‹ Le médecin du PecqChapitre 2 sur 4 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

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robe de prêtre lui peser comme une chape d« plomb , et fermeater dans ses veines tout le sang de ]*homme jeane. Ainsi que les Flavien et les Augustin , il se courbait sous le poignet de fer du formidable gladiateur de la chair; chaque parole de cette enfant l'avait percé sans qu'il sât Gomment et sans qu'il eût songé à les éviter. li s'était suspendu aux branches fleuries pour parvenir jusqu'à la dernière, àJa plus feuîltée , oh U avait aoupçonné le nid de l'oiseau qui l'appelait; et il avait mis la main sur un serpent. Quelle révélation avait-il donc recueillie? pourquoi s'en ânouvaitil tant? pourqi»i s'y intéressatt-il au pwat de se trahir par son trouble? Croyait-il — l'homme le plus pur est si ingénieux & tout ramener même aux désirs qu'il combat t — que Bergeronnette n'avait tu le nom de celui dont elle avait avoué l'ascendant sur elle que par une pudeur inspirée par lui seul , lui seul confident appelé , non uniquemeot pour conseiller, mais pour deviner beaucoup?

Quel que fAt le nom caché sous cette tendre déposition 'd'uD cœur ingénu , l'abbé Tiucent eut la force de reprendre sa phrase , et il l'éclaircit avec beaucoup plus de calme.

— N'est-il pas vrai , mademois^e , lui dïl-îl

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d'une voix affectueuse , mais inégale camone celle de l'oîaeau dont un éclair d'ofage a coupé le chant aussitôt repris , n'est-il pas vrai que TOUS n'avez pas eu d'autre intention que de consulter l'ami en m'attirant près de tous ? Car le prêtre en aurait trop ou pas assez appris. Mon, ce n'eat pas ici que le prêtre aurait le droit de recevoir tos épanchements. Sa parole, sans écho et distraite , manquerait de recneiltement. Voyez : nous n'aTOns autour de nous ni l'ombre où la faute a la hardiesse de se dévoiler, ni le silence oi^ la voix qui dirige , oubliant »a propre faiblesse , a le courage de conseiller. Pardonnez-moi ; mais je ne suis pas assez^cnt contre tant de séduisants tableaux épars devant nous. Dieu est grand partout, mais sa créature ne se prépare , ne s'élèTe à lui que pieusement recluse ; la flamme du sacrifice s'éteint au Tent et h la lumière du jour. Ce n'est donc pas au prêtre , continua l'abbé Vincent embarrassé dans sa distinction , qu'il rendait subtile à force de mettre de soin & l'expliquer, à vous dire, mais il l'ami de votre père , au vdtre à tous exprimer combien par le traTail et par la prière , par le travail surtout , on éloigne les mauTais désirs , et combien on restreint l'espace de leur domination quand ils sont déjà établis eo noua.

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Voyez moins souvent la personne dont la présence compromet tant votre repos.

— Comment l'empêcher de venir nous voir ?

interrompit Bergeronnette. Je ne l'oserais jamais.

— II ne faut pas la renvoyer, mais fiiir les occasions de vous rencontrer avec elle. D'ailleurs , si cet homme a du respect pour votre maison , il se retirera de lui-même dès qu'il aura compris votre prudente affectation à l'éviter.

— Nais , s'il ne vient plus à la Ferme , on fera des remarques } et qui sait alors ce qu'on pensA-a !

D'un ton de convit^ion , bien pénihle pour Bergeronnette-cinq-heures , l'abbé Vincent reprit ;

— Son absence ne sera pas un éclat. Il agira, je vous l'assure , avec circonspection : ce n'est que peu à peu qu'il suspendra ses visites h h ferme , où il ira toujours quelquefois.

— Et supposeZ'Vous qu'alors je serai mieux ?

demanda ingénument Bergeronnette ; que ma gaieté reviendra ainsi que ma santé, que je ne m'ennuierai plus autant lorsque je serai seule?

