POST-FACE
Nous, qui ne voyons de salut pour le monde que dans l'initiative multiple des individus, et qui par cet ouvrage même faisons un appel efficace aux intelligences d'élite qui s'ignorent elles-mêmes dans les limljcs obscurs de notre société, si habilement édifiée pour étouffer l'élan du génie, nous avons la ferme conviction que ce monde contient en lui-même tout ce qu'il lui faut pour se sauver.
La science offre de toutes parts à l'homme les instruments de sa régénération physique et morale ; mais c'est à l'homme de les saisir et de se les approprier lui-même.
Le propre de la bureaucriitie et des académies est de rejeter ces éléments intégrants d'un nouvel ordre de choses, qui les fera disparaître pour toujours.
Jacotot seul avait bien compris que sa méthode ne pouvait et ne devait pas être acceptée par les gouvernements. On peut dire qu'il n'a pas été compris même par ses disciples. Ils auraient voulu introduire dans les collèges la méthode de la tamilleet du pauvre, que Dieu a donnée aux mères pour ■détruire les bagnes de l'enfance. De là tant de mécomptes, et l'étal de marasme o j languit V émancipation intellectmlle.
Hahnemann , sublime inventeur d'une doctrine toute divine , Hahnemann n'a rien fait pour en assurer l'avenir. Aussi, ses disciples ont dévié de la bonne route, bien plus encore que ceux de Jacotot. Loin de préserver du contact impur des corps privilégiés le dépôt sacré livré à la terre par l'Esculape moderne, ils ne cessent -de l'offrir aux représentants do la médecine matérialiste. Us réclament pour l'hojnœopathie l'appui du gouvernement , qui suffirait pour la .dénaturer. Ils rêvent pour elle un nouveau Constantin, qui la fasse asseoir sur un trône officiel , comme le foudateur de Constantinople a fait pour le Christ.anisme. Aveugles, qui ne savent pas qu'en quittant les catacombes le •Christianisme y a laissé sa force morale, ou pour mieux dire ,y est resté lui-même enseveli , pendant qu'un fantôme vain revêlissait, aux cris de la foule, un pan ds la robe pourprée ûe César I
Il en sera même de l'homœopathie. Le jour où elle obtiendra les faveurs du pouvoir, elle ne sera plus elle-même, et, (lussions-nous être accusés d'émettre des paradoxes, nous ne craignons pas d'affirmer qu'elle perdra toute son efficacité et qu'elle cessera de guérir.
Cependant, dira-t-on, sans le gouvernement l'homoeopathie D'iiura jamais des hôpitaux. Et qui vous a dit, pétitionneurs infatigables, qu'il fût dans les destinées de l'homœopathie de briller dans les expériences publiques? Son rôle est Itien plus beau , bien plus sacré , bien plus moralisateur, l'allé doit rendre inutiles, elle doit dépeupler les hôpitaux. Oui , grâce à Dieu , dans un demi-siècle il n'y aura plus , nous le croyons , ni hospices , ni malades , ni médecins , et dès à présent l'homœopathie , par sa simplicité et la douceur de ses procédés, ne semble-t-elle pas inviter les souffrants à rester en paix au sein de leur famille , où elle leur apporte des secours et de si consolantes espérances? Par là, elle joint à ses autres bienfaits celui de consolider les j liens de la famille, que le séjour de l'hôpital vient si souvent ! affaiblir ou rompre. Combien de pères ont trouvé, après une longue absence, leur petit ménage dissous par la misère e( leurs enfants dispersés par le besoin 1 Ce sont là les fruits de ces établissements communistes , qui ne peuvent produire' que la démoralisation, la douleur, la misère croissante! et la mort. Et c'est à dessein que nous employons le mol | communiste; car ce n'est pas en avant de nous, mais, derrière que nous laissons ce type de l'injuste , si cher au> i gouvernements du passé. Ouvrons les yeux, et nous verron;! j)artout autour de nous le communisme officiel, que la science il de l'avenir va détruire dans tous ses asiles. Voyez jusqu'ai ; j seuil de ce siècle les innombrables couvents du catholicisme i tout saturés de communisme. Les croyez-vous à jamais dé- 1 truils? Eh! mon Dieu non : ils sont plus vastes et plus peu À plés que jamais; seulement, on les appelle casernes, et le: J vœux qu'on prononce en y entrant n'ont rien de spontané j| Voyez les collèges, les bagnes, les hospices, les écoles supé « rieures, partout empreints de communisme. Eh bien , tou , cela va finir, tout cela va faire place aux douces joies et à 1 k paix continue du foyer domestique.
