CHAPITRE VH
CB LU'iL FÀlTT DONNER AU PÈRE ET CE QU'lL PAUT DONNER A L*ENFANT
Un soir que je montais l*escalier rapidement, comme il m'arrirait toujours après une longue absence, je distinguai le rire frais et vibrant de Claire , entrecoupé par la chère voix de Marcelle; toutes deux m'avaient entendu et accouraient.
Je les pris dans mes bras , et mes baisers descendirent du front de la mère à celui de l'enfant.
— Allons! m'écriai-je gaiement, Dieu nous protège! la joie est aujourd'hui au logis.
— C'est que tu ne sais pas la grande nouvelle, interrompit Marcelle, dont tout le visage rayonnait.
~ Qu est-ce donc ?
— L'enfont parle.
.^Estr^»vrai?
— £coutel
Et, s*adressant à la petite fille, elle la piia de tisdire les ayllabes déjà prononcées. Claire ne répondit d'abord qna
LE MÉMOKUL DE FAMîLLE. 89
par ces gazouillements confas et channants da premier &ge ; mais, ayant Tair de se raviser tout k coup , elle m'appela clairement et me tendit ses petites mains?
Je la pris dans mes bras tout attendri de joie. Ce premier mot balbutie me semblait comme une seconde naissance. L'enfant sortait de la phalange muette où elle était restée jusqu'alors confondue avec les créatures d'instinct pour entrer dans la phalange parlante réservée aux seuls fils d'Adam. Elle venait de faire reconnaître ses droits à la royauté de la création! Jusqu'alors nous n'avions eu qu'une image vivante ; désormais il y avait dans notre vie ui^e ftmedeplusl
Ainsi qu'il devait arriver, l'affection de Marcelle pour Claire s en trouva redoublée, et , par suite , son exclusive sollicitude. Aux soins matériels commencèrent k s'ajouter les préoccupations morales. Il fallut faire la garde autour de rintelligence éveillée, écarter les ficheuses influences, l'entourer, comme le berceau de Montaigne, d'harmonieux concerts et de douces visions ! La chaîne allait ainsi s'allourdissant de jour en jour ; chaque progrès de Claire, en créant une obligation nouvelle, y ajoutait un anneau *, je la voyais, k mesure qu'elle grandissait, remplir la maison et m'en chasser.
Marcelle le sentait et ne pouvait manquer d'en souffrir ; mais l'instinct de la maternité, joint aux engagements exagérés pris avec elle-même, la faisait lutter contre ses propres entraînements. Il en résultait des débats qui dégéné^ raient souvent en irritations ou en tristesses.
40 LE MÉIIORUL D« FAMILLE.
Un se»'tl*été) je rentrais la tête aHourdie par^là^ian^av d'ane journée laborieuse. L'atmosphère , aecabléaié jii9» qu'alors, venait enfin de se détendre; une' de ces* brises fraîchement hmnidesi que vons eniroient lés- oraged' Idm* tains, faisait frissonner les feuilles; lés mrlle parfrims de là casipagnB» arrivaient par Xég^HB raMes , et 'le 'seleil' couchant inondait de rayons dorés lés façades^' blanches desfanbottQgs. J'{krrrmi6<'le' cœmr'gvnflfrdé' là longue^ oppres- ^ionde la^joumée^iel^centAnl dé9'ailés à 'mes pieds.
Autsefeis MUFceliê épiait ma» venue'' et'' accourait ' à ma renoontre; mais, depms^ que Glàîre'abisorbaftf toutes ses heures, ]*avais dû renoncer à cette douce habitude. Je ne sais pourqnoi j'y p»ens««oeîô«r-ia^; j^êfais pressé de lavoir, de' remmener, dd' jouir; avec elle de làfi^ôhetrr de la soirée:
J'entrai vivement et je la demandai; elle était au fond de l'appartement; dans son retrait, abandonné depuis quelque temps à renfanl/ Je la trouvai H têle dans ses deux mains, tandis "que Claire se tenait blottie à quelques pas au mîïîeu^ de jouets épars, l'air boudéur'et les joues humides.
Du premier coup d'oeil je compris qu'il s'agissait d'trne de ces révoltes d'enfant chaque jour plus fréquentes.
