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THÉÂTRE ENGAGEMENT

DE LA GAITÉ. de i«a à i8a

Nous soussignés, René-Charles GUILBERT DE PIXÉRÉCOURT, Directeur Privilégié du Théâtre de la Gaité , demeurant k Paris, rue du Sentier, n° u , Jean-Baptiste-Denis DUBOIS, Administrateur, demeurant à Paris, rue Grange- Batelière, hôtel Choiseul, n" 3 , et Jean-Baptiste MARTY, Administrateur, demeurant à Paris, rue des Fossés-du-Teœple , n° 38, d'une part ;

Artiste dramatique, demeurant k Paris ,

- Sommes convenus de ce qui suit j

dTaotre part ;

^ ^ Savoir:

i»Moi Ui2^/y^rui^ ^^ Ou/^y^ déclare être en état

de remplir, et en conse'qnence m'engage pour jouer sur le Théâtre de la Gaîté, teb jours et heures que ce puisse être, même deux fois pa« jour, siFAdminis- "^^^ tratJon le juge à propos, les rôles et emplois de /^^y^-TT^^yv^ ^■i^ii^K^n^.ix.^'^*^)

Fac-siniild tVen/jagement d'actrice à la Gaîté, sons la direction de Pixcrécourt.

J*J'l LE MÉLODRAME

heures et demie, ou même à cinq heures, avec le copieux programme, exigé par les spectateurs.

Ceux-ci, à la grille du caissier, ont à acquitter le droit du décime par franc pour le droit des hospices. C'est, autour du théâtre, un grouillement de petits industriels. (( Des polissons, dit sévèrement Meyer, offrent des billets accaparés qu'il faut payer avec usure, si on ne veut pas se résoudre à augmenter la file des premiers arrivés. » Ces billets sont souvent ceux qu'ont reçus les auteurs, pour tous droits, et qu'ils font vendre comme ils peuvent. Mais, avec la prospérité ramenée par Corsse, ces droits vont être régulièrement payés et varier de quatre à neuf francs.

Ce Corsse est an brave homme, qui s'est fait aimer de ses pensionnaires, s'il les rétribue modestement, et un directeur ayant du flair, et sachant attirer le public par de pompeuses annonces. Il ne manque pas, si quelque employé de chancellerie est venu à l'Ambigu, de mettre sur son affiche (( spectacle demandé par les ambassadeurs », et il spécifie que la salle est éclairée <( aux bougies )>. Cet acteur comique, ancien rapin sorti de l'atelier de Vien, pour aller jouer la comédie dans les provinces et à la salle Montansier, et qui a été d'une bouffonnerie épique dans Madame Angot., en se mouchant dans le mouchoir que lui jette le Pacha et en le traitant cavalièrement de « savoyard )>, va être la providence du mélodrame, qui l'enrichira (1); il s'y réservera, il est vrai, les rôles qui conviennent à son tempérament expansif, les soirs où il ne paraîtra pas dans les vaudevilles, comme M. Botte, de Pigault- Lebrun. Mais il est capable, pour le bien commun et pour donner l'exemple à ses artites, de paraître dans les plus humbles rôles (2). On travaille ferme chez lui;

(1) Corsse, l'un des doyens de la bande sacrée. Et de ce genre neuf, l'inventeur principal

(Le Mélodrame aux houlevards, par Placide le Vieux.)

(2) Le Tribunal volatile, an XI.

les répétitions commencent à neuf heures, et il y déploie une activité infatigable. Philanthrope à sa façon il a fondé à l'Ambigu une école de danse pour trente enfants, qui reçoivent dix francs par mois et qui, en outre, sont éduqués par ses soins, la salle de danse se transformant l'après-midi en école (1). Quand il mourra en 1815, à quarante-neuf ans, dans sa maison de la rue de Bondy, la reconnaissance de son personnel et l'ainitié de ses auteurs lui feront élever un buste, sur son tombeau du Père-Lachaise (2). Sa femme, qui jouait les duègnes, le secondait et avait l'œil à tout, associée précieuse, forte commère, cordiale et sensible. Elle est souvent louée comme actrice. Un de ses bons lôles fut la Tiennette de Cœlina, une manière de Dorine de mélodrame, rudoyant et aimant son maître Dufour. (( i\Im-e Corsse a mis de la vérité, de la chaleur, de l'enthousiasme même ; elle a fait preuve d'une intelligence « profonde » de son art » (3).

yVutour de Corsse et de sa femme se groupent les acteurs qui seront, pour l'histoire du théâtre, les doyens du mélodrame : Bithmer, grand premier rôle, qui vcTiait du théâtre de la Cité, où l'on avait joué tant de pièces révolutionnaires, où débutèrent tant de comédions qui devaient se faire un nom; Isidor, jeune premier rôle; Duparray, comique, à qui on reproche, à ses dôbuis, quelque trivialité, et qui, après bien des caravanes et de longs services à l'Odéon de Picard, finira par être, à soixante-quatre ans, engagé à la Comédie- Française, où Scribe lui fera jouer Bertrand et Raton: Stockleit, que saluera M. de Jouy, en'182'i-, comme un fidèle vétéran, méritant un coup de chapeau surtout pour être le père de son fils, l'acteur de la Comédie ; Lebel, ancien amoureux devenu père noble, à la suite

(1) Bouffé, Mes Souvenirs.

(2) Le ténor Roger était son petit-fils.

(3) Journal d' Indications, 17 fructidor nn VIII. Mme Corsse mounit quelques années avant son mari.

d'un accident et qui deviendra directeur des Délassements-Comiques, où, perdant la foi dans le genre ^JSrave, il donnera des parodies de mélodrames comme le Kikiki, plaisantant le Tékéli, de Pixerécourt; Révalard, tyran et rôles de composition, sur qui s'est tant égayé Brazier en mettant sur son compte, peut-être, toutes les naïvetés de comédiens. C'est à lui, directeur d'une troupe en tournée, et dépourvue de pièces d'artifice, qu'il prête l'annonce fameuse : « Le bombardement aura lieu à l'arme blanche. » C'est lui qui demandait sous quel règne François P"^ faisait ses exploits. (( — Il faisait sous lui )>, lui répondait un camarade, ne manquant pas l'occasion de la riposte. L'honnête Révalard, qui avait été majestueux dans le Roi Salomon, du mélodrame de Caigniez, perfide dans l'intendant du Pèlerin blanc, et impétueux dans Orsano, chef des conjurés de ïHoînme à trois visages, paraît avoir servi de cible à bien des plaisanteries.

La troupe se renforce. Voici les acteurs qui seront les favoris du public, pendant les années où triomphera le mélodrame et qui, souvent apostrophés par la salle, empoignée par la situation, auront la grande popularité sur le boulevard. C'est Tautin, à qui Pixerécourt confiera ses premiers grands rôles, Tautin, dont l'organe est ingrat selon Geoffroy, qu'il faut bien croire, mais qui a de la chaleur, et tout fait su])poser que son jeu ne devait pas être précisément un jeu concentré, en effet; Tautin, l'infâme Truguelin de Cœlina, le- chevaleresque Edouard de la Femme aux deux maris, le bouillant Vivaldi de VHomme à trois visages, l'intrépide Tékôli, le vaillant Abufar des Maures d'Espagne, l'étonnant Christophe Colomb. Il passera à la Gaîté pour suivre l'auteur à qui il doit ses plus importantes créations ; puis, plus tard, ne consentant pas à passer au second rang, il se laissera embarquer dans la malheureuse affaire du Panorama dramatique, qui ira de faillite en faillite, tuant trois

directeurs en quelques mois. Le premier était cet Aliaux, qui classait ses comédiens dans leurs emplois par rang de taille, et les faisait passer sous la toise en les engageant. Tautin joua là un mélodrame ayant pour titre Isniaïl et Maryam, péché de jeunesse du baron Taylor. Puis, les jours difficiles arrivèrent. Ce Tautin, que le parterre avait tant applaudi, parut démodé à la foule ingrate. « Ce personnage sanguinaire dut s'éloigner de Paris et aller distribuer ses coups de poignard dans les départements (1). » C'est à Reims qu'on le retrouve, vieilli, regrettant le bon temps, puis il vient finir à Paris, à Sainte-Perrine.

C'est Boicheresse, acteur soigneux et utile, qui a joué le rôle du muet dans Cœlina, qui joue tour à tour, avec autant do conscience, les seigneurs d'importance et les seigneurs sans importance. C'est Dumont, père noble, ayant fait ses preuves au Théâtre des Associés, de pittoresque mémoire, à la Cité et dans les provinces. De son vrai nom Mussard, il ne s'était pas mis en frais d'imagination pour son pseudonyme. C'est Raffile, qui tient l'emploi des niais, qui fait diversion, par ses naïvetés, aux émotions trop fortes du mélodrame, personnage toujours sympathique, Raffile, fidèle à son théâtre jusqu'à la fin de sa carrière. Harel, quoique sans bienveillance, constatera son action sur le public, en disant « qu'il s'est acquis autant de réputation à dire des sottises que les gens les plus spirituels à dire de jolies choses ». C'est Defresne, le Fritz de la Femme aux deux maris, qui passera à la Porte-Saint-Martin pour jouer les Deux Forçats, Defresne excellent dans lart de se grimer et de se rendre terrible et hideux, Defresne, soucieux du pittoresque avant Frederick Lemaître dans VAuberge des Adrets, plein de trouvailles de détail, et qui, <( avant de poignarder quarante

(1) Grande biographie rfrawaiigwe, par rHermite'du Luxembourg, 1824.

personnes sans distinction de sexe, avant de faire frémir un nombreux auditoire, avant de faire évanouir quarante personnes par son regard farouctie et son œil roulant sur lui-même dans son orbite » (1), a veillé au diner de sa table d'hôte de la rue de Bondy, car ce traître, effravant à la scène, est en même temps restaurateur, « et il découpe une volaille avec autant de dextérité qu'il donne un coup de poignard » (2).

C'est Joigny, qui lui, n'est pas né dans le théâtre, a fait à sa passion de la scène le sacrifice d'une situation administrative, et qui, avec un zèle toujours prêt, jouera tout : les traîtres, les vieillards,, les héros, tous les rôles, du moins, qui n'exigent pas des qualités plastiques dont il est fort dépourvu. Il existe de lui un portrait, dans les Chevaliers du Lion, où il ne se présenté pas d'une façon bien avantageuse. Mais il avait une de ces intrépides convictions qui ont raison de tout.

Un peu plus tard, c'est Frénoy, doué « d'une large poitrine et d'une voix formidable, et tellement constitué qu'il peut articuler, sans prendre haleine, une pensée exprimée en quatre feuillets» (3). — ((Faites-moi soigner cet homme-là, dit Harel, mettez-le à une diète rigoureuse, pour qu'il soit moins terrible pour le spectateur qu'il assourdit! » (4) Ce colosse eut des ambitions dii-ectoriales: il devint l'imprésario du Petit-Lazari. Gomme Defresne avait tenu une table d'hôte, il était propriétaire d'un hôtel garni de la rue Chariot.

C'est Mlle Levesque dont on s'accorde à louer la sensibilité, dont le Journal dlndicaiions dit (( qu'elle a

(!) Grande biographie dramatique, par l'Hermite du Luxembourg. 1824.

(2) D'après M. Henry Lyonnet, qui connaît si bien cette époque, il faisait aussi le commerce des tableaux. Il est mort à cinquante-deux ans, en 1834.

(3) L'Hermite du Luxembourg,

(3) Douze cent trente-trois vérités.

une ligure délicieuse et un organe enchunleur », Mlle Levesque, qui représentera toutes les héroïnes persécutées, et que, en 1825, l'auteur du Dictionnaire théâ- Lrai, si peu indulgent pour la plupart des artistes, épargnera en disant : <( Voilà une de ces renommées que protège contre la critique le respect populaire dont elles sont environnées. Mlle Levesque supporte patienmient la gloire que le mélodrame attache à son no'.i ; avec plus d'ambitions ou moins de modestie, elle eût pu briguer des succès plus élevés, mais elle a pensé à César. )> Sur ces artistes qui eurent une grande vogue et dont il ne reste rien, il faut bien nous contenter, pour les imaginer, de ces quelques notes. Môme opinion, chez un autre censeur narquois, qui signe r <( Hermite du Luxembourg ». — « Beaucoup de dignité, un organe agréable, une prononciation sans défaut, une pantomime expressive, des gestes sans exagération lui ont mérité l'approbation des connaisseurs, étonnés de trouver à l'Ambigu ce qu'on chercherait quelquefois en vain rue de RicheUeu. »

C'est Mlle Bourgeois, qui sera moins fidèle que d'autres artistes de cette époque à la même maison et qui passera de l'Ambigu à la Porte-Saint-Martin et de la Porte-Saint-Martin à la Gaité. Une caricature de 1810 la représente fort grande, par rapport à l'amoureux de la pièce, qu'elle tient par la main. Elle joue les forts premiers rôles, les femmes perfides (Tamira, du Jugement de Salonion, à ses débuts), des héroïnes (Alexina de Tékéti, Marguerite d'Anjou), les travestis qui exigent du mouvement (Flora, de XAnge tutélaire), puis, dans une longue carrière, elle prendra les rôles marqués, ceux qui demandent de la dignité. « Une de nos viragos les plus célèbres. Le talent d'escrime de Mlle Bourgeois est classique. Peu de femmes ont manié l'arme blanche avec autant de supériorité (1). » Elle survivra,

(1) Dictionnaire tMâlral, 1825.

singulièrement longtemps, au mélodrame, car elle ne s'éteindra, chargée d'années, à Passy, bien oubliée, que pendant la guerre de 1870.

C'est Mme Delaporte, qui vient du Théâtre des Troubadours et qui retournera au vaudeville, après avoir joué cinq ou six ans le mélodrame ; jeunes captives intéressantes (les Maures d'Espagne), soubrettes avenantes (la Femme aux deux maris), etc.

A la Porte-Saint-Martin, a dont la constitution est un peu chancelante » (1), avant la Forteresse du Danube et Robinsoa Crusoë, et que fermera Tinipiacable décret de 1807, c'est Dugrand, sorti du Théâtre de la République el. qui trouve sur le boulevard des succès qui ne lui sont plus contestés. C'est Adnet, qui a appartenu à la troupe du légendaire directeur Salé au Théâtre Patriotique, pendant la Révolu tion, de ce Salé qui faisait l'annonce lui-même et montrait au public, pour le décider à entrer, les costumes de ses principaux artistes ; on lui accorde de la chaleur. C'est Talon, qui joue les niais et qui sera, notamment, un plaisant Vendredi (2), dans Robinson; c'est Bourdais, rond et cordial dans sa petite taille, qui introduira, au théâtre, pour jouer les rôles d'enfant, une fillette, sa nièce, destinée à devenir la grande Marie Dorval ; c'est Fusil, comique et rôles pittoresques, qui, naguère, pendant la Révolution, avait été aide de camp du général Tureau en Vendée, avaàt été repoindre à Lyon son ami Collot d'Herbois. Aux heures de réaction il avait été violemment attaque, et, au Théâtre de la Répubhque, où il avait repris son emploi de valet du répertoire, on exigea de lui qu'il déclamât, en costume de Crispin, un flambeau à la main, une satire des hommes de la Terreur (3). Il avait dû quitter le tliéâtre et, sur la recommandation

(1) Courrier des Spectacles, 14 janvier 1805.

(2) Le rôle, à la Gaîté, devait être repris par Bouffe, au début de sa carrière.

(3) Le 24 janvier 1795.

de Talma, ii avait été utilisé dans rintendance de' l'armée d'Italie. Ses aventures révolutionnaires étaient à peu près oubliées quand il fit sa rentrée à la scène, tandis que sa femme s'en allait en Russie, d'où elle devait revenir, après l'incendie de Moscou, avec l'armée accomplissant sa tragique retraite.

Cest Mme Cousin -Picard, portant avec crànerie le travesti, ou, douée d'un visage intéressant, jouant des rôles analogues à ceux de Mlle Levesque à l'Ambigu ; c'est Mlle Quiérau, (( vraiment actrice par le jeu, par l'accent et par l'expression (1) », <( ne laissant rien à désirer pour la vérité (2) ». Elle avait commencé par être danseuse.

Dans ces théâtres, la danse joue un rôle important, qu'elle gardera presque jusqu'à l'avènement du drame romantique. C'est une danse qui s'unit à la pantomime, que la pantomime domine même. Point de mélodrame sans son ballet. Il est aussi indispensable que la musique. Le ballet de Robinson Crusoë, réglé par Aumer, fait sensation. On y loue la lutte au sabre du (( bel athlète Mérante (3) ». Le danseur Robillon, et Mlle Degville forment un couple dont on estime (( l'énergie d'expression )>.

A la Gaîté, c'est Ribié, véritable type dramatique, acteur et imprésario, auteur au besoin, tantôt misérable tantôt roulant carrosse, toujours gai et toujours ingénieux, qui préside, à cette époque, aux destinées du théâtre, alternant la féerie avec le mélodrame.

Là se rencontrent Lafargue, qui sera le favori des habitués du théâtre, traître à ses débuts dans VAnge tutélaire et la Citerne, puis faisant verser des torrents de larmes dans Vincent de Paule ou V Illustre galérien, de Henri Le Maire, ou se taillant ses grands rôles

(1) Ducray-Duminil, Petites Affiches.

(2) Le Publiciste, 7 janvier 1805.

(3) Journal de Paris.

da.n8 Jean Sbo a ar 0 a dans le Maréchal de Luxembourg. Lafargue aura un jour l'ambition d'aller jouer la tragédie àrOdéon. ((Enorgueilli des larmes qu'il faisait répandre aux fripiers du boulevard du Temple, il conçut le hardi proj et d'émouvoir le peuple du Quartier latin (1) », et alla jouer Agamemnon sur la rive gauche. Là se trouve Marty « le dieu des fervents sectaires du mélodrame -(2) », l'acteur convaincu, qui jouera la p lup art des grands rôles de Pixerécourt, et, pour d'autres, Fltz-Henry, M. de Rochebrune de l'Hom?ne brun.

(1) Grande biographie dramatique ,

(2) Dictionnaire du théâtre, 1825.

Marty, rôle du Chevalier Armand dans la Chapelle des bois.

(Collection Martinet)

Voltaire, de la Famille Sirven, etc., passant du souriant au sévère. Ce pensionnaire de Ribié, puis de M. Bourguignon, le gendre de Nicolet, deviendra l'un des administrateurs de la Gaîté, et il finira maire de Chalenton et décoré. Là se trouvent encore Pascal, père noble, au débit monotone, qu'on a surnommé, par une plaisanterie facile, F <( Agneau Pascal »; Dumesnis, comique excellent, qui, après avoir connu la popularité, ne pourra, malgré l'âge, se résoudre à quitter le théâtre, et en viendra à se contenter d'un semblant d'engagement, en échange d'une contre-lettre, reconnaissant que le directeur n'est point engagé envers lui ; Camel, autre comique, qui quittera la Gaîté pour le Gymnase au moment de l'ouverture de ce théâtre, mais sans pouvoir y rester ; Mlle Elisa, jeune première. La famille HuUin tient tous les emplois dans le ballet, ou presque tous, sous l'autorité du père.

Ces artistes de la première période du mélodrame ne reçoivent encore que de discrets encouragements de la critique. Ce n'est que peu à peu que Geoffroy, le prince du feuilleton d'alors, parlera d'eux. Au début, la presse théâtrale est généralement laconique sur l'interprétation. Les appréciations de Lepan dans le Courrier des Spectacles sont sèches. Il arrive à Babié, le rédacteur du Journal cV Indications, de ne même pas nommer les comédiens. « L'acteur chargé du rôle de Francisque a de la vérité... (1) » ((On doit des éloges à l'acteur chargé du rôle odieux de Roland... (2) » Ducray-Duminil dans les Petites-Affiches est moins chiche d'épithètes : elles coulent si facilement sous la plume du romancier. L'Observateur des Arts ne cite pas toujours les interprètes. Que diraient les comédiens d'aujourd'hui si on les traitait avec cette désinvolture ? (( Les acteurs laissent peu à désirer... Les acteurs

(1) 17 fructidor an VIII.

(2) 18 germinal an IX.

doivent, en général, se savoir gré des efforts qu'ils ont faits pour bien rendre ce mélodrame. » 11 est assez piquant de suivre, av(x; les années, l'importance progressive des jugements. A partir de 1805, la grande presse s'occupe des (( l'héàtres secondaires » ; c'est alors Dasaulclioix, dans le Journal de Paris; Colnet, dans la Gazette de France; Beaumont, dans le Journal du Soir ; Salgues, dans le Courrier de VEurope ; Coupart, dans le Journal du Commerce.

On peut dater la seconde période du mélodrame, prenant plus de liber-tés, s'élargissant un peu, du commencement de la Restauration : des artistes nouveaux sont venus se joindre à ceux qui sont toujours sur la brèche.

Les tableaux de troupes des trois théâtres, où règne le mélodrame indiqueront ces recrues. Il est amusant (et c'est bien du vieux Paris !) de voir, puisque les Annuaires donnent les adresses, tous les artistes groupés autour de leur théâtre :

AMBIGU. Administration : M. Audinot, propriétaire de la salle et du privilège. — M. Varez, régisseur général, rue de Bondy ; M. Salle, régisseur, boulevard du Temple, 28 ; M. Cribelier (souffleur-copiste), rue de Poitou, 18.

Acteurs ; MM. Raffile, boulevard Saint-Martin, 8 ; Stockleit, rue d'Angoulême, 17 ; Millot, faubourg Sain t-JMar tin, 33; Grévin, rue de la Marche, 17; Fresnoy, rue de Crussol, 6; Debray, rue de Crussol, 7 ; Christmann, rue de la Marche, 15 ; Barthélémy, faubourg Saint-Denis, 34 ; Klein, rue de Bretagne, 44 ; Stockleit fils, rue Saint-Pierre, 20; Boisselot, faubourg du Temple, 64 ; Weiss, rue du Faubourg-du- Temple, 12 ; Villeneuve, rue PhiUpoteaux, 6.

Actrices : Mmes Levesque, rue des Marais, 20; Thiéry, faubourg du Temple, 7 ; Leroy, faubourg Saint-Denis, 59 ; Dupuis, rue de Bondy, 34 ; Fresnoy, rue de Crussol, 6 ; Palmyre Levesque, rue de Crussol, 6 ; Eléonore, rue de Bondy, 36 ; Meunier, rue Chariot, 4.

Danse : Millot, maître de ballets, faubourg Saint-Martin,

Premiers danseurs : Vincent, rue de la Croix, 3 ; Millot, faubourg Saint-Martin, 133 ; Thiéry, faubourg du Temple, 7.

Premières danseuses : Lolotte, rue de Crussol, 6; Fressi-

net, rue des Fossés-du-Temple, 72 ; Eliza, rue du Faubourg- Saint-Denis.

Ecole de danse : Thiéry, professeur, faubourg du Temple, 7.

Ohches'ire : Quaisin,' chef, rue des Fossés-du-Temple, 68.

Machiniste ; Jutty, rue d'Anjou (1)'.

Klein, qui devait, après avoir quitté l'Ambigu, faire une longue carrière au Cxvmnase, avait été l'élève de Fleury, de l'élégant Fleury, au Conservatoire ; c'était un gr^nd garçon très mince, au visage osseux. Le Conservatoire le mena... « aux Jeux Gymniques », spectacle autorisé dans la salle de la Porte-Saint-Martin, mais soumis à de dures lois, car il ne pouvait faire paraître en scène que deux acteurs parlant et chantant, qui avaient dès lors à se multiplier. Des « Jeux Gymniques », il passa à l'Ambigu; il y représentait le rire. Il fut, dans quantité de mélodrames, (( le personnage qui tient tête aux tyrans sans les faire frémir et qui sauve l'honneur des princesses sans les aimer (2). Il devint un des acteurs favoris de Victor Ducange.

Cliristmann jouait les amoureux ; on lui "reprochait d'être froid et quand il faisait une déclaration à la dame de ses pensées, (( de conserver l'impassibilité d'un habitant de l'Oder, fumant une pipe de tabac (3) » ; Boisselot fut le père du comédien très fin que. nous avons connu.

(1) Prix des places : Avant-scène, 8 places : 40 francs ; — loges, G francs ; — secondes loges, 4 francs (en location). Au bureau, avant-scène, 3 francs ; — loges, 2 fr. 40 ; — pourtour, 1 fr. 80. — Les enfants à partir de sept ans, paient place entière. Les dames avaient été admises au parterre en 1797 et un journal de l'époque attribuait à leur présence, la tranquillité qui y régnait. « De cette présence, il résulte que le parterre est moins tumultueux, parce que les hommes ont peine à se défaire d'un reste d'égards pour le sexe. Mais 11 est de fait aussi que les opinions sont moins libres et que les bonnets et les plumes masquent la vue pour ceux qui sont derrière. » L'éternelle question des chapeaux !

(2) Marie Aycard, Galerie des artistes dramatiques.

(3) L' H ermite du Luxembourg.

Adèle Diipuis, qu'on surnommait la « Fille du Sentiment », une des colonnes du mélodrame, fut une des interprètes préférées de Pixerécourt, qui renouvelait ses étoiles, usant, en sa longue carrière, des générations d'artistes. Il devait l'emmener à la Galté. « La Champmeslé du boulevard du Temple », disait Harel, (( la plus tragique des filles malheureuses, innocentes et persécutées ». <( Une sensibilité déchirante », écrivait Wartainvilîe, après Valentine. Qu'il serait curieux de pouvoir se rendre compte de ce qu'était au juste, alors, une (( sensibihté déchirante ! »

Les petits journaux de l'Empire et de la Restauration sont assez narquois pour Mlle Eléonore, abusant de la protection du régisseur Varez, « pour appesantir sur ses compagnes un sceptre despotique » Une aventure de diamants, tombés, dans une bouche d'égout, défraya la chronique. On lui reconnaît de la gentillesse, souvent maniérée, « un minois piquant, que déparent deux yeux, dont chacun est irréprochable, si on les considère isolément » (1). Que tout cela est loin !

PORTE SAINT-MARllN. — Administration : M. Saint- Romain, directeur privilégié. — Régisseur général : M. Frédéric, faubourg du Temple, 2-4 ; réèisaeurs : MM. Armand et Martin.

Acteurs : MM. Philippe, rue des Marais, 19 ; Pascal, faubourg du Temple, 30 ; Defrêne, faubourg du Temple, 8 ; Pierson, rue Neuve-d'Orléans, S ; Emile, rue Neuve-Saint- Denis, 12 ; Bayle, faubourg Saint-Martin, 13 ; Lavaros, rue Neuve-Saint-Martin, 11 ; Thibouville, faubourg du Temple, 27; Théodore, rue Meslée, 28 ; Moessard, rue Neuve-Saint- Denis, 13.

Actrices : Mmes Saint-Romain, boulevard Saint-Martin, 29 ; Jenny Vertpré, boulevard Saint-Martin, 9 ; Vanbove aînée, boulevard Saint-Martin, 7 ; Révalard, rue du Petit- Carreau, 45; Florval, rue Neuve-Saint-Dcnis; Danteuil, rue Neuve-d'Orléans, 6 ; Mariany, rue Meslée, 22 ; Jenny Clairville, id.

Danse ; Maître de ballet : Frédéric Blache, rue Saint-Denis,

(1) Douze ceinl irenie-lroU vérités.

Ppemiehs danseurs : Toussaint, rue de Cléry, 35; Clairanson, rue Bourbon-Villeneuse ; Victor.

Premières danseuses : Mmes Darcourt, faubourg Saint- Martin, 29 ; Pivert, rue Bondy, 14.

Orchestre : M. Piccini, chef, rue Meslée, 52.

Machiniste : M. Poulet, rue Fontaine-au-Roi (1).

Philippe, c'était le grand premier rôle fatal, et sa création du Vampire Favait entouré d'un singulier prestige (2). C'était un fort bel homme « manquant souvent de sagcsse^dans son jeu, rarement d'intelligence ». Il fut le Wallace des Che[s Ecossais, le François des Deux Forçats, il eut la grande popularité du boulevard. Il devait avoir une fin théâtrale. Il mourut, en 1824, d'une attaque d'apoplexie. Le curé de l'église Saint-Laurent refusa de lui accorder les obsèques religieuses. Le monde des comédiens s'agita ; pour prévenir les manifestations qui, devant cette intolérance pouvaient rappeler l'émeute de l'enterrement de Mlle Raucourt, le corps de l'acteur fut accompagné au cimetière par un escadron do gendarmerie, sabre au clair. L'ombre de Philippe vit sans doute sans déplaisir cet imposant déploiement do forces autour de son cercueil, et le prit peut-être pour un hommage... Le môme refus de sépulture religieuse par le curé d'Auteuil devait se renouveler, en 1825, pour l'acteur Lafa rgue, qui, dans sa carrière, avait pourtant joué le rcMe d'un saint.

Moëssard, le « vertueux » Moëssard, qui avait la vocation de la charité, qui avait recueilli chez lui de pauvres gens menacés d'être jetés dans la rue, et fut un lauréat du prix Montyon, fit une longue carrière à la Porte-Saint-Mnrtin, dont il devint régisseur, jouant

(1) Prix des places : Loges grillées, -4 fr. 50 ; loges d'avantscène, 3 fr. 60 ; orchestre, l fr. 80 ; amphithéâtre, 60 centimes.

(2) « Le Vampire, où Philippe était si beau : je dis si beau dans toute l'acception physique du mot ; il avait un visage pâle, admirable avec ses ve^toments noirs. » (Comtesse Dash, Mémoires des autres.)

tout, avec une égale conscience, rois de féerie, pèi s nobles, comiques, rôles de composition. C'était l'horr, i^'e utile par excellence. Ce très brave homme mourut en

Jenny Vertpré, cette petite femme si vive et si fine, devait faire sa vraie carrière aux Variétés et au Gymnase. Ses débuts dans la larmoyante Pie voleuse étaient bien loin quand elle s'éteignit à Passy, en 1865, plongée dans une grande dévotion. En se retirant de la scène, il lui avait plu de former un artiste où elle put se retrouver et retrouver sa jeunesse : ce fut Mlle Désirée qui, au Gymnase et au Palais-Royal, la rappela quelque temps (1).

Il ne reste de Mlle Florval que le souvenir d'une femme élégante, et, qui avait plus d'esprit qu'il n'en fallait pour ce qu'on lui faisait dire, mais ne disposant que d'assez faibles moyens.

GAITË. — Bourguignon, administrateur, rue Notre-Damed es- Victoires, 34 ; Dubois, directeur, rue des Fossés-du- Temple, 34 ; Marty, régisseur, rue de la Tour, 10.

Acteurs : Tautin, rue des Marais, 2 ; Marty ; Lafargue, faubourg du Temple, 28 ; Ferdinand, rue Notre-Dame-de-Nazareth, 8 ; Dumesnis, rue de Saintonge, 31 ; Basnage, faubourg du Temple, 18 ; Darcourt, rue de la Tour, 5 ; Genest, id., 10 ; Edouard, rue du Temple, 129 ; Reynaud, rue du Ponceau. 36 ; Victor, rue de Malte, 19 ; Bourdais, rue d'Orléans, 16 ; Bignon, rue de la Tour, 10 ; Héret, rue iMesléo, 25 ; Lequien, cour Saint-Ma.rtin, 19.

(1) Une biographie théâtrale, assez effrontée, la Hampe et les Coulisses, par Léonard de Géréon, 1832, raconte sur Jenny Vertpré quelques anecdotes intimes. « Elle a commencé, toute jeune, par tenir au Vaudeville, le petit emploi des enfants. Un général, touché de sa grâce et de sa gentillesse, la prit sous sa protection et l'enleva un beau jour, pour lui faire faire, avec lui, la campagne de Russie. On dit que, à cette époque, elle joua la comédie au Kremlin et fit partie de la troupe d'acteurs qui suivit la grande armée à Moscou. Un boulet russe vint démolir l'édifice de son bonheur. Le général, mortellement frappé, expira quelques heures après sa blessure et laissa à son amantt-, pour toutes consolations, le souvenir de leurs amours, et, ce qui était plus positif, quelques diamants d'un grand prix. »

'Actrices :

>îiifies Bourgeois, )..'e d.eCrussol,2; Millot, faubourg du Temple, 9 ; Hugens, id., 25 ; Clément, faubourg duTemple, 129; Dumoucbel, rue des Marais, 2 ; Bussy, rue de la Tour, 10.

Danse :Hullin, maître de ballets, rue Saint -Hyacinthe, 7.

*Orghestre: ' D'Haussy, chef, rue de Saintonge,

Camus (1).

Nous avons parlé déjà de Dumesnis. II creaFigaudinos duPieddemou- ^o?i; dans le mélodrame, « il délasse le spectateur des parricides, homicicides, suicides et autres crimes du répertoire ».

BasuRge, autre comique, a fini tra iniquement en se tnant h Ver-

EuGÉME Sauvage

(V après la Uthof/raijfiie de A. Lacauchie

(Galerie dramatique).

(1) Prix des places :

2 fr, 40 ; orchestre, 1 fr.

60 centimes.

Avant-scène, face, 3 fr. 60 ; de côté, 80 ; parterre, l fr. 20 ; troisième galerie.

ÔIO LE MÉLODRAME

sailles, en 1821 ; Ferdinand est loué « parce qu'il n'assourdit pas le spectateur pour l'émouvoir » ; Bignon est jugé durement par les feuilles théâtrales : « On le considère comme tenant un juste milieu entre la médiocrité et la nullité.'- ». Mlle Hugens (la Fille de V Exilé, etc.) a son heure de vogue. Elle sera, elle aussi, plus tard, de l'aventure du Panorama-Dramatique, puis courra les provinces. Mlle Dumouchel appartient à une famille d'artistes qui a essaimé un peu partout. Mlle Millot est tout au moins une des plus jolies femmes de Paris. (( Une tête aussi belle que la sienne légitime facilement auprès des spectateurs les fautes et même les crimes qu'un jeune premier peut commettre quand il se prend pour elle d'une passion terrible (1). »

Avec la troisième période, qui va avec les dernières années de la Restauration, d'autres artistes entrent en scène, dont quelques-uns passeront du mélodrame au drame romantique, dont d'autres changeront de genre, dont d'autres, enfin, vont conquérir la grande renommée. C'est Francisque aîné, qui se fera une place, assez bien à lui, après avoir mené une existence de comédien errant et connu toutes les péripéties du roman-comique, énergique, plein de vie, doué du sens du pittoresque ; Bouchardy a raconté sa vie aventureuse de soldat de la Grande Armée, blessé deux fois en Allemagne, abordant îé théâtre comme à l'assaut, et débutant gaillardement à la Gaîté dans la Fausse Ciel, se taillant un succès fameux dans VEclat de rire et — Bouchardy hé pouvait l'oublier — dans le Sonneur de Saint-Paul. C'est Gobert, qui avait montré des qualités d'inteUigence et qui, pour son malheur, après 1830, se vouera à incarner Napoléon, à toutes les phases de son épopée, si bien qu'il prendra les gestes et la diction brus-

(1) Biographie dramatique ou silhouette des acteurs, acti-ices, auteurs, danseurs, etc., de Paris et des départements, 1S24.

que du grand homme, qu'il ne pourra plus jouer d'autres rôles : il finira oublié et misérable en 1873. C'est Mme Vsannaz (alliée à la famille Franconi), qui a brillé de quelque éclat dans Thérèse ou V Orpheline de Genève, qu'on remarque dans le Couvent de Tonning- Lon et la Tireuse de cartes, qu'on laisse inemployée, ou à peu près, pendant longtemps, qu'on retrouvera dans la marquise de Pompadour de Latude. C'est Eugénie Sauvage, évadée de son atelier de fleuriste de la rue Sainte-Apolline pour débuter à la Porte-Saint-Martin dans une reprise des extraordinaires Deux Frères, de Pelletier-Volméranges. Puis, elle passera à la Gaîté, elle jouera le Cimetière, le Jésuite, Il y a seize ans. Une publication de 1832 infiniment indiscrète assure qu'elle' eut des bontés' pour Victor Escousse, le jeune dramaturge impatient qui se tua, avec son ami Lebras, et que son directeur Pixerécourt la considérait avec une particulière sympathie. Elle aimait le naturel et la vérité; elle se débarrassa, au Gymnase, de toute la friperie du mélodrame, mais ne sera-ce pas rencontrer d'autres conventions ?

Les acteurs qui jouent les derniers mélodrames sont, à l'Ambigu, d'Audino^t fils, puis de Cès-Caupenne ; Albert André, Barbier, Eugène, Fosse, Gilbert, Lamasse Prosper, Thenard, Mmes Mathilde, Versin, Palmyre, qu'un gazetier méchant appelle toujours « les Ruines de Palmyre » (1), et, à la Gaîté, le couple Lemesnil, Maillard, Parent, un comique qui, dans la journée est pâtissier, Raymond, Saint-Firmin, qui vient alors du théâtre de Versailles, Sallerin^ Cadot, Théodore Joseph, qui, de chef de comparses s'élève à la dignité d'artiste et crée le Jésuite, Alexis, Mme CheKO, ancienne danseuse qui s'est mise à jouer la comédie, Provost, Thibault, etc.

(1) r.a lîampe et les Coulisses, par Léonard de Géréon, chez toiis les marchands do nouveautés.

Des artistes, cependant, sont apparus, qui étouffent dans la vieille formule, qui portent en eux l'avenir. Telle Marie Dorval, la grande Dorval, qui, avant que les poètes l'arrachent au mélodrame, aura dû se débattre pendant des années avec des œuvres étranges, la Cabane de Montaynard, les Catacombes^ les Pandours. Ah ! les Pandours, c'était le temps des aventtires d'une certaine robe, qu'elle racontait en souriant. Chaque soir, au théâtre, la robe servait à parer la princesse pandoure et, chaque matin, la princesse dépouillait la robe de ses ornements de strass et de clinquant, pour aller acheter incognito un frugal déjeuner chez la laitière du coin. Elle s'était présentée au Conservatoire, sans y être admise, mais on l'avait engagée à travailler les soubreftes ! En 1819, elle jouait à la Porte-Saint-Martin, les Chefs Ecossais de Pixerécourt (lady Helen). Malgré une fable puérile, les Deux Forçats ou la Meunière du Puy-de-Dôme, lui permettent d'attester sa sensibilité profonde. Quels sentiments avait alors à traduire celle qui devait être Marion de Lorme, Adèle d'Hervey, Kitty-Bell ! Mais les auteurs qui la tireront hors de pair, qui sauront dévoiler en elle des trésors de passion, ne sont pas encore venus, et, avec un autre compagnon dj chaîne, qui sera parfois son compagnon de gloire, Frederick Lemaître, elle se doit contenter de Victor Ducange, de Benjamin Antier, de Saint-Armand et Jules Dulong. Pourtant, les temps nouveaux sont proches. Un souffle d'art et de vérité passera, et combien de ces comédiens dont la foule avait fait ses héros, dépaysés soudain sur la scène de leurs anciens succès, ne paraîtront plus que des manières de fantoches î

Les musiciens du mélodrame. — La mise en

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