CHAPITRE VI
un PREMIER ENFANT.— LA FAMILLB D*AUTRIF0I8 ET CELLE d'aujourd'hui
SO mars. — Le soleil commence à percer les nuées; aujourd'hui il jetait dans notre petit jardin des lueurs si réjouissantes c[ue je suis descendu avec Itlarcelle. Les arbustes commencent déjà à bourgeonner, et les violettes parfument l'air.
Nous nous sommes assis sous les tilleuls tandis que la petite Renée courait autour des massifs. En passant devant nous, elle s'arrêtait chaque fois, poussait un de ces éclats de rire sans cause, qui sont le chant des enfants, puis disparaissait de nouveau derrière les touffes de lilas.
Sa vue m'a fait penser à tout ce qu'un nouveau-né devait traverser d'épreuves avant d'arriver à cette vitalité expansive. J'ai été pris d'une sorte d'effroi, et, montrant l'enfant à Marcelle, je lui ai dit:
— Pourquoi n'est-ce point là notre fille?
— Renée I a- t-elle répétée en s'écriant; ah! je veui une lille mieux douée 1
7i LE UÉHORIAL DE FAUII.IB,
Et comme j'essayais de défendre notre petite voisine, elle ii'cït mise ti détailler tout ce qni lui manquait.
D'abord ses yeox sont d'un bleu pâle qui donne une singulière àjireté au regard ; la bouche manque de finesse; le tciui csl trop t'î 2t les cbeT<H:x(n( une couleur douteuse! Puis, pour le caractère, Renée est capricieuse, nuucbalantc, sans élans de tendresse !
Jusqu'alors je n'avais rien remarqué de tout cela ; mais & larcIlcxioD, j'ai'dù en tomber d'accord.
Marcelle a ensuite passé en revue les enfants que nous connaissons, et n'en a pas été plus satîïfaile. Tantôt c'était l'inlelli^cncequi manquait, tantAt la grâce, tantôt lecœur, et à chaque défaut constaté chez l'un d'eux, elle dotait, en imagitiation, notre enfant Je la qualitécoDlmtel
— Oui. disait-elle avec uneconfiancti'pas^onuée, je veux qu'il soil le plus beau, le plus spirituel, le plus soamis,iile plus aiinantl
— Pour en être bien sûre, turefusestautausaatres t. aile ajoute en riant; mais prends bien garde au iBomg;.car, pendant quetu imites les merveilleuses marrainas des vieux contes n.ui dotaient' leur l^laul.de mille 'daBSipréci«u,'les mères doni tu sacrllieslesi enfants, pourraient lùea venir, b leur tour, comme les . féos eiuiemîas,ijeter par vuigoanct quelque mauvais'Sort.
— Ani ne dis pas celaI^s'est,écriéeUarj!eU6,qni.apo6é une main sur m«s.lfcvr«s.
- Lt toi cbére créature ai,-je rppiis en baiBsnt cette "i^iQ, ne porte pas si haut ton espérancel Ne tais pûnt
LE MÉaiORIAL .]k«Z ItifMILUE. 75^
paâiSer les chimères de ton; rQmantdejeune filleëans ton roman de jeune mère, et n'aie pas maiutetuMtopour'fll» le héros des MiUe et une Nuits quo tmavais aiskreMs pour £aneé I C'est toujours parce iqcEe nwsioivoBsi tviyp'nttlfeeiidii querjioustnousirofivoMméeatitettts ée eeipiionaoes accorde ; le rèveôt6 satsaveur à la TéàiUté ; cprépase-^tai à^ieenaeilHr celui^que a tu attends,. Itlque^^Mcu te^leidennera ;'^efit lui qu il butaiiiker et non>tes>iUiiBieiis.
— tTu:a9 raison, taïasraîdoni s^Bst•K!)Ue»écriée1sn'oai3hant 6on visage fougedeiMUtesortmonaépaulepmaiilitutjn&parles que de. ma Tolie^^quand tu xicTvafis^ignaler mon égofsme et mon orgueil. Pourquoi rabaisser 4es au^s mères 'dan» leurs enfouis, sinon pour^^evera¥eeleimen?D'oiiTTent que^^dansle secret de mou cœur, je mcréjoui^decequideur manque, paree.que j'espère raToir'seale?>AI-je>denc perdu toute affection pour mes amis, et ? toute léea^eiUance pour mon prochain?
— Non, ai-je repris en la nvppioehaiit^eimoi; mais^ comme tant d'autres, tu as un instant retiré t(m-«œur dé ce qui ne t'appartenais pas et tu n'AS'vudand le monde que la place qui «outCDaitla pierre de-ton* foyer; Ceci te<prouve quelsiipiéges se^caohent da^Bsle^^ lus^aiitos llffooli(nis,'et comment l'amour exclusifde Ja^^fasiitlle'iii^elSt'fpatfais que l'idolâtrie demoQS^mém^ I
i èi^tmttrs. — ^En&n 'nos espérances • soùt ^accomplies I * Il est là l'enrant si longtemps attenâtf 1 1\ repose près ^de sa imèro^ndoimie! — ^'Coii]^le*cher'et' sacreront 4a pensée ne jBe quittera pluSidéBotmaîs; & qui jo^esï^loulmad^er, et
•76 LE MiMOKIÂL DK FÂHILLK.
qui, poM me payer de mes sacrifices, n'aura qu'à me moft'
trer son bonheur I
Pourquoi la vue de cette frêle créature semble-t-elle augmenter mes forces? D'où vient que la vie a pris pour moi un aspect grave et doux? Tw le sentiment plus (txm et plusnetde ma responsabilité ; je m'y complais tout bas; j'y puise une sorte de courage attendri. Jusqu'ici j'ai surtout vécu pour moi, désormais je vivrai pour un autre; je n'avais guère feit que recevoir, je vws pouvoir donner ! La petite fille qui dort dans ce berceau me devra tout, et tout aura été, de ma part, un don gratuit. C'est une perpétuelle occasion offerte à mon dévouement; je sens que sa seule présence m'imposedenouvellevertus, qu'elle m'élève dans l'échelle des êtres. Je vais avoir k préparer une travailleuse de plus pour le labeur du monde; je suis dépositaire d'une intelligence qu'il faut éclairer, d'une force qui doit grandir, et, chaque jour, la voix qui appela Caîn dans l'Éden se fera entendre en moi pour me demander ce qu«
j'en ai fiùt.
Mais les yeux de Claire viennent de s'ouvrir; elle pousse
on léger cri. Marcelle se redresse. Le cri de l'enfant a pénétré jusqu'au fond de son sommeil; elle le prend dans ses bras et l'approdie de son seinl
Oh l qoi peal voir sans que son cœur se fonde la jeune mère allaitant son premier né 1 Pâle encore de souffrance, elle le refjde et sourit l
A quoi donc souris-tu, pauvre femme pour qm commence U chaîne des fetigues et des abnégations? Ciamais-iu bien
ta voie douleurease où tu viens de faire le premier pas, ef sais-tu ce que te réserve l'avenir?
D'abord ce sont les craintes toujours renaissante» pour cette fragile existence, les veilles prolongées près du berceau, les angoisses de l'incertitude.
Mais Tenfant a survécu, il grandit! Les inquiétudes ont changé d'objet : maintenant c'est son cœur que tu surveilles ! Que de larmes encore, et combien de cruelles attentes.
Tu as réussi pourtant! Le voilà prêt d'entrer dans la vie avec la couronne de la jeunesse au front et sa robe encore sang tache. Si c'est une fille, tu vas voir arriver bientAl les mélancolies sans cause, les rêveries dans la solitude ; puis enfin, si Dieu nous protège, une affection partagée. Unie à celui qu'elle aura choisi, ta fille ira chercher une nouvelle famille; la maison sera vide et le fover désert.
Si c'est un fils, que d'angoisses et de tremblements ! Entends-tu ces cris des passions ? Sens-tu passer leurs brûlantes haleines ! C'est en vain que tu trembles, que tu l'avertis ; un charme invincible l'entraîne. Daniel descendra dans la fosse aux lions, et toi, pauvre femme, tu resteras à genoux sur le bord, l'oreille contre terre, guettant chaque soupir ou chaque rugissement.
Que Dieu t'accorde un nouveau miracle ! que celui que tu attends reparaisse victorieux I Ce ne sera plus l'adolescent qui gardait encore sur son front blanc et rose comme un reflet du soleil de l'enfance et sur ses lèvres la douceur du lait maternel : lehàleaura bruni ses traits ;
78 IIKSIFOBIAL REFAmiLE.
il aan goM'ii cette coope amère >doQt parlé 'ff^roD, et ^uf ne pitille que tur lei bord». D^& endurci- 'par 1a lutte, ii ïeutira s'é?^lter'eB-lai-' toas lés instincts viriH^etdira adieu au loil od il VBi né^ponr alleFbàtrr ailleurs celui qui doit abriter sa nouTelle foinill'é.
Là une utte remme"prendra là preiniëre-plâre dé son cœur, puis BoaGIs prendra-la seconde, puis les Sis de ses filsl
Ainsi tout aboutit an- même abandonl'l^ descendes succès si vemest cette échelle dtimoiH- sans ■- te décourager, sans ti; [ilaindre. fiieinei découpenDëe, tu t'assiéras vieille el lassi' au- dernier rai^, heareose-de vivre tant qne talés verras lieBrensI
Oincarabledévoaement des mëresl santés protectrices trop souvent méconaneSi et qui, conme^és-nrart^res chrétiennes ue sont dignement honorées qu'après leur mort I que n'ai-je |iouFTonB glorifier la lyre ddntlé'son'attendfîssait le cœur des chênes et Éaisait pleurer lesTochers; douces confidcDie9 defl cœnrs fetmés, patieircedéa -violents, consohltion de reos qui pleavcnt,i grâoe >é(ernetlë' dés'disgraciés I '
Je Ri'élaiechargé des-aOaiTes de mon-përe; je veillais au payement de sa relraileet<k larentréedé'ipielqueS' petites rentes taujoufs en retttè; La succession^ inattendie d^nparent, mort an fond xift lar'Btfurgogne,' vint,* srnon-^tossir'
Sâîasi^lement la.fortunQà admifiislrer^ au moins enaocrot^ tc&0io»ientaaéineBt(.leH embarras; Il s'agissait d'une dao^ • zaindid'arpents daierrepartageaUea eit^e tin grand nombre d!béritier9. Le^notaire préposé à Texécution testamentaire me. réclama plusieurs pièces îndiâpensabtes que j'allai demander à moB^père^.
Marcelle. et. moi le^tMQvâmeSfâans'uir'petit logis qu'il' oocapaii k Texlrémitiéi duiÊuihéurgv prëGNles grandes pépi* nières. De sa fenétoe^iht^ojrailrt les jardiniers > semai^t sans • cesse^ ppuv aFraob9^>et.arxaah$Bt pour resemer; Son* oeil ne^ rencontrais v.(^'jaaet jeuno verdure toujours renouvelée^ law promesse detforétâ dont) il ne voyait janaûs J'ombtage, et de vergers qui *nûddvaient fructifier qu^ailtcurs.-
Il m'airaii semblé que ces espérances- sans réalisation le fatiguetaieni&sladongiiei ettquiil s'eanuieratl ^e cette ét6r^ nelle en&nce dé. la- natarerântour dé lui-; mais il n'en fut rien. Suivant/ par^la pensée, chaque^>générationd*a?bres enlevés ^aux pépinières^' il ivayait les uns «grandie en ombrage le< long ;dos routes pourle piétem poudreux; baignerde flotâtdefeuiUéesles collidies arides, oa> serpenter;- comme ^ une^cotonnade^erdoyante, anx bords des ruisseaux <; les aulces^e^riQbir:'deleuIsfcllitS'l6:'jacdill rustfkpn/ s'étendre en e6patii3r».^sir.*le nmrrd»imode9te»'cotitagey faire courir leof $j{)a»|pre8 cbaigéside' grappesaulour des fenéercsdela cabanevrépattidBe enfimpaitouilafralchenr^oa Tabondance.
— ^11 me semUe^ diâaîik-il souvent^ que je<me.trowreprès$ d'une des soutcesidlo^ sodent; poonle monde, les€oti4e la vie; je les vois sourdre dé terre,^ grandir, se(répa»dre{
80 LB MiMORIAL DB FAHILLI.
chacun i.e ces arbres qui part est & la fois on messager de Dieu et âe la civilisation ; il va portée an Imn, avec sa fraîcheur, son fhiit on son parfam, un don du Ciel embelli par l'intelligence hamaine. Pais, en y regardant bien, qne de choses dans cette collection empruntée i tous les climats I Combien n'a-t-il pas Uln de courageux efforts et de recherches aventureuses poor la fwmerY Ce petit coin de terre résume une partie de l'histoire du monde. A. chaque plante qu'il renferme se rattache le souvenir de quelque expédition lointaine onde quelque nom glorîenx. Pour rapporter cette vigne nos pères ont travu^ les monts et arrosé de leur sang les plaines italiques; Lncullns est allé chercher jusqu'au fond de l'Asie, avec l'aigle romaine, ce cerisier fleuri qui blanchit la (erre d'une neige de printemps ; ces roses magnolias D'omeraienl point ces platesbaodts si le snblime fou nommé Christophe Colomb ne s'était obstiné i découvrir nn monde. Et, sans parler de ces transplantations, qne de nouvelles espèces conquises par la culturel Qu'elles innombrables générations sorties de terre à la voix de l'hommel Chaque jour sa persévérance malUplie ces saints triomphes qui profitent à l'humanité toat«iti^. Quelles victoires pourraient leur être comparées? Une racine nouvelle qui guérit la famine, une fleur inconnue qui apaise quelque sonfirance, ne sont-elles point de plus glorieos ^oophées que ceux de tons les ronquéranls? ûquel vous semble avoir rempli sa t&che d'homme iu-bas, de celui qui a bit le plus de bien on de celui qui a bit le plusdebruitT
Lorsque nous arriyftmes, mon père était à sa fenêtre, suivant du regard les travaux de la pépinière. Il nous fit remarquer de nouveaux défrichements, sur lesquels germaient les semis, et parla avec une sorte d'envie du sort de ces hommes qui gagnaient le pain du jour sous le ciel, au milieu des senteurs de la sève et des chants d'oiseaux.
— Parbleu I le cousin est bien maladroit de n'avoir pas eu ici ses douze arpents de terre, lui ai-je dit en riant ; vous auriez pu vous fitire le Gincinnatus de votre part d'héritage.
— J'entends, a répondu mon père, qui remarqua les papiers que je tenais à la main ; tu viens m'en parler.
Je lui communiquai la lettre du notaire en lui montrant les pièces que j'avais pu réunir et lui indiquant celles qui me manquaient. Il alla à son secrétaire et y prit une liasse de titres; nous nous assîmes autour du guéridon pour chercher ceux qu'on réclamait.
Mais l'examen se prolongea ; chaque papier rappelait à mon père quelque souvenir et amenait quelque récit ; enfin je trouvai la dernière pièce cherchée. C'était un extrait de naissance écrit sur un gros papier verdàtre dont l'encre avait jauni, et qui portait le timbre de la vieille monarchie. Je remarquai que, d'après sa date, il avait d& être livré le lendemain même du jour où l'enfant était né.
— Oui, oui, dit mon père en souriant; c'était une pré- ^ution de ma digne mère. Notre commerce occupait tous ses instants ; mes frères et mes sœurs étaient déjà nombreux; l'excellente femme n'avait point de temps à perdre
M LOHéMoaiJt'I, DC'F'AWILLE.
aTec< cbaaaa de nus -z aassif/ dès 4â' lemknmm dd-» oaissanM, l'^faBt'étaitiirFéttuBe'iiwrrice d6vaiHpagne;elte l'emporlailit'tttBtftlœitesde'là-areo'afte layette qat lot servait s'il dev&ibTÏvre et un «strBH dlgc qui pennettaif (te l'enterrwr^guttèPCBffint s'iliveMÎt iùmwirip.- Celait une précaution' de prodenoe qui permettait de parera tontes leBcvestaaÛéa.Mainièr«D'y maaqoa'poar ancnn de ses neufs enfaDM,-tet biea-Jnt>en>prtt,' ckf-îI t'eii reolra que cinq au \opai-; les^^ aalrea ' ayairat ' uM'JA^ léur$- extraite d'âge.
— Aiusi.ditMantfllle, vousEveetom^térevroyés de la maison [laUraelle?
— Pour nYrenlrer'que-vcrsl'fige'déitPois ans : c'était alors l'usage'dflDS 4a boui^eoisie; on- ne rappelait l'enfant qne lorsqn'il ponvait siiffive lai-méme- k- ses premiers besoins et ne 'point ' trop- emtorrasser la r^mtlle. Dans ce temps-lit on n'avait pas encore le fdnatrânre
Dts charmants embarras de la paternité.
Vous comprenac-qaeehaenwde ces retoors'de nonnice était un criBODMtl OlP«ooDiettait lenoorean venait un examen génécal ; il fâUliit'^flir' comment il marclùtit, s'il savait dire bonjoat,- et i]u8q^6<>qBel point' il soupçonnait l'existence dea Ï8«roh«t«v Ce pïemienmmenfcontribtiait beaucoup kiIe-clas9tr>dBwlA-faniHle. Uhe gentillesse pouvait donner' bD&Be> idée dé 'sen avenir, uae gaucherie le vouer d'aTance&"que)4ov rMA-inKfiènr; Et'toutcas; on le reléguaitiàUvflieneijuBqa'trce'qv'il fA enrl^d'idlér
LE MÈUDIIAL DK<FftlfiI.Xm SS
& l'école; Il ne qalttailr la comptgDM'^des^ servanies qae pour saluer «es pareote, et receroir, selon «roocasioD^ xmm r^j^rimandeouiaiie&iandiae.Dattiies inaisoas èten réglées^ cetasefakakafec une cevtaittO'SoleimitéK renfani tirait^ soo chapeau,' àtamaéék clesmouveHe9tdo(9iMt««0iir- etde« Jlf(iK2affW'(c'é^entiè>pèFeetla'mèrey, el aj|leiHiait>d6bbut< qulls ipouhisseiit Ids parier.
— Et vous avez été éleyéakisîilhdeinaBéitilfilpcettei — k peu prtB*, réponéil mov père ; bie»iq«e -did^petîte bMffgemsie/ ma mèf e avait 'les saines tradttîonsy les «ifi^i* res etie ménage dlabord ; lest^enfaMs^asuice^F Des ^mains de la nourrice noBsnpasBÎons auxQnains'tdeiàMvîettte'ser^ vante qu'on-? appelait ^ ma me^* el^quinous^distribliait^ler leçoi» de morale et les< tartines' ju«qu%>Ffige otrsiôuvratt; Técole'de Tabbé Sillard, chargé de* nous * apprendre à' lile, àécrire^ à chiffi^er*^! àrépondre^ia messe/ Buttent ceh^ma'm^ n'intervenait que «peuples grandes occasions, clesl^^iHdife'tiuaiid ilifaUatt^nous'^fam^aaitrer un habillemen&iniMrf dans une 'deB< vieilles houppetandes de notre dé*funt grand^^père»', puairquei^ue' grave méfoit contre les es^ paliers'duvoésiny on ateosi présenta' bien mouchés et en sraliersrneufeà quelque pavent de passage.
— 'Do'sone que vous-grandilssieK'ab^nddnnéâ 'comme desDrph^Mais.
•^ Non, pas^ comme' des ^ orphelins; chëte fiifé, mais* comme désapprentiis de la vie, confiée à la rude école de là rédKté«e^oMigé8«d^iippveBdfe«de' borne heure &' se- servir des choses et des hommes.
8i Ll hBhobul di fahillk.
— Cest-à-dire, repris-je, qu'au lieu d'abriter votre berceau au fond de la demeure et derrière les rideaux, on vous couchait en plein cliamp sur la première gerbe de rencontre, coiume le font les femmes de nos moissonneurs pour leurs QouTean-nés. Nul ne s'inquiétait bi le soleil était trop ardent , si la piqûre de l'abeille venait înterrompre voire sommeil, ou même si la vipère se dressait jusqu'à vous du milieu des chaumes.
— Sans doute, dit mon père, notre éducation, livrée au i hasard, avait des dangers; les plus fiûbles ou les moins | clr:iuœu;i y snccombûent ; mais aussi quelles Tortifiantes ' épreuves pour celui qui savait les surmonter! Comme nous apprenions vite à reconnaître notre route, k prendre notre ' place I Quel continuel exercice à l'obéissance I Dans notre ancienne société, ofa les classes étaient réglées par la nais- H sauce, les professions par les classes, ce rAIe de l'enfant
était le seul possible ; sa subordination dans la famille préparait sa subordination dans le monde; on l'assouplissait i pourle régiment social où son rang était d'avance marqué, i et trop de tendresse eût entraîné trop d'exigence.
— Soit, repii&-je ; mais aujourd'hui que toutes les bar- ' ri^^rcs sont tombées, que chacun se fait ses destinées, et
que le premier regard du nouveau-né peut embrasser le monde entier comme son domaine, à quoi bon cet apprentissage? Ce qn'il faut enseigner k l'enfant , c'est ti se faire respecter en se respectant lui-même.; c'est & remplir dignement son réle sous cette loi d'égalité qui gouverne les so- i ciétés modernes.
— Et pour cela, ajouta Marcelle, nous devons remplacer Tautorité par le dévouement ; de maîtres que nous étions, 3 faut devenir des défenseurs, des gardiens et des amis ; il but porter Tftme de Tenfant dans notre ftme, comme nous Tavons porté lui-même dans notre sein; la nourrir longuement de notre amour, la laisser se fortifier et grandir. Tant de mauvais souffles viennent du dehors I Le moyen qu'elle échappe k la contagion si notre sollicitude n'est point toujours occupée k fermer les portes qui ouvrent sur le monde I Quelle plus douce et plus sainte mission pour ceux qui ont donné le jour k un fils que de le garder k la fois exempt de souSrances et pur de corruption en renfermant dans une citadelle inaccessible?
— Prends garde, bonne créature, prends garde, répon dit mon père en souriant ; ces citadelles ressemblent trop souvent à celles que les princes des contes de fées bâtissaient pour leurs filles ; le premier aventurier qui passe n'a besoin que d'une chanson pour faire crouler la tour et emmener la belle prisonnière I L'élève trop gardé ne sait fiui» se garder seul, et l'enfant trop comblé ne remarque plus ce q^on lui donne. Nos pères abandonnaient une trop grande part de l'éducation aux influences étrangères ; mais nous l'enfermons, à notre tour, dans trop de précautions. A force de faire le vide autour de l'enfant , de ne lui h'^ser voir le monde qu'à travers des vitres dont nous avons préparé la couleur, nous arrivons k le tromper sur ce qui est, à l'amollir pour l'heure de l'action. Accoutumé k ne marcher que sur im parquets, il s'épouvante ou se laisse toJh
^ LX' MEMORIAL ïfE FAMILLE*
ber.dèft qv'îl faut traverser lernisseavi Nous mxievnoiig jamais ooUierrqae rimportant n'est' pas de lài cacfabrla booe, nmisde'Iailoi faûre distiiigfier; etile lai appremtfe fc la tiaverrar sans «e^salip.
NoQS-^.'pewrioiig'iDécaimattye ià sagesse ^de t^es arertissem^DHtfts et nM0»«avh«9 bfei» résoM'd^ tenir compte^ mais Clake était trop pet4le»*pmr qu'il <y efttlféti d^ son- ^'CCi Saa8*fopoeiet8a!!B>raisei!',« eHênre pouvait tiénrqnepaî nous ) ses^oléflÉés n'éCaieiitieBcore'qne'dés'bBsoiiîs; notre seul deveirétati demies »déivi«er et tPy obéir.
Marcei)^«urtoat y^mitiline' sorte* dé probité passionnée. Profondément' saîsieodasenlihneffttle sa responsabilité, elle se fit la servante volontaire 'dé cette frêle existence ; elle y subordoima > tèut j I/enfànt' devint* lé pivot autour duquel tourna notre» vîe^nttère?
Dans la-' crainte dé l^bandénner-^un instant aux soins d'une^antre, sa «mère renonçai'tià ses plus chères habitudes» Plus de lectures; pliUs^dc promenades, plus d^ntimes entretiens<; le cri de Glaire se faisait seut écouter au logis ; il réglaimotre veille et ' notre sommeil.' Enclaves de sa faiblesse, nouMtvioBrs perdà la*possession dé nous-mêmes.
y^tet'sV^O' aperçu! bien vite et fit de son pouvoir £eqa/On fiât:d&'toaie'a«torité'afal^olùe, une tyrannie chaquejouf pins impérieuse. Je vouMs avertir Marcelle; pour la pveMèr« fois'jo" trouvai uve^résistance.* Se défi&nt dé tout cei«qarpoQvait'làr«dfetmfreH]él'<)euTTe entreprise, elle repowsaimesmveiliissemeHÉi^ m'aeeusa'tout b^s^é l^ tenlep| el *^s'iiihamw k * sa senritad^ * avieo l'Véspèee d'bbS^tina^
kl
tioB exaltée que les femmes mettent dans le «acritice.
Je voulus en vain lui faire comprendre que ses obligations de mère ne Tavaient point déliée de tous les autres jougs ; que lef dévouements eux-mêmes avaient leurs proportions et leurs limites; tp^ûU se.'dmait aux autres et à elle-même. Rien ne prévalut sur cette tendresse égarée qui ne croyait avoir rempli son devoir qu'à la condition d'une souffrance subie I
Ce fût un premier nuage dans notre ciel,' mais léger d'abord, et fréquemment entr'ôuvert par de lumineux rayons. Ces jeunes années de Tenfant ont tant de promesses , tant de charmantasi^ucpriâesl Aujourd'hui Claire ji4)ppeiiail à nous £oniiatlire> demaimà Aoasisoucire. ChaqifBânstani^far'*geaii un:anseaaqui'la.ratiaQhKifrplus prèfljdeifioti&«c8ur; on. voyait celteJnleHigeQQeisortiirrinsensibleinenÉ des^lim-^ bes« L'argile façonnée n'avait point encore de voix , .mami déjà Je foyer detiaipenfiée' s'allouait douQemenft'ç ses reflets commençaient k ;t]»ifiltkiffe snr^le^visi^ eC àblmiloiif»'* ner !iiiejex|qreaaiandi«Daimtf: