II. — HYGIÈNE SPÉCIALE
Ce n'est pas que je veuille dire que le rôle du médecin près du malade soit à mépriser. Loin de là. Ce serait ne pas tenir compte des immenses services rendus en tout temps par nos grands thérapeutes. Mais ce que j'affirmerai hautement, sans crainte de me tromper, c'est que la thérapeutique ne saurait s'appuyer uniquement sur la rnatière médicale; c'est que, même dans son rôle de guérisseur, le médecin ne saurait se passer de l'hygiène. Un malade traité u. |uement avec des drogues ne serait qu'à moitié traité; ce serait supprimer, d’un seul coup, les bons effets, si nécessaires, du nursing.
Vous étudierez longuement, durant votre cours universitaire, la pathologie interne, la matière médicale et la thérapeutique, et l’on vous fera voir, dans les cliniques, une fouie de malades traités par les méthodes les plus rationnelles. Eh bien, je vous le prédis à l’avance, vous serez surpris de constater combien peu de maladies ont leur remède spécifique, combien, la plupart du temps, le traitement doit rester symptomatique.
Nous devons être reconnaissants à la bactériologie de nous avoir si bien renseignés sur les modes de défenses de l’organisme, et de nous avoir démontré que, dans la grande majorité des cas, c’est à stimuler les défenses naturelles du corps, que le médecin doit s'appliquer dans son traitement. Or, ici encore, l’hy-
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giène vous rendra des services inappréciables, et vous fournira non-seulement le moyen de stimuler les centres nerveux, ces grands régulateurs de la physioiogie humaine, mais encore d'oxygéner le sang et d'activer l’action des émonctoires. Toute la défense physiologique est là. La ventilation de la c'iambre du malade, la cure d’air, l'hydrothérapie, la diète, sont des traitements hygiéniques qui n'ont pas leur équivalent dans la pharmaceutique la plus élaborée.
Combien de maladies chroniques et des plus graves, ne sauraient relever de la matière médicale! Par quels médicaments par exemple, corrigerez-vous la diathèse arthritique? Avec queiles drogues ferez-vous disparaître les lésions d’un foie cirrhotique, d’une moëlle sclérosée, d’un rein brightique? Quel spécifique prescrirez-vous contre la dyspepsie? Cependant, la lésion existe, la vie du malade est en danger. N'est-ce pas ici encore l'hygiène qui vous aidera le mieux, et qui, par le repos et le régime alimentaire, vous fera ajourner pour une longue période l'échéance fatale d’un mal inguérissable. Une lésion mitrale ne se répare pas, mais l'hygiène du cardiaque aura cela de bon qu’elle maintiendra la compensation, et reculera indéfiniment les indications de la digitale.
Qu'il s'agisse de maladies inflammatoires ou de maladies de la nutrition, je le répète, l'hygiène s'impose. Sans elle, le traitement resterait forcément incomplet, et souvent même elle seule peut conjurer les mauvais effets d’un organe dont le fonctionnement fait défaut. C’est par une bonne hygiène, plus encore que par des médicaments, qu’on arrive à prolonger la vie des malades.