‹ Le médecin du corps et de l'âmeChapitre 7 sur 81 · LA SERVANTE DU CUBÉ , SA CHATTE ET LE CHEVAL BOITEDX · texte numérisé non relu

LA SERVANTE DU CUBÉ , SA CHATTE ET LE CHEVAL BOITEDX

Dieu, qui fait tout pour le mieux, m’ayant remis à la tête d’une excellente paroisse (je dis excellente à cause de ses habitants que je voyais toujours assidus aux odices, et qu’une affection aussi réciproque qu’empressée unissait de cœur et d’âme à leur curé), je trahissais la longueur d’une solitude habituelle en mon presbytère par l’étude approfondie de la médecine et du droit canonique. J’étudiais Thomassin et V Encicloijraphie belge, ouvrages dont je m’étais procuré un exemplaire avec assez de difficultés. Ce n'étaient pas là cependant les seuls compagnons de la retraite où j’espérais bien, avec quelque droit, rester toute ma vie. En arrivant à Pnunat pour y succéder à un vieillard, ancien prêtre émigré, descendu dans la tombe quelques jours auparavant, je trouvai trois choses au presbytère

lue j’allais occuper : un cheval ayant apparent! à mon vieux prédécesseur; une servante qu'il avait élevée lui-même, et une chatte qui ippartenait à celle-ci. Le cheval n’avait que trois jambes, il était poussif et borgne. Les héritiers, pour tout dire en un mot, me le cédèrent sellé et bridé moyennant cinquante francs, payables dans un an; et certes il n’était pas cher, ni inutile pour aller visiter souvent des malades dans un pays montagneux et très— pénible. Ses allures étaient un peu graves et révérencieuses, <i cause de sa claudication ; mais, au demeurant , c’était bien ce qu’il me fallait avec mes habitudes de lire à cheval. La chatte en question était magnifique, grasse comme un melon de Marseille, pas du tout friande, tant soit peu mignarde, et fort accoutumée avec la soutane des curés, qu’elle abordait de préférence à toutes autres personnes, surtout lorsqu'elle avait à montrer quelque belle capture, ce qui lui arrivait assez souvent; car le presbytère étant isolé cl sur les bords d’un ruisseau, elle avait force occasions de faire le guet avec succès contre des rats d’une grosseur extraordinaire, dont ces bords étaient peuplés,

au point de se réfugier par troupes dans les caves du cure. C’était merveilleux de voir comme cette pauvre bcte était fière de la proie qu’elle venait déposer à mes pieds en recevant quelques càlincries en échange. Qui lui avait appris à me faire sa cour pour me distraire au moment de mes fatigues intellectuelles? c’était une bonne, excellente, incomparable fille de service, que j’avais aussi trouvée dans la maison en arrivant. Jeanne avait quarante ans environ; mon prédécesseur l’avait baptisée et prise avec lui depuis vingt-cinq ans au moins ; en perdant le bienfaiteur qui lui avait servi de père, elle crut le retrouver, huit jours après sa mort, dans la même forme d’habits, placés sur les épaules de son successeur, et son dévouement pour celui-ci fut le même que pour l’autre. Une servante de curé qui soit convenable n’est pas tant facile à trouver qu’on le pense. D’un côté, il faut, avec raison, que la nature se soit montrée assez parcimonieuse envers cette créature, en l’empêchant d’être un objet de critique pour son maître, même à l'âge de quarante ans; de l’autre côté, quelle existence serait possible dans une habituelle soli-

(ude auprès d’une vieille inattentive, hargneuse, volontaire ou indiscrète? Jeanne n’avait aucun de ces défauts-là; toute une paroisse de plus de mille âmes , accoutumée à la voir polie et prévenante envers chacun, quelle que fût sa condition, ne désirait rien moins que de voir Jeanne continuer son service au presbytère, auprès du nouveau pasteur. Il n’en fallait pas davantage pour qu’elle fût acceptée, leanne était donc admirable de prévenances et l’attentions, elle devinait dans l’œil de son naître toutes ses volontés, et s’y conformait tvant qu’elles fussent exprimées. Si celui-ci souffrait, elle était souffrante et empressée sans mportunité; s’il était occupé ou sérieux, rien l’aurait pu le déranger sans que Jeanne en ïût compris la nécessité sentie de lui. Jeanne Hait enfin un véritable phénomène de servante convenable à un curé, surtout à un curé studieux, retiré, appliqué aux devoirs de sa àche, désireux, en un mot, de contenter, dans sa paroisse, tout le monde et son père, selon 'expression du fabuliste, et par-dessus encore e père qui est dans le ciel. Celui-ci, hélas ! ivait résolu qu’il faudrait, au bout de quelques

années, se séparer providentiellement de la famille paroissiale, et par conséquent de Jeanne, | de sa chatte, du cheval borgne et de cette mul- | titude d’enfants chéris qui, par nos soins avaient été, les uns baptisés, les autres mariés, etc. Cependant le jour de cette cruelle séparation arriva. Il aurait fallu prendre une autre paroisse et délaisser celle qui avait été épousée pour la vie, où l’on était affectionné comme un frère ou un ami intime autour de • tous les foyers domestiques. Je résolus de luii rester fidèle en m’éloignant, et rien ne serait: comparable à la consternation produite par la nouvelle de cette détermination, lorsqu’on la connut, que l’impression dont j’ai essayé de donner une faible idée en racontant l’enterre-ment de mon grand-oncle Valat. J’arrêtai de i venir à Paris, pour y travailler à l'émancipation de mes confrères les curés succursa-listes, tout en me perfectionnant dans l’art de guérir, afin de continuer en même temps | l’exercice du sacerdoce selon les lois anciennes s de la discipline ecclésiastique. Le jour de mon 1 t départ volontaire de Paunat fait époque dans t mon cœur, et j'ai voulu en parler ici comme de n

tant d’autres choses. J’ai lieu de penser qu’il en est de même dans l’esprit de mes excellents anciens paroissiens, que j’ai trouvés également bienveillants pour moi l’année dernière, lorsque, allant à Périgueux proposer M. de Genoude à la députation, je reçus toutes sortes de politesses de leur part. Je n’eus également qu'à me féliciter, en cette circonstance, des procédés de- mon nouvel évêque, qui se montra fort gracieux à mon égard. Je suis bien aise de trouver ici l’occasion de l’en remercier.

Monseigneur Georges est le neveu du respectable cardinal de Chcverus; étant prêtre soumis à son autorité , j’aurais regretté de parler de tant de personnes à mes lecteurs, sans qu’il y eût un mot pour celui que j’honore et que je respecte comme mon supérieur; cependant je n'admets pas comme obligatoires les prescriptions des statuts de son prédécesseur touchant l’exercice de la médecine par les ecclésiastiques qui, en ayant étudié les principes, auraient été gradués devanL une faculté. 11 n’appartient à personne au monde de défendre ce qui est permis par toutes les sortes imaginables de lois.

Avant de finir ces préambules et d’entrer dans les détails de l’objet principal, du Médecin du, Corps et de l’Ame, je dois dire que les personnes qui croiraient trouver ici des recettes médicales de bonne femme ou des prescriptions pharmaceutiques se tromperaient. Ce n’est pas que ce genre de médications soit à mépriser tant pour l’âme que poulie corps. Mais on ne peut pas tout dire en une fois, et mon Almanach populaire de la Santé pour l’année prochaine (1845) remplira cette lacune, en complétant le Médecin de soi-même que j'ai déjà publié, par le Pharmacien de chez soi, que j’ai en portefeuille, et qui sera imprimé avant le mois d’octobre prochain.

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