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DEUXIEME SÉANCE

Médecine des Simples.

Quinze ou seize élèves répondirent à l'appel de M. Ferny, le dimanche suivant. Il les reçut dans son petit parterre, où il leur montra diverses plantes toutes accompagnées d'un petit écriteau en ferblanc portant les noms suivants :

Aconit napel. Arnica des montagnes. BeMadonne. Bryone blanche. Chamomilk vulgaire. Douce amère. Digitale. Jusquiame. Pulsatille, et enfin la Faraire, presque entièrement détruite pour le traitement du choléra, mais cependant un pied avait été réservé. A l'un des bouts de la plate-bande, s'élevait un Sumac vénéneux, et à l'autre un Thuia du Canada ou Occidental.

Vous voyez, leur dit-il, ces dix plantes et ces deux arbustes. Ils suffiraient, s'ils étaient bien connus et appliqués à propos, pour combattre et prévenir toutes les maladies les plus communes et servir de base à une médecine vraiment rationnelle. Ils dispenseraient les villageois de toutes les dépenses de drogues, de médecins et d'apothicaires, s'ils voulaient les préparer eux-mêmes selon le procédé que je vous ai déjà indiqué pour la FaraÀre et les appliquer dès les premières atteintes du mal, dans les cas que nous allons énumérer ensemble et qui vont l'aire l'objet de notre petit cours.

Avant tout, faites bien connaissance avec les douze végétaux que vous avez sous les yeux et tâchez de ne les confondre avec aucun autre, de manière que quelque part que vous soyez, vous puissiez créer sans mon aide un petit jardin botanique et avoir sous la main un arsenal contre les prin-

cipales incommodités qui peuvent atteindre vous et les vôtres.

Commençons par \ Aconit. Celui que nous employons est nommé Jconitum Nape.llus parles botanistes, parce que sa racine ressemble à un petit navet, que vous devezbien prendre garde de laisser déterrer par les enfants ; c'est un poison violent, qui pourrait les tuer s'ils en mangeaient. Les jeunes pousses ont aussi été prises pour des tiges de céleri ; elle sont moins dangereuses, elles paysansRusses les mangent, dit-on, en salade ; mais je ne vous conseille pas d'essayer, car elles peuvent causer de graves accidents. Les fleurs sont violettes et forment un long épi en haut de la tige ; il n'y a pas de calice, mais cinq pétales, dont le supérieur forme le casque ; les feuilles sont pétiolées, profondément incisées et divisées en 5-7 lobes.

Le suc de la plante appliqué sur la langue, cause une ardeur et une douleur mordicante qui s'étend jusqu'au gosier.

Vous verrez plus tard que cette plante si vénéneuse peut, quand elle est employée à petites doses, rendre de grands services à l'humanité, et qu'entre autres vertus, elle possède une action souveraine contre les symptômes de la fièvre inflammatoire, qu'elle dissipe avec plus de rapidité et de sûreté que les saignées si prodiguées par les médecins de la vieille école et qui souvent laissent subsister le mal et succomber le malade.

La deuxième plante que nous allons examiner s'appelle l'Arnica des montagnes. Malgré son nom elle réussit assez bien dans les plaines de nos climats ; mais en Provence, en Italie et en Espagne, elle ne vient que sur le sommet des montagnes. Vous savez que l'infusion A' Arnica est urî remède souverain contre les suites des chutes, des contusions, des blessures de toute espèce ; mais ce que vous ne savez pas, c'est que c'est surtout l'infusion de ses racines qui est puissante dans ces cas-là et que celle des fleurs lui est bien inférieure. Ses racines sont grêles, noirâtres, fibreuses ; les tiges sont simples; les feuilles ovales, opposées; les fleurs sont grandes, radiées, d'un beau jaune; les fruits i\ aigrettes plumeuses renfermées dans un calice ou involucrc commun.

La BeUadonne, qui vient après, s'élève A une hauteur de 2 ou 3 pieds ; sa racine est vivace ; la tige rameuse, pubescente, porte des feuilles alternes, ovales, glabres ou légèrement pubescentes, inégales, d'un vert sombre ; les fleurs sont

pédonculées, noirâtres, et ont une baie globuleuse, à deux loges, entourée par le calice qui persiste après le flétrissement des'pélales. Les baies, qui ont la forme d'une petite cerise et un goût douceâtre, peuvent tenter les enfants. Prenez garde qu'ils ne mettent la main sur celte dangereuse gourmandise. Elle leur ferait autant de mal qu'elle leur fera de bien si vous savezlaleuradministrer à propos et aux doses que je vous indiquerai : à l'époque de la dentition, dans la coqueluche, contre la scarlatine et la rougeole. Nous en reparlerons souvent, quand il sera question du traitement des maladies.

La Bryone blanche, comme vous voyez , s'élève en grimpant le long de la haie et s'étend â une grande distance. C'est la racine que nous employons. Elle est plus grosse que le bras, fusiforme, d'un blanc jaunâtre, marquée de cercles en dehors, acre, amère et désagréable au goût. C'est au printemps qu'elle jouit de toutes ses propriétés. Les feuilles sont palmées, tuberculeuses sur deux faces, les fleurs sont en grappe portées sur des pédoncules très-longs. Si l'on savait tirer parti de la Bryone , nous n'aurions besoin , mes amis, d'acheter aux Américains, ni le Jalap, ni i'Ipécacuanha, qu'ils nous vendent au poids de l'or. Elle peut les remplacer, presque dans tous les cas.

