PATHOGÉNIE
La pathogénie des hémorragies intestinales chez le nouveau-né est encore très obscure et à ce sujet on en est réduit à des hypothèses. :
Laissons de côté les recherches des premiers auteurs qui se sont occupés de la question et sont arrivés à des conclusions infirmées depuis. Nous avons constalé que la plupart des auteurs qui ont traité ce sujet ont passé sous silence la question de la pathogénie ou en ont parlé si brièvement qu'il est impossible d'en tirer des conclusions.
C'est ainsi que Thellier, dans sa thèse, incrimine l’incoagulabilité du sang, les allérations des parois vasculaires, et se hâte de passer à un autre chapitre.
De tous les auteurs récents, Lequeux est le seul qui se soil livré à une étude approfondie de la question. Il a émis des hypothèses assez séduisantes, Nous les résumons brièvement,
Les parois vasculaires sont plus ou moins altérées par la diapédèse intense qui s'effectue à leur niveau et présentent des lésions de sclérose dans-la production desquelles la syphilis joue un rôle prépondérant. |
Le sang est également modifié. Sa masse est aug-
PR ee
mentée, il présente des phénomènes d’'hématolyse et sa coagulabilité est considérablement diminuée du fait des lésions du foie. Cet organe accumule ou même sécrèle des produits anticoagulants qu'il déverse dans la circulation générale.
Il faut joindre à cela des altérations de la vasomotricité amenant une vaso-dilatation considérable.
Les meilleures conditions sont ainsi réunies pour favoriser la rupture vasculaire sans aucune tendance à la cessation de l’hémorfagie, puisque le sang est devenu presque incoagulable. | |
Mais ce ne sont là que des hypothèses. Leur dutene lui-même déclare que les recherches expérimentales qu'il a faités pour essayer de produire des hémorragies chez des animaux n’ont donné lieu à aucun résultat : les animaux en expérience ont succombé soit à l'infection, soit à une hémorragie post-opéra-
toire. Il est vrai qu'il est très difficile de réaliser chez
des animaux sains, par des opérations, le tableau
clinique observé chez le nouveau-né. En effet on
tente de produire d’une façon brutale et quasi-
instantanée des lésions que la nature a lentement
produites.
En définitive, la question de la pathogénie de l'affection qui nous occupe est encore pleine d’obseu-
rité. On en est réduit à des hypothèses presque
impossibles à vérifier expérimentalement,étant donné le jeune âge des animaux sur lesquels on est obligé de faire des recherches et leur faiblesse derésistanee vis-à-vis du shock opératoire et de l'infection.
SYMPTOMATOLOGIE
Pour étudier la symptomatologie et l'évolution du melæna chez le nouveau-né, il faut tout d’abord faire la distinction entre le melaena spruria et de | melaena vera. -
En effet, les deux types étant dus à des causes tout à fait différentes sont loin de présenter la même symptomatologie. ;
ll y a un symptôme commun, le melaena, précédé ou accompagné d’hématémèses, Mais tout se borne là dans les cas de melaena spruria.
Les altérations de l’état général, si fréquentes dans le melaena vera font complètement défaut.
Souvent on l’observe chez des enfants vigoureux.
L’affection débute le plus souvent dès que l'enfant, mis au sein de la mère ou de la nourrice, a digéré Je sang qu'il a dégluti. 11 suffit de supprimer l’ailai-
. : tement au sein oude donner à l'enfant une nourrice
dont les mamelons ne présentent (pas de crevasses pour voir disparaitre les évacuations de sang.
. lienest tout autrement dans le cas de melaena vera. Ce mode d'hémorragie s'accompagne d’altérations profondes de l'état général.
Voyons comment les phénomènes se passent.
Généralement le melaeña est accompagné d’héma-
témèses; nous avons vu au début de cel ouvrage
dans quelles proportions. C’est entre le cinquième
et le dixième jour après la naissance que le melaena
fait son apparition. £’enfant est souvent un peu affaibli, mais, sauf dans les cas où il présente des lésions syphilitiques, rien ne peut faire prévoir l'apparition de l'accident qui nous occupe.
Souvent c’est l’'hématémèse qui ouvre la scène. Le sang ainsi rendu peut être du sang pur. Il peut arriver que les matières vomies ne soient pas nettement sanglantes. Elles peuvent présenter ‘une teinte plus ou moins noirâtre et ressembler à du marc de café.
Puis le même jour ou le lendemain de l'apparition de l’hématémèse, on constate le melaena. En changeant les langes de l'enfant, on s’aperçoit qu'il rendu une quantité plus ou moins abondante de sang ou de matières sanglantes. ;
Le sang peut être liquide et teinter nettement les couches de l’enfant en rouge. Le diagnostic est alors aisé, ;
Mais dans la plupart des cas, le sang est plus ou moins intimement mélangé aux matières auxquelles il donne une teinte plus ou moins noirâtre. Nous verron$ plus loin comment on reconnaît la présence du sang dans les garde-robes.
L’hématémèse et le melaena se répètent closes fois pendant deux ou trois jours. Au bout de ce temps l’affection évolue vers la guérison ou vers la mort.
Dans les cas heureux les vomissements cessent et les garde-robes reprennent peu à peu leur teinte normale.
Il arrive fréquemment qu'en dehors des hématémèses le melaena s'accompagne d’autres hémorragies. Elles peuvent avoir lieu au niveau du poumon.
Elles peuvent se produire également au niveau du foie. Dans ces organes, elles ne se traduisent par aucune manifestation extérieure et sont des trouvailles d’autopsie.
Elles peuvent se produire, et c’est là le mode le plus fréquent, au niveau de la cicatrice ombilicale.… - Enfinelles peuvent prendre naissance au niveau des piqûres faites dans un but thérapeutique, ou des scarifications vaccinales.
Dans ces divers cas, l’hémorragie n’a souvent aucune tendance à l’arrêt. Le sang suinte sans cesse ou s'écoule goutte à goutte, en dépit de tous les pansements compressifs. ;
Il peut arriver que le sang, ne s'écoulant pas au dehors,manifeste son exitravasation par l’apparition de taches purpuriques ou ecchymosiques.
Enfin, mais plus rarement, on peut observer des hémorragies au niveau des muqueuses buccale ou vésicale.
L'état général est modifié et devient rapidement très grave. Ces modifications peuvent précéder l’apparition du melaena.
La respiration est rapide. Les extrémités sonl froides et cyanosées. Très souvent on observe de
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re
lictère. Mais ce dernier phénomène est fréquemment masqué par la cyanose. N ous verrons plus loin comment on peut le mettre en évidence.
Le teint est terreux, le cri plaintif. Parfois l’abdomen est méléorisé. Ce fait n’est pas constant, car on peut rencontrer des cas où l’abdomen est flasque.
Enfin il arrive parfois que toutes les tentatives faites pour alimenter l'enfant restent infructueuses, car son estomac ne tolère rien et rejette immédiatement tout ce qu’on y a introduit.
La température n'offre pas de caractère pathognomonique. Descendant souvent au-dessous de la normale, elle est susceptible de s'élever dans les cas où il y a de l'infection.