SIS. ACCIDENTS ET LÉSIONS EXTÉRIEURES
Nous avons achevé d'énumérer les principales infirmités qui peuvent atteindre l'homme aux différents âges de la vie et dans ses différents organes.
Maintenant nous allons le voir aux prises avec le monde extérieur, et analyser les moyens de prévenir les suites des violences qu'il peut recevoir du dehors. L'homœopathie devra souvent ici s'aider de moyens matériels, car il faut que le mal soit toujours combattu à armes égaies.
Encore ici nous nous appuierons sur les beaux travaux du docteur Hering. Quoique déjà jjopularisés en France par la traduction du docteur Marchand, apôtre et martyr du nouvel art, nous croyons faire une chose utile en agrandissant encore le cercle de leur publicité. En ce moment, dit-on, le vénérable patriarche de l'homoeopathie américaine ne dédaigne pas de se préoccuper des travaux de l'école du Brésil, et d'enrichir de ses additions une traduction de la pathogénésie brésilienne que prépare le docteur Neidhart. N'est-ce pas nous autoriser en quelque sorte à lui emprunter nous-même en France ce qu'il nous offre si généreusement en Amérique? Ici d'ailleurs, comme précédemment, nous joindrons aux travaux de notre savant guide les nouveaux moyens découverts par nous, et nous tâcherons encore d'être original même dans notre imitation. Peut-être aussi les attaques ouvertes ou oc- ^ cultes que ce travail soulèvera en grand nombre seront-elles moins violentes, lorsqu'au lieu de tomber sur nous, elles iront directement à l'adresse du vulgarisateur de riiomœopathic dans l'yVmérique du Nord
Les Commotions à la suite d'une chute, d'un coup, d'un choc ou de tout autre accident, produisent des douleurs de divers genres. Quelquefois les parties internes en éprouvent une sorte d'extension ou de déchirement; il survient alors des douleurs qui augmentent le lendemain, comme mal de tète violent , vertiges , respiration courte , tussiculalion , crachement de sang, mal aux reins, etc., etc.; le remède principal dans ces divers cas est Arn.; mais si au moment de recevoir la commotion, le malade avait éprouvé un sentiment de frayeur, vous lui donneriez C. Ind. S'il se trouve mal et qu'il ait perdu connaissance au moment de l'accident, mouillez-lui la tête , la ligure et les bras avec de l'eau froide, et administrez Acon. Si, après une commotion, il reste des maux de tête, et qu'^ivi. n'ait produit aucun effet, donnez Bell, ou Hipp.
216. Tour. DE REINS. — Après avoir soulevé un poids considérable, donnez Hut. ou Rhs. Si le mal de tète se dé- «lare à la suite de cet accident, donnez Cale. Si les douleurs sont violentes , lancinantes , et qu'à chaque mouvement du corps elles augmentent, donnez Bry. Si après cela il n'y a pas d'amélioration sensible, donnez Hipp.
Si l'on a excédé ses forces , soit en grimpant sur un mur, soit en luttant, et que quelque temps après on se trouve mal, avec envie de vomir, douleur violente au ventre , comme si tout voulait en sortir, donnez Ferat.
21 î. Meurtrissures. — Quand un membre a été entièrement écrasé dans l'une de ses parties, réiablissez-le au moyen d'un appareil contentif en carton; puis maintenez-le dans sa position naturelle; comprimez-le de temps en temps avec ménagement pour le ramener à son état normal. Avec les moyens ci-dessus, aidés de l'emploi de l'eau froide, et du CoUoclium sur les parties dont la peau a été enlevée, ainsi que d'un régime convenable, vous guérirez beaucoup plus vile que par l'emploi de tout autre procédé. Chez les individus do mauvaise santé, et chez lesquels la suppuration devient abondante, donnez SU.; si l'inflammation se tourne en gangrène, donnez Crolal., Arsen.
218. Bosses. — Appliquez des compresses d'eau froide avec un peu de teinture d'Arn. sur la tête de l'enfant; puis administrez Arn.; si, malgré ces soins, le mal s'aggrave, donnez Buf. ou jElaj^s.
Les Meurtrissures des yeux , par suite d'un coup ou (1(> tout autre accident , devront être traitées comme précédemment, mais avec le soin de renouveler fréquemment les compresses à mesure qu'elles s'échauffent ; bandez les deux yeux, de manière à empêcher l'air et la lumière de porter sur la vue ; donnez Acon., puis Arn.
219. La Contusion consiste dans une violente douleur éprouvée par suite d'une cJiute ou d'une autre cause mécanique : quand on ne peut remuer sans douleur le membre contusionné, qu'il s'enfle, et qu'il devient rouge, vous ferez toujours l'application de la chaleur à distance dès le principe, du Collodium sur les écorchures , et vous donnerez Arn, , puis Bry.
220. La Luxation consiste dans la sortie de l'os de son articulation. En explorant le mal, vous vous assurerez facilement si l'os est déplacé , soit en palpant avec soin la partie , soit en la comparant avec l'autre membre. Il peut se faire aussi que le membre affecte une certaine inclinaison. Ces accidents sont accompagnés d'un engorgement, de douleurs violentes , de tension dans le membre , et de fièvre ; le remède indiqué pour l'instant est Arn., et si l'inflammation se déclare , Acon., avec des compresses d'eau froide, et lorsque l'inflammation aura disparu , faites mouvoir le membre avec précaution pour éviter qu'il ne contracte de la raideur et que l'articulation ne se soude sur elle-même en formant ce qu'on appelle une ankylose.
221. Fractures. Elles se reconnaissent quand, à la suilo d'une lésion mécanique, vous sentez à l'instant même sur un certain point de l'os une douleur piquante. En y portant la main vous trouvez cet endroit plus gros et inégal ; vous sentez un vide très-sensible si le membre fléchit , et si la fracture n'étant pas complète et les parties n'étant pas divisées, le membre se courbe. Dans ce cas, il ne peut accomplir aucun mouvement, vous sentez le point fracturé comme une nouvelle articulation; et si vous imprimez le moindre mouvement en approchant l'oreille vous entendrez le craquement des points fracturés. Dans c(! cas, adressez-vous à un chirurgien, car ici une fausse manœuvre est difficile à réparer. Toutelbis il ne faut pas perdre de vue l'engorgement qui se forme cl (lu'on doit prévenir. Laissez le membre en r('i)os autant
que possible ; appliquez des compresses fi'oides sur les parties souffrantes; si le malade est vivement ému et perd connaissance, donnez Acon., et, quelques heures après, Jrn. Quand la douleur devient intolérable , et que les accidents les plus graves se déclarent, procurez quelque soulagement en faisant subir au membre une légère extension ; entourez-le de deux serviettes placées au-dessus et au-dessous de la fracture. Attachez à ces deux liens des cordes que vous fixerez solidement aux deux extrémités du lit, et, dans cette situation, de légères et fréquentes extensions seront exercées sur le membre.
222. Des Blessures. — Touteblessure quin'estpas mortelle guérit spontanément; les remèdes extérieurs sont toujours nuisibles. Bornez-vous à un pansement convenable dont la base est l'eau froide. Selon les circonstances, vous donnerez un médicament à l'intérieur que vous aiderez par le régime.
Le point le plus important du traitement pour la prompte guérison d'une blessure, c'est d'en rapprocher les bords ; vous soustrayez la plaie à l'air. Les petites blessures superficielles se guérissent par le rapprochement des tissus divisés , que vous maintenez en rapport, soit par un pansement, soit avec des bandelettes agglutinatives. Si la blessure est large et pénètre au milieu des chairs, vous aurez recours au sparadrap fortement agglutinatif ; vous couperez des bandes qui seront plus étroites sur leur milieu que dans les extrémités ; et après les avoir légèrement ramollies par la chaleur, vous les appliquerez méthodiquement, c'est-à-dire que la partie étroite de la bande tombera sur la plaie. Entre chaque bande vous laisserez un petit jour, et notamment sur la surface de la plaie, pour que si la suppuration vient à s'établir, le pus puisse s'écouler facilement. Vous mettrez le membre blessé dans la position la plus favorable au rapprochement naturel des lèvres de la plaie, et vous engagerez le malade à garder celte position. Si l'on peut fermer la solution de continuité (blessure) avec un emplâtre adhésif plus simple , il sera toujours meilleur que le sparadrap ordinaire, lequel est pour la plupart du temps fort inconnnode.
On fait maintenant des ))andes très-minces de gutta-pcrcha qui , fixées à leur extrémité par du CoVodium, forment un excellent pansement pour toutes les plaies. Lorsqu'on s'écorclie la peau qui recouvre immédiatement les parties os-
seiises, ce qui arrive surtout chez les enfants, vous détachez avec soin la pellicule qui tapisse la coque d'un œuf frais, et vous l'appliquez sur la plaie par le côté qui regarde le blanc d'œuf, et cela dans la plus grande étendue possible. Un peu de Collodium étendu sur la plaie sera encore préférable, et remplacera parfaitement l'épiderme jusqu'à ce qu'il ait été régénéré.
Pour arrêter une hémorrhagie, mettez sur la langue du malade une pincée de sel ,- placez la partie blessée dans une position élevée, mais avec l'attention de ne gêner aucune partie du corps. Si le blessé se trouve mal, ne le fatiguez pas par le flair d'essences pénétrantes. Seulement lorsqu'il devient tout à coup pale et bleu, et qu'il est pris de mouvements convulsifs de la face ou des membres, donnez-lui à flairer Elaps ; s'il y a aggravation, un peu de vin vieux pur, puis répétez Elaps. Employez les mêmes moyens dans les fortes hémorrhagies; mais dès que le sang sera arrêté, faites boire au malade de l'eau fraîche à petite dose et aussi souvent qu'il le demandera.
