CORPS ÉTRANGERS DANS L'ORGANISME
Dans les Yeux. — Le simple lavage n'est utile que pour faire sortir la poussière; mais si la substance introduite est soluble dans l'eau, les lotions ne peuvent qu'aggraver les souffrances. S'il est entré dans l'œil de la chaux, de la cendre ou du tabac en poudre, appliquez du lait caillé acide, ou si c'est un corps étranger qui occasionne une pression vive, écartez les paupières et tâchez de le faire tomber au moyen d'une petite baguette de papier roulé, non collé, que vous mouillerez avec la salive. L'aimant a souvent servi à enlever des parcelles de fer ; vous pouvez essayer. Comme tout frottement est toujours nuisible, surtout chez les enfants, appliquez des compresses d'eau froide ; lorsqu'il y a rougeur et inflammation de l'œil, donnez y/con. Si après cela l'œil reste sensible et rouge, donnez Sidph.; si cela ne suffit pas, donnez Cale, après le septième jour.
Dans les Oréilles. — S'il est entré quelque insecte, couchez-vous sur l'oreille opposée, et injectez dans l'autre de l'huile goutte à goutte, jusqu'à ce que l'insecte se fasse voir, ôtez-le alors avec un morceau de papier roulé ; mais si cet accident arrive dans l'oreille d'un enfant, et que le corps étranger soit susceptible de gonfler par l'humidité, prenez un fil de fer très-fin, d'une longueur convenable, pliez-le sur le milieu, et placez-vous derrière l'oreille ; trempez l'instrument dans l'huile, et faites-le glisser dans l'oreille de manière à saisir le corps, par derrière, au moyen de la courbure. S'il y a une inflammation, donnez Arn. Si l'inflammation est assez intense pour que l'oreille soit enflée au point d'empêcher l'extraction, donnez Puis. S'il arrivait que l'enfant vînt à avoir la fièvre, donnez BeM., et s'il reste encore de la douleur, Sulph. '■y Dans le Nez. — Dans le cas où vous auriez à extraire un corps étranger logé dans les narines, attendez que le malade fasse une forte inspiration ; vous lui fermez ensuite la bouche, afin que l'air s'échappe avec force par le nez, ou bien vous lui faites priser un peu de tabac, afin de le faire éternuer. S'il s'établissait une suppuration consécutive, donnez Sulph.
Dans le Gosren. — Si pareil cas se présente dans le gosier, provoquez à cracher avec force et promptitude en frappant sur les épaules. Si c'est une grosse bouchée qui s'arrête au fond du gosier, provoquez la régurgitation par une infusion légère de tabac. Si cet accident arrive à un enfant, faites cracher ce qu'il a avalé, ou si la bouchée est déjà descendue assez en avant pour qu'on ne puisse plus lavoir, faites-lui boire une gorgée d'eau de temps en temps, de peur que le corps étranger ne soit susceptible de se gonfler par l'humidité : car dans ce cas donnez du beurre fondu. S'il se déclare une contraction spasmodique qui empêche le morceau de descendre, s'il I y a douleur ou difficulté de respirer, donnez Nux F. Si cela ne suffit pas, Cham., et si toutefois il restait quelques débris dans la gorge, et que la douleur persistât, donnez SU. Si ce ■ sont des corps aigus, pointus, ou des morceaux de verre, . avalez de temps en temps une bouchée de pain un peu forte, sans être trop mftchée ; si ce sont de petits corps acérés qui i se soient attaciiés à la gorge, prenez des boulettes de cire enduites de miel ou de sirop. S'il survient des symptômes dan- •
gereux, doublez un fil de fer de manière à faire une anse dans le milieu , plongez-le jusqu'au-dessous du point douloureux ; faites-lui subir un mouvement de rotation, puis sortezle doucement.
Dans l'EsTOMAG et les Intestins. — Avalez des substances gluantes et visqueuses, évitez tout ce qui est échauffant et acide, faites des frictions sèches, despressions modérées sur le bas-ventre, puis couchez-vous et attendez que le corps étranger soit rendu par les selles. Celui qui est sujet à la constipation prendra une nourriture légère et du beurre en quantité, puis il s'administrera tous les jours un lavement d'eau tiède ou de lait. Si le corps étranger devait séjourner longtemps, donnez SU., et plus tard Sulph.