— Je le croîs, je l'espère, lui répondit l'abbé

Viocent , moraliste fort entrepris dans une circonstance d'une physionomie si neuve , doutant de tout , de lui d'abord , après s'être donné un rAle principal , inouï à cdté de cette confidence ; doutant de la valeur de ses conseils , dictés avec la défiance de l'intérêt personnel ; n'étant sàr que d'un fait, que du nom à appliquer è l'inquiétude de Ber^ronnette , balbutiant enân le mot amour. Cet amour lui avait été dévoilé en termes assez précis , quoiqu'il les eût arrêtés sur les lèvres ; et , obligé de les GMiduire h leur dernier développement avec le seut secours de son imagination, il en avait tiré une conclusion qu'il croyait vraie parce qu'il n'en supposait pas d'autre possible. Si Bei^eronnette eût vécu dans un monde différent, peuplé de visages toujours nouveaux , renouvelés, nombreux, de caractères à forcer un choix, il eût été le dernier à s'accuser d'avoir éveillé tant de pureté endormie ; sa modestie était trop réelle , sa cooduife trop retenue , son rang trop efiàcé pour qu'il eût jamais songé à voir en lui, à propos d'une passion exaltée, le héros'dont on lui Faisait un mystère. L'énigme ainsi posée , * il aurait dit tous les noms de la terre avant de hasarder le sien , qu'il aurait oublié; mais le monde de Fromainville, c'était lui ; la société SO.

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de la ferme de Bergerïn , c'était Ini ; l'ami de la maison, c'était lui. N'était-ce pas i lui que Bei^eronnette-cinq-heures portait depaii ses premières années l'aveu de ses dêûrs, de ses pensées , de ses souffrances? Dans le cercle de cette autorité si longtemps exercée , deveaue à force d'usage un lien doux , continu , aimé , nécessaire , pourquoi l'habitude n'aurait-elle pas pris un autre caractère? Ces passages du respect tendre à l'amitié ont leur histoire; les chroniques des couvents l'atteslent. La mémoire de l'abbé Vincent abonda en justifications, et, homme du passé par l'étude, créature du moment par le souffle d'une saison ardente, compromis par les paroles d'une jeune fille dont le front ne réfléchissait que le sien en parlant d'amour sous le ciel, dans la campagne déserte , il se crut l'origine d'une faute dont il

— Et si vous ne guérissez pas, reprit-il, après avoir suivi mes conseils , voni n'auriez pas encore à vous désespéTCT. Je ne suis pas la parole infaillible ; vous iriez à de meilleurs juges de la conscience que moi ; je vous engagerais alors à changer de confident religieux. 11 y a toujours un prêtre meilleur que celui qui n'a pas réussi. Le bon est quelque part : on le trouve.

— Moi ne plus vous consulter ! s'écria Bergeronnette. Mon Dieu! et où aller? Vous me comprenez si bien et si vite! vous me prenei les mots , pour ainsi dire , sur la bouche; et Je D*ai pas de honte devant vous, tant je vous vois jeune et enfant avec moi.

Avec une ëtourderie délicieuse Bergeronnette pressa entre ses deux mains les mains de l'ahbé Vincent. Celui-ci n'eut pas la force de les retirer, il lui dit :

— Mais alors vous me promettez bien de faire ce que je vous ai dit. Fuir l'occasion, etvdincre le danger, quand il vous presse , ou par le travail, qui attache aux devoirs de la terre, ou par la prière, qui lie aux devoirs du ciel.

— Je TOUS le promets , dit Bergeronnette.

L'abbé Vincent se leva , et partit son filet à

papillons sur l'épaule.

Si la tristesse n'était plus sur le doux visage de Bergeronnette -cinq-heures , tout diapré par les grappes d'ombre des saules , la conviction n'en avait pas pris la place.

Aucune crainte d'être surprise par le docteur n'avait inquiété l'attention de Bergeronnettecinq-heures tandis qu'elle écoutait l'abbé Vincent. Elle avait aisément calculé le temps pendant lequel elle demeurerait avec le dernier, et elle était sûre, en indiquant l'heure de son entrerue i Cakeyrac , de ne pas les faire trou> ver ensemble.