La Chamomille que nous employons est la ChamomUle matricaire. Ne la confondez pas avec la ChamomUle romaine, qui n'appartient pas au même genre, dont l'odeur est plus forte, la fleur plus grande, le réceptacle paléacé et la tige vivace. Notre Chamomille'ne s'élève qu'à un demi-mètre, ses feuilles sont tripinnées , h découpures capillaires, glabres ainsi que la plante, qui est annuelle. Les fleurs sont nombreuses, blanches, à disques jaunes. Le calice est imbriqué, le réceptacle ovoïde , nu , les graines ovoïdes , fines , sans aigrette.

La Douce-amère, ainsi nommée parce que son écorce possède d'abord un goût douceâtre, puis amer quand on la mâche ; c'est comme la Bryone une plante volubile et grimpante h lige ligneuse et vivace. Les feuilles sont ovales en forme de cœur, les fleurs en grappe d'un joli violet, les baies oblongues, d'abord vertes, puis jaunes et opaques, et enfin rouges et transparentes comme des groseilles. La saveur des feuilles est fade et un peu acidulé.

La Digitale vit deux ans ; dans la deuxième année, elle arrive à trois ou quatre pieds de iiauteur. La tige est droite, simple, arrondie, velue. Ne confondez pas ses feuilles avec celles du bouillon blanc ou de la grande consoude, qui sont également velues. Les fleurs sont unilatérales, penchées, grandes, disposées en un long épi terminal, accompagnées chacune d'une bractée foliacée. La corolle est campanuiée. ventrue, d'une couleur pourpre, d'où lui vient le nom de pourprée que nous lui donnons.

La Jusquiame noire est une plante bisannuelle, ^ tige cylindrique, rameuse, velue, visqueuse, d'un vert sombre, ainsi que toute la plante, laineuse par le haut. Les feuilles sont sessiles, anguleuses; les fleurs d'un jaune sale sont panniculées, composées d'un grand calice en cloche à cinq lobes aigus, d'un calice infundibuliforme, à cinq divisions inégales, renfermant cinq étamines inclinées, et un style à stigmate en tête; le fruit est une capsule operculée à deux loges; les graines sont petites, verdâtres, pointillées, irrégulières. Les racines ont été prises pour celles de la chicorée, ou pour de petits panais. Gardez-vous de semblables méprises. Car, sachezle bien, tous les médicaments héroïques n'ont le pouvoir de rétablir la santé que parce qu'ils peuvent la modifier profondément, l'ébranler et la détruire, quand ils sont pris hors de saison. De même qu'un morceau de bœuf aux choux serait mortel pour un homme malade, ainsi la Belladonne, X Aconit ou la Jusquiame, qui sont si salutaires aux malades quand on sait les approprier à leur état, ne valent rien pour les gens bien portants et ne peuvent que leur faire du mal, s'ils sont pris en trop fortes doses.

Maintenant passons à la PnlsatUle, dite vulgairement Coquelourde. Cette jolie petite plante mérite, mes amis, toute votre attention. Je la recommande surtout à celle des dames, dont elle peut soulager presque toutes les incommodités.

Remarquez bien ses tiges sans feuilles hautes de sept pouces, portant une collerette découpée au-dessous des fleurs; celle-ci sont terminales , grandes, composées de 5-9 pétales renfermant, au milieu d'étamines et de pistils nombreux, des graines surmontées d'une longue queue soyeuse.

Passons la P'araire, que je vous ai montrée hier et qui mériterait d'être consacrée sur un autel d or, si la reconnais-

sance des hommes déIfiaU encore, comme à Rome et en Grèce, les différents agents de la nature en raison des services qu'ils en reçoivent.

Il nous reste à examiner ces deux arbustes, qui vont compléter notre petite flore médicale.

Le premier est le Rhmtoxicodmdfùfh, différant un peu du Rhus radicans, en ce que ses folioles sont incisées et pubescentes en dessous, tandis que celles du Jthus radicam sont glabres et presque entières.

Le Thuia occidentalis, quis'élèveâl'autrebout demaplatebande, est un des végétaux les plus précieux quela nature nous aitdonné. Sous ses formes élégantes et son beau vert perpétuel, il contient des propriétés puissantes, qui ne le cèdent en rien à celles de ce terrible minéral que l'on nomme mercure ou vif-argent. Il est même des formes de la syphilis , qu'il guéri t mieux que ce dernier et dont je vous entretiendrai quand il en sera temps.

En' attendant, remarquez bien ses feuilles imbriquées, écailleuses, à ramifications comprimées. Ses fruits sont ovoïdes, à écailles renflées et recourbées au sommet. Ses branches ne s'élèvent pas en pyramide comme celles du Thuia orientalis ou arbre de vie, mais elles se distribuent moins uniformément en tous sens et s'étalent en ombrelles. Ses feuilles sont également d'un vert plus tendre et exhalent une odeur chaude, aromatique, résineuse, beaucoup plus marquée.

Après cette instruction substantielle, M. Ferny exercâ ses auditeurs à reconnaître, à désigner et à décrire eux-mêmes les plantes cultivées par lui. Il ne manqua pas cette occasion de leur donner quelques notions de botanique ; cette belle science dont le goût est si naturel à l'homme, et qu'il apprendrait si volontiers, si on savait la lui exposer sous une forme attrayante et dégagée de l'attirail effrayant dont les pédants l'on entourée.

II fut convenu que le dimanche suivant on s'occuperait des moyens de préparer, pour l'usage ordinaire, les parties des végétaux destinés aux malades et de se procurer à domicile les ressources d'une pharmacie suffisante pour les petites indispositions, qui viennent si souvent saisir à l'improviste la famille du pauvre; maladies souvent mortelles quand elles ont été négligées et ruineuses pour les familles dont elles jettent le chef dans le tombeau ou au moins à l'hôpital, mais qui se guériraient facilement si elles étaient traitées dès leur début.

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