‹ Le mémorial de familleChapitre 16 sur 24 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

RBFORMB. — CMà£m ftSnS» SON ANOENNB PLAG8. — GLAIRE ET LÉON. — CE QU'ON FIDT VOIE ▲ T&ÂVEBS UNK CHARMILLB. — LES CAUSERIES DU SOU. — CHOIX DE LECTURES. — LES LIVRES d'eNFANT.

Noire entretae arec la famille Hubert porta ses fruits. Remis en présence du passé, nous avions mieux senti quel changement s^était fait dans notre vie. An fond, nos nouvelles habitudes venaient bien moins du choix que des circonstances; nous comprimes sans peine que la place du travailleur n'était point au milieu de ces inutilités somptueuses, que le cœur n*y perdait pas moins que la bourse, et qu'il était pressant d'en sortir.

Nous avions cru la réforme difficile; il suffit de la vouloir assez sérieusement pour l'accomplir. Ce monde que nous nous figurions impossible à quitter s'aperçut k peine de notre absence. Nous reconnûmes alors que nous y avions été plutôt admis que désirés. Par politesse, on avait laissé rhomme d'affaires passer de l'étude au salon; mais en le laissa rqMtsser, sans y prendre garde, du salon à l'étude. J'avais préparé toutes mes forces pour résister aux ob-

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jections el aux prières; j'en fus pour mes préparatifs.

Ce désappointement m'hamilia assez pour fortifier ma résolution. Quand je yis qu*on me retenait si peu, je mis mon amour-propre à me retirer plus Tite. Harcelle, qui partageait tout bas mon dépit, ne manqua pas de m'encourager. La calèche fut vendue, les grands dîners supprimés, le domestique averti de se placer ailleurs, les soirées interrompues. Nous gardâmes seulement la maison oli les clients avaient l'habitude de venir.

Tout cela se fit d'abord un peu par sagesse et beaucoup par humeur. Retombés dans le calme de la vie intérieure, nous éprouvâmes, au premier moment, une sorte de langueur ennuyée : les plaisirs du monde ont ce danger; ils ne peuvent satisfaire et dégoûtent des autres. Accoutumé aux liqueurs enivrantes, on ne trouve plus de saveur à l'eau des sources!

n fallut quelque temps pour nous réhabituer au foyer domestique. Lui-même devait d'ailleurs se reconstituer. La vie du dehors avait insensiblement altéré les relations de famille; on s'était vu plus rarement, on avait à renoih veler connaissance, à reprendre une ancienne place.

La tante Roubert retrouva bientôt sa petite chaise basse où elle se remit k tricoter ; mon père recommença ses promenades de la porte à la fenêtre, écoutant, sans en avoir l'air, tout ce qui se disait, et jetant, de loin en loin, à travers l'entretien, un mot qui était une lumière, un sourire qui semblait une récompense. Les enfants furent plus di( ficiles à ramener.

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Un peu négligés pendant la phase mondaine que nous venions de traverser, ils avaient cherché en dehors de nous leurs distractions. Détourné par le monde et les affaires, j*avais entrevu, plutftt que pénétré, ces deux natures; le frère et la sœur ne s'étaient guère présentés k moi qu'aux àeures du repos, le sourire sur les lèvres ; j'avais besoin de les voir plus longuement et de plus près.

Noos avions au fond du jardin un berceau particulièrement consacré k leurs amusements et k ceux des enfants du voisinage admis dans leur familiarité. Un jour que nous étions assis, mon père et moi, sous une tonnelle qui n'en était séparée que par une cloison de verdure, et d'où nous entendions tous leurs ébats, mon père cessa tout k coup de prendre part k notre entretien. Je suivis son regard qui plongeait k travers la charmille dans le berceau voisin, où f aperçus Claire et Léon ; tous deux venaient de quitter le groupe d'enfants qni les rappelait.

— Non, non, répondait Léon (évidemment en désaccord avec le reste de la troupe); j'aime mieux jouer tout seul.

— Parce qu'on ne veut pas faire ta volonté? demanda une voix.

— Oui.

Il s'éleva une protestation générale.

— Voyez-vous le nouveau César! reprit celui qva avait déjk parlé; il faut qu'il soit le mattre partout. Obéissez donc, vous autres, au conquérant des Gaules et au vainqueui de Pompée I

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Un éelal de rire ret^olit ; Léon haussa les épanles et se rapprocha de nous en faisant tonmer la corde qu'il tenait à sa main.

Claire, qui Tavait suivi par habitude, lui demanda ce qu'il allait faire.

— M'amuser! répliqua Léon, qui s'approdia des tilleols.

— Mais comment?

— Tu ras voir.

Tout en parlant, il coramençaùt & attadier sa corde k desx arbres plantés Tun vis-k-yis de l'autre.

— Tu yeux faire une balançoire I s'écria Clsùre ; il ne fant pas, Léon ; on nous le défend.

Son frère continua, comme s'il n'avait pas entendu; elle renouvela son opposition et répéta tous les motifs invoqués par sa mère.

Léon sifflotait un air de contredanse en achevant son escarpolette, sur laquelle il s'assit en triomphe et qu'il commença à faire voltiger parmi les feuillages. Sa sœur recula épouvantée.

— Léon, descendez tout de suite I s'écria-t-elle ; vous allez vous étourdir.

—Pourquoi pas, si j'y trouve mon plaisir? répondit le petit garçon en élargissant de plus en plus la projection de la balançoire.

— Arrêtez! répétait Claire la corde va casser.

— Elle est trop solide pour cela, ma chère.

— Mais si vous tombez?

— Cela me regarde.

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— Non, je ne venx pas, reprit ta soeur, qui frappa du pied presque en pleurant Léon, finissez tont de suite; maman TOUS a dit que e'étail trop das^ereni.

— Eh bien! a{N:ës? répliqua Léon en se dressant à force de poignets pour se mettre debout sur Tescafrpolette. Quand on s'exposerait à un peu de ma)... pour s'amuser...

— Et si maman le savait ! Léon , vous ne pensez; pas qu'elle peut venir I

— Si elle vient, elle grondera..... die nie punira, dit le petit garçon dont les phrases étai^t enireeoupées par les oscillations rapides de ht balançoire; j'ahne mieux ça que d'obéir. ... Il n'y a de plaisk que lorsqu'on fait sa volonté. . . . Vois, vois comme je monte haut.

A chaque balancement il alhril, en effet, se pertre dans les feuilles, et l'effroi de Qaire augmentait à mesure. Elle passa des avertissements aux prières et des prières aux larmes ; mais Léon trouvait évidemment à la tourmenter un méchant plaisir. Moitié par bravade, moitié par enivrement, il accélérait toujours davantage les mouvements de Tescarpotette avec mille taquineries mêlées d'exclamations joyeuses.

— Regarde, regarde, criait-il en riant; me voilà encore plus haut.... avec les petHss^ oiseaux F... Veux-tu des fleurs de tilleul? Tiens, je les abats avec mes pieds. — Et comme témoignage, il faisait pleuvoir sur la chevelure de Claire une neige de pétales parfumés. — Toilà que je touche aux grandes branches.... Les feuilles me caressent les joues... . Âhl si tu savais quelle odeur douce... et quelle fraîcheur!. ••

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J'aime encore mieux cela que d*aller à cheval au galop

A mesure qu'il parlait, les pleurs de Claire devenaient moins bruyants ; ses yeux suivaient les courbes décrites par la balançoire. Insensiblement à l'épouvante succédaient rintérét et la curiosité ; l'assurance de Léon finissait par la rassurer. Elle cessa de lui rappeler la défense de sa mère pour rinterroger.

— Tu es bien sûr qu'il n'y a pas de danger? demandât-elle en essuyant ses yeux et se rapprochant.

— Ne vois-tu pas que la corde est trop forte pour casser? répondit son frère qui ralentit les oscillations.

— Et tu dis que c'est bien amusant I

— On se sent voler dans Vair comme les hirondelles.

Elle se rapprocha davantage.

— Mais on peut aller aussi doucement qu'on veut, pas vrai?

— Tiens, regarde, dit Léon qui s'était rassis et n'imprimait plus à la corde qu'un léger mouvement.

Elle Tarrêta d'une main.

— Me promets-tu de ne pas balancer plus fort que je ne demanderai, Léon? dit-elle avec une sorte d'hésitation un peu honteuse.

— Ahl tu veux bien essayer maintenant, reprit son frère en riant ; eh bien! moi, je ne veux plus.

— Je t'en prie.

— Non, non, maman l'a défendu, continua-t-il en imitant avec ironie le ton qu'avait pris sa sœur un peu auparavaut, et faisant mine de détacher la corde des tilleuls.

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—Rien qa'un momeiity Léon, reprit Claire avec insistance.

—Impossible, reprit-iU cela t'étourdirait.

— J*irai bien doucement.

— N'importe, ta pourrais tomber.

— Puisque tu dis que c'est si amusant.

—Oui, mais tu as donc oublié que c'est désobéir.

— Àhl vous êtes insupportable, LéonI s*écria-t-eile avec dépit ; toujours vous me refusez, toujours vous me contrariez : c'est méchant à tous, allez, bien mécbant.

Ses yeux s'étaient remplis de nouvelles larmes; Léon éclata de rire et alla la prendre par la main.

— Allons, viens, dit-il ; tout à l'heure elle pleurait parce que j'ai attaché la corde, et maintenant voilà qu'elle ropleure parce que je veux la détacher. — Ohl ces filles, elles nous prêchent l'obéissance jusqu'à ce qu'elles aient envie de désobéir I — Voyons, es-tu assise I •— Oui. — Maintenant le reste va tout seul.

Il imprima à la corde une impulsion qui lui fit décrire un cercle assez large pour que Claire s'y cramponnât des deu\ mains avec un cri. Hais le premier moment de surprise passé, elle se rassura ; les rires succédèrent aux exclamations d'effroi. BientAt, exaltée par le chatouillement d'un péril qu'elle se sentait le courage de braver, elle demanda à Léon de précipiter le mouvement de l'escarpolette, et r a hardiesse ne fit que grandir.

'>s yeux brillants» le visage enflammé et sa chevelure défaite flottant au vent, elle poussait des cris de joie en

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répéUmt toiqmrs : — Plus fort I pins fort f jusqu'au momeat où, effrayé moi-même de son audace, je crus devoir inter* venir.

Les deux enfants, surpris dans Tardenr de la désobéissance, en demeurèrent d'autant plus déconcatés. Je me contentai d'une lipide réprimande, après laquelle je les renvoyai i Marcelle. Mais, resté seul avec mon père, je le regardai d'un air soueieuT. II plia les épaules.

*-*Tu avais besoin de mieux connaître les deux enfants, dit-il ; remercie Dieu qui vient, selon l'expression de l'Évangile, c de l'accorder un signe. » A toi maintenant de le comprendre.

— Hélasl il est trop claitr peur taûsser aucun doute, repris-je; le signe, comme vous l'appelez, a été double : û a révélé chez Léon, avec la tyrannie qui impose le joug aux autres, l'audace qui lé reftise pour soi-même ; chez Claire, avec la droiture natire qui comprend le devoir^ la mobilité qui le fait mettre en oubli. Celni'^li annonce le despote ou le révolté; celle-ci l'esprit changeant et la volonté impuissante. Que faire pour approprier k la vie ces deux natures dont l'une reçoit toutes les impulsions, tandis que loutre veut les donner toutes? Comment atteler au chariot de la nécessité cette chèvre capricieuse qui va otr l'attire chaque touflFe d'herbes, et ce sanglier qui suit la ligne droite de sa passion à travers les fondrières et les halliers?

—Observe, tu rapprendras, répondit mon père. An milieu du brait et des éblouissements du monde, tu n'avais eu le temps ni d'écouter ni de vonr ; revenu à ton foyer, tu

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«(pendras ^ le régler Ce qui t'arriYeaojoard'biri est l'hish toke de la plopatl de» honHDes : à force de n'habiter qae les debors, ils demeomit toasgers à tonte ehose ; les êtres "près desquds ife vivent aeot pour eux dss iîvreir fermés dont ils ne c^maîssent que le titre et le fomat. — Cobh ment n'ignorerait-on pas sa famille qnand on s'ignore le plus souvent soinnéme?

Je tâchai de me rappeler ces paroles. L'heure de te sup^ veillance sérieuse était venue pour Claire et pour Léon. Le nonvd aspect sous lequel tous deux s'étaient révélés à moi fut comme une premi^e clarté; en regardant jusqu'au fond de ces caractères^ je sentis quels devoirs m'étai^t imposés et quelles difficultés m'attendaient.

Marcdle, à qui je communiquai mes remarques, partagea mes' apprâieiifiions. Il fut décidé que les deux enfants seraieni tenus plus rapprochés de notre âme, dans une communanté plus constante de sentiments, d'occupations et de plaisirs. Le cercle de la famille s'élargit pour les admettre; en leur y* réserva non-seulement une place pour s'asseoir, mais une part d'importance et d'entretien.

La veiUée se divisa en dnix portions, dont la première leur fiit presque exclusivcnent consacrée. Jusqu'au moment o& ils venaient neus tendre: leurs fronts pour l'adieu da soir, MarceUe et moi nous nets faisions petits afin de mieux entendre et d'èlre mieux entendis ; tonte libertéétait laissée à la causerie. Devenus lents iaterlœuleurs» no«s nous effinrciims de reprendre, dans cette heure de canaraderie» tout ce que nous avait fait perdre, dans la journée.

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le rdle obligé de maître : c'était alors que les cceors s'ouvraient, que l'on se laissait aller à dire tout kant ce qne, dans les heures précédentes, on avait pensé tout bas ; les deux enfants se confessaient à lenr insa, non-senlement dans leurs aveux, mais dans leurs espérances. L'important était de ne jamais s'armer plus tard contre eux de ces confidences involontaires, de conserver & cette heure libre son caractère de trêve de Dieu entre les deux éternels ennemis, l'élève et l'éducateur.

Nous nous y appliquâmes avec un soin tout particulier. Admis chaque soir, sans défiance, dans l'intimité du frère (dela sœnr, nous pûmes pénétrer peu k peu tons les mystër^H&'C^ natures encore confuses, voir oii se formait le point oScHr-qeir-d^M^'»™°i'. pouvait se grossir en orage, et le prévenir en dissipaïrtJ? nuée menaçante.

Nous avions pour cela, outre les euseig&OPiciits indirects de la causerie, ceux plus frappants qui résaltsient des lectures du soir. V

On a tout dit sor l'importance de ces repas intellectuels faits ensemble au foyer domestique, et destinés à crof^i par la communauté des émotions, un même tempérament itf^al Mais le choix des aliments demande ici une singulière pTI dence; de toutes les hygiènes, celle des Ames est h la fois *" ta plus importante et la plus difficile. Pour elle, ne pas aider la nature, c'est la corrompre ; car tout ce qui ne fortilie pas énerve, tout ce qui n'assure pas la santé appelle la maladie. Rien n'est indifférent dans cette cnlture délicate oh la moindre grune malfoîsanle tombée au coin

le plus caché da cosor, lève subitement, grandit et étouffe la moisson I

Par malheur, pour nous aider dans cette tâche, les livres manquaient. Je fouillai en vain ma bibliothèque et celle de mon père; partout je trouvai l'art séparé de la morale quand il n'en était pas ennemi I Amoureux exclusif de la beauté, je le voyais, comme Phidias, attaché à la forme, sculptant indifféremment le vice ou la vertu en splendides images, toujours k la recherche de ce qui plaît plutét que de ce qui convient, et moins occupé d'améliorer que de séduire.

Si je réussissais à trouver, de loin en loin, quelques pages sans taches, Glaire et Léon ne pouvaient les comprendre qu'avec un commentaire. Il bllait expliquer ce qu*on ne pouvait leur lire, suppléer à leur ignorance, les guider par la main à travers mille allusions ou mille finesses, et transformer ainsi, malgré soi, un divertissement en leçon.

Averti par leur ennui distrait, je renonçais alors aux chefe-d'œuvre dont les perspectives s'enfonçaient trop loin pour leurs regards, et je revenais aux horizons bornés des œuvres enfiintines.

Mais alors c'était moi que l'impatience gagnait à mon tour. Engagé avec eux dans ces routes banales où les aspects se répètent sans cesse, dont les rencontres sont d'avance connues, et qui conduisent au bien par le lieu commun et l'ennui, je m'arrêtais malgré moi, mécontent du livre, et inquiet du plaisir qu'y prenaient les en&nts. Tout à l'heure ils étaient fatigués de regarder trop haut, main* i tenant je m'irritais de les voir regarder si bas.

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}'iiit6BrQgeais en Tain tons cenx qui auraient pu m*êciairer ; nos amis Hubert eux-mêmes né m*indiqttërent que peu de volmes. c Ne dierehez pas une bibKolhèqne pour i'en&nce ni mtaie pMHr la jeunesse, m'écrivait Xustin; sauf ipMiqaes rares et brillantes exceptions, les écrrrams d'élîte ont dédaigné la gloirede fermer desltommes. le monde îhfelleetnei a s» bannes f enfants auxquelles les jeones esprits sont abandonnés. On leur demanderait en vam la perspicacité qui devine les instincts, ta finesse qui les dirige, Félévati(»i qui les ennoblif • Les préjugés sont leurs lumières, les habitudes leur^ principes, et elles enseignent Ta morale conne le matlre h dans^ ensefgne Télégance; excusables, ûxk reste, parte que, semblable atnc Juil^ qui crucilfeient le Cbrist, la plupart d'elles ne savent ce qu'elles font t Un }our viendra sans doute où de plus drgnes conseillers seront donnés aux générations naissantes. On comprendra, je Tespère, que, pour le premier allaitement des âmes comme pour celui du corps, aucune nourrice n'est trop robuste, trop saine, ni trop diligente. Alors les gran& esprits et les grands cœurs ne dédaigneront pas de se faire les pères nourriciers de Vayenir, et ils laisseront aussi venir vers eux les petits enfants. »

Lorsqu'à force de rec&ercbes je réussis pourtant à former une petile collection de volumes que j^aurais pu donner à Claire et à Léon, comme des amis sûrs qu'on ne surveille plus, un nouveau scrupule m*arrèta.

Parmi ees livres, les uns renfermaient des enseignements présentés sous une forme directe et positive ; les autres ra-

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contaient des «tentures <Foti la leçon ne msorlaft que secondakeiiieBft. Ceo^oi /adresssaient au sentinent par Fi- DoagÎBatiiii, oraK-Ji à la coaiseienee par la raison. L*iin et l'autre aivaient leo»sf«itagci» coiSBie lears incomfénîeiils. La lecture des pieiriers était plus difficile, et la fttîgne pouvait en «nnaler Tefiet ; dans les seconds le cbarme mmanesqne de hi forme faisait souvent oublier le but. En laissant aux enfant» la liberté du chmx, il était évidient que cbacun d'eux éliminerait les vohnnes les moms attrayants pour ne pr^dre que ceux qui flattaient sa fantaisie. Au lieu d'un contre-poids, la lecture deviendrait ainsi une excitation ; elle exagéraPaH ee qu'elle devait équilibrer.

En s'adressant b des fiieultés différentes, ces livres se eomplétaient l'un par Tautre et ne pouvaient être impuné^ ment séparés. Le difficile était de tes taire accepter, sinon

avec un goût égal, au moins avec une suffisante sympathie. Le seul moyen pour cela était de ménager les lectures, d'en 6ire non un droit, mais une récompense.

J'eus le bonheur de le comprendre et d'y tenir la main. Grâce à cette sobriété, Marcelle et moi nous pûmes prcrlonger les distractions de Thiver ; nous pûmes davantage. Dans la variété des leçons que renfermait notre coTlection, il était presque toujours facile d*en trouver une appropriée aux besoins du moment. Chaque fistute commise dans ht journée recevait ainsi sa réprimande détournée, et le précepte on rèxemple était d'autant mieux senti qu'il arrivât! au moment de trouMe qui précède le repentir.

Au reste, les remords du frère et de la sœur différaient

comme leurs caractères. Chez Léon , le regret , toujours combattu par Torgueil, conservait la mauvaise grâce d'une révolte ; il luttait pied à pied, ne convenant de son tort qu'à demi, restait irrité contre l'occasion de sa bute, et en voulait quelque temps à ceux qu'il avait offensés. Maii^, au fond, cette mauvaise humeur elle-même constatait le vif sentiment de sa culpabilité; moins mécontent de lui, il eût été plus content des autres. Si la roideur de son caractère lui Atait le charme du repentir, elle lui en laissait tous les bénéfices. Il n'avouait point la bute, mais il évitait d'y retomber.

Claire, au contraire, s'accusait avec tant de bonne foi et s'abtmait dans de tels repentirs que le reproche finissait toujours par des consolations. On eût vainement essayé à garder contre elle sa colère: l'humilité et la sincérité de sa pénitence vous désarmaient ; agenouillée si bas, on ne pouvait songer qu'à la relever. Tout finissait bien vite par un pardon attendri et des promesses suppliantes ; mais la même mobilité qui l'avait ramenée l'égarait de nouveau ; facile au regret, elle ne l'était pas moins à ta récidive; la foute pleurée devenait bientôt une faute oubliée, et elle y retombait pour la pleurer encore I Aussi la disgracieuse rudesse de son firère me rassurait-elle plus que sa soumission. Des débuts qui le bisaient souffrir et lui aliénaient les cœurs devaient le conduirOi tôt ou tard, à un effort victorieux, tandis que ceux de Claire, qui n'amenaient qu'un rapide orage après lequel elle se sentait plus heureuse et mieux aimée, me semblaient à jamais incurables.

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