Pour notre part, et elle est belle, bornons-nous à suppri ;0
; mer riiùpital. Que tous les lecicurs de ce petit livre s'unis- • sent à nous, et bientôt cette victoire pacilique sera obtenue, i bientôt des dispensaires généraliseront la pratique de l'iioiraœopathie, et la santé, gagnant chaque jour du terrain, 1 fera reculer devant elle la maladie et la mort. Trois dis- I pensaires, ajoutés à celui que nous avons déjà fondé à I Paris , suffiraient pour atteindre en deux ou trois ans ce : grand résultat dans la capitale de la France, et pour réduire i à 50 ou 60 par jour les loo cas de décès qui ont lieu aujour- . d'hui.
I S'il faut des faits pour justifier une promesse qui paraîtra si ambitieuse à bien des cerveaux rétrécis, nous pouvons en apporter de nombreux. Partout où nous avons installé en grand le mouvement de la propagande homœopathique, nous I avons vu diminuerla mortalité. A Malte, en 1837; en Sicile, en i iS'iO, où le grand hôpital a vu plus d'un tiers de ses lits va- I cants ; à la colonie du Sahy, où pas un des colons traités par i l'horaœopathie n'a succombé ; à Rio de Janeiro, où en cinq I ans la mortalité a baissé dans la proportion de 7,294 à 4,455, et où fé chiffre des naissances a monté dans une proportion analogue.
Posons des chiffres pour Paris et pour la France, et voyons ce que nous pouvons et devons espérer. Le sujet est assez grave pour que nous subissions l'ennui des chiffres. Voici un petit tableau statistique en nombre rond suftisamment exact pour notre usage. On notera que la durée d'une maladie est à ' peu près d'un mois.
NAISSANCES. DÉCÈS. MALADIîS.
Par an, i,ooo,ooo 850,000 6,000,000 |pourla France Chaque jour, 2,700 2,300 500,000 > entière.
Par an, 43,000 37,000 270,000 ^ .
Chaque jour, 115 too 22,500 j
On voit par là, qu'en sus des 500 mille hommes auxquels noire civilisation perfectionnée enseigne méthodiquement à égorger leurs semblables, elle a pareil nombre d'invalides cloués dans leur lit par la médecine de la faculté, qui les prépare à mourir en leur rendant la vie si dure par ses
médications qu'ils finissent par attendre la mort comme un bienfait.
Eh bien ! aussi vrai que la rigueur mathématique permet de compter sur un calcul , il est certain que dès demain l'homœopat^ie généralisée pourrait licencier cette douloureuse armée de la souifrance , et réduire d'un mille par jour, ce tribut de morts quotidiennes, que nous payons à la médecine des contraires.
