‹ Le médecin du peuple [electronic resource]Chapitre 5 sur 121 · QUATRIEME SÉANCE · texte numérisé non relu

QUATRIEME SÉANCE

Les Dofl»c« mcflicameuteuisics.

Heureusement, mes amis, j'avais guéri quelques-uns d'entre vous,avantdevousconter toutceque je vous démontre depuis un mois, sans quoi plusieurs auraient pris mes discours pour des paroles en l'air et auraient cessé de venir m'écouter.

J'ai éprouvé un vif plaisir en voyant que je n'avais pas perdu votre confiance, même en vous racontant les choses les plus incroyables au premier aspect, et sur mon honneur, vous avez bien fait de me croire ; votre confiance ne sera pas trompée, et nous finironsces entretiens, satisfaitsmutuellementles uns les autres.

Votre médecin défunt vous ordonnait sans cesse des onces de sel purgatif, des litres de tisane et des kilog. de cataplasme, tandis que je ne vous parle, moi, que de grains, de i de i oo« de 10,000» de grain. Vous pensez donc bien que la nouvelle médecine, dont je vous parle, procède d'un tout autre principe que celle que l'on vous a si longtemps appliquée, et eu cela vous avez parfaitement raison. Oui, mes amis, le vieil art de guérir a été complètement révolutionné de nos jours, comme presque toutes les sciences. Ainsi, pour me faire comprendre je vais vous faire une comparaison. Vous savez, car le paysan aujourd'hui n'est pas ignorant comme avant la révolution et comme beaucoup de bourgeois se le figurent encore ; vous savez en gros ce que c'est que le télégraplie électrique ; vous savez que ces fils de fer tendus à côte du chemin de fer d'Orléans servent à porter d'un bout à l'autre de la ligne des nouvelles qui courent mille fois i)lus vite que la locomotive la plus agile. Eh bien, mes amis, c'est en décomposant quelques parcelles de

zinc et de cuivre dans des bains d'acides, que l'on envoie ainsi, en quelques secondes, des dépêches qui auraient autrefois exigé des journées entières et crevé des douzaines de chevaux.

La nouvelle médecine dont je vous parle est une découverte analogue; elle fait avec des grains et des too" de grain ce qui aurait autrefois exigé des onces et des livres de médicaments, au grand péril de votre santé et au grand détriment de votre corps, qui servait de cheval de poste aux drogues enragées de l'apothicaire.

Aujourd'hui il y a moyen, avec des atomes, de stimuler la force vitale sans perturbation et sans secousses.

Il y a déjà des milliers de médecins qui savent employer ces nouvelles ressources de la science. Malheureusement ils ont tellement affaire à traiter leurs riches clients, qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper de vous, et que le bienfait du nouvel art est limité presque uniquement aux classes riches. Ainsi en ce moment à Saint-Pétersbourg, à Londres, à Berlin, à Paris, à New- York, la Faraire, ce grand préservatif du choléra, se trouve dans une foule de maisons aisées où l'on dort bien tranquille , bien rassuré contre les atteintes du fléau, pendant que rien n'est fait pour en défendre les classes pauvres. On attend que le gouvernement le fasse, comme si le gouvernement, qui, entre nous soit dit, est une abstraction, un être idéal, qui n'a ni yeux, ni oreilles, ni raisonnement, pouvait pensèr, agir et prévoir à notre place.

Quant à moi, je pense faire mon devoir en devançant son action et vous ferez bien de faire comme moi.

D'un bout fi l'autre du vaste continent Américain, qui est trente fois plus grand que la France, toutes les familles possèdent des petites pharmacies comme la nôtre. Un savant et célèbre médecin, le docteur Hering, n'a pas dédaigné de consacrer sa plume à un traité^ de médecine populaire, qui est entre toutes les mains aux États-Unis. Pour Dieu, mes amis, l'heure est-elle venue où la France sera en arrière sur tous les points ? Ne pouvons-nous pas aussi appliquer notre raison au problème capital de conserver notre santé et de prolonger notre vie? Occupons-nous-en ensemble, croyez-moi, car le gouvernement n'y pensera pas pour nous, et les académiciens ont trop à faii'e pour veiller ù la santé du peuple. Aide-toi, le ciel t'aidera.