Si après avoir avalé des aiguilles ou tout autre corps étranger, il survient des symptômes graves dans le bas-ventre, donnez Bry. S'il est suivi de soulagement, administrez le même médicament chaque fois que le mal reprend ; s'il ne suffit pas, donnez Niix P'. Si les accidents s'aggravent et qu'un abcès veuille s'y former, donnez Lach.
Si quelques petits animaux ou des insectes pénètrent dans l'estomac, donnez des pilules de mie do pain mêlées avec un peu de tabac ; contre les souffrances qui en résultent, faites flairer du camphre et administrez Nux F.
Dans le Larynx et la ïuaciiék-Artère. — Lorsqu'il arrive qu'un corps étranger s'engage dans le larynx ou la trachéeartère, vous le connaîtrez ])ar les signes suivants : la respiration est courte et surtout gênée, la figure bouffie, bleuâtre, les yeux saillants, la voix changée, rauque, et quelquefois éteinte. Jetez avec force la tête en arrière pour faciliter une toux violente qui dégage le corps et l'oblige à sortir. Assurez-vous de sa présence en saisissant doucement avec les doigts le larynx à l'extérieur, et en lui faisant subir un petit mouvement de haut en bas, il est alors facile de le tenir et de le faire claquer contre les parois. S'il n'est pas trop adhérent, administrez^?^., au besoin SU. S'il survenait une suffocation, ou si la face devenait bleuâtre, donnez trois globules de Bell., que vous délayerez dans une cuillerée d'eau et que vous mellrez goutte à goutte sur la langue. Si le malade s'endort la tête levée, il peut arriver que le corps sorte de lui-même ; mais si toutefois le danger augmentait malgré les médicaments indiqués, bâtez-
vous d'appeler un médecin pour procéder à l'opération.
Dans la Peau. — Quand les corps étrangers s'introduisent sous la peau, on peut employer les moyens indiqués plus haut relatifs aux blessures. S'il s'agit des piquants de diverses plantes, frottez la partie avec de l'huile, et approchez du feu aussi près que cela se pourra ; puis prenez un couteau pour racler doucement la peau, de manière à faire sortir ces épines.
Le même procédé sera employé dans le cas où de petits éclats de verre auraient pénétré sous la peau ; mais il est préférable de les abandonner au travail de la suppuration, que vous traiterez comme une blessure ordinaire. Si cela ne suffit pas pour en favoriser la sortie, donnez Sulph., et si c'est encore insuffisant, SU. Dans le cas où la suppuration se serait établie profondément , et où SU. et Sulph. n'auraient pas suffi, donnez de temps en temps Lach., et plus tard Merc.
224. Bruluues. — Quand on s'est brûlé, exposez la partie au feu, et humectez-la d'alcool tiède ou de térébenthine jusqu'à ce que la douleur s'affaiblisse. Cependant si la brûlure occupait une trop grande surface du corps, et que les parties fussent trop profondément atteintes, râpez du savon ordinaire dans de l'eau tiède ; donnez-lui la consistance d'un Uniment, et étendez-le sur des compresses que vous appliquerez directement sur les parties brûlées, lorsque vous aurez enlevé l'épiderme détaché de la peau. Après vingt-quatre heures, enlevez l'appareil sans essuyer ni laver, remplacez-le par un autre, et procédez ainsi jusqu'à ce que les plaies soient cicatrisées. Un autre moyen très-efficace est de prendre le suc des sommités fraîches d'ortie que vous mettrez dans partie égale d'espril-de-vin , et vous en prendrez une cuillerée ordinaire que vous mélangerez dans un verre d'eau. Trempez dans ce mélange des compresses que vous appliquerez sur la brûlure. Après cela appliquez du Collodium si la brûlure est peu étendue, ou des bandes de gutta-percha que vous fixerez à leur extrémité par du Collodium, comme nous l'avons dit ci-dessus à l'article Blessure.
Quand la brûlure est le résultat de l'action de quelque a(;ide, employez de l'eau de chaux ou de la craie dissoute dans l'eau. Si, par suite de brûlures violentes, on éprouve des spasmes et des convulsions, donnez Clium.; s'il survenait
une diarrhée ou une constipation, donnez un lavement d'eau tiède; mais si , par suite de la diarrhée, on éprouve des coliques, prenez Hipp., et, plus tard Sulph.,Puls. ou Elaps.
