduit par ces imaginations, et c’est la marque d’un esprit faible, d’être attiré si aisément par les suggestions de l’ennemi.

« Car le démon se met peu en peine si c’est par le faux ou par le vrai qu’il se joue de toi et te trompe; si c’est par l’amour des choses présentes, ou par la crainte des choses futures, qu’il te fait tomber.

« Que ton cœur ne se trouble point et ne craigne point. Crois en moi , et confie-toi en ma miséricorde. (Joann., 14, 1, 27.)

« Souvent je suis plus prés de toi, lorsque tu penses être plus loin de moi.

« Lorsque tu te crois presque entièrement abandonné, alors souvent c’est le moment de mériter davantage.

« Ne crois pas tout perdu, lorsqu’il t’arrive quelque chose de fâcheux.

« Tu ne dois pas juger selon le sentiment présent, ni le laisser abattre par l’affliction, de

quelque côté qu’elle vienne, comme si tout espoir était perdu.

« Ne t’imagine pas être tout à fait abandonné lorsque je t’afflige pour quelque temps, et que je te refuse la consolation que tu désires; car c’est ainsi qu’on va au royaume des cieux.

« 11 le convient mieux sans doute, et à tous mes serviteurs, d’être éprouvé par les traverses, que si tout arrivait selon tes désirs.

« Je connais tes secrétes dispositions, et je sais qu’il est fort avantageux, pour ton salut, que tu sois quelquefois laissé dans la sécheresse, de peur que le bon succès ne t’élève, et que, te complaisant en loi-même, tu ne croies être autre que tu n’es.

« Je puis ôter ce que j’ai donné, et le rendre quand il me plaît.

« Ce que j’ai donné demeure toujours à moi ; et quand je le relire, je ne t’enlève rien qui soit absolument à toi, parce que tout bien et tout don parfait sont à moi

a C'est pourquoi si je permets qu’il t’arrive quelque peine et quelque contradiction, n’en murmure point, et que ton cœur ne succombe pas, car je puis te relever en un moment , et

changer loule la tristesse en. joie. Mais je suis juste et digne d’être béni, lorsque je l’éprouve de la sorte.

« Si tu juges des choses sainement et selon la vérité, tu ne dois point t’attrister et t’abattre si fort dans les adversités : tu dois plutôt t’en réjouir, m’en rendre des actions de grâces, et regarder même comme un sujet unique de joie, que je t’afflige sans t'épargner. (Job., 6, 10.)

« J'ai dit à mes disciples : Je vous aime comme mon Père m'a aime. (Joann., 15, 9.) Aussi les ai-je envoyés dans le monde, non pour jouir des plaisirs qui passent, mais pour soutenir de grands combats; non pour être élevés aux honneurs, mais pour souffrir des mépris; non pour vivre dans l’oisiveté et dans le repos, mais pour travailler, et faire de grands fruits par leur patience. (Lue., 8, 15; Joann., 15, 16.)»

Ne perds pas, mon (ils, le souvenir de ces paroles.

de i.’avahick.

Deuxième malad e de l'âme.

L’habitant des villes est moins avare, moins

parcimonieux que le paysan : le peuple est prodigue sans souci du lendemain, et le riche dépense honorablement. — Est-il malade , des visites, de nombreuses visites, des loochs, des sirops... La misère du paysan excuse jusqu’à un certain point son avarice, tant qu’elle ne compromet pas- sa santé et celle des siens. A cet égard, il s’intéresse plus à sa vache qu’à sa femme, parce que, d'après sa positive logique, sa vache lui fournit du lait, du beurre et. du fromage, et qu’au besoin il peut l’échanger contre de beaux louis d'or , tandis que sai femme ne lui rapporte que des enfants qu’il I faut nourrir et vêtir. Ainsi, pour l’animal indisposé, il court au vétérinaire et il l’occupe jusqu’à concurrence de la valeur de sa peau; tandis que pour sa compagne, pour celle qui partage ses soucis et ses travaux, il temporise, il calcule, il ernim la dépende. Quand elle est grax ornent malade, quelques consultations , une liole et deux ou trois visites du médecin, c’est tout ce qu’il fait, pour elle... Il est donc vrai de dire que, dans les campagnes, 'trop souvent les animaux sont mieux soignés que les ■! personnes. Ncs respectables confrères les curé;

ne sauraient trop crier contre cet abus indigne des chrétiens.

Ordinairement les paysans regrettent dans leurs enfants morts la perte d’une chose utile et qui faisait partie de leur fortune : les regrets sont en raison de l’âge, et, une fuis adulte, un enfant devient un capital pour son père. — Il suffit d’avoir entendu l’expression de sa douleur pour s’en convaincre. «Je me ferais bien une raison , m’ont répondu des pères que je voulais consoler de la mort de leur fils, si mon garçon ne m’avait coûté que des frais; mais, monsieur, l’an passé j'ai compté mille francs pour lui acheter un homme (un remplaçant), et voilà ce qui minera ma santé !... »

Autrefois le paysan était seul renommé pour liarder; aujourd’hui on appelle économie ou bon ordre chez les grands personnages une avarice sordide.

DE LA MJXÜBE.

Troisième maladie de l’âme et source de tant de honteuses maladies du corps.

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