J'arrivais joyeux et souWgé; la vue dexes deux visages me refoula ma bonne humeur au'dédans : ce-fut comme une nuée passant sur les rayons^ dû sotéil^que- j'avais dans " cœurl Cfcpendant je surmontai «ette impression', et», m'âpprochantde Marcelle, je vouiàs m'inS()rraer,'en'sonriant>
LS î MétlOli I AL Bfif FÂXI L LE.« 9^1
de laignmde qœretle ; maier la* mèPr's'isdigDa presque d^ ma légèreté et commença l'énuméEration de ses pMintes.
C'étaient les mille inqaiétitdés dHine âàie que sa lucidité même égare et que sa tendresse Tend-^Uisisérère. Attentive aux moindres actes-dei'eitâtnt/ dént'eHè déduisait toutes les^ conséquences, comme'si la lôgiqne^bselue àia^ queUeamcun' homme n'Dbéit était lé'privrléger' exclusif du premier «âge; eHe donnait un^sens àxh^ue'paroié, à^chaque mouvement, el'SHppoiafik uiii&ûnteatioii''là'^otrii n'y avaiiseo, le' plus ««avilir; qu'Qn»fiigiljf èaprice'. DëjSi , bien desfois'^ j'a3ms»iV9ota lapvém^r contreisefS''hkbitadéft d'inductions , l'engager à laisser le grain • germer en 4àt • ménageant îVeaii et1e»soleil «aiiB'préjfrger 'l'épi 'qviîen devait soitixq maîB toasTOeafeCfolits^ttramftéléiBHtil^Vitàiie* fusent p^8<pius heunrax 'CetlttfoiB^ U faltttt'<éceut<er*xlé'noaveau ce«qae j'avais idéj& comhMtu si souvent.' Œâire'étaiti personnelle et volontaire ; ses tendresses avaient toujoorf ^ unintéfêt; sa:réviiUe oasa soumissiosi ne^nrenaient que de la fantaisie»! <
Ettde làDieuisait quelles canséqo^noe^ habilemeat^tî-^ rées^ et cmBbiemdo cranntes-lointaiaies I J'écoutais aveetune '■ impatience contenue, car le temps s'écoulait ; les rayons^ du soleil couchant s^tefgasieat IW après» ràa*f« surHes rideaux d04a pelilie fenâfrat Je<profitaiido^iatprenifèrepause * de Marcelhe'*poartâohepfd64l3U«caimer, ett cowwe'ie'vi»^ qu'elle allatl^îrépeiidiÉler je luiitpFis4es<maflis «n^mielèvant
— A demain ie6*«kffi[ires<sériease8'{ lèi dîs«je»gaieflient ;« cersoirjéf'vmLtr4exMnidûir6^aiix'pépiiiières; mov^èreniowi
n LB M^MOKUL DE FAMILLE.
attend, et si nous tardons le rossignol aura fini de chanter*
— Sortir I répéta Harcelle, et l'en&nt?
— Nous remmènerons, répondis-je.
— N'est-ce pas bien loin?
— Je le porterai s'il est nécessaire.
Elle regarda à travers les vitres.
— Mon Dieu! dit-elle, c'est que... je crains la brume du soir, mon ami ; voyez là-bas , les vapeurs commencent déjà à s'élever ; Glaire pourrait en souffrir.
— Eh bien I repris-je en m'agitant comme un homme qui a besoin d'air et de mouvement, nous la laisserons aux soins de Jeanne.
— Laisser Claire idl répéta vivement Harcelle; c'est impossible ; chaque fois qu'elle me quitte , je sens qu'elle subit de fâcheuses influences ; maintenant, plus que jamais, je veux la garder prés de moi et la surveiller à tous les instants.
— Voyons, repris-je plus vivement, il y a pourtant une mesure pour toute chose ; cette enfant ne peut confisquer deux existences entières à son profit ; Dieu nous l'a donnée, je suppose, comme une consolation et non comme une geèlière.
— De grftce I interrompit Marcelle dont les yeux devinrent hunûdes, pourquoi recommencer ce débat, mon ami? Crois-tu donc que je ne souffre point de te refuser !