«as. EMPOISONNEMENTS.
S'il se déclare à l'improviste, chez des personnes bien portantes, surtout après avoir l)u ou mangé, des symptômes alarmants et extraordinaires, des douleurs et un brûloment dans le gosier, dans l'estomac et dans l'abdomen, de l'anxiété, des vertiges , le délire , vous pourrez soupçonner que vous avez affaire à un empoisonnement.
Dans ce cas vous ne devez pas perdre une minute, car souvent de la promptitude dépend le salut du malade. Procédez cependant avec ordre et méthode, car rien ne retarde comme une précipitation intempestive.
Vous avez deux choses à faire : 1° Diminuer la masse du poison en faisant rejeter la portion qui resterait encore dans l'estomac; 2" diminuer son action en fais.'-.nt avaler les antidotes appropriés.
Pour remplir le premier but, vous provoquerez le vomissement en faisant boire une tasse d'eau tiède si vous en avez, et en introduisant dans la gorge une plume aussi longue que possible. On fait ouvrir la bouche du patient, on lui ferme les narines en les pinçant, et on introduit la plume par-dessus l;i langue aussi loin que possible , et jusque dans l'estomac , si l'on a une plume de paon assez longue pour y arriver. Si ce moyen ne suflit pas, vous pourrez donner une petite dose de tartre émétique, dix centigrammes dissous dans un quart de litre d'eau tiède à prendre par demi-verre de minute en minute.
Faites préparer de l'eau tiède, de l'eau fortement sucrée, des blancs d'œufs battus, une solution de savon blanc, du fort café, de l'eau de gruau, d'orge, d'avoine ou de son.
Dans l'intervalle des vomissements, faites d'abord prendre ? de l'eau tiède fortement sucrée, puis de l'eau saturée de blancs « d'œufs battus, et continuez si les douleurs sont vives et hri"!- : lanles. Si, au contraire, il survient des symptômes de défail- ■ lance, d'assoupissement, de narcollsme, recourez de suite à
l'infusion de fort café , et répétez-en une demi-tasse de cinq en cinq minutes.
Pendant ce temps , on tâcliera de connaître la nature du poison. Si les matières vomies sont vertes ou rouges, et laissent un goût salé et métallique dans la bouche, s'il y a de : grandes douleurs dans l 'estomac et dans le ventre, avec diarrhée, vous aurez affaire à un empoisonnement par des sels . métalliques, tels que le vert-de-gris, le sublimé corrosif, l'a- ■ lun , les préparations de plomb , d'arsenic , d'étain , de po- • tasse, etc., etc. Si, outre cela, la bouche est comme brûlée, , on soupçonnera qu'on a affaire à des acides minéraux , tels ; que l'eau forti et l'huile de vitriol (acide azotique et sul-furique).
Dans ces deux cas l'eau saturée de blancs d'œufs battus estl excellente, et on la continuera tant qu'elle soulagera le ma-lade. Si elle cesse de faire du bien, on recourra à une solution de savon de Marseille dans quatre parties d'eau , une; tasse de 3 en 3 minutes.
Si ces moyens ne soulagent pas, et que le savon aggrave; l'état du malade; si l'on a lieu de croire que la substance; nuisible est alcaline, telles que la potasse, la soude, l'ammo-niaque liquide, la chaux éteinte, le sel de tartre, et si les matières vomies font effervescence quand on y verse un acide, alors recourez au vinaigre ou au jus de citron que vous don- 1 nerez étendu d'un peu d'eau. Dans l'intervalle donnez de I l'eau de gruau ou d'orge, et, après chaque vomissement, revenez au vinaigre.
Ce liquide est excellent, ainsi que le café, contre les suitesdes champignons, du stramonium, de l'aconit, de l'opium et des vapeurs de charbon, la belladone, la ciguë, la valériane, | la coloquinte, la chamomille et l'acide prussique ; mais il ne . vaut lien contre le suc des végétaux acres, tels que l'eu-phoibo. Dans ce dernier cas recourez au savon.
Quand le malade va un peu mieux, le lait est excellent pouri hâter la guérison et soulager les douleurs consécutives.