Serons-nous entendus, serons-nous compris, quand nous appellerons à cette œuvre immense tous ceux qui s'émeuvent des misères sociales? L'instinct vulgaire de la charité privée, si admirable dans ses dévouements, ne suffit peut-être plus pour cela , il faut s'élever à des considérations générales et embrasser la question de très-haut. Il faut comprendre que l'homœopathie n'a pas été donnée au m.onde comme un avantage individuel, mais qu'elle ne brille de tout sou éclat que lorsque l'on examine son application aux masses. Les autres méthodes ne se préoccupaient que de l'intérêt d un malade pris isolément. L'homœopathie par son efficacité d'abord, par ses moyens préservatifs ensuite, opère immédiatement un effet sensible sur les résultats généraux de la population. C'est là que ses bienfaits apparaissent dans toute leur grandeur, c'est sur ce terrain que nous défions ses ennemis et ses calomniateurs. Que le ciel permette que nous puissions l'appliquer en grand à la France, comme nous l'avons fait en Sicile et au Brésil, et l'on verra si la statistique générale ne parlera pas pour nous. Ce ne sont pas, en eflet, des chiffres isolés, sur telles ou telles maladies examinées dans un hôpital, qui trancheraient les controverses médicales. C'est le mouvement général de la population qui seul peut donner une preuve complète et définitive. Cultivateurs du riz, pauvres habitants des vallées de la Sicile, jadis décimées par les fièvres intermittentes, et plus encore par la violence terrible des sels de quinquina , n'avez-vous pas trouvé dans l'homœopathie, sinon la fin, du moins l'adoucissement ae vos nsisères? Et vous, les seuls vrais disciples de Eourier, vous, mes compagnons de déceptions et de misères dans les forêts du Sahy, n'avez-vous pas tiouvé dans Hahnemann ce que Fourier n'a pu livrer à nos efforls, la solution complète d une science? Coinbiou de vous praliciuent aujourd'hui un art qui
nous a sauvés dans les cas les plus graves ! En vain l'Angleterre couvre aujourd'hui les mers de ses navires à voiks et à vapeur, pour empêcher le transport des l'ègres au Brésil et y éteindre la production agricole, grâce à l'homceopathie , cette race , décimée naguère par des traitements barbares , respire enfin et peut se reproduire sans l'importation de nouveaux captifs. Les marchands de Lpndres, accoutumés à faire pencher à leur gré l'équilibre du monde , s'étonnent de l'inutilité de leurs efforts. Eux, qui pétrissent le globe dans une étreinte toute-puissante, ils trouvent un obstacle invincible dans un atôme, dans un globule infinitésimal. La France seule attend encore une application grande ei sérieuse de la doctrine nouvelle, mais elle ne l'attendra pas longtemps.
A cette grande réforme, un seul obstacle s'oppose, c'est le manque presque absolu de bons honiœopathistes ; c'est le manque d'une école où la doctrine de Hahnemann soit enseignée dans toute sa pureté. Livrée à des traditions douteuses la grande science de la vie humaine n'a pas , depuis 50 ans, trouvé en Europe un seul point où elle puisse élever la voix et rendre ses oracles. Deux écoles seulement ont été élevées pour elle, et toutes deux sont en Amérique.
Les hommes d'état qui président aux destinées du monde ont sans doute trouvé le vieux continent assez peuplé et ne lui permettent pas un luxe de vitalité dont l'exhubérance gênerait les allures de leur politique. Pour l'Amérique, elle est encore assez vaste, elle peut conserver la vie de ses enfants. Pour quelques années , Malthus le lui permet encore.
Cette école cependant , il faut la fonder , et nous espérons qu'elle grandira bientôt pour le salut de tous. Que nos lecteurs veuillent bien se pénétrer de son importance, et bientôt les vieilles facultés verront surgir une jeune rivalité, qui amènera leur décadence et leur chute.
En vain les partisans de la routine prétendent que les élèves de la faculté nouveJle se verront interdire l'exercice de leur art aii nom de la vieille législation ; cette monstrueuse prétention ne pourra pas être soutenue. Nous gagnerons en Europe tous nos procès comme nous les avons gagnes au Brésil. Nous prouverons ici aussi, que les législateurs en statuant sur l'exercice de la médecine ne se sont pas occupés de
l'art nouveau, totalement inconnu pour eux; que par conséquent son exercice non réglementé est de droit naturel et appartient à tout le monde; que les facultés n'ont rien à y voir, elles qui n'ont pas étudié, n'enseignent pas et ne reconnaissent pas le nouvel art. Ici comme au Brésil, nous donnerons à nos élèves des certificats d'étude , constatant leurs travaux et leur capacité, et Dieu aidant, vainqueurs déjà dans maintes rencontres, nous triompherons encore dans cette dernière lutte ou nous mourrons à la peine. Un ingénieux écrivain, M. Auguste Guyard, a fait dans u»i écrit remarquable juger et condamner la médecine par les médecins. Cela ne suffit pas; il faut aujourd'hui qu'à la vieille pratique se substitue une pratique nouvelle.