En effet , il s'était écoulé au moins deux heures depuis le départ de l'abbé Vincent lors-

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que Bet^eronoette-ciaq-hetires aperçut Cal- Teyrftc qui veDoît du bout de l'Ile en suivant la bei^e, marcbant presque dans l'eaD ainsi que font les personnes distraites. Le docteur avait attaehéson cheval il un des arbres de la forêt, tout prè$ du chemia de halage.

Bergeronnette se leva et alla vers lai. Elle se sentit moins ï l'aise qae lorsque l'abbé Tiocent l'avait surprise dans la matinée. Elle cacfaa son embarras pourtant; mais, quoiqu'elle redoublât d'enjouement à chaque distance, en eourant à la rencontre du docteur, en sautant tantAt sur le sable , tantAt sur le gazon, en disparaissant derrière les grises oseraies pour se retrouver toujours plus près de lui avec des coquelicots à la ceinture et des marguerites aox lèvres, mignonnes fleurs qui tournoyaient dans son sourire avenant ; quoi qu'elle fltenfin, l'appréhenBion tuait en elle le caprice ; et arrivée en présence du docteur elle n'avait plus d'haleine, plus de couleurs; son cœur battait.

En toute occasion , habile à prévenir les impressions que fait naître la vue d'un homme qui décide de la vie et de la mort , le docteur Calveyrac se montra à Bergeronnette d'un abwd familier ; rien de plus simple que sa rencontre avec elle, U n'essaya que le plus tard possible

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de la conduire à la révélation de son secret , si c'était îtoutefois un secret , ignorant complètement si c'était à titre d'ami ou de docteur qu'elle le consulterait.

— Sais-tu, dit-il, qui je crois avoir aperçu tout près de Fromainville eD venant ici? Monsieur Abel et ton père. Je les ai évités parce que j'étais en retard , nuis il m'a semblé que Bergerin indiquait k monsieur Abel l'endroit oà nous sommes. As-tu dit it ton père où tu allais en quittant la ferme ce matin ?

— Non , répondit Bei^erounette, mais notre valet de ferme qui m'a rencontrée hii aura peutêtre dit oi^ il m'avait vue.

— N'importe , reprît le docteur : monsieur Abel, je présume, n'aura pas l'idée de venir se promener de ce cAté; personne n'est jalons de s'exposer au soleil, et il est chaud aujourd'hui; je fondais sous la sueur, quoique j'aie constamment snivi la forêt, oi^ il ; a de l'ombre.

— Et T0U9 n'aves vn personne de connaîssabce sur votre chemin? s'informa Bergeronnette sans paratb« mettre beaucoup d'importance It sa question.

— Personne, répondit le docteur.

11 eût été d'un hasard merveilleux que le docteur , en arrivant par la rive gauche de U

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Seine, se fût à point nomioë teaeaatré avec l'abbé Vincent an moment où celui-ci s'embarquait au bac pour la rive droite.

— Ne nous plaignons pas de la journée, continua Bergeronnette -cinq-heures , répondant par son esclamation aux gestes de lassitude de Calveyrac, occupé à s'essuyer le visage, inondé de sueur.

— Je ne me plains pas, il s'en faut, répliquat-il, surtout depuis que je suis ici : quelle lie agrdablel que de fraîcheur sous ces arbres!

quelle tranquillité partout ! On est séparé du monde sur ce morceau de terre , qui suffirait il mon bonheur. Oui , je m'en contenterais : je le diviserais d'un bout & l'autre , je n'en laisserais aucune partie inutile ; ma maison d'abord, une petite maison d'un étage , au centre de l'Ile ; des peupliers tout autour , bien pressés , jusqu'aux deux rives; derrière les peupliers ub enclos formé par des haies d'aubépines où je planterais des groseillers et des pommiers; au bout de ce premier epclos j'en tracerais un autre oiî je cultiverais des roses; le reste de l'Ile serait couvert de foin et de gaion. Les dispositions fiiites d'un côté de l'Ile auraient également Lieu de l'autre pour le charme de la symétrie. Tout cela serait facile il obtenir, ajou-

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