‹ Le mémorial de familleChapitre 9 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

iYÀNT LÀ NAIS&ÀNCB d'UNS FILUL — LES TEAITIBS

D*iD0CÂTION

SO janvier. — Depuis quelque temps on ne voit sur tous les meubles de notre chambre que petite béguins brodés, petites brassières garnies, langes de fine toile et couvertures festonnées. Marcelle prépaie la layette db l'enfant qui va compléta la CnniUe. Sa bareetonnetle est dé}& à sa place, près de Talcôve, avec ses^ rideawt de soie verte , sa courtepointe piquée, son petit oreiller bordé de dentelles. Rien ne parait assez beau pMrcetui qu'on attend. Toutes les annes travaillent en soi intention : la mousseline, le jaconas et Torgandi se caimrettt de di^fs-d'œuvre dont Marcelle grossit chaque jour son trésor.

Ce matin elle était diois Textase devant un petit manteau «maté et encadré de duvet de cj^e, quand la tante Roabert est arrivée ; on lut a tout m«Dlré.

— C'est superbe I a-t-elle dit après avoir prmAoé un regard rapide sur ces merveilles ; mais moi aussi je veux le donner quekpie chose ; i'ap(>orte mon cadeau*

60 LE MSMORUL DK FAMILLK.

— Qu'est-ce donc, chère tante? a demandé Marcelle.

— Devinez I a-t-elle répondu, la main plongée dans son inamovible cabas.

— Ce n*est rien de ce que j*ai déjà ?

— Rien!

Marcelle a cherché longtemps, et a nommé tout ce qui lui manquait encore pour le premier ftge, puis pour le se* cond.

— Ce sont des bonnets an point de Berliu 1

— Non.

— Des brodequins tricotés?

— Non.

— Un collier de corail ?

— Non.

— Un hochet à grelots d'argent ?

— Non » non ! s*est écrié madame RouberC impatientée.

— Hais quoi donc alors?

— Tous mes vieux bas I

Et elle les a retirés triomphalement de son cabas ; elle les a déployés avec complaisance sur le divan. Il y en avait de toutes sortes et de toutes couleurs.

Marcelle et moi la regardions sans comprendre.

— Ah I vous croyez que je veux rire ! a-t-elle repris ; mais vos dentelles, vos broderies ne sont que pour l'apparence: l'enfant n'en sera ni plus à l'aise, ni plus chaude* ment, tandis qu'avec quatre de ces bas je lui ferai un blan^ cheL

Alors elle a mootré à Marcelle comment il fallait s'y

LB MÉMOIIAK DBFAlfILLI. 61

prendre : elle a taillé , elle a bâti devant elle» et bientôt les yieux bas se sont transformés en petits jupons k taille et à manches.

J'avaio suivi avec beaucoup d'intérêt cette tiansfiguration ; quand elle a été achevée , la tante Roubert a rangé sur le lit les quatre blancheîs de laine et de coton.

— Maintenant, a-t-elle dit à Marcelle, tu n'as qu'à coudre le tout. Pour avoir été vêtu sans frais, l'enfant ne s'en trouvera point plus mal et votre bourse s'en trouvera mieux. Dans ce moment tu ne penses qu'à ce qui peut l'orner : c'est la règle ; toutes les mères voudraient emmaillotter leur premier né avec des faveurs roses ; mais quand l'expérience vient on songe au nécessaire , à l'épargne ; on prend son rftie au sérieux, et on ne porte plus son enfant comme un bouquet. Au reste, chaque chose a son temps : à ton âge on commence par les broderies , et au mien par les blanchets.

Là-dessus madame Roubert a réuni les rognures, elle a pris congé, et elle est repartie.

Le soir, mon père est venu. Marcelle lui a montré sa layette, y compris cette fois les blanchets; elle lui a longuement expliqué toutes les précautions que nous devions jirendre pour l'enfant.

^ Nous voulons d'abord, dans notre chambre, une tem* pérature toujours égale; le poêle et le thermomètre sont achetés pour cela. Marcelle s'est assurée, chez le voisin, le lait d'une vache que l'on viendra traire sous ses yeux. Elle ne souffrira ni langes serrés, ni balancements de berceau.

6S LB MiMOKIiÂK Dl^ RMIILU.

Pliai tanit m rakmr des hirondelles, on deamidr» rasCuit «a jardin; là oâtte madéeaaie qaî oratit Stable k thé sera 'étendae sur la pelouse pour qu*il puisse s'y rouler libremeaU, fcrIifier'sas-iiiienbRs.par Texereice, et grandir bai- |[tté dans rakryiyifiantdu ddionk

Puis «mi vanna les déiaîlfi sur lesaoni d^ obaqne instant^ awr kl noarriture^ snr FhakîlleneaÉ; car tout a été réglé padTi avance :. noUrt $iige^ e9i^ faU 1

Mon père ai éooiité avec som soudm: indtdgent; mais quand nous aurons eu achavé,, surptia de son .silence, nous lui avons demandé s-il nons-désappraayaitk

•— Nullement, a-4-il répondu»

— Et n'avez-vous rien k ajouter, mcMipèref adilMarcelle.

— Rien,, chère fille, si ce n!ést. une hîstoeiette que je dois avoir lua autrefois: dans«(iuelqua vieux. livre; la voici :

On raconte quMl y avait en Perse un denriche renomioé pour sa «cience et sa sagesse,, à qui le prince Youlot conJler ses richesses avant d'entreprendre une expédition lointaine. Il ordonna de fondre, en conséquence, tout son or, et d'en faire une statue dont il donna la garde au derriche.

Celtti-ci, jaloux de la rendre telle qu'U Tavait reçue, rentoun de surveillance, et ne manqua point de la visiter plusieurs fois chaque |our. Il examinait de ses propres yeux les moindres détails, afin de s'assurer qu*elle était intacte, l'essuyait de ses mains pour la maintenir aussi brillante, et en approchait de temps en temps la pierre de touche par crainte de queUjpio frauda.

Enfin le prince revint, réclama son trésor, et le derviche le lui remit avec le joyeux orgueil d'avoir dignement rempli sa tâche; mais quand il faUut reprendre la statne d'or, elle se trouva si légère qo*mi ses] somme snf&t poo£ la sonleveo.^ Os reaom9tttakH«qDe.d*adioil».«eleM8

LE VÉlfOHlAL DS rAVfLLK. 6$

a^nrièUtliniéleiiiêtal précleia ^ ThMÉriew, deuumUretaeliisiir^Ée

Tous les soins du derviche avaient été inotiles, parée fn'tt n# t'^it occupé que du dehar$.

k ces mois, mon 'père m'a <sen^ la main» « «nhiasdé Marcelle, et nous a laissés i^èchir à sa parabole.

Noos nous «ommes regardés un peu confos. ffous venions de comprendre que mous avions imilé le derviche, et que, pour Venfant qui allait nous être confié, comme lut pour sa statue» nous n'arvfons songé qu'à ^extérieur.

Et cependant, que de voleurs inaperçus peuveiit dérober les ricbesseis du dedans I En éducation, clraque mauvait exemple, chaque Yait mal compris, chaque parole impru« dente est un coup de lime qui enlèf?e, dans le cœur de Tenfiint, une parcelle d'or. 1>'où vienft donc qu'on 7 songe si peut Pourquoi iseulement ces préparsttife matériels? La créature qu'xm attend, n'est-ce donc qu^n corps à défendre? n^ftstHce pas aussi une âme à former? Je rois bien les langes et ie berceau; mais où sont les principes, la croyance? Pour être vraiment préparé & accepter la charge de cette vie naissante, ne faut-il pas pouvoir la dtfe&dre contre le mal aussi bien que contre la mort Y Nous avonspensé au froid, à la fetigue, à la feim, et nous avons oublié les impressions tonroptrices, les funestes instincts, les périlleuses tentations! EstH» là tout ce que doit attendre* celui qui va vous confier ce vivant trésor? Que lui' répondre quand il viendra le redemander, si, comme le' prince per» san« U h trouve devenu trop léger?

M LB UâHOBIÂL Dl rAHlLLB.

Cette pensée m'a occupé tout le soir et m'a empécbé de dormir pendant plusieurs heures. Ce matin j'ai commnniqaé mes angoisses & Harcelle : nous sommes convenus qu'il Tailait réfléchir et s'éclairer. Je suis allé voir mon père pour loi demander des livres qui traitent de cette difficile question ; Jasiin m'en a également prêté plusieurs.

Me voici entouré de volumes. Tandis que Harcelle continue sa layette pour le corps, je vais préparer celle de l'àme. Dieu veuille que je n'oublie pas aussi les àlatuhetil

45/^wter.— J'ai In et relu vingt traités d'éducation... Que de paradoxes il m'a fallu coudoyerl Que d'obscurités k traverser I mais aussi, par instants, quelles zones lumineuses! Je me fais l'effet d'un voyageur arrivant d'une lointaine pâ^grinaUon. J'ai visité de grandes montagnes glacées où rien se poussait, des plaines dévorantes dans lesquelles tout était desséché, des forêts sauvages où la nature abandonnée à elle-même s'épuisait en efforts inutiles et succombait à sa propre fécondité. De loin en loin seulement se sont onvértes quelques reposantes perspectives . villages aux toits dorés par le soleil, champs de blé mAr que moire la brise, vignes tachetées de grappes vermeilles, prairies velontées d'un vert tendre ob paissent les troupeaux fiardés par des enfants! Hais maintenait qne me voilk arrivé au terme du long voyage, comme le prudent Ulysse, u après avoir vn les pays de beaucoup de peuples, > je m'arrêie, je me recueille, et je cherche l'enseignement.

A la suite d'une longue discussion avec moi-mêDK, je crois l'avoir trrnvé.

LB IfillORIAL DK FAMILLE. 65

— Notre premier devoir, aî-je dit hier soir à Marcelle, est de préparer TenEaint à prendre sa place dans le monde. Toutes les éducations doivent ressembler à celle d* Achille : pas de mollesses énervantes pour Tâme ni pour le corps; il faut plonger son nourrisson dans le Styx et le fortifler avec la moelle des lions.

— Vous permettrez bien» austère Centaure, m*a dit Marcelle en riant, d'y joindre, comme pour le roi des dieux^ quelques rayons de miel sauvage et le lait de la chèvre Àmalthée.

— Je veux, ai-je repris en suivant ma pensée, que l'enfant qui va naître goûte au breuvage de la vie sans qu'on en déguise Tamertume ; qu'il accoutume ses sens à supporter ce qui est; qu'il s'exerce à la patience, s'endurcisse à la douleur ; que son premier effort soit une lutte, puisque son existence entière ne peut être autre chose. Hercule se préparait k ses victoires en étouffant des serpents dans son berceau.

— Sans doute a répondu Marcelle ; mais k condition de ne pas assombrir une jeune âme où tout se décalque en riants reflets. La joie est la grâce de l'enfant ; c'est son privilège. Mes soins conserveront k la douce créature que le Ciel me confie les heureuses impressions du premier ftge; ce sont des germes que nous devons faire éclore et faire fleurir. Comme le père de Montaigne, je veux n'entourer le nouveau-né que de sons caressants et de gracieuses images.

— Surtout, ai-je continué sans m'arrèter k ce que |e

6S LB MillOlIJiL ni Bl-aiLLE.

Teaais d'cnkenlre, qif il «'«cowitme-à snine te dnit seolier passàt4l ior les raes «t tesipiéoipion'I

— Surloul, a répété Uuixlle, qm nlénntait «nssl i^ sa prapre voix, puiBse-tt-il cuivie ^^gajement la Tonte des bomnies de bonne TolcHUé, aaxa chercher les otistKiBs et en évitant les périls.

— Qu'importe qu'il ait le ftoDt «D 'suenr et tes pieds Llaccs (!o poaseïère, s'il sent son Amem-dessusidcsniiéssl

— Qu'importe la 'facilité de sa tâche, s'il raceomplit dans h pais et le conteatemenll

— Qu'il soit rude et loyall L^tnaupe de &r défeod<JHea ce q'i'cllc recouvre.

— Qu il se moQtre douxet^aeimeilliAtl Le soQtirecst DU don do bieo-Tenne que l'on doit à tnis les hmms.

— C'est ainsi qu'il deiviendra fort et iwvolaéraWe comme ~Àlcidc !

— C'est ainsi qu'il sera aimable et aîmré oammc Attel.' Ici mon père, qui se tenait assis près du foyer, et qui

jusqu'alors avait gardé le silence, s'est pris & rire.

— Que Dieu vous accorde, a-t-il dit; mais ce sera chose dilficilc ; l'an Ycut iaire de l'enfant on domi-dieu, l'anlre un (Icmi-homme. Rémi christianise l'école de Lycnrgtie, Marcelle moralise l'école des châtelaines; ofcïte-ci rêve un page \crtueax, celui-là un Léoniadag dont 'les Utennopyles soient en loi-méme. Poor tous «ntisraire toos les deux, l'enfant devra être on Spartiate j«uMit de la n line.

Marcelle a Eoaii, mais moi je suis deveon pensif.

LB MÉBmmiML DS iWàmWLlL 6T

Mon père a laisan. Que dm^(idmtaiBeédaGgtiim«msl litiéeÀ éem systèmes eontiaiies? Bt, d-im aatise cMé^ile meyeii de s'eate&dre? Alors n^iœt que je convrâtcrais HiErcel'e, ponrrais-je sobslituer oie optnion à mie naftare, tnmsfonuer son être tout «stier, ^en changer, pour dasi dire, le métal? Comment foire 'que sa^tendresse devienne du stoïcisme, sa gaieté expanslTe âe la gravHé? Le vmidrais-je, si j'en avais le pouvoir ?

le retournais en tous sens ce problème sans y voir de solution, quand nos voisins Bobert sont venus passer avec nous la soirée.

La petite Renée les accompagnait. Pour la j^miëre fois j'ai pris garde à leurs manières avec l'enfant. Il m'a semblé qu'elles étaient tendres et calmes, mais inflexibles. Toute liberté dont Renée peut jouir impunément lui est laissée; mais, quand Tordre est donné, il faut qu'elle obéisse.

J'en ai fait la remarque.

^— Nous n'imposons jamais noire volonté dans les choses indiiérentes ou de peu d'importaoïce, m*a répondu le père; mais, pour le reste, notre expérience doit prévaloir sous peine d'être mise en dooite. Employer trsp souvent «on autorité, c'est raffaiUir ; «souffrir qu'on y résiste, c'est Tabdiqser. Lagiiande éducatriceeât d'alUemvs l'babilide. Qwmi Y&âxai m peut jamaisiobapperi Tordre, iii fi«it par Taecepter sans révolte* La volonté asscmplce par Teierdce eède au premier appel ; il se fait dans TAme use articulation semblable à celle des membres destinés ii^se plier.

68 LB IfiMORUL DB FAMILLB.

Cependant Renée a voulu résister une fois; elle a éclaté en pleurs et en cris. La mère est restée comme enveloppée dans son inébranlable douceur. A mesure que la voix de renfimt s'élevait plus irritée, la sienne s'abaissait plus tranquille. Les emportements de Renée se sont perdus dans cette sérénité patiente» comme les boulets dans l'obstacle de terre molle qu'on leur oppose.

J'ai demandé s'il en était toujours ainsi.

— Toujours, m'a répondu lustin ; l'enfant subit, malgré lui, la contagion de la douceur; sa colère reste court faute de réplique. Si vous voulez apaiser un furieux, ne Timitez jamais. Au moment de la fureur, ce n'est pas la reproduction de notre image qui nous fait bonté, mais le contraste qui en montre la laideur; la réprimande et Timpatience ne réussissent pas mieux : ce sont autant de souffles sous lesquels se ravive la flamme.

— Ainsi, à votre avis, le plus sûr moyen d'éducation serait l'exemple.

— Dites plutôt qu'à mon avis il n'en est point d'autre. L'&me d') Tenfant est une sorte de cbambre obscure où se décalque ce qui frappe ses yeux, et ces empreintes ineffaçables forment à la longue son caractère. Tout ce qui ne vient pas de notre nature primitive vient de cet enseignement perpétuel et invisible. Nos véritables précepteurs sont les fiûts qui nous environnent. Si vous voulez assu^ rer la santé morale de Tenfiint, commencez donc par puri • fier l'atmosphère dans laquelle il respire.

— Et comment?

LE JUfiMOlIAI DB FAMILLE. 69

— En TOUS améliorant. Les premiers efforts de Téducaleur ne doivent point se porter sur Tenfant, mais sur luimême; son principal enseignement ne ressort point de ce qu'il dit, mais de ce qu'il fait. Vous voulez donner le goût du travail : honorez-le par vos habitudes ; ne vous découvrez point plus bas devant le riche oisif que devant le pauvre laborieux. Vous souhaitez par-dessus tout un cœur sincère : montrez-le par votre horreur pour le mensonge et votre mépris pour quiconque forfait à la vérité. Vous aimez la bienveillance qui croit au bien en pardonnant le mal : retenez l'amertume de vos jugements; éteignez vos haines secrètes. Vous croyez que le sacrifice est la source de tout ce qui se fait ici-bas de courageux et de grand * dévouez-vous en silence et souriez sur la croix pour ceux que vous sauvez.

— Mais n'est-ce point trop vouloir, ai-je objecté, et peuton exiger de l'homme tant de vertus ?

— Alors pourquoi les exigeriez-vous de l'enfant? a repris vivement Justin; ce qui vous est impossible, lui est-il donc plus facile? Peusez-vous pouvoir lui faire respecter les principes que vous ne respecterez point vous-même? Ne savez-vous pas que, pour lui, apprendre à vivre, c'est imî» ter.

— Alors, ai-je dit, selon vous, l'éducation de nos fils devrait être précédée d'un examen de conscience et d'un ferme propos de nous améliorer.

— £n doutez-vous? L'élévation d'une créature humaine a cette suprême magistrature du foyer n'est-elle donc pas

70 LE MËÊUaaSL' hE mMUsLU.

une des giandes «rîses 4e l'existeBoe ? En abcMPdant des devoirs nooTeaux et souyerains, ne doitelle pss'Mntir ie besoin de jMiriicr son âme et der«faer?.ToQl«loB'initàatiefis sont préparées par un retour bit tsor soi-«iêBie dans la 4K)litQde et la méditation.; pounopioieeHe qui coolère la plus sainte mission terrestre semil^eHe wsiiis laustère? Le juré qui va décider de la réputatfaMi, de la lS>erté w de la vie d'un homme se recueille avec tnnibleiseiit;>qpie «erace donc pour le ehef de fiunille qui doit décider* 4e la destinée entière de Teniatnt, et 4ont chaque action» chaque parole. prépare son bonheur on son infortune, son ihomieor ou sa honte? Quiconque entreprend «ne éd^oatîmi doit commencer par achever la sienne. Il y a dans les finuilies, pour Tordre moral comme pour Tordre physique, une sorte de transmission fatale: Tenfant hérite du tempérament de Tâme ccmime de celui du corps ; maïs parce que les développements divers des penchants primitifs le fonft diSérer de Tétre qu'il continue, Tœil inattentif n'aperçoit pas la relation. Ici le père avait seulement une faiblesse dont le fils a fait un vice ; là le premier possédait une qualité que dans le second nous voyons transformée en veftu I L'atmosphère domestique a opéré ces modifications en perfectionnant ou en dépravant les dispositions premières, et Tenfant est ainsi devenu justement notre récompense ou notre punition ^

J'ai beaucoup réfléchi depuis à l'opinion de notre voisin^ et maintenant Je pense comme lui. Ces systèmes laborieii-

LE MijiORllL DB FIMILLX. 71

seniieiit mvfi&tés dans le cabinet et. montés pièee à pitee, sont des machines trop compliquées ; elles ne peuvent ôtre tenues <hi monFement que par un effort ceBUnueL Prit» en dehors de nous» ils coDstitueai une vie artificidle an mîlîou de notre vie positive; non» mm^ troimiM, oommetaiftodens rois, sauwa i une étM|iiMtotéa^ nés do-

tions, violente nos goûts, dicte nos paroles. Comment m pasToublier par instants I Et alors, adieu. tou^Tédificel la première brèche faite,, il &'é(Broule bktttAt I Nos moyens d'éducation ne sont plus que des règle^eifûiquéesen chaire par un professeur, laciasi»e fiaic^^ peEsenâea'j senge. KtIdemment le seul système fructueux est celui qui passe dans nos actes, s'exprime par nos habitudes et vit en nous : c'est l'exemple !

Dès lors cesse la nécessite d'un programme commun pour Marcelle et pour moi ; chacun de nous doit perfectionner sa nature et non labdiquer; livrer ce qu'il a de meilleur en lui, et compléter ainsi ce qu'a pu donner l'autre,

Ahl maintenant tout est éclairci,et je comprends nos deux rôles : ^ Marcelle les douces leçons, k moi les enseignements stoîques. Ce n'est pas sans dessein que Dieu a livré l'enfant k cette douDle influence de l'homme et de la femme. D'accord sur le but k atteindre, ils doivent diiïérer sur. les moyens; tandis que le père montre k son fils les abîmes et les escarpements du rude sentier, la mère indique au loin les ombrages sous lesquels il pourra reposer ; r4;Iui- Ik donne le bâton ferré qui défend le voyageur; celle-ci« le baiser mouillé de larmes qui le console; d'un (Até, la

73 LE HKMOIIIAL DB FAlIlLLK.

Toix ferme dit : — Courage 1 de l'autre, la voix douce dit :

—Espère!

Taî rendu les livres à mon père et à Justin ; désormais c'est dans mon propre coBur quejeveux lire. Un cahier était préparé pour prendre des notes ; j'avais écrit sur la première page, en lettres gothiques tracées de ma plus l^elle jDAin:

pEBCBFnS D*iDUCÀTION.

J'ai ajouté au-dessous ces deux pas :

Devenir meUUur.

de plus! Les autres pages resteront en hiaiMi

Page 1