Du reste, indépendamment de sa nécessité, notre enseignement en lui-même nous paraît mériter l'attention des homœopathistes. La doctrine de Hahnemann , telle que nous l'exposons , est aujourd'hui complète et offre un tout achevé. Nous lui avons donné tout ce qui lui manquait : théories des doses et des maladies chroniques , pathologie et physiologie propres , et enfin procédés rigoureux empruntés aux mathématiques, que nous nommons l'algèbre médicale.
Nous nous regarderions comme indignes de notre illustre maître si nous n'avions rien ajouté à son œuvre. Le disciple est celui qui continue et non celui qui copie. Perfectionner est de l'intelligence , imiter est de l'instinct. Nous nous efforçons d'être plus qu'un cWmpanzé.
Nous ne parlons ici que pour mémoire de nos travaux techniques. Tels qu'ils sont , ils ont mérité des suffrages dont nous sommes fiers. Broyée par nos machines , la matière vaincue nous livre ses forces actives bien plus complètement qu'aux préparateurs vulgaires. Chassé de nos flacons . à secousses , l'air laisse battre à nu contre les parois du verre l'onde liquide avec une force presque illimitée et que va augmenter encore une nouvelle machine, que nous allons construire et qui mettra à notre disi)Osiliùn des forces égales à celles que la nature emploie dans les entrailles de la terre pour la confection des eaux minérales. Résolu après dix ans de recherches , ce problème que nous exposerons bientôt, est le dernier de ceux que nous nous sonnnes poses comme intéressant l'homœopatliie. Les maux qui af-
fligent l'humanité sont bien nombreux et bien graves , mais elles sont bien trempées aussi les armes que nous avons forgées pour les atteindre !
Pour descendre à des détails plus minutieux , nous dirons aussi que tout, jusqu'aux boîtes jointes à ce volume, jusqu'aux bouchons dés tubes qui contiennent les globules, que tout est fait à la mécanique et par de grands procédés industriels. C'est ainsi, et seulement ainsi, que répondant à l'élan d'une propagande intelligente , tout ouvrier pourra , au prix d'une journée de travail, acquérir les médicaments nécessaires à lui et à sa famille pendant plusieurs années. De telle sorte qu'en évaluant à 5,000 le nombre des globules contenus dans une boîte, le prix de chaque dose sera d'un lO"" de centime.
Puisse notre exemple encourager nos lecteurs et conquérir à l'homoeopathie des convictions nouvelles. Nous les convions tous formellement ici à venir compléter auprès de nous les études ébauchées dans ce volume.
Paris, 1" janvier I85i.
rm.
Dans un but humanitaire YInsUM hmnœopathiquf enfrelient passage Jouffroy, 44, un dispensaire où des consullaiions gratuites ont lieu tous les jours , fêtes et dimanches compris , de 7 heures à 10 heures du matin.
Les médicaments sont fournis aux malades au prix de 80 centimes en capsules sèches.
Toutes les personnes qui s'abouueront immédintcmcnt à l'ouvr.iga sous presse, l'Homoeopathib , par k- docteur Mure, et qui enverront un n.indat de 20 francs sur la post.;, ù l orJro du Directeur de l a.iministralmn d« librairie, rue Nutre-Dame-des-Victoire,, n' 3-', recevront do suite l^lharmacie ,U FamiUr , composée de 6i médicaments, et le volume aussuût «on apparition.
' n O Ttl CE O I» A T H ï E ,
EXPOSÉ COMl'LET DES CONN AlSïANCES NÉCESSMRES AU TBAITESIENT , ; BliS MALADES ,