-« Mais pourquoi ce parti pris^des tâches impossibles? m'écriai-je à bout de patience. Ne fBtudra-t-il pas qu'un jour cette enfant marche elle-même ? Pourquoi vouloir l'y
préparer en la portant toujours dans ses bras t Le seul rAle de chanue femme sur la terre est-il donc d'élever une héritière? Est-ce la loi des êtres que devant chaque créature au berceau une créature complète se tienne), Tépée flamboyante k la main, pour écarter Tesprit du mal? Â. quoi bon cet éternel gardien placé au dehors , quand Dieu en a mis un au dedans de chaque nouveau-né» la conscience qui s'éveille seule, mais ne se fortifie que par Texercice?
— Mon Dieu I je sais que nos opinions diffèrent sur ce point, reprit Marcelle dont la voix tremblait; mais... si je me trompe, pourquoi ne pas se montrer indulgent?
~ Parce que votre erreur, repris-je vivement, est dangereuse pour tous trois ; parce que les petits bras de Claire, jetés autour de nos cous, auraient dû rapprocher nos cœurs, et qu'ils les éloignent l'un de l'autre ; que vous la tenez entre nous comme un mur ; que vous en faites une fatigue, une contrainte, et qu*à ce jeu vous exposez non-seulement nos joies intimes, mais le juste sentiment de nos devoirs! Ëtes-vous sûre que l'enfant, dont vous faites toujours un obstacle, ne nous deviendra pas moins chère? que ses défauts ne lasseront point plus facilement notre patience, et que d'une joie vous ne nous ferez point un fardeau ?
— Pour moi , du moins , je pourrais l'assurer, dit Marcelle , que la sévérité de mon accent avait froissée, et qui passait, peu k peu, de la tristesse à l'amertume.
— C'est-à-dire, alors, repris-je, blessé k mon tour, que vous me supposez seul capable d'oublier le devoir ?
— Est-ce moi qui af exprimé des doutes?
91 LE. MÉMORIAL DE . FÂ.MlLiB«
— .ilais olfistTdus^l.lo&AYezilMsaé&^àima cliArgej^àa reste, cette soif de.jaaArtyre.est oïdinaire k votre seiLe lYêas avez besaiii.de.sejQyti£ia<couEOAnejd'épiBes ;usLDieu la peso tEOi» légèrement >6ur vas iioiit^, vous Uenfancea iwii6*âttêmesi iideux.iQaûis;.taates.T(mSna¥ezt{)ltts âikiaoks lafalieM la croix I
.Marcelle.lreasaiUit.etJUl>flot^de savig lai m<mtafau visage. C'était.la pcemièreiois £|ue> dansnes débats, ua^mot Jblessant v.^ait sur mes lèvres.£ll&me jetaunregarduloaloureux ;( puis^ se^roidissant :
— Sûit^jditr.eUe froideiaeiity^JDais alors À .iiuoL lion cette explication ?. Le& Jhage&ne.fiherchûnt'point k convaincre les fous.
Et» prenant.Claire par lamain, eUepassataveo^eUeidaBs le salon.
Je.fis.un mouvement poufiJa retenir etim'«XGiiser;}e ne . sais queLmauvais4]trgueil .me retint ; peut-être y eut -il aussi delà rancune* J!étais venuile cœur gonflé ;df espérances, et je lui ;en voulais de les avoir trompées.
Ce M .bien, autre .ebose quand j'entendis les éclats de rire de Venfautqui répondaient à la voix deMarceHe; évidemment ksi jeuxide lamèreéveiUatenlceUo.^'ctéjBieoitôt le piano retentit; Marcelle jouait ideifolàtres quadrilles, au grand léjouissememt jde.Clairey^quL aliefforiait: de^aauter en cadence et,. poussait de lofgs cciSwilQijoie. Jei'.nef)meidîs.pas que tout GôUi éftaittiiaie ^fppacanc&y.i^'onitfaffiaiti du bruit atfiOur/dfi4;a«triite6fl^^iet que l!!ontseimontnût&^i^ ken .bant parce qu'on ne^'VftiilaiUpa&plevferJattlubasjiei^w&nn défi
LE MÉMOaiAL DE FAMILLE. dSf^
•b il n'y avait ^quion dégiuseineût, et i/y f^pondisî.par:iine bravade.
Je cherchai dans «un .des (lifoîjrs diLi)acfiau.un cigare <oublié, dernier vestige de mes .erreurs <pa8sée$,ie^ je meimi^ à inonder effrocitémentde. petit retrait de IcuLrbiUons ule fa* mée I Marcelle continuait à jouer ses plus folles «daaseSr je fredonnais nus airs des. plus iâtauFdis,.^iàOtis enragions sournoisement tous deoji» aalasit 4leii:gg9ettjque.4le dépit.