Quand le premier pansement et l'emploi de l'eau froide ne sufliront pas pour arrêter le sang, donnez ^r?i.; s'il reste sans eflét, Crotal. Dans un cas d'urgence, lavez la plaie avec de l'eau-de-vie ou de l'alcool , et imprégnez-en des tampons de charpie que vous appliquerez sur la plaie. La vive douleur éprouvée par le malade déterminera des contractions spasmodiques locales qui resserreront les vaisseaux capillaires. L'albumine du sang se coagule également sous la même impression et contribue à arrêter l'hémorrhagie. Pour obtenir promptement la guérison d'une blessure, ayez soin de la nettoyer avant tout pansement, lavez-la à grande eau, au cas où quelques corps étrangers seraient entrés dans la blessure. S'il s'agit d'un clou, ou d'une arête, ou d'un éclat de bois, ou d'un morceau de verre entré dans la plante du pied, vous ne pouvez pas toujours les faire sortir en entier ; il faudra peut-êlre que le chirurgien fasse une incision cruciale.
Quand une blessure du PiEn est tout à fait cicatrisée , et qu'en marcliant vous éprouvez des douleurs violentes, il est à croire qu i! y a encore quelque chose ; dans cette supposition, ,1 fixez au pied une semelle de liège à laquelle vous ferez un trou à la |)ailie correspondante à la douleur; puis vous près-
crirez au malade de marcher vivement, et vous lui donnerez matin et soir un globule SU. A la suite de ce traitement , vous verrez sortir de la plaie le corps que vous supposiez être séquestré. Si la douleur est superficielle et que la peau soit unie et souple en cet endroit, faites une incision pour donner passage à la matière qui entretient le mal.
Favorisez la guérison des blessures par des médicaments appropriés , faites-en l'emploi dès que le malade sera revenu d'une première émotion. Lorsque la fièvre se déclare, que la peau est sèche, que le malade est inquiet, donnez Acon.; si son inquiétude est accompagnée d'une grande surexcitation , donnez C. Ind.; s'il a perdu beaucoup de sang, Elaps toutes les six ou huit heures ; si l'amélioration n'a pas lieu, donnez im des médicaments appropriés aux divers cas de blessure, Jm., SU., Rhs.
Si les accidents se présentent de manière à donner heu à des contractions spasmodiques de la mâchoire, donnez Nitx V. toutes les deux heures jusqu'à ce qu'il se déclare une améUoration. Si cette position s'aggrave, et que les mâchoires deviennent le siège d'un véritable trismus avec raideur et tension des muscles du dos, donnez Merc. Si cela ne suffit pas, surtout si le blessé a la figure rouge, donnez Bzll. Dans quelques cas où le malade devient froid, on y remédie par Bnj. ou Vemt. Si la chaleur donnede l'aggravation, donnez i/i/osc. Quand les enfants, par suite d'une chute, reçoivent une forte commotion à la tête, qu'ils vomissent, qu'ils poussent des cris étouffés, s'ils dorment d'un sommeil long et pénible, donnez Arn., et ne les tenez pas trop chaudement, ne leur donnez rien à boire ni à manger de chaud; ne les laissez pas dormir trop longtemps ; et s'il survient des convulsions et de la fièvre, donnez Bell. Si cela est insuffisant, même après une seconde dose, donnez quatre à cinq heures plus tard Hep., Sulph., et laissez agir pendant quelques semaines.
Si un membre a été partiellement écrasé, vous pouvez quelquefois le conserver en faisant des applications de compresses à l'eau froide, et en donnant intérieurement Ani. ou Acon. alternativement, même dans le cas où il se déclare un commencement de gangrène ; il est encore possible de le sauver en donnant et plus tard, quand la peau devient noire^
bleuâtre,
(jiianl aux vastes blessures de l'abilomen, à la suite desquelles il existe une large ouverture par où sortent les intestins, ne laissez pas le blessé sans secours. Mettez les intestins en place après les avoir nettoyés dans le cas où ils se seraient salis ; faites un lavage à l'eau tiède, avec le soin de ne pas laisser introduire de l'eau dans le bas-ventre ; ne touchéz pas le paquet intestinal avec les mains nues, mais à travers un linge de toile. Ne donnez rien de fort à flairer ou à prendre par la bouche ; seulement, quand le blessé paraît tout à fait indifférent et étourdi, donnez une légère infusion de pavot; s'il est hors de lui, C. Ind.; s'il commence à avoir des crampes, des convulsions, Nux F.; s'il devient plus pâle, avec, nez effilé et extrémités froides, Ferat. ; mais dès que la première émotion est passée, Jrn. S'il n'y a pas de médecin, vous rapprocherez les bords de la blessure avec des bandelettes de gutta-percha et du CoUodnm, en ayant soin de laisser dans la partie la plus déclive une petite ouverture, que vous panserez afin d'empêcher l'air de pénétrer, et que vous traiterez comme il a été dit plus haut. Si plus tard il se déclarait de violentes coliques, donnez Crolal., puis Lach. el Phos.