Maintenant je vais tâclier de vous faire comprendre comment la médecine qui avait été si longtemps un grossier empirisme, appliquant au corps humain des moyens aussi matériels que ceux qui sont réservés aux corps bruts, est enfin devenue une science et peut se servir de ces moyens infinitésimaux déji familiers aux physiciens, aux chimistes, aux mathématiciens, aux astronomes, enfin à tous les véritables savants.

Cette découverte a été faite par un médecin allemand aussi savant que consciencieux, qui voulut faire une expérience sur lui-même pour connaître le mode d'action du Quinquina; car il faut que vous sachiez, mes amis, que nul de ces docteurs autorisés par le gouvernement pour veiller sur la santé publique, ne s'était encore fait cette simple question et que depuis des siècles on bourre le corps du pauvre monde des drogues les plus incendiaires, sans savoir comment elles s'y comportent. Or, il arriva à notre expérimentateur, qui avait pris du Quinquina en pleine santé, pendant plusieurs jours de suite, qu'avant la fin de la semaine il se trouva pris d'une solide fièvre qui lui faisait trembler le froid tous les matins pendant deux heures, et qui finissait par une transpiration très-abondante après une période de chaleur ardente. Comme le Quinquina guérit la fièvre , notre homme ne crut pas qu'elle venait de son essai; cependant il s'arrêta, et trois jours après il fut guéri. Il prit quelques jours pour se remettre et il recommença à prendre du Quinquina. Nouvel accès de fièvre, — nouveau temps d'arrêt, — nouveau rétablissement ; quinze jours après, troisième essai, répétition de la fièvre et guérison en suspendant le Quinquina. Enfin pour plus de sûreté, il recommença le même essai sur deux personnes de sa famille et les deux fois avec le même résultat.

Cette fois il n'y avait plus à en douter, le Quinquina, ce grand fébrifuge, qui guérit si bien les malades atteints de fièvre des marais, avait aussi une autre propriété dont on ne s'était jamais douté, c'était de produire chez les gens qui se portent bien une fièvre de même nature. Ce fait imprévu bouleversait toutes les idées reçues, et renversait complètement le point de vue sous lequel on avait jusque-là envisagé le problème médical. Notre inventeur sentait se confondre toutes ses idées, et tout le vieux monde médical, si longtemps immobile, arraché de ses bases antiques, tournait dans son

cerveau, comme a dû le faire notre terre dans celui de Copernic, le jour où ce grand astronome s'aperçut que ce plancher solide, emblème de la stabilité, sur lequel nous élevons avec tant de confiance nos maisons et nos plans d'avenir, n'était qu'un globe tournant sur lui-même avec une vitesse prodigieuse et lancé à travers l'espace inlini avec une rapidité bien plus grande encore.

Hélas 1 mes amis, doués de sens bornés comme nous le sommes , il semble que notre premier point de vue soit toujours l'inverse de la vérité infinie et que nous ne puissions arriver à la vraie science que le jour où un observateur mieux avisé trouve un nouveau principe qui est l'inverse de l'opinion vulgairement admise et qui ouvre aux regards étonnés de la foule, un merveilleux point de vue sur le monde du réel et de l'infini.

Vous savez bien, mes amis, que lorsque vous croyez que le soleil tourne autour de la terre, vous êtes le jouet d'une illusion purement phénoménale. C'est une illusion pareille qui a dominé la médecine, jusqu'au jour où elle a enfin trouvé un rénovateur dans Hahnemann, qui lui a donné ses bases véritables et centuplé ses ressources.

Ce grand homme ne se contenta pas d'une seule expérience, il les multiplia pendant trente ans sous toutes les formes. Il les vit répétées par une centaine de disciples. Il découvrit ainsi que le Mercure produit des ulcères syphilitiques, que la P'araire donne la dyssenterie, le Soufre la gale, etc. C'est le résultat de tant de travaux que je vais mettre en quelques mois à votre disposition ; tant il est aisé de faire le bien, quand CI) est entré dans une voie vraiment rationnelle.

Maintenant prêtez-moi toute votre attention, si vous voulez vous rendre compte, en hommes intelligents, de ce que vous allez faire. Si le mercure, le soufre, le quinquina, la Varaire, guérissent la syphilis, la gale, la fièvre et le choléra, c'est-à-dire les mêmes maladies qu'ils produisent chez l'homme bien portant, c'est donc qu'il y a chez nous une force occulte dont on ne s'était pas rendu compte et qui est même directement l'inverse de l'opinion générale sur la sanlo humaine. En effet, cette force existe et nous l'appellerons force de réaction. Examinez un peu avec moi certains faits qui vous sont familiers, et vous verrez que cette qualité mys-

térieuse ne vous était pas inconnue, que c'était faute d'attention que vous ne vous en rendiez pas exactement compte.

Quand vous allez en moisson et que, sur le coup de midi, le soleil dardant sur vos têtes, le front ruisselant de sueur, vous voulez vous rafraîchir, est-ce que vous allez boire à la source? Vous vous en gardez bien, car vous savez que vous y prendriez le mal de la mort. Vous avez dans votre panier un peu de vin dont une gorgée vous réchauffe un instant l'estomac et vous ressuie, pour ainsi dire, la sueur de dessus le corps, et si vous aviez une goutte d'eau-de-vie, cela n'en vaudrait que mieux. Vous sentez bien, en ce moment, que le chaud combat le chaud et que le froid n'y pourrait rien et serait très-nuisible. L'hiver , au contraire, si vous vous plongez les mains dans l'eau glacée, elles deviennent toutes rouges ; quand vous les retirez, vous y sentez un picotement comme des milliers d'épingles et elles vous brûlent comme si vous les mettiez à deux doigts d'un feu de forge ; dans ce cas encore c'est la force de réaction qui agit, et son effet est aussi prolongé que l'action primitive est passagère et fugitive. Il en est de mêriie des médicaments. Si nous voulons qu'ils agissent sûrement, efiicaceraent et longtemps, il faut les adresser à cette force de réaction dont je vous signale l'existence, et alors nous ferons plus avec un grain qu'on ne faisait jadis avec une livre et nous guérirons ceux que la médecine ancienne empoisonnait.

Et non-seulement nous guérirons, mais nous préviendrons aussi les maladies. Comment faites-vous l'hiver, quand vous voulez prévenir les engelures produites par l'impression du froid ? Vous profitez de la tombée de la première neige, pour vous en frotter vivement les mains, et par cette application du froid, vous vous préservez de son action future. Comment a-t-on arrétéles progrès de la petite vérole? En produisant par l'inoculation de la vaccine une maladie légère, qui en reproduit en petit la plus fidèle image. C'est ce qu'on appelle médecine des semblables ou liomocopathique , mot dérive du grec , comme vous pourriez le voir en analysant avec soin la racine du mot. En effet hamœ vous est connu par les mois homogène ou semblable en genre, /(omologuer même inscription; — pa</wevous est connu par les mots sympathie, antijoathic, et veut dire affection ou souffrance ; c'est le mot qui nous a

été transmis par les Latins dans les mots patience,passion , paï/r et patient. Homœopathie veut donc dire souffrance ou affection semblable. La vaccine, disions-nous, est une de ses branches. Par l'Homœopathie on prévient aussi la rougeole par de petites doses de Bclladonne, la scarlatine par la Pulsatille, le croup par Y Aconit et le Soufre, et la coqueluche par le Phosphore. Si elle eût voulu me croire l'année passée, la mère Madeleine n'aurait pas perdu son second enfant du croup, qui avait déjà -devé le premier. Il lui reste encore deux fils, et ceux-là, mieux renseignée aujourd'hui, elle ne les perdra pas. Nous généraliserons dans la commune la méthode d'un modeste bienfaiteur de l'humanité, du docteur Gastier, l'un de ces savants praticiens du nouvel art, qui sauvent plus de malades en un an que leurs prédécesseurs n'en ont sauvé pendant des milliers d'années d'ignorance et de barbarie. Grâce à cette méthode, nous préserverons vos enfants, non-seulement de la petite vérole, comme on faisait avec la vaccine, mais de toutes les maladies si meurtrières de l'enfance et même de celles de l'âge mùr. Nous ne jouirons de tous les bienfaits du nouvel art que lorsqu'il nous aura garantis de tous les maux du présent et rassurés sur tous les dangers de l'avenir.

Mais en voilà assez pour aujourd'hui. Le soleil est couché ; il est temps de se retirer. Dimanche prochain nous nous entretiendrons de la manière d'administrer les médicaments et du régime à suivre, tant en santé qu'en maladie, pour vivre sainement et guérir vite.

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