L'huile, la graisse, le beurre, sont rarement salulaires, surtout lorsqu'il y a empoisonnement métallique, ou qu'il y a. des cantliarides introduites dans l'cslomac. Ils sont utiles-: contre les champignons vénéneux et les acides concentrés.-
Le Cami'ure est une substance de la plus grande importance
dans un grand nombre d'empoisonnements. Il est souverain contre les substances végétales Acres, lorsqu'il y a diarrhée avec vomissements, pâleur, défaillance et froid des extrémités; contre les cantharides, lorsqu'il y a inflammation de la vessie et difficulté d'uriner; contre l'acide hydrocyanique, le tabac, les sirops vermifuges donnés en trop grande dose aux enfants , et les souffrances qui suivent l'ingestion du Phosphore, des acides et des champignons, lorsque les vomissements ont suffisamment débarrassé l'estomac et que cependant le malade contiiuie à souffrir.
Quant au traitement consécutif des empoisonnements, on pourra employer quand la substance sera connne :
Si ce sont des acides minéraux, une cuillerée de magnésie de 2 en 2 heures, jusqu'à l'heure du sommeil.
Le jour suivant on donnera un peu d'eau-de-vie camphrée, une goutte de 3 en 3 heures dans une cuillerée d'eau, et si le camphre ne suffit pas,
Acon., un globule de 3 en 3 heures.
Si l'on a pris de l'acide phosphorique, une cuillerée de café noir d'heure en heure.
Contre l'acide azotique (eau forte), Cale.
Contre l'acide chlorhydrique (muriatique), Bry.
Contre l'acide sulfurique (huile de vitriol), P^ils.
Contre les alcalis en général on fera bien de continuer les jours suivants une nourriture acidulée par le jus de citron, le vinaigre, quelques gouttes d'acide sulfurique dans de l'eau, et contre les souffrances qui persisteraient les jours suivants, Jrsen. ou SU.
Le Phosphore demandera de la magnésie, quelques gouttes d'eau-de-vie, et enfin Nux V.
L'Iode, des bouillies de farine et d'amidon, et plus tard, Bdl. et Hycisc.
Acide Prussique. — Faire immédiatement avaler plusieurs tasses de café, flairer du camphre ou du vinaigre, ou mieux encore de l'ammoniaque liciuidc. On peut même en faire prendre une goutte dans une cuillerée d'eau. Les jours suivants, donnez //yosc, C. Incl., Lach. (Les noyaux de pêches, d'abricots, les amandes amères, peuvent produire des accidents analogurs et seront traités de même.)
L'AixooL ou rjvruER. — Donner cinq gouttes d'ammonia-
que liquide dans un verre d'eau par cuillerées, ensuite du café pur, et le jour suivant Niix F. et Bdl.
L'Arsenic. — Après l'eau sucrée, l'eau de savon et les blancs d'œufs, donnez du lait, ou mieux encore, si vous pouvez, du sang frais de veau, de pigeon, de poulet, ou de tout autre animal, bu lentement et par cuillerées, qu'on lâchera de ne pas vomir.
Le peroxyde de fer ou le résidu ferrugineux que l'on trouve dans les baquets où les forgerons éteignent le fer rougi est: un excellent antidote.
Les jours suivants, Ferai., Crotal. et Lach.
Sublimé couhosif. — L'eau albumineuse alternée avec de l'eau sucrée pendant 24 heures, et contre les souffrances consécutives, /oc. C, Crotal., Arn.
PiERUE INFERNALE. — Du scl dc cuisinc pi'is en grande quantité, et les jours suivants, Ferat.
Cuivre. — Vert de gris et ses autres préparations. L'eau sucrée, les blancs d'œufs, dissous ou non dans l'eau, le lait, l'eau d'orge ou les autres liquides mucilagineux.
Si vous avez du soufre sous la main, faites-en fondre sur une pelle rougie, et versez-le dans cet état dans un vase i)lein d'eau ; agitez, laissez retomber la poudre au fond, et donnez de l'eau, des demi-verres de minute en minute.
Ce moyen est également bon contre les autres métaux.
Les jours suivants vous pourrez donner Ferat., Hyosc, Arsen.
Champignons.
Voici, d'après M. ViUiers, quelques notions sur les empoisonnements par les champignons et la liste des plus dangereux :