La tante Roubert nous surprit dans cette agréable occupation; elle parutÀla.|porteHdunretsait,.<aumoniantoù je venais de jeter mon d^e.
— Eh I eh 1 il me semble quon est bien gai ici, ditrelle ^ vous chantez commeuneiauvette, .mon enfant.
~ C'est le seul mQyen de ne^pas entendre le piano, répliquai^je en lançant ver5>IesaIon..un regard dlbumeur.
~ Ah ! 1q piano vous,prenxl sur les nerfs, pauvre petit f reprit gaiement la tante en ouvrant la ienotre pour dissiper Tâcre senteur du tabac.
Marcelle, qui accouraitàla voix.de madame Roubert^ entendit ces derniers mots et'S&réciia :
— Mes goûts avaient donc siAgulièa:emcntchapgé.d^uis peu; il y a quelques.jours. encore que mes soirées entières se passaient à écouter cette .musiquedon^ je paraissais maintenant si .gêné.
— Eh bien, quoi I cela t'étonnf ?. demanda la tante, «ifut s'étaitd^à établiesurla beigëreettpr^paxaitr^n tricot; tu ne sais donc, pas ^ue^ce^qu'on aima le mieux /p^liatigucf
k la longue? Il faut mettre de la discrétion en toute chose,
ma chère.
Je lançai un regarda Harcelle, qui le sentit plutôt qu'elle ne l'aperçut et rougit légèrement.
— Sans doute, ma tante, dit-elle, quand il s'agit de nos
plaisirs, et....
— El même quand il s'agit de nos devoirs, ajouta péremptoirement madame Roubert.
Je ne pus retenir un applaudissement. Marcelle se mordit les lèvres.
— Il me semble, reprit-elle, que, sur ce dernier point, la négligence est plus ordinaire que l'excès d'ardeur...
— Hais non pas moins k craindre , reprit ma tante ; j'en ai fait l'expérience, moi qui te parle.
^ Vous ! m'écriai-je ; où donc, et comment cela?
— Ah I c'est une vieille histoire, mon enfant, reprit-elle avec un soupir. Vous ne vous en doutez guère maintenant ; mais j'ai été jeune aussi 1 J'avais épousé votre oncle par choix, et je n'étais jamais heureuse que lorsque je pouvais coudre ou tricoter près de lui; aussi, son bureau fermé, il venait s'asseoir sur la petite chaise de paille où j'appuyais mes pieds. 11 me racontait ce qu'il avait fait dans la journée ; ii m'expliquait les difGcultés de son administration ; je ne comprenais pas toujours très-bien ; mais il parlait, il était là, rien ne me manquait.
Elle s'interrompit et nous jeta un regard de cAté.
— Cela vous fait rire, n'est-ce pas? ajoua-t-elle avec
une sorte d'embarras timide plus jeune qu'elle, et dont je neTaurais point soupçonnée.
Je protestai contre une pareille supposition; Marcelle l'embrassa en la suppliant de continuer. La vieille tante branla la tête.
— Oh ! c'est que je n'ignore pas comment va le monde reprit-elle; on ne peut ni comprendre qu'on deviendra vieux, ni oublier qu'on a été jeune I — Hais n'importe. — Je vous disais donc que j'étais accoutumée à la compagnie de votre oncle ; j'en avais fait, comme on dit, mon régal quotidien, et j'espérais que rien ne pourrait me l'enlever. Par malheur, je n'avais pas compté sur le zêle administratif de M. Roubert. Un beau jour il s'avisa de trouver que le travail abandonné aux derniers commis serait mieux fait par lui-même ; que le bureau avait besoin de réformes ; qu'il y allait de son honneur. Et aussitôt le voilà qui se met à fouiller les cartons, à revoir les écritures, à examiner les dossiers. Il arrivait chaque soir chargé de liasses qu'il compilait jusqu'à minuit. Impossible de savoir s'il avait trop froid ou trop chaud, quel plat il préférait, ni ce qu'il y avait de nouveau dans la gazette I Dès qu'il s'était assis devant ses paperasses il n'y avait plus personne; j'étais seule au logis !
Les dimanches, au moins, je voulais l'arracher à son grimoire pour promener aux bords du canal ou le long des blés. Peine inutile! Il y avait toujours des pièces à revoir, des calculs à vérifier. Je m'étais mise d'abord à bouder, puis j'avais pleuré; enfin je me Qlchai tout de bon. Cela
■.W X£ HiMOlUL IDE < IJJULLS.
HQ.fMtavaikMtfntiiiHeEAiiifii :Lgftee&tai»..qii:àtfHCQ dJétteiAacandc son cAlé, lui à ses écritnre£,.iBoiikiinon;'aigniUe, no)isallioHa.iioB9idéfiaa)eaUnDer t'iuLâe l'autreJ-BnEu), un jour, enhardie de ûhagno, je ne.(lis: — Jl yja^tnpJoogtemps que cela dure, il faut en finir. — Jamais je.nlmiblieiai cettejoDcnéel C'était nnaprëa-midiida la 'PentecAtc, vers le milieu .du j^DntilJooÎE de mai. Le soleil Inisut sur les toits, les moineaux chantaient à ^s'^erâtlendaiis les goattières, .elles cloDhes Bonn&isnt ia fgte- à -ptcnne rolées. Je regardais ^ tiavers les vitres ; Je voyais tons 'les voisins en habits neufs qui fermaient lenrs portes . à double tonr et s'en allaient cneiUir 4es aubépines. En les voyant je m'^is aenti d'abord le cœur gros ;m^8 je ipristont à conp onegrande résolution. J'allai droite votre oncle, qui avait rapproché sa petite table de la croisée et «Hnmençaitjii taiUersa plume. Je lui mis lamainsur lebras,etje luiA's trôs-résolûment ;
— C'est fête aujourd'hui ; noHS:av«is.tDavailIé-lante la semaine; il faut se reposer. et alleriftax ofaamps.
— Impossible, i::.: ibosne anùe^me répowlitril , doucement; j'ai ^corriger cemémoiie; «'«stiuiidevair quidoit passer avant le [diùsir.
Mais je m'écriai :
— Il n'y a pas de devoir qni.ait.droit'.d&jpMiulreKklui seul la vie entière d!nn hom)ne.«t qui I!ex£i^pte4e toues les autres obligations. VouB.m'avez,'pB(Hiiis KOttejdTeGlioii et votre compagnie; regreUez-Toos JuaùUeQaut votre pi!»messe?
LE M'éMeKTAL DS^ F^MLLE/ 99'
— -SWv dit4l, poirvez^ous le emrc, Jéannet*^
— Proi»ieEi>inob doaci le; amirave eiEiin&trcaadaatcIes heures qui m'appartiennent.
Il voolatm'opposer ;e!i€ore deâ^serapidesfinle -coaBeiftQce ; makfje n& le- laiasaitipas achever.* Je^ilili disiiae'isbqprélenM' lion^ide iair e .mieu-x que tout(ile>: monde fétasticnniBiSj^ la protdtéiqae de Forgueil ; q«ie, ptNiuêtffrjuatevilfailait faire la part .àv.cbaque chose; eti^commei il résistait, je" saisis bruaqi^ottot tous: lei^pa^iecs :àJ)£aâsée.-.
— Qge/aites^voHs5 s^écria^ttiL.
— Je reprends mon mari kradministralôon ! répliquaU
je bBaremant .
ELij&foascai.lQitoaldaiiâimQQ. armoire à iinge^ dont je retijiai la.def^
— Etxfae.ditJM.RiHibert'îdeaiandairtie'tvivOTaMilJ
— ILfil Qft geste de:C4iièrev*iepcitiàavi«lJe»!taiBtei je le vis successivement rougir 'ets pâlir; maisjoduLappoctai son; chapeauy je pris son brasv etjetlvii dis : — AUiûiib:! — cte'si bonne humeurqu'il sourit maligré.lulet :lai4)aixAfalit£ulei.
— Mais depuis. . .
— Depuis, répét&.larivieiile tante» 41 modéna Tescèscdee soOiZële, et il se.rappelac.qu'il n'était .psûtiseulemeatschefi âe.buceaB.
Mon regard et celui de*;Marcel}ef se^ reflCooitièreBt , mais, ce: fut un éclair. Elle retonrn&tousquement la têtey puisse leva pour •couQhor ren&at qui se plaignaii . depuis, un; instvtant.
Je me rappelai. alors que moa.père.compi^4B^ mi^^W
site, qae j'avais des lettres d'affaires à lui commimiqaer ; et, m'excusant près de madame Roabert, je pris la roaf e du bnbourg.
J'étais dans une disposition d'esprit qui me préparait à tout prendre par le plus triste cAté. Le hasard sembla &voriser ma sombre humeur; je ne rencontrai que des mendiants ou des gens ivres qui se battaient I Mon père luimême, si serein d'habitude, était plus accablé ce jour-là. Il avait appris la ruine d'un compagnon d'en&nce qui tombait de l'opulence dans la pauvreté, à Tâge où l'ftme a pris ses attitudes et ne peut plus en changer.
Il me proposa une promenade comme il en avait lliabitude lorsqu'il sentait le besoin du mouvement pour calmer son esprit. Nous descendîmes aux pépinières, dont nous nous mîmes à parcourir les allées au clair de lune. Les robiniers en fleurs embaumaient l'air ; le ciel était diamanté d'innombrables étoiles, et le bruit de nos pas s'éteignait sur les allées fraîchement tracées dans le défrichement. Nous flmes le tour des semis, échangeant à peine, de loin en loin, quelques paroles, et n'entendant, dans le silence de la nuit, que le roulement des chariots attardés ou les aboiements de quelques chiens venant des fermes éloignées. Enfin Thorloge du faubourg sonna onze heures. Mon père ic ri4>pela qu'on devait m'attendre et il me congédia.
Je repris à petit pas la route du logis. Cette promenade sous le ciel m'avait apaisé ; mon cœur battait plus également; ma tête était libre; je me sentais revenu à ce besoin de pHi; et: de tendresse qui fait la joie du foyer. Je n'en
IB MÉMORIAL DB FàMILLB. 401
voulais plus k Harcelle ; je ne l'accusais plus ; mais prêt pour ma part à la réconciliation, je craignais de l'y trouver moins bien disposée ; je doutais de l'accueil qui devait être lait à mon retour, et un puéril amour-propre me déconseillait les avances.
Je montai lentement les escaliers, combattu par mes désirs et par une mauvaise honte. J'ouvris doucement la porte. La lampe ctait éteinte ; tout se trouvait plongé dans le silence et l'obscurité.
Un aiguillon douloureux m'entra au cœur.
— Elle ne m'a point entendu, pensai-je ; elle dort sans doute.
J'arrivai doucement jusqu'à sa chambre ; une lueur stellaire y répandait une pâle clarté.
En retrouvant l'aspect de cet intérieur si riche en doux souvenirs, et en sentant le parfum de vétiver qu'affectionnait particulièrement Harcelle, le flot d'amertume qui m'é tait monté au cœur se dissipa. Je m'avançai jusqu'au berceau de Claire dont j'entendais la douce respiration. Un rayon de lune pénétrait sous le rideau et enveloppait sa chevelure brune d'une sorte d'auréole.
En apercevant ce visage blanc et rose sur lequel les jours n'avaient encore laissé aucune trace, je me sentis attendri. — Le bonheur dans l'innocence nous manireste plus vivement Dieul —Je regrettai i espèce de responsabilité dont j'avais, quelques heures auparavant, chargé cette tête enfantine. Je me reprochai d'en avoir fait un motif de dé-bat entre Harcelle et moi; il me sembla que mes récrimi-
lOff^ L£v irÉirOlilAL DE FAMULF;
nattons wavaicnt rendu coTipaèléenrcrs laxîhère créatnre P?is d'une sorte de remords attendri, je me penchai sur sonberceair; j'effleurai des Ifrrrcs' ses cheveux bruns. An même instant une main saisit ^la mienne, et derrière le rideau blanc se dressa la douce figure de Marcelle.
— Ah! tune lui en veux donc pas de me prendre à toi? dit^lle avec un sourire mouillé de- larmes.
— Pourvu que tu seis*iifeurcuse^ répliquai-je en la regardant.
Elle étendit le bras sur le berceau.
— Ohl non, s'écria-t-elle, il faut que* nous le soyons tous ensemble et Tun par Tautre. La tante Roubert m'a édairéê; j'ai compris, j*ai compris!
A ces mots, sa main monta jusqu'à mon épaule; sa tête BO pencha en même temps que la mienne vers sa fille, et e.Ueuftus'confondit tous deux dans le